CHAPITRE NEUVIEME
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^écatftmc et îr^ôtrufttait l-c la langue prooeumU.
QUELQUES années de criielles persécutions ont suffi pour dissiper l'œuvre de plusieurs siècles d'études et pour caclier
sous un linceuil éternel une littérature jeune, brillante et qui donnait encore de si belles espérances I Les croisades sanglantes contre les pauvres Albigeois ^ détruisirent à jamais dans tout le midi de
1 Les hérétiques qu'on nommait plus communément Cathares , Poplicains ^ Bulgares ^ jiriens , Bonshommes, dans le xil® siècle, furent nommés quelquefois alors par un nom particulier : Toulousains, Albigeois, Agénois, du nom des pays particuliers qu'ils habitaient jusqu'à la fin du même siècle, ou au commencement du suivant, qu'on les nomma , par une dénomination générale , Hérétiques provençaux ou de Provence , à cause que les provinces méridionales du royaume , qu'ils avaient infectées de leurs mœurs , faisaient partie de la Provence, prise en général, laquelle comprenait tout le pays où on parlait la langue provençale ou romaine; de même que la France, qui était l'autre partie du royaume , renfermait toutes les provinces où l'on parlait français. Les peuples qui se croisèrent en i2o8 contre les hérétiques, leur donnèrent alors le nom d'Albigeois, à cause qu'ils combattirent d'abord contre ceux de ces sectaires qui étaient établis dans les diocèses de Béziers , Carcassonne et Albi , et dans les domaines de Raymond-Roger , vicomte d'Albi , de Béziers , de Carcassonne et de Rasez , pays qu'ils comprenaient sous
la France celte langue provençale déjà si riche en poètes. Semblable à un champ jadis couTcrt d'une moisson fertile que tout-à-coup la guerre ou l'orage ont ravagé, la France méridionale nous présente les débris épars de ses temples , de ses lois , de sa poésie ; et comme l'indigent qui vient glaner les épis échappés au carnage , nous recueillons avec soin ce que le temps et la colère n'ont point encore détruit.
Les troubadours qui avaient été les apôtres les plus ardens, les missionnaires les plus infatigables de ces guerres loîn-
le nom général de partie d'Albigeois , parce que TAlbigeois proprement dit était le plus étendu des pays soumis. En sorte que le nom d'Albigeois , qui fut d'abord particulier aux hérétiques qui habitaient dans les domaines du même vicomte , fut donné bientôt après , généralement par les étrangers , à tous ceux qui étaient dans les états de Raymond VI , comte de Toulouse , dans le reste de la proyince et dans les pays voisins.
( iVbife du, vicomte de Béziers, t. II, p. 4*2.)
taines entreprises par l'ambitieux génie des papes , en devinrent les plus malheureuses victimes. Qui l'aurait pensé, lorsque Urbain II vint prêcher en France sa première croisade , et qu'à sa voix accouraient du fond de leurs riches et pieuses provinces Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse ; Isarn , comte de Die 5 Rambaud , comte d'Orange • Guillaume , comte de Forez 5 Guillaume , comte de Clermont, fils de Robert, comte d'Auvergne j Gérard, fîîs de Guillalbert , comte de Roussillon ; Gaston, vicomte de Turenncj Raymond, vicomte de Castillon et tant d'autres nobles seigneurs , qui l'aurait pensé , que les enfans de ces héros seraient à leur tour massacrés par les troupes pontificales armées contr'eux ?....
Cependant il en fut ainsi ; car ces magnifiques expéditions qui annonçaient tant de fortune , tant de bonheur, ne donnèrent que le martyre. Les peuples, abusés par , la voix du Chef de l'Eglise et par les pro-
messes de leurs seigneurs , se révoltèrent , las enfin de joindre l'impôt du sang à toutes les charges qui les écrasaient déjà. Ils pensèrent , ils osèrent dire hautement que le pape n'était point infaillible comme on ne cessait de le leur répéter , puisque , malgré sa parole, il était vaincu par les infidèles j que leurs seigneurs n'avaient ni la force ni le courage qui donnent la victoire, puisque, loin de les enrichir, eux-mêmes revenaient dépouillés et mourans dans leurs tristes manoirs
Le troubadour Raymond de Castelnau , parent et ennemi d'un persécuteur fanatique , s'écrie :
Clerzia vol cascun jorn per engal Ab cobeitat , ben caussar , e vestir , Els grans prelatz volon tant enantir Que sans razos alargan lor deital.
E , si tenet del lor un onrat fieu , Volran Taver , mas noi cobraretz leu Si non lor datz una soma d'argen 0 no lor faitz pus estrey covinen.
Si monges ners vol dieus que sian ses par, Per trop manjar ni per femnas tenir , Ni monges blancs per bolas à mentir , Ni per erguelh temple ni espitàl , Ni canorgues por prestar a renieu ; Ben tenc per fol sant Peyre , sant Andrieu , Que sofriron per Dieu tan de tnrmen , Sais i venon ais 'els a saîvamen * .
Le mécontentement politique et religieux augmentait chaque jour davantage, et loin de calmer les populations par de douces paroles , on les exaspérait en les menaçant
< Le clergé , chaque jour veut , par quelque tromperie et selon sa convoitise, se bien chausser et se bien vêtir. Les grands prélats veulent tant s'avancer , que sans motifs ils élargissent leur diocèse ; et , si vous tenez d'eux un fief honorable, ils voudront l'avoir, à moins que pour recouvrer la possession allodiale, vous ne donniez une somme d'argent , ou mieux encore. Si Dieu trouve bon que les moines noirs n'aient pas leurs pareils pour bien manger et vivre avec des femmes , les moines blancs pour mentir , les templiers et les hospitaliers pour s'enorgueillir , les chanoines pour faire l'usure; alors je tiens pour fous saint Pierre et saint André qui souffrirent tant de tourmens , puisque , comme eux, les autres sont aussi sauvés.
de punitions en ce monde suivies d'une damnation éternelle , après les avoir exposés déjà à de si cruelles souffrances pour la cause de l'Eglise. — Telle fut l'origine de toutes ces sectes qui se formèrent dans le midi de la France sous les noms de Manichéens , Vaudois , Albigeois , etc. , et qui durent les persécutions qu'on leur fit souffrir plus encore aux sarcasmes qu'ils lancèrent contrele clergé qu'à leurs erreurs, Au premier mot de dissidence religieuse , les légats du pape Innocent III partent de Rome et s'en vont dans les provinces accusant, excommuniant quiconque ne fléchit pas , rempli de crainte, devant la souveraine volonté pontificale. Ce n'est plus contre les peuples infidèles de l'Asie que se prêche une nouvelle croisade , c'est contre les princes de Toulouse dont l'humble soumission ne peut obtenir grâce j car la cour de Rome a besoin de se faire avec leurs dépouilles une principauté au sein de la France.
Je ne parle pas des fureurs du moine \ Pierre Castelnau , nourri dans Taustérité
des cloîtres. Il pouvait de bonne foi obéir à l'ascendant d'une aveugle superstition 5 mais que dire d^ l'aimable , du frivole Folquet de Marseille qui , de galant troubadour, se fait inquisiteur, passe de l'abbaye de Gîteaux à l'évêché de Toulouse , et par de faux sermens trahit deux fois les peuples de son diocèse ? Que dire de l'ambitieux Simon de Montfort , soldat brutal qui frappe sans pitié les femmes et les enfans , qui fait le sac de Béziers, de Garcassonne et de Toulouse, et livre tout à un affreux carnage ^ ? Que dire
1 Dms la villa de Besiers sont intrats , ou fouc fait lo plus grant murtre de gens que jamas fossa fait en tout lo monde. Car aqui non era sparniat -vieil ni jove ; non pas los enfans que popavans ; los toavan et murtrisian , la quella causa Tjesen por los dits de la ■villa , se retireguen los que poudian dins la grant gleysa de san Nazary^ tant homes que femes, La ont los capelas de aquella se retireguen , fazen iinxr ^«•f campanas ^ quand tout le monde fossa mort, Mais
surtout de ces prêtres , ministres de miséricorde et de paix , qui courent en désordre, se mettent à la tête des troupes un poignard d'une main, une torclie de l'autre , qui crient vengeance , guerre , pillage , qui animent la férocité des soldats , qui bénissent le crime , maudissent la pitié , qui , enfin , 1 orque les victimes expirantes demandent grâce ou que les bras se fatiguent de frapper, s'écrient avec colère : Tuez, tuez'les tous y Dieu reconnaîtra les siens '' /
non y a guet son ni campana , ni capela reveslit , ni clerc f que tout non passis per lo trinchet de Vespaia^ que ung tant solament non scapet , que non f os s en morts et tuaz ; que fouc la plus grant pietat que jamay despey se sie ausida et fâcha , Et la villa pilliada , metequSn lo foc per tota la villa , talamen que touta es pillada et arsa , aitisin que encaras de presan , et que non y demoret causa viventa al mondo , que fouc una cruela vengança , visf que lo dit viscomte non era eretge , nt de lor ceptc,
(Preuves de l'Hist. clu Languedoc, t. in , pag. ii.) ■• Paroles prononcées par Arnold, abbe de Citeaux.