AUTRE
^iÊ3E5?5E^5El?=EE5EiE-^~"li
Jamays nulh tems nom poiretz far amors
"• Une espérance gaie, lui fait chanter gaiement une chanson gaie, pour une dame gaie dont l'amour letieutgai (Ce mot gai est répe'té \ingt-deux fois).
zMZ:
q si-a fais ni maltrag ni a fans car tam
^E555|53g3E5^55gE|E|E?gE
me fay a-ra va-len se-cors que las perdas
5nB ^n^ 1^ BV 1^ '^ f F I ^^ I I BB3
me restaura els clans. Cav-ia près ad reg per
z.nz^M^z^^±±zzlzazz~z:z.^zZzz5zz--z:zl
fo lat- ge. E si anc iorn me fetz en
re mar-rit e-ral pdo lo des-tric el dap
nat- ge ca tal donà fa mos precx obe-
«— JBg.
iml
zir. Don mesmenda tôt cant ma
fag sofrir.
. (Vers et musique de Guill. de St-Didier.)
^ Il ne se rebutera jamais des maux de l'amour, puisqu'il a si bien réparé ceux qu'il avait soufferts par sa folie et qu'il a su fléchir par ses prières une dame qui lui fit ou-
lECUANL-lEM-lESOMEI.
Le chant, quelquefois se prenait comme synonyme de chanson et avait la même acception j d'autres fois au contraire , il avait un sens beaucoup plus général et pouvait exprimer toute poésie susceptible d'être chantée. Il arrivait aussi que ce mot était pris comme synonyme de poème. — Son nom vient évidemment du latin cantare. Certains auteurs prétendent qu'il fut introduit dans la langue provençale jDar le troubadour Giraudde Borneil ^ et, qu'avant lui 5 toutes sortes de poésies étaient comprises sous le nom générique de vers.
Llier tous ses malheurs. — Il n'a plus songé qu'il y eut d'autre dame dans le monde depuis le jour que l'amour le conduisit tout tremblant auprès de celle dont les doux regards s'iusinuèrent dans son cœur et en effacèrent le souvenir de toutes les autres femmes , etc.
(Sle-Palaye, manusc. G (346). Manusc, d'Urfé^ Sy.)
Le 507/ désigne une chanson plus légère, plus suave , plus aérienne , si l'on peut parler ainsi. C'est un mot plein de coquetterie 5 inventé par les troubadours pour exprimer que de la chanson il ne reste que la partie harmonieuse. Ils enlèvent la syllabe qui représente le poème pour ne conserver que la quintescence , la pensée sans sa forme matérielle.
Le sonnet est un de ces diminutifs charmans introduits dans la grammaire par nos poètes. Les italiens les ont conservés dans leur langue, cependant ils n'existent plus dans la nôtre aujourd'hui. Le sonnet veut exprimer quelque chose de plus court, de plus léger encore que le son. Du reste , il n'y a aucun rapport entre cette poésie romane et celle qui porte ce nom maintenant.
LE PlAfflOU COMPIAWTE.
La complainte était vine longue et triste
chanson dans laquelle les troubadours déploraient la perte douloureuse d'une amante , d'un bienfaiteur , d'une bataille. On voit par là que ce genre de pièce avait jadis le même sens que nous lui avons conservé et que , comme maintenant , il servait à raconter lamentablement au peuple les calamités publiques ou les malheurs privés.
Les troubadours nous ont laissé de bien touchantes complaintes, on peut même dire que c'est dans ces sortes de poésie qu'ils excellaient.
On lira toujours avec émotion les vers du jongleur Gaucelm Faidit sur la mort de son puissant protecteur le roi Richard, Nous avons vu les regrets de Bertram de Born sur la tombe du prince anglais , son ami 5 ceux de Lanfranc Cigala , pleurant sa bien- aimée Berlanda, ne sont pas moins attendrissans.
La complainte, presque toujours composée de vers de dix ou de douze syllabes ,
était , comme la chanson , coupée en strophes égales.
Exemple :
De totz Caitius sui ieu aisselii que plus Ai gran dolor — e sueire greu turmen ; Per qu'ieu volgra mûrir!.. E fora m gen Qui m'aucizes, pois tan sui esperdulz , Que yiures m'es marrimens et esglais , Pus morta es ma doua n Azalaïs ; Greu sofrir fai Tira ni '1 dol' ni '1 dan. Morlz trahiritz!,. be vos puesc en ver dire Que non poguetz el mon melhor aucire.
Ai I . . cum fora gueritz et ereubutz , S 'a Dieu plagues qu'ieu fos primieramen Mortz ; lasl.. Caitius no vuelb mais longamen Yiuv' après lieis ; reis perdona '1 Jbesus , Dieus poderos , dreituriers e verais , Salvaire Christ, nomnatz sobre totz gais, L 'n ren l'arma sanb Peire, sanh Joan Que totz los bes y son qu'om puesca dire , E de totz mais la 'n pot hom escondire, etc. ^
{ Pons de Caiideuil. ) ^ De tous les mortels, je suis bien le plus malheureux et
Ce genre dégénéra beaucoup et devint peu à peu la poésie favorite des jongleurs ambulans. Il était plus facile à retenir et à chanter , puis il excitait un plus grand intérêt dans les masses de populaire qui venaient y chercher une action dramatique. Nous pourrions prendre une idée assez exacte de ce que c'était alors quand les jours de foire nous rencontrons dans un village certains bateleurs avinés, huches sur des tréteaux, devant une grande toile peinte où un enfant Jésus encadré dans une armoire, et chantant à la populace ébahie quelque lugubre procès-verbal de cour d'assises. — C'est pour l'ordinaire , aujour-
celui qui souffre davantage; aussi voudrais-je mourir! et celui qui m'arracherait la vie me rendrait un service, etc.
Une observation curieuse et fort importante à faire ,
c'est que dans tout le courant de cette pièce le septième
vers de chaque strophe finit par la même cousonnance et
ne rime avec aucun autre. • — Ces jeux de poésie sont fort
communs dans les ouvrages de nos troubadours»
d'hui comme autrefois , un vieillard en haillons qui psalmodie à tue-tête sa piteuse histoire, le corps à moitié penché sur une espèce de viole dont il fait grincer la corde unique en manière d'accompagnement , tandis que son compère ou son épouse , une longue baguette à la main , montre successivement à la foule chacun des couplets retracés dans une des cases de l'énorme toile peinte en échiquier.— Ainsi nous avons vu Gaucelm Faidit , Communal , jongleur de Garins d'Apchier, Guillaume Adhémar et tous ceux auxquels la misère ne laisse pour théâtre que la place publique.
LE COIIPIET.
Comme aujourd'hui, la cobla désignait un ensemble de vers rimes , mesurés et groupés d'une façon régulière , se reproduisant ensuite dans le même ordre un certain nombre de fois.
Aissi cum es bella cil de cui chan , E belhs son nom , sa terra e son castelh , E bellis sieys dig, siey fag e siey semblan , Vuelh mas coblas movon totas en belb i.
[Guilh. de St- Didier.)
lA m
La tenson était une pièce de vers en forme de scène dramatique dans Jaquelle deux ou plusieurs interlocuteurs défendaient tour- à- tour 5 par couplets de même mesure et en rimes semblables , des opinions contradictoires sur diverses questions de morale, d'amour, de chevalerie.
Il arrivait souvent , dans une cour d'amour par exemple, qu'un troubadour, sûr de ses forces et fier de son talent ,
1 Comme ctllt qùfe ye c^aute est une belle personne , que SG^H nom, sa lerre, son ïîMtieau sont feçaux, que «e* paroles, sa conduite et ses manières le sont aussi, je veux faire en sorte que mes couplets le deviennent.
provoquait un rival en lui adressant, en manière de défi , un premier couplet sur un sujet quelconque. Si le poète attaqué acceptait la lutte , il relevait le gant et improvisait aussitôt une réplique. Alors la discussion s'engageait , toujours resserrée de part et d'autre dans les limites rigoureuses du couplet, de la rime et de la mesure. A la fin l'assemblée, juge du combat, décernait une couronne au vainqueur. — Rien n'était plus ordinaire dans les grandes fêtes que ces sortes de jeux poétiques. Par là on peut apprécier les ricbesses et la fécondité de cette langue provençale qui soudainement fournissait pour le développement d'une idée tant de gracieuses ressources.
Cependant la tenson n'était pas toujours improvisée ; un grand nombre avait été convenu à l'avance. D'autres, ce sont celles qui nous sont restées , étaient entièrement de la composition du même auteur. Libre de son argumentation , celui - ci
faisait alors parler les deux adversaires à son gré , se préparait d'ingénieuses répliques et trouvait ainsi le facile moyen de développer son savoir et son esprit.
Quelquefois il arrivait qu'un poète érudit composait une tenson en plusieurs langues.
Exemple :
Tenson de Rambaud de Vasqueiras ,
ENTRE LUI et UNE DAME GENOISE.
Rambaud parle en provençal et la femme
en génois.
Rambaud.
— Domna , tan vos ai pregada , Sius platz , qu'amao mi voillatz ; Qu'eu sni vostr' endomeniatz , Quar es pros et enseignada E totz los pretz autreiatz , Per que m plai vostr' amistatz.
Quar es en totz faitz corteza , S'es mos cors en vos fermatz Plus qu'en nulla Genoesa , Per qu'er merce si m' amatz :
E pois serai meils pagatz , Que s' era mia '1 ciiitalz Ab l'aver qu'es ajostatz Dels Genoes.
La Dame.
— Juiar , vos no se corteso , Que me chardei ai de cliô Que niente non farô.
Ance fosse vos a peso Vostr' amia non serô.
Certa ja v' es carnero , Provensal mal aqurado ; Tal enoio vos dirô, Sozo, mozo , escalvado »
Ni ja voi non amarô, Qu' ech un bello mariô Que voi no se ben lo sô.
Andai via, frar', en tempo Meillorado.
Rambaud.
— Domna genl' et.... etc. ^
1 Traduction. —Madame, jeyous ai tant prié qu'il vous
Sous la forme de tenson , le troubadour aborde les hautes questions de morale et de philosophie. Par ce moyen, d'un côté il peut présenter l'objection , de l'autre la réfuter.
L'un met deux peuples en présence pour faire exjjoser à chacun les avantages de son pays et les vices de la nation rivale \ l'autre s'entretient avec l'amour ^
plut de m'aimer; car je suis votre esclave. Vous êtes bonne, bien élevée et remplie de vertus; aussi me suis-je attaché à vous plus qu'à nulle autre Génoise. Ce sera charité de m'aimer, vous me ferez ainsi plus riche que si l'on me donnait Gênes et tous les trésors qu'elle renferme.
— Juif, vous n'avez, aucune courtoisie de venirm'importuner pour savoir ce que je veux faire. Non, jamais je ne serai votre amie, dusse- je vous voir éternellement à mes pieds. Je t'étranglerais plutôt, provençal mal appris; mon mari est plus beau que toi; passe ton chemin et va chercher fortune ailleurs!.,.
1 ïenson d'Albertetz el Monge. Manusc. E de la Bibl. royale, ,n^ 7^9^, fol. 222. — Ste-Palaye , Manusc. E, chant 386 et manusc. D , page 698.
2 Tenson de Peyrols d'Auvergne et de l'amour (Millot, t. I, p. 33i).
celui-ci suppose un rêve dans lequel lui apparaît un grand aigle volant par les airs et faisant fuir tout ce qu'il rencontre sur son passage. — I/aigle signifie l'empereur qui vient par la Lombardie , et un immense vaisseau qui s'avance à travers les terres représente l'armée allemande^,— celui-là enfin monte en paradis pour avoir une longue conversation avec Dieu.
Exemple :
Tenson entre Dieu et le moine de Montaudon.
L'aulrier fui en paradis , Per qu'ieu sois gai e joios , Quar me fo tant amoros.
Dieus a cui tôt abezis , Terra , mar , val e montanha , E m dit :
1 Tenson de Nicollet et de Jean d'Aubusson (Milîot; t. II, p. 207).
Dieu.
Mongc , quand venguis , Ni com estai montaudos , Lai on as noiajor companha ?
Le Moine.
Senher , estât ai in aclis En castra un an o dos , Per qu'ai perdut los baros :
Sol auar vos am eus servis Me fan lor mor estranha .
En randos , cui es paris , Non fon anc fais ni ginnos ; È cre que mos cors el planha»
Dieu.
Monge, ges ieu, etc.
Mais le plus souvent les tensons étaient des satyres dialoguées entre deux individus qui s'accablaient réciproquement d'où-
DE LA LANGUE ROiMANE. 229
trages, se reprochaient leur lâcheté \ se prouvaient l'un à l'autre leur ignorance , et terminaient quelquefois par un délî à la manière de Vadius et de Trissotin,
Les troubadours appelèrent aussi la tenson, partimen ; — du verbe séparer, diviser, pris dans le sens de diviser une question proposée. Ce titre de partimen s'appliquait spécialement aux tensons amoureuses qu'on appelait aussi jocx partitz , jeux partis.
Lorsque la tenson avait plus de deux interlocuteurs, elle prenait alors généralement le titre de tornejamen , tournoiement, tournois. Ce qui indiquait que chaque individu avait régulièrement la parole à son tour pour défendre son avis et combattre celui de ses adversaires.
1 Tenson entre Gui et Falco ( Millot , t. I, p. 4^); entre Bertrand de Gordon et Pierre Raymond ( Millot , t. Il, p. 44*^)? entre Albert, marquis de Malespina , et Ramhaud de p^aqueiras (Miîlot, t. 1, p. 335),
lE mnmi
Le sirvente était une pièce satyriqiie dans laquelle le troubadour critiquait les yices des hommes et des choses de son temps. Ce genre de poésie fut à toutes les époques fort en crédit en France. 11 n'est presque pas de poètes des 12®, i3^ et i4^ siècles qui ne l'ait abordé. Aussi les historiens qui voudront étudier les oeuvres de nos troubadours y trouveront-ils des docuniens pleins d'intérêt et qui attendent encore, mystérieusement cachés sous le rideau, qu'une génération laborieuse vienne les arracher de la nuit.
Il ne faudrait pourtant pas vouloir juger de la vertu du satyrique par l'amertume de ses reproches , par la sévérité de ses leçons et l'autorité de sa morale. 11 arrivait souvent que les barons les plus débauchés, que les chevahers les plus discourtois étaient ceux qui , dans leurs vers , affec-
DE LA LANGUE ROMANE. 2ol
talent le plus de rigorisme. De tous temps ce fut ainsi , quoique les exceptions soient nombreuses. — Guillaume IX , dont nous connaissons les mœurs corrompues, publie cependant un chant pieux sur les croisades; Robert , évêque de Glermont , prélat méchant et ambitieux, lance des malédictions et écrit des sirventes contre son frère Je comte Gui et contre le dauphin d'Auvergne qui à son tour le poursuivit sans pitié; le moine de Montaudon , un des poètes les plus libertins du moyen - âge et qui avait jeté le froc pour prendre l'habit de chevalier, écrit contre le relâchement des moeurs monacales ; Folquet de Marseille , évêque de Toulouse , si célèbre par son cruel fanatisme , nous a pourtant laissé d'amoureuses chansons adressées à madame de Pioquemartine.
Les sirventes les plus remarquables et les plus dignes de l'être furent ceux publiés à l'occasion des croisades , pour exciter l'enthousiasme des chrétiens de
Fiance. J'ai déjà eu occasion de faire voir que, dans ces temps de croyance et de clievalerie, la lyre du poète n'était pas seulement comme aujourd'hui un bel instrument de paresse pour nous charmer par ses doux accords et nous reposer doucement le soir de nos travaux du jour ^ c'était une arme quelquefois plus meurtrière que la lance et l'épée. — Quand il était encore enfant, le seigneur en apprenait l'usage^ plus tard, devenu suzerain, il l'employait souvent avec succès pour se faire des alliés et déconsidérer son ennemi. Nous avons cité les noms de Bertram de Born et de Capdeuil, nous pourrions encore ajouter ceux du comte d'Empurias , de Raymond de Tor , de Guillaume de Saint-Didier, de Boniface de Castellane , de Sordel , de Cigaîa, de Hugues de Saint-Cyr, de Pierre Cardinal, le roi du sirvente, le Juvénal du moyen-âge français. Aucun ne mania Je sarcasme , ne poursuivit le vice avec une verve plus implacable. Soldat tou-
jours armé , sa vie , la plus longue que puisse espérer un homme , est un combat sans repos contre les médians de son siècle. Le clergé, la noblesse, les grands et le peuple subissent tour-à-tour ses attaques. Il n'épargne personne 3 aussi futil persécuté. C'est sans doute dans un jour de colère et d'abandon qu'il composa la fable suivante , qui peut servir d'exemple pour le sujet que nous traitons.
Jtfssi comensa la Gesta defra P. Cardinal,
Cilz motz homes fan vers , Jeu voly esser divers , Que vuelh far uoa versa :
Lo mon es tant revers Que fa del drech evers ^.
1 Puisque beaucoup d'hommes font des vers, — Je ne veux pas être difTe'rent — Et je vais faire une poe'sie. — Le monde est si pervers— Qu'il fait de l'endroit l'envers. —Tout ce que je vois est en désordre;— Le père vendleifils — Et ils se dévorent l'un l'autre; —Le plus gros blé est du
21i HISTOIRE
ïot cant \'eg es gorbilh, Que lo payre ven lo filh E l'un l'autre dévora ; Lo plus gros blat es milh , Lo carael es conilh; Lo mou diûs e defora Es plus amar que thora
Lo papa veg faillir, Car vol rie enriauesir E'is paubres no vol veyre; Lo aver vol recuîhfr , E fay se gent servir ; En draps dauratz vol seyre , E a'is bos mercadiers Que doaa per deniers Aves quatz eymanada ; Tramet nos ranaîiers ,
roillet; — Le chameau est un lapin ; — Le monde du dedaus et celui du dehors — Est plus amer que le fiel.
Je vois le pape faillir, — Car il est riche et veut encore s'enrichir ; — Il ne veut pas voir les pauvres. — Il veut ramasser des biens ; — II se fait très-bien servir — Il veut s'asseoir sur des tapis dore's ; — Et il vend à des marchands, — Pour quelques deniers, — Les e'vêche's et leurs ouailles;
Ouistans ara lors letriers Que dono perdo per blada , Que fan poiezada.
Los cardenals ondratz Estan apparelhat?
ïota la nuog e' 1 dia Per îost fao i mercat :
Si yolelz avescat , 0 voletz abadia , Si lor datz gran aver EIs vos faran aver Capel yermelh o crossa.
Am fort pane de saber , A tort o a dever , Vos aureîz rend a grossa , May q pauc dar no y noza.
— Ilnouseuvoie des usuriers— Qui , quêtant de leurs chaires,
— Donnent le pardon pour du ble'; — Et ils en ramassent de grands tas.
Les cardinaux honore's sont prépare's —Toute la nuit et le jour — A faire un marché de tout; — Si vous voulez un évêché — Ou une abbaye, — Donnez-leur de grands biens ;
— Ils vous feront avoir — Chapeau rouge et crosse. — AA'^ec fot peu de savoir, — ' A tort ou à raison — Vous aurez de fortes rentes; — Mais si vous donnez peu, cela vous nuira.
230 IIISTOIKE
Dels avesques m' es bel , Car escorjon la pel Als cappelas q an renda ; Els i^endo lor sagel , En 1 pauc de cartel , Dieu sap sey cal emeda E fan trop may de mal Que a 1 menestayral Fan per deniers tonsura ; Tôt es mal cominal A la cort temporal , Que y pert sa drechura E la glieyza ne pejura !
Ades seran trop may Clergues , pestres , so say,
C'est moins beau chez les e'vêques; — Car ils ecorchent la peau — Aux prêtres qui ont des revenus. — Ils vendent leur sceau — Sur un peu de papier, — Dieu saits'illeur faut des gratifications! — Et ils font tellement de mal, — Qu'à un simple métayer —Ils donnent la tonsure pour de l'argent.— Le mal est le même — Dans leur cour temporelle; — Elle y perd sa droiture — Et Te'glise en devient plus affligée. Maintenant il y aura beaucoup plus — De clercs pasteurs,
Que no so boayralha ; Cascus son par decay, Ben so letratz , so say, Ja dire no m'o calha ; Casus son defaliiens , Que vendo sagramens El may q may las messas ; Cant coffesso las gens Laygas , non malmerens , Donan lor grans deslressas , Non pas a preveyressas
11 est certains sirventes que les troubadours dédaignaient de chanter eux-mêmes, soit qu'ils poursuivissent des passions de trop bas étage , soit qu'ils blâmassent des lâchetés si honteuses , que pour leur
dit-on , — Qu'il n'y a de brebis. — Chacun trompe les siennes. — On assure qu'ils sont bien lettrés, —Je ne puis jamais l'avouer. — Tou3 sont en faute , — Puisqu'ils vendent les sacremens— Et depîus en plus les messes. —Quand ils confessent les gens — Laïques qui n'ont pas fait du mal, — Ils leur infligent de grandes pénitences — Qu'on ne saurait préyoir.
témoigner plus de mépris ils les fesaient chanter par les jongleurs , d'où est venu à cette espèce particulière le nom de slrvente joglaresc.
lA PASIOlIEllE.
Les pastourelles , quelquefois appelées Yaclières (vaqueyras") , étaient des espèces de poésies pastorales , d'églogues dialoguées entre le troubadour et un berger ou une bergère. Toutes celles que renferment nos manuscrits datent du i3^ siècle. Les plus remarquables sont celles de Giraud Blquier, de Jean Estève de Bézîers et de Paulet de Marseille.
Exemple :
Pastourelle de Jean Estèi>e (i283).
El dous temps quan la llor s'espan Sus 'el verjau ab la verdor , M' anava totz sols delechan
Del joi pessan que m ven d'amor En un deves anheîs garan leu vi denan ab un pastor
Gaia pastorella ,
Covinent e bella ,
Que vesti gonella
D'un drap yelat belh ,
E' 1 pastorelh '^ .
Près d'elb me mis en loc rescos , Que nulh de dos no m pose vezer , E' 1 pastora moc sas razos Com gai 'e pros ; e dis : Per ver , Gui mon paire m vol dar espos Vielh, raïnos, e rie d'aver. —
1 Traduction.— Pendant cet heureux temps, où les fleurs se mêlent à la verdure, je m'en allais un jour tout seul me laissant aller aux joyeuses pense'es que fait naître l'amour, lorsque tout-à-coup j'aperçus, vers un endroit écarté, un Lerger et une vive pastourelle, jeune et belle, ils étaient beaux et bien mis l'un et l'autre.
Je me cachai près d'eux de manière à ce que ni l'un ni l'autre ne pût me voir. La jeune fille parla première, et dit : Vraiment, Gui, mon père veut me donner un mari vieux et cassé; mais riche. — Ce sera un mauvais parti,
— Mal 'er la chauzida , Dis Gui , siiis marida , N a flors , eus oblida Selh que per marit Avetz chauzit.
— En Gui , mos cors vos es volvens , Quar paupramens vos vei estar, — Na flors paupre jov' es manens , Quan vin jauzens , pus ses duptar Que '1 vielh rie qu 'es tôt l'an dolens Qu'aur ni argens no 1 pot joi dar.
— En Gui, que queus aia
Dig , amor veraia
Vos port , nous desplaia ;
Que fin cor verai ,
Amies, vos ai.
dit Gui, si vous vous décidez à l'épouser, dame Flore, et si voua oubliez celui sur qui était tombé votre choix.— Las! Gui, depuis que je vous vois pauvre j'ai changé de pensée. — Dame Flore, un jeune homme pauvre est riche quand il est heureux, et bien plus riche encore que ce vieux opulent qui toute l'année ne fait que se plaindre ; son or et son argent ne pourraient lui donner le bonheur, à lut— Ne vous chagrinez pas, mon cher Gui, et malgré
DE LA LANGUE ROMANE. 2il
Del loc don los agui scotatz Vengui empatz tro alhs ses brui , Baizan los trobiei abrassatz , D'amor nafratz , joi entr' amdui Saludiei los , mas ver sapchatz Que saludatz per elhs no fui ;
E' 1 pastora blonda
Dis non jauzionda :
a Senher , Dieus cofonda
» Qui joc jaiizion
» Tolh al bel blon. »
— Na flors , per queus desplatz de mi Mas quez à n gui quar aissè so?
— Senher , vos nostres noms cossi Sabetz aissi? ans me sap bo.
ce que ie viens de vous dire je vous porte un véritable amour. Ami, mon cœur vous est tendre et fidèle.
— De l'endroit où j'écoutais, je m'avançai doucement près d'eux et les trouvai enlacés dans les bras l'un de l'autre s'embrassant, navrés d'amour et de joie. En ttie montrant je les saluai; mais sachez qu'ils ne me rendirent même pas mon salut. La blonde bergère me dit d'un air de fort mauvaise humeur : « Que Dieu confonde, Monsieur, » ceux qui viennent ainsi troubler les plaisirs de jeune
— Na flors, tan près era d'aissi Que 'Is noms auzi e la tenso.
— Senher, noi fo fâcha Falor ni atracha.
ïoza , qui s'en gâcha De ben fai atrag Qu' a tos temps fag.
Ma razo retracha , Ses tota empacha Parti m de lur pacha.
Non lur fi empag ; Pus m retrag. — En Guillem a fâcha De lodeva gâcha De valor antracha , Per qu'ieu s'onor gach , Bel rai, be fach.
» jouvenceau. » »" Mais, dis-je, pourquoi donc, dame Flore, êtes-vous plus irrite'e contre moi que Gui lui-même ?
— Comment donc sayez-vous ainsi nos noms, Monsieur?
— Eh! mon Dieu, Madame, parce que j'e'tais ici près et que je les ai entendus ainsi que votre conversation. ■^ Monsieur, nous ne sommes coupables ni de folie ni de trahison ! — Bergère qui se tient sur ses gardes s'en trouve toujours bien. — Je dis et me retirai sans vouloir troubler plus long-temps leur doux accord.
lA SIXIll.
Le troubadour Arnaud Daniel passe pour être le premier qui ait composé de ces sortes de pièces , en général fort mauvaises. On conçoit qu'il ne pouvait en être autrement , puisque l'arrangement des mots et des vers est obligé de subir une torture continuelle.
En effet, la sixtine se composait de six couplets 5 chaque couplet de six vers ne rimant pas entr'eux. Les bouts rimes du premier couplet étaient répétés à la fin de tous les couplets suivans dans un ordre régulier. Quoique très-compliqués , les bouts i-imés du second couplet se composaient de ceux du premiers en prenant alternativement le dernier, puis le premier et successivement de bas en haut et de haut en bas , jusqu'à ce que toutes les rimes fussent employées.
Le même ordre de retour avait lieu
Hi HISTOIRE
pour chaque couplet suivant qui se combinait d'une manière semblable avec le couplet précédent.
Enfin, la pièce était terminée par un envoi dans lequel tous ces bouts rimes se trouvaient répétés.
On conçoit qu'un pareil genre de composition n'était qu'un tour de force, qu'un jeu dont nous ne saurions faire le moindre cas aujourd'hui.
lE DESCORT.
Descort signifie discordance. Ce mot fut appliqué aux pièces irrégulières qui n'avaient pas à chaque couplet , comme c'était l'ordinaire dans presque toutes les poésies des troubadours , des rimes semblables , un même nombre de vers ou une mesure égale.
C'est le poète Garins d'Apchier qui , dit-on , fut l'inventeur de ce genre de
poésie, ou plutôt, le preniier qui leur donna ce nom.