‹ Histoire de la langue musicale (volume 3)Chapitre 35 sur 38 · LES FORMES DANS LES MOTETS · texte numérisé non relu

LES FORMES DANS LES MOTETS

la ternarité semble, dogmatiquement, imposer au rythme son autorité absolue, «Deux» s'insinue en de nombreuses pièces polyphones, par le groupement de leurs mesures en membres «carrés », construits sur 4 et ses multiples; 4 étant souvent divisé en 2 H- 2. On sait que la formule arithmétique de la « carrure » musicale peut être figurée par la progression 2, 4, 8, 16, 82, 64... Bien des motets, au xiii^ siècle, réalisent déjà cette mathématique ; fait nouveau, inquiétant, puisqu'il s'agit non pas d'airs dansés populaires, où la carrure est inévitable, éternellement, mais d'œuvres plus affinées, où il serait désirable qu'on n'abusât point déjà de son banal mécanisme.

Pour compléter cette esquisse sommaire des procédés de la construction musicale au xiii' siècle, on peut examiner quelques strophes du trouvère Adam de la Halle [f I 287] . Son Jeu de Robin et Marion qui a reparu sur la scène après six cents ans d'oubli, le 21 juin 1896, à Arras, par les soins de MM. Tiersot et Blémont, et s'y est montré plein d'une fraîcheur sans fard, est une opérette où la versification déclamée, en octosyllabes, est coupée de monodies qui sont pour la plupart des chansons du peuple. Le plan strophique de la première est assez remarquable :

Robins m'aime, Robins m'a; a )

Robins m'a demandée, si m'ara. b )

Robins m'acata cotèle a

Fig. 388. D'cscarlate bone et bêle, a

Souskanie et chainturèle, )

A leur i va ! )

Robins m'aime, Robins m'a ; a )

Robins m'a demandée, si m'ara. b )

Le refrain qui encadre la strophe lui fournit tous ses éléments mélodiques : il n'y a que deux périodes musicales, a et b, pour six vers distincts.

1 V. Tiersot. Histoire de la chanson populaire, p. 190 et suiv.

3ao MOYEN AGE II

Le Chant des Chevaliers se compose de trois périodes musicales de deux membres ; la dernière est une variante de la seconde ; un léger raccourcissement se produit lorsque la terminaison est « masculine », dans le membre correspondant :

Hui main jou chcvauchois (

Lés l'orière d'un bois ; l

Fig. 389. Trouvai gentil bregière, <

Tant bêle ne vis roys.

Hé ! trairi, deluriau, dcluriau, dcluriele,

Trairi, dcluriau, deluriau, delurot.

Les deux strophes naïves, charmantes, de Marion et de Robin « Hé! Robechon... », « Hé! Marion... » sont construites sur trois membres inégaux a, b, c ainsi disposés :

Fig. 390- [« + ^]

Mêmes inégalités entre les membres, alternances plus compliquées, dans un petit Air de Robin :

Fig.391.

Oïl et vous a

1 1 serez ma micte ;

1 1 Vous avérez

1 , . 1 ma chamturete

'ausmonière

ol mon fremalet.

Bergeronète

Douche

baissolètc d

Donnés-le moi. vostre chapelet*.

^ Le texte est celui de l'édition Coussemaker, choisi pour des raisons purement musicales. L'édition d'Ernest Langlois [1896] est littérairement préférable.

LES FORMES DANS LES MOTETS 3ai

Les types de couplets plus courts et plus frustes, qui émaillent tout Touvrage, ne seront point relatés. Les précédents suffisent à montrer que les « paires » de motifs isolés [a -\- a], ou de motifs associés deux à deux [a -\- b] -f- [a -{- b], sont déjà dans l'usage, au xiii^ siècle. Elles ne cesseront plus de Tètre.

Quant à la dissémination des parties musicales dans la récitation parlée, elle se fait suivant les appels d'un lyrisme qui se soucie peu de régler l'équilibre. La première moitié de l'ouvrage contient beaucoup plus de musique que la seconde; comme si l'auteur pressé par le temps, n'avait pu associer à la poésie tout le commentaire musical que le début promettait. Dans les œuvres de ce temps, lorsqu'elles ont grandes dimensions, le soin de l'ordre, la recherche des rappels, la tendresse pour les couples de motifs, ne se révèlent que dans le détail. Là, du moins, se rencontre-t-il des couplets qui sont délicieux et valent autant par le charme de la ligne mélodique que par l'arrangement des périodes. Le Jeu de Robin et de Marion est un véritable opéra-comique, dont l'agrément n'est pas tout à fait aboli.

LE RYTHME DANS Vy4RS NOVA

[xiv" siècle]

Les musiciens du xiv" siècle ont, en retournant à la nature, reconnu que la division par 2 était aussi légitime que la division par 3. La figure (355) ne fut plus seule à représenter les durées. Celle-ci lui fit concurrence :

j Longue valant

Fig. 392. J7 ; II BRÈVES OU

♦ ♦ • ♦ lY SEMI-BRÈVES

Par révérence pour les prédécesseurs on continua d'appeler « parfaite » la division par Trois et l'on qualifia d' « imparfaite » la division par Deux.

On poussa plus loin la subdivision des valeurs. La semibrève se monnaya en 3 ou en 2 notes. Ce furent les « prolations », parfaite dans le premier cas, imparfaite dans le second :

♦ ssmibrcves ♦

♦ i ♦ • miininc' - ♦ i

La figure nouvelle, caudée, porta le nom de « minime ». On s'arrogea le droit, dans l'organisation des durées, d'attribuer la Perfection aux unes, l'Imperfection aux autres ; en d'autres termes, on permit aux subdivisions ternaires et binaires de voisiner. Ainsi l'on put, entre

LE RYTHME DANS h ARS NOVA 323

autres combinaisons, user d'une « longue imparfaite », divisée en « temps parfaits » avec « prolation imparfaite » :

■ ■• Imperfection.

Perfection. ♦ ♦ ♦ ♦ J» ^

Tm n n n rr imperfection.

Fig. 394.

On divisa la minime en « semi-minimes », etc..

Les théoriciens prirent soin de dresser d'innombrables tableaux exprimant toutes les combinaisons possibles. Il suffit au lecteur de les prévoir, par la connaissance du principe qui préside à leur construction : divisibilité par 3 ou par 2, et mélanges.

Des signes placés près de la clef étaient chargés d'annoncer la répartition des valeurs. Avant de décrire leurs principales formes, il faut mentionner une nouvelle transformation des signes.

Le Rythme et la séméiographie au XV siècle. — Le XIV* siècle avait rendu à Deux les honneurs de la vie rythmique. Le xv' siècle va le grandir encore en dignité, et, par réaction contre la ternarité, contraindre Trois à s'effacer devant lui. Les divisions et subdivisions foisonnent. En même temps, et pour rendre la lecture plus aisée, les notes s'évident pour exprimer les valeurs. Le tableau fondamental devient :

iu]=. Longue. T

i^= Brèves.

•fOs Semi-brèves.

ci = Minimes. <^ J^ j J^ j t^ ^ ^

;J=Semi-minimes. à 6 lit loui i l «^«.i i 6 i * i

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