‹ Histoire de la langue musicale (volume 3)Chapitre 5 sur 38 · UT RÉ MI FA SOL LA SI UT · texte numérisé non relu

UT RÉ MI FA SOL LA SI UT

Fig. 10.

Ainsi les degrés i, 4 et 5 de la gamme sont, de par la Résonance, les générateurs de cette gamme, les pivots de la gravitation sonore, aussi bien au point de vue harmonique, qu'au point de vue mélodique. Et un seul et même Accord de III sons, installé par la Résonance sur

' Les chiffres insérés dans le texte et placés entre parenthèses renvoient aux figures.

LA RÉSONANCE îS

chacun des trois degrés i, 4, 3, suffit à engendrer les éléments de notre régime musical.

Les accords les plus compliqués |de IV à VII sons] se peuvent ramener à un Accord de III sons ; toutes les fonctions harmoniques se réduisent à l'activité exercée dans le discours musical, par les degrés i, 4 et 5 de la gamme, porteurs de cet Accord. Et les explications de Riemann, fondateur et propagateur de cette harmonie simplifiée, rendent compte de tous les faits essentiels.

Toutefois, après avoir énoncé ce principe transcendant, qui réduit l'Harmonie in abstracto à la genèse et au maniement de l'Accord Parfait de 111 sons, il importe, par une sorte de paradoxe, de compliquer quelque peu la théorie, afin de la rendre plus claire. En effet tout se passe comme si un certain nombre d'accords distincts, nettement individualisés, avaient un rôle actif dans le langage sonore. Il est avantageux de le leur conserver, dans cet exposé, en avertissant le lecteur que c'est là un pur artifice de pédagogie et en l'invitant, si le goût de « l'harmonie » lui vient, à chercher dans la doctrine de Riemann des solutions plus rationnelles.

Ce qu'on doit affirmer aussi, en dépit de quelques déclarations intéressées venant de professeurs expéditifs, c'est que « l'harmonie en soi », pourvu que soient connues sa genèse et ses limites, est autre chose qu'une théorie. Elle a une objectivité. Même — et surtout — si on la réduit à n'être, dans le fond, qu'un « jeu d'accords parfaits » elle a, en tant qu'enveloppement de toute mélodie, un rôle concret dans l'Art Moderne.

Les Anciens ne l'ont point connue. A peine l'ont-ils soupçonnée. Les rares monuments qui subsistent de leur activité musicale témoignent d'un régime incompatible, en mainte circonstance, avec l'harmonie telle que nous l'entendons. Celle-ci est née des lents tâtonnements de

.-6 LIlARMOiME SIMULTANEE A L'EPOQUE CLASSIQUE

la polyphonie, qui a peu à peu, au cours du Moyen Age, dégagé de la résonance le cortège des harmoniques. Le résultat de ces efforts fut la fondation, au xvi^ siècle, d'une harmonie constituée par le seul accord de III sons, dit « parfait », en raison de ses qualités consonantes et de sa stabilité. Toutes les œuvres de la Renaissance vivent de l'Accord Parfait et de lui seul ; dans toutes ces œuvres, les fonctions de cet accord sont exclusivement celles que Riemann indique, — ce qui est, par l'histoire, la vérification des principes qu'il a posés. Les complications postérieures de l'harmonie, qui ont été progresr sives et qui vont s'accentuant toujours, apparaissent comme des greffes, entées sur l'Accord de III sons, dont elles masquent l'aspect sans en détruire l'essence. Avant d'examiner par quel processus les accords individualisés dans la pratique ont successivement apparu, il est nécessaire de retourner à l'expérience (6) et de faire sur la série des neuf premiers sons des simplifications analogues à celles qui ont engendré l'accord (7) : par suppression des doublures à l'octave, la formule (6)

SOL sol ré sol si ré fa* sol la

se réduit à :

soL ré si fa* la

que nous écrirons, par resserrement des harmoniques contre le son fondamental :

Or si nous comparons cet agrégat sonore à celui qui sera désigné plus loin sous l'étiquette d'Accord Général (3o), nous pouvons croire à leur identité. Et comme toute l'harmonie moderne classique tire ses éléments de l'Accord Général, il s'ensuivrait que la Résonance, directement, les lui eût fournis.

Il n'en est rien. L'accord de V sons émis dans la résonance, — en admettant qu'il y ait des oreilles assez fines pour entendre vibrer les neuf premiers harmoniques, — présente en l'harmonique 7* une perturbation singulière. Dans l'expérience précédente c'est un fa : il est beaucoup trop « bas »; il est extradiatonique et « faux », en ce sens qu'il diffère notablement, par plus de gravité, du fa de la série normale :

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