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CHAPITRE SECOND

Calmt^u^ ïï^pub la (onquJkjuaqu'a (JÎI)arlemo^ue,

jPRÈs avoir vaincu par Fépée, les PiOmains durent assurer leur conquête par la civilisation 5 c'était ce que nul autre peupie n'avait fait avant eux. Ils ne se préci- "%

pitent pas dans les provinces comme une

liorde sauvage qui vient tout ravager j au contraire, ils ne font qu'ouvrir les barrières de l'Italie et les portes de Rome aux nouveaux citoyens qu'ils appellent.

Un grand et sage principe de leur politique était d'imposer aux nations vaincues l'obligation de parler leur langue, après ] es avoir contraint à l'obéissance \ Aussi, dès que la Gaule est soumise , le sénat se hâte d'y envoyer des préteurs et des juges; et une loi expresse ordonne à ces magistrats de ne promulguer qu'en latin leurs édits ^.

Les empereurs d'Orient, qui faisaient leur résidence à Constantinople, suivirent cet exemple ; les lois adressées aux préfets et aux exarques de leur empire furent toujours écrites en latin, au moins jusqu'au règne de Justinien.

'» Saiût Augustin. — De civilate Dei , My-. XIX, chap. 7. 2 Sccrela h prcetorihus latine intcrponi dchcnt, — L, Décréta >. , lib. 42, tit. I.

Cette fierté de la langue romaine ne se faisait pas sentir seulement chez les nations incultes, elle allait encore frapper même la Grèce , sa mère et sa nourrice. — Par exemple , un gouverneur des provinces grecques, homme considérable , perdit son emploi 5 parce qu'il ignorait le latin. — Un ambassadeur Ijcien fut ignominieusement renvoyé sans avoir été entendu , par le même motifs — Tibère lui-même s'excusa devant le sénat d'avon^ été obligé de se servir d'un terme grec, et fît effacer d'un décret le mot emblème, préférant une périphrase à une expression étrangère ".

Cependant , quelle était donc chez le peuple de Rome cette langue victorieuse qui s'était avancée ainsi chez les barbares conduite par des soldats armés ?..

Etait-ce cette langue élégante et correcte

1 Diod, Casi., lib, 60,

2 Sueione, in Ttb,^ chap, 71,

qu'avait parlé César? cette brillante érudition de la cour d'Auguste? Etait-ce cette latinité facile de Grégoire de Tours? ce style grossier , mais intelligible, des vieilles cours de justice, des jurisconsultes , des historiens du Bas-Empire ? Etait-ce au moins cet idiome presque barbare qui servait à l'usage des prêtres, des avocats et des médecins, lorsqu'ils étaient en fonction?

Certes, bien loin de là. Quel latin pouvaient parler en effet des hommes appelés de tous les points du globe et qui, tout-àcoup réunis sous les aigles romaines , s'avançaient en légions dans des pays indomptés.

Ceux qui prétendent que ce fut uniquement dn mélange de pareils grammairiens aux populations vaincues que surgit la langue romaine dans les Gaules , se trompent fort. Je conviens que , menu peuple, soldats, petits marchands, artisans et esclaves n'eurent guère d'autre moyen d'instruction que d'entendre et de voir, d'où

vint à leur langage les noms de lingiia r«5tica , vulgaris, militarîs,provincialiSyUsualis ^ Toutefois ce qui donna à la langue latine cet avantage sur toutes les autres, ce fut d'abord, comme nous l'avons dit, l'obligation de la parler imposée aux magistrats , par conséquent aux jurisconsultes et à tous ceux qui sollicitaient quelques faveurs du sénat j mais surtout, ces brillantes écoles de Marseille, de IXarbonne, de Toulouse, de Bordeaux , de Lyon ^ , de la cité d'Auvergne , de Poitiers , de Besançon , de Trêves et d'Autun ^

i Sidoine Apollinaire le désigne sous le nom de Celtici sermonis squama , et félicite le patrice Ecdicius , fils de l'empereur Avit , d'avoir banni un pareil idiome du langage de la noblesse gauloise, par le rétablissement des écoles publiques en Auvergne. Tuce personce quondam dehitum,,,, (Sid. Apoll. opéra.)

2 Voir les Me'moires des inscript, et belles-lettres , t. 24 (par Bonamy),

Aut Lugdunencem rhetora dicturus ad aram (Juvénal).

3 Cette dernière ville était le lieu où, dès le règne de

Avides de savoir, les peuples se précipitaient dans les universités et s'empressaient d'étudier la langue, moins pour ellemême que pour avoir la clef qui seule devait leur ouvrir tous les trésors de la savante antiquité.

Ce qu'on avait subi d'abord par contrainte, peu à peu on le recbercba par nécessité, par intérêt, par ambition \ Le besoin de se faire entendre des Romains des colonies qu'attiraient les affaires de l'empire ou le commerce, aida les progrès de la nouvelle langue dans les villes importantes. Beaucoup d'autres cités aperçurent un moyen d'émancipation politique et de

Tibère, la jeune noblesse gauloise venait s'instruire. Elle conserva encore sa liberté sous Constantin , comme on l'apprend du pane'gyrique qu'Euménius prononça en l'honneur de l'empereur Maximilien et de César Constance Chlore,

1 Gallia caiisidicos docuit facunda Britaiinos. "'

(Juvénal, satyre xv , v. 3.)

distinctions honorables , en s'empressant d'adopter l'idiome, les usages, la discipline civile et militaire des vainqueurs. « Les » hommes, nous dit saint Chrjsostôme , j » trouvèrent une source de fortune, de )) gloire, d'indépendance. » C'est pourquoi grand nombre de Gaulois , ardens à l'étude comme à la guerre , se mirent sérieusement au travail 5 et bientôt, habiles en droit, en médecine , en rhétorique , passèrent les Alpes pour aller les enseigner à l'étranger. Ils vinrent jusqu'au milieu de Rome professer les sciences et les lettres.

Le latin devint donc de jour en jour une langue parfaitement étudiée dans les Gaules ^ Non- seulement on le parlait dans les académies, les écoles, les églises et les cours de justice , mais il servait encore dans les usages de la vie chez les personnes

1 Voir l'opinion contraire développée dans Miclielet. {Hist, de France f t. I , p. iSy.)

bien élevées. C'était dans cette langue qu'Z^ilaJre de Poitiers écrivait à sa fille , Sévère à sa sœur et à sa belle-mère , saint Jérôme et saint Avit aux dames gauloises , qui répondaient de la même manière. Sidoine Apollinaire, parlant des ouvrages à mettre entre les mains des femmes, cite comme des meilleurs ceux de saint Augustin, de Prudence, d'Origène, de Virgile et à' Horace^. Saint Césaire d'Arles adressait ses exhortations latines aux religieuses qu'il dirigeait. Le poète Fortunat , qui plus tard devint évêque de Poitiers , dédia ses poésies à des dames pieuses ^ et Martial se réjouit , parce qu'à Vienne tout le monde avait et lisait ses ouvrages ^

César l'avait dit : Les Gaulois ont une merveilleuse facilité pour apprendre ce

1 Sidoine Apollinaire , l. II, ëp, 9.— iJo^rwe/or^ , Gloss,, 1808. — Raynouard, t. I, p. i37.

2 Martial , liy. VII, ëpist. 87.

qu'on leur enseigne, pour imiter ce qu'ils voient faire aux autres. — Ils sont fiers y orgueilleux, ajoute-t-il autre part ^ — L'éloge et le blâme étaient vrais, il faut en convenir. Car nous voyons que, dans leur vanité , les nouveaux parvenus prirent pour devise de leur éloquence un Hercule colossal étendu sur le monde. Ce dieu, par une chaîne suspendue à sa langue et dont les deux bouts étaient attachés aux oreilles des peuples , les attirait tous à lui.

Ce qui avait singulièrement aidé cette conquête facile de la langue romaine c'est, il faut le reconnaître, la vieille parenté qu'elle avait droit de revendiquer avec la gauloise. Personne n'ignore en effet que le latin s'est formé primitivement du dialecte dorien avec les inflexions de l'éolien ^. Nomina latina ex Grœcis orta sunt

^ Commentaires de J. César,

^ Quintilien f lib. I, inst. , cap. 6,

i8 HISTOIRE

plurimà , prœcipue œolicâ ratioiie cui noUer sermo est simillimus.

Ce premier langage des Romains qui ne pouvait, selon Denis d Halicarnasse , s'appeler tout-à-fait grec ni entièrement barbare , se défigura davantage encore par le mélange des différentes nations qui s'établirent à Rome , comme les Osques , les Etruriens , les Gaulois d'Italie et autres , qui y apportèrent un grand nombre de mots de leur langue ^ ,

'î Les Umhri étaient un des plus anciens peuples de l'Italie, et, soit par leurs colonies, soit par tribus entières, ils ont dû puissamment contribuer à la composition de la population primitive de Rome. Suivant les anciennes autorités, ces Umbri étaient les descendans des %>eteres Galliy lesquels étaient de la même race et du même sang que les Cumhri du pays de Galles, du Cornwal et de la Bretagne. Il est présumable que l'idiome antique, conservé encore parmi ces populations, doit être entré dans la composition de la langue des Romains. Les noms des rivières, montagnes, cités, lacs, districts, etc., de l'Italie centrale et de tous les pays sur lesquels les tribus des Sabelli et de la

Les grammairiens nous ont assez conservé de vers saliens composés par TSuma , pour nous montrer que Quintilien avait

race consanguine des Veneti se re'pandirent, sont trèspropres à changer cette présomption en certitude. — La question relative aux anciens peuples de l'Italie n'a pas encore été traitée d'une manière satisfaisante et elle ne peut l'être, à moins qu'un auteur ne soit non-seulement versé dans la langue et la littérature de la Grèce et do Rome, mais au moins avec un des types ou une des formes des nombreuses langues teutoniques ou celtiques , et peutêtre même avec quelques autres langues encore. Suivant l'auteur, les index ou dictionnaires , par suite du caractère particulier de la langue des Cumbri, ne peuvent être d'aucune utilité, parce qu'une personne qui ne serait pas au fait des principes de cette langue pourrait soupçonner que rien n'y est fixe ; tandis qu'au contraire , c'est le langage le plus fixe et le plus indestructible qu'on connaisse. Les vocabulaires des langues latine et cumbrienne frappent par leur identité , quoique leurs grammaires soient radicalement différentes. Il n'y aurait pas de difficulté à comparer les deux langues sous le rapport étymologique, si on n'était en droit de supposer que le long séjour des Romains dans la Gaule et dans la Bretagne a dû laisser des traces profondes dans la langue des indigènes} néanmoins , il existe

2a HISTOIRE

raison quand il disait en parlant des prêtres de son temps : « Ils comprennent à peine » ces poésies qu'ils chantent encore en » l'honneur du dieu Mars. ^. »

Quand plus tard en France on voulut rechercher l'origine d'une expression qui semblait se rapprocher du latin , on ne manqua pas d'attribuer aux vainqueurs le mérite d'en avoir enrichi notre idiome sans s'inquiéter si elle n'était pas antérieurement

ïin grand nombre de mots latins dont les érudits dans la langue des Cumbri possèdent seuls la signification primitive et qui prouve que quelque branche allie'e de cette dernière a dû entrer dans la composition originaire du latin.

Extrait de la séance du j mars i836,c?e/a société royale d* Edimbourg (Mém. par William).

^ On peut facilement se faire une idée de ce qu'était la langue romaine à son berceau , quand on y rencontre des expressions telles que celles-ci : Cerus manus pour creator bonus; amptruare pour dare motus; pa pour parte; po pour populo f etc.

Ces abréviations venaient des Osques qui disaient : Gau pour gaudium ; coè'l pour cœlum , etc.

(^Mém, des Insc, et belles-lettres , t. XXIV, p. 599.)

dans une des langues du pays \ Avant d'afiîrmer l'origine d'un mot latin , il faut pouvoir assurer que ce mot n'appartient pas par de grands rapports à un des anciens dialectes celtiques.

Au premier siècle de l'empire , dit Miclielet, la Gaule avait fait des empereurs; au deuxième , elle avait fait des empereurs gaulois ; au troisième , elle essaya de se séparer de l'empire qui s'écroulait et de former une nation gallo-romaine.

Au quatrième siècle enfin, Rome se re-

'* César trouva la plus grande analogie entre l'idiome du Vivaiais y du Kelay ^ de V Auvergne et la langue latine, comme si cette dernière en dérivait; c'est ce qui nous explique la similitude d'une foule de noms :

Ipris dans les noms de volcans qui s'étendent sur la même ligne que le Mezinc.

Le tartas ou tartarou , en latin tartarus. Lès infernèls, infernus.

Le mouns-caou, mons calorîs.

Tanarguè , tonUru ager.

{Géog. hist. de 31alte-Brun , t. Vin, p. 256.)

tire insensiblement du sol conquis, laissant un précieux héritage de civilisation. Les Gaulois connaissent l'organisation, l'administration j ils ont des villes , des théâtres, des cirques, des aqueducs , de belles routes. Le paganisme s'éteint, les Druides isolés dans quelques montagnes disparaissent , entraînant après eux dans leurs tombeaux leur culte, leur histoire et leur poésie. Le christianisme fait des progrès; des apôtres, comme saint Martin, vont prêchant la morale évangélique. Les mœurs s'adoucissent, les cruelles superstitions s'effacent, l'ordre de saint Benoît se fonde et le travail intellectuel libre commence. Les hautes questions de manichéisme et d'arianisme sont savamment agitées ^ Saint Irénée y saint Hilaire de Poitiers, saint Jérôme et saint

1 La question de manicliéisme est celle de Dieu et du inonde; celle de l'arianisme, celle du Christ, de l'Homme- Dieu.

Cfpjien s'y distinguent. Puis le grec Origène ^ et son disciple Pelage ^ posent le dogme sur la personnalité ^ , saint Augustin qui le combat, devient une des colonnes puissantes de l'Eglise ^,

Cependant, la Gaule redevenue indépendante sous le breton Constantin est bientôt envahie par un vainqueur moins civilisé

"i Eusèbe , Hist. eccl. v. Sy. — TertuUen, de Prœscr. hœret. c. 7, —6'. Hieronymus , ad Panimach. , in Vxh,

2 S. Augustin, t. XII, Diss. de priœis auct. hœr. Pelagianse. — Pe'lage qu'on appelait aussi Morgan du celliqus mor, mer, avait eu pour maître i'origéniste Rujîn^ traducteur d'Origène. — Anaslasii , epist. , ap. Gieseler, 1. 372. — Michelet, Hist. de Fr. , t. 1 , 121.

"^ S. Augustin y t. XH ; Diss. prima; de primis auct., luer. Pelag.

Id. de perfectione justitiae hominis.

Id. de pecc. origin. i/^.~~Pamphylus , in Apol. pro orîg.

* S. Augustin, de naturâ et gratiâ , t. x , p. 128. Id. de perfectione just. hom. t. xil . p. 47. 49* — Michelet , Hist. de Fr. , t. i , p. 1 2 1 , 1 22,

€j[ue César. Les Goths s'emparent de toute TAquitaine — Les Burgundes s'établissent à l'ouest du Jura. — Conduits par leur roi cruel, les Huns s'avancent j leur passage est court , mais sanglant.

LesGolbs et les Burgundes sont Ariens; et le clergé , gémissant de voir son œuvre interrompue, ouvre les portes aux Germains de Franconie qui se précipitent chez nous.

Au milieu de ces révolutions brutales, les Gaulois devaient se rappeler leurs pères. Le voile qui se soulevait pour eux et qui déjà laissait arriver la lumière , retomba tout-à-coup y un nouveau peuple prit naissance sur les débris de ces peuples divers. Les derniers venus donnèrent leur nom; les Français commencèrent. Plus heureux que ceux qui les avaient précédés, ils trouvèrent tout préparé. Le pays était en marche , deux siècles l'avaient richement fécondé et le christianisme ouvrait sur lui ses ailes protectrices.

Jusqu'alors, le latin n'avait, pour ainsi

dire, régné qu'en usurpateur. Par sa puissance, sa richesse et son utilité, il fît oublier tous ceux qui l'avaient jd récédé. En réunissant sous un seul tous les gouvernemens, il sut attirer vers un point unique tous les intérêts , toutes les ambitions, toutes les gloires, pour, de ce foyer, faire ensuite ravonner dans tous les sens et dans une même langue les lois, les punitions et les faveurs.

Les Romains sont donc venus dans les Gaules pour en centraliser les peuples.

Quand ce précieux travail fut accompli , comme pour obéir aux destinées de ce monde , ils disparurent peu à peu et les Gaulois se trouvèrent réunis en corps de nation.

A ce nouveau peuple détaché de Rome et qui pourtant parlait encore le latin , il fallait une langue nationale. L'invasion des Francs la leur procura à la longue. Remarquons à quel prix.

Quand les Romains étaient vainqueurs,

ils imposaient leur langue , mais non pas également à tous les peuples. Ils auraient vainement tenté , par exemple , de faire plier la Grèce sous cette condition de la conquête. Ils pouvaient bien la contraindre à savoir leur langue ; ils ne purent jamais l'empêcher de parler la sienne. La Grèce était flère, avec raison, de ses historiens , de ses orateurs, de ses poètes. Pour elle tout était barbare , et Rome même était

forcée d'admirer son génie.

Pour les Gaulois, qui n'avaient ni littérature , ni histoire , ni ouvrages écrits dans leurs idiomes , ils durent se trouver heureux de seconder la politique romaine en adoptant avec reconnaissance une langue si riche et si belle.

Telle fut , près de quatre siècles plus tard , la condition inverse dans laquelle se trouvèrent les Francs victorieux par rapport aux Gaulois. Ils subirent la langue du pays qu'ils venaient de conquérir. liCurs efforts , pour résister, ne jfîrent que la cléfî-

DE LA LAiNGUE ROMANE. 27

gurer et la corrompre. Ce ne fut même que de cette manière qu'ils parvinrent lentement et en décomposant, à recomposer une langue nouvelle qui est la nôtre aujourd'hui.

Cependant, disons-le , tous les peuples de la Gaule ne subirent pas en même temps cette influence barbare. Ces idiomes germaniques restèrent long-temps sans pouvoir atteindre les provinces méridionales, qui demeurèrent encore fidèles aux accens harmonieux de leurs voisines, l'Espagne et l'Italie. Les Celtes avaient autrefois parcouru la Germanie, et l'union fut prompte quand les Francs vinrent à leur tour dans les Gaules.

Résumant nos idées par une image, nous comparerons la marche progressive des langues dans la Gaule à ce chêne symbolique qui s'attache au sol par de fortes racines, qui s'élève lentement, enlacé par des plantes parasytes, qui se noue loin de la terre , pour s'ouvi^ir ensuite en deux

branches. — L'une , gracieuse et légère , balance quelque temps des rameaux pleins Je fleurs et se brise au vent du nord ; l'autre au contraire, sous l'abri d'une rude écorce et d'une sève vigoureuse, se nourrit, se développe pour recouvrir enfin tout le pays sous ses larges ombrages.

Le grand arbre de la langue française est planté dans les Gaules 5 ses racines sont profondes et nombreuses; elles viennent du nord et du midi. Ici les substances qui donneront l'éclat, la beauté, l'harmonie, les riches couleurs ; ce sont : Vibérien , l'e^pagnol, le grec, le latin ^ là, les sucs généreux qui communiqueront avec abondance la dureté, la force, la taille vigoureuse, ce sont : le gallois, V écossais, V irlandais , le belge.

L'arbre grandit, et l'on peut suivre encore sur son écorce la trace des élémens qui lui donnent la vie. Cependant, ils se confondent peu à peu , et quand la tige a fini de croître, le nœud qui la termine

semble presque homogène clans toutes ses parties.

C'est alors que vient s'enter le puissant et sauvage rejeton germanique; et tandis qu'un léger rameau du vieil arbre , tourné vers le midi, cberclie le soleil et la douce rosée, la branche étrangère absorbe toute la sève, s'étend et finit par étouffer sa rivale.

C'est l'histoire de ce fragile rameau que nous avons voulu tracer. Ce sont les feuilles et les fleurs qu'il laissa tomber sur la terre qui servirent à tresser les couronnes des troubadours.

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