‹ Histoire de la langue romane (roman provençal)Chapitre 2 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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€on$iî>/ratian0 préliminaires.

OUVRONS notre histoire au moment où deux partis se divisent les Gaules, l'un qui veutl'hérédité des chefs de Clans, l'autre qui réclame l'élection populaire ^ Le

"1 Coesar , liy. I, chap. 16. — Liv. VU, chap. 33, Liv, V, chap. 7.

premier appelle à son secours les Suèves, le second attend les Helvètes. Alors, un druide accourt au sénat romain , implorant son intervention souveraine ^ César arrive , chasse les Helvètes et les Suèves, et se rend maître du pays ^.

Pourrait-on déterminer , comme un grand nombre Ta déjà recherché, quels étaient les idiomes parlés dans les Gaules à cette époque ?

La question serait difficile, sans profit, si toutefois il était possible d'atteindre une solution précise. Nous trouvons , aussi loin que no tre vue puisse s'étendre , le pays habité par d'innombrables tribus^ — ces tribus s'isolent, se confondent, partent pour de longs voyages, se répandent sur toute la terre et

'J Ciceron , de Divin. , i.

3 Plut, in Cœs, — Dio. liv. XL , Ap. scr. r. Franc. I, 5i3. Micheletf Hist. de Fr. , tome i, p. 6j.

reviennent clans leurs forets j — mille peuples divers traversent à leur tour le J^ays en tout sens, tantôt réclamant les secours de l'hospitalité , le plus souvent se ruant en ennemis furieux j — puis de nouvelles émigrations se succèdent , se croisent, se multiplient sans cesse.

Les sillons tracés par l'étranger coupent le sol , mais ne le divisent pas également. —.Ici, le Grec s'est arrêté — Autour de lui se répandent quelques rayons obscurcis de sa langue mêlée aux idiomes des campagnes environnantes, =—= Des Allemands viennent ensuite et se rendent maîtres de ce point. — Une troupe de soldats romains recrutés, qui en Espagne, qui en Egypte , qui en Italie , campent dans ce même lieu 5 — et après quelque séjour en sont chassés par les Goths, qui fuient à leur tour devant l'armée redoutable d'Attila.

L'histoire de ce point sera celle de toute la Gaule. — Il est vrai, comme l'enseigne M. Abel Pœmusat , qu'en général une langue

étrangère se mêle à la langue indigène en proportion du nombre de ceux qui l'apportent dans le pays ; mais le nombre seul ne suffit pas. Il faut encore tenir compte de la durée du séjour, de l'influence physique et morale de l'étranger , du degré de civilisation, des mœurs, des usages, de

la religion qu'il importe; puis il est des idiomes qui ont plus ou moins de sympathie les uns pour les autres : l'italien repousse l'allemand et se marie avec l'espagnol.

Généralement , les langues des mêmes climats ont entr' elles de plus grandes affinités de rythme, d'harmonie, de parenté, pour ainsi dire; probablement, parce que les peuples ont entr'eux, suivant leurs positions, de plus grands rapports organiques, intellectuels, sociaux. Les gens du Nord, nomades par les nécessités de la température , se font chasseurs ou guerriers. Ils habitent les montagnes et les rochers ; leur pays est froid, leur ciel est noir, leurs bras

sont robustes et leurs veines se cachent sous une triple cuirasse. Tout contribue à endurcir leurs organes. Leur langage ne doit-il pas être comme eux, âpre, bref, rude et barbare ? — Les méridionaux , au contraire, mollement couchés sous un beau soleil qui les réchauffe , sont pleins de langueur et de paresse. Leur ciel est pur, leur terre est fertile, leur sang pétille au premier mot ; mais ils retombent assoupis. Leurs organes délicats demandent une langue flexible, douce,-- sonore, mélodieuse, vive et cependant nonchalante comme eux. M. Guillaume de Humbold 2i fouillé dans la profondeur de notre histoire j si quelque lumière frappe nos yeux , c'est à ses recherches que nous en sommes redevables. Il remonte aux temps les plus reculés et voit les Ibères occuper les îles de Sicile, de Sardaigne et de Corse; il les retrouve ensuite étendus sur tout le midi de la Gaule, dans l'Aquitaine, le Languedoc , la Provence ; puis il les suit sur les côtes de la

Méditerranée jusqu'à l'embouchure du Guadalquivir.

Ce savant, guidé par l'étude de la langue basque ^ , débris unique de la population ibérienne , tire une ligne imaginaire de ^ilbao à l'emboucliure du Guadalquivir.

D'un côté, il n'aperçoit rien de celtique dans la terminaison des mots, ce sont des finales lentes qui s'éteignent avec douceur; de l'autre , au contraire, les mots sont brefs, durs et se terminent sèchement.

Dans la Gaule, il est plus difficile de suivre les rayons ibériques. Les lignes sont brisées sur un grand nombre de points ;

l De cette langue basque, que nous est- il resté? peu de chose. Un petit nombre de mots qu'ënumère M. Fairriel , et voilà tout. Tels sont les mots g'Oi , ennui^ aise^ vague^Qic,^ noms inconnus aux Latins et que les Basques seuls semblent nous avoir transmis. — Pour leur alphabet, leur littérature , nous sommes aussi bien pauvres en enseignemens. Leur alphabet, transmis probablement par les Phéniciens et voisin de l'alphabet grec, a quelque analogie avec l'alphabet runique, commun aux peuples de Germanie.

(Journal de VInst. publ, ^ 3i décembre i835.)

tout-à-conp elles brillent avec éclat, puis on cherche la trace qu'elles auraient dû laisser pour aller rejoindre les lieux où on les retrouve encore. Ainsi, le sillon traverse le Languedoc , la Provence , disparait pour reparaître et s'étendre jusqu'aux bords de la Loire. — Yers le sixième siècle, enfin, les persécutions religieuses chassent de leur pays les Biscayens et les IXavarrais qui viennent chercher au-delà des Pyrénées un asile tranquille, Cette émigration valut, aux contrées françaises qu'ils choisirent, un peu de civilisation et des corrections heureuses dans le langage. ,

Les principaux idiomes des Gaules , si loin que nous puissions remonter, se trouvent compris : d'un côté , dans le celtique , le kjmrj , V écossais , le breton , le gallois , r irlandais , le belge; de l'autre, dans Vibérien, V espagnol, ensuite le grec et le latin. Au centre, sont les grands creusets où tant d'élémens divers viennent se fondre avec le temps. S'il y eut jamais une langue mère,

c'est dans les montagnes qu'elle a dû vivre le plus long-temps sans doute 3 aussi est-ce là qu'il faut recourir pour rencontrer encore quelques traces des anciens vocabulaires de la Gaule indépendante ^ .

1 Partout, pour faire place au latin, la langue ou plutôt les langues du pays disparurent ; il resta cependant des traces curieuses de ces idiomes primitifs dans trois endroits, les montagnes de l'Auvergne, là Basse-Bretagne et le pays basque.

L'Auvergne a fini par laisser échapper ces curieux vestiges d'une haute antiquité ; ils subsistent encore en partie dans le cœur de la Basse-Bretagne , où les travaux de plusieurs savans du pays en ont empêché la destruction et l'oubli, eu consignant dans les livres ce qui en restait encore de leur temps.

Quant à l'idiome du pays basque , véritable langue en pleine vigueur , remarquable par sa richesse et son originalité, elle a, depuis Rabelais jusqu'à nos jours, fixé les regards de plusieurs philologues; récemment encore elle a reçu le plus grand lustre des doctes travaux de deux célèbres académiciens , MIM. Guillaume de Humbold , de Berlin, et Fleury Lécluse, de Paris.

(^Sources antlq, de laLittér franc, ^ par Berger de Xiver, p. 25.) — Le Brigant , Elém, de la langue des Celtes gomérif/ues f Sirasb. 1779. — Examen critiq» du Manuel de Iq langue basque , par lord Orhersrgarris.

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