LA POLYPHONIE
Aucun type de polyphonie n'ayant été présenté dans cet ouvrage après ceux du xuf siècle, on va brusquement passer des balbutiements de l'ensemble vocal à la science achevée du chœur. Au xvi« siècle le contrepoint atteint son apogée. Perfection dans la conduite mélodique des parties qui « chantent », en souveraine liberté, leurs souples cantilènes; perfection dans leur manière de s'agréger, sans lourdeur, en laissant de Tair circuler dans l'ensemble; perfection dans l'arrangement harmonique des diverses voix, qui s'étagent suivant la formule générale de la Résonance, et conservent entre elles les distances moyennes que ce phénomène suggère.
L'accord qui sonne le mieux est celui qui se dispose selon la formule :
Fig. 438.
celle-là même dont on a pu tirer déjà tant d'enseignements. Lorsque les voix humaines, le plus souvent réduites à quatre, sont seules en jeu, le schème essentiel de leur bonne sonorité, dans la région moyenne, se
resserre comme il suit :
Fig. 439-
ame
iQuinte
Il y a toujours avantage à imiter la résonance : l'accord fourni par la superposition des parties mélodiques sera pour l'oreille d'un effet d'autant plus stable que ses intervalles constitutifs auront, du grave à l'aigu, des longueurs décroissantes. On devra donc, en principe, et en moyenne, se rapprocher le plus souvent qu'il sera possible d'échelonnements tels que le précédent ou ceux qui suivent :
Fig. 440. /
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en ayant soin d'observer que si, harmoniquement, ces formules successives ont la même plénitude, elles perdent en sûreté ce qu'elles gagnent en largeur : il faut écrire (( serré » pour obtenir du « son » et de la justesse.
Cela, les artistes de la Renaissance l'ont su et pratiqué ; et il faut admirer d'autant plus leur entente de l'équilibre que l'harmonie, dans leur estime, n'existe pas en soi. Elle n'est qu'une résultante et le produit adventice de l'association des voix ou des instruments. Chacun de ceux-ci ou de celles-là — chacune des « parties » — conserve son indépendance et toute son autonomie : elle ce chante » pour son compte, assujettie seulement à une discipline de bon voisinage, qui interdit certains frottements et contacts avec les autres lignes mélodiques, proscrit le parallélisme persistant des parties entre elles et oblige chacune à se différencier, autant que faire se peut, de ses compagnes. On pourrait représenter un quatuor
LA POLYPHONIE SSg
vocal OU instrumental par le schème ci-dessous qui, grossièrement, exprime ces convenances :