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CHAPITRE DIXIEME

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W(B fnnàimm WialecU$ on patois îr^ la Sranct

méxïVionaic,

Ipohfs au ino^fii-dgc.

'NE langue ne saurait échapper au mouvement général , chaque jour elle est irrésistiblement modifiée par les idées, les

besoins des époques par lesquelles elle passe. Comparée à ce que, quelques siècles auparavant, elle était elle-même, on est souvent tout siu^pris de ne pouvoir la reconnaître. — A Rome , par exemple , on parla d'abord le vieux salien , puis le latin des douze tables, ensuite celui de Caton-le-Genseur , enfin la belle langue de Cîcéron , de César et de Salluste. — Après arriva la décadence , mère de nos idiomes vulgaires.

Cependant , pour étudier le français nous n'aurions pas les mêmes moyens que s'il s'agissait du latin. En effet, observe fort judicieusement Pasquier dans ses laborieuses recbercbes '^ :

« Anciennement nous n'eûmes pas une » langue particulièrement courtisane , à » laquelle les bons esprits voulussent atta- » cher leurs plumes. Et voici pourquoi^— » Encore que nos rois tinssent la supé- » riorité sur tous autres princes , si est- » ce que nôtre royaume estoit eschan-

» tillonné en pièce , et y avoit presque » autant de cours que de provinces. — La » cour du comte de Provence , celle du » comte de Toulouse, celle du comte de » Flandre , celle du comte de Champagne » et autres princes et seigneurs qui tous » tenoient leurs rangs et grandeurs à part , » ores que la plus part d'eux recogneussent » nos rois pour leurs souverains. De là » vient que ceux qui av oient quelque asseua rance de leurs esprits , escrivoient au » vulgaire de la cour de leurs maîtres , » qui en Picard , qui en Champenois , qui » en Provençal , qui en Tliolozan -, tout D ainsi que ceux qui estoient à la suite de a nos rois escrivoient le langage de leur » cour. »

A cette première difficulté nous devons immédiatement en joindre deux autres qui , depuis la croisade et les sanglantes proscriptions, n'ont fait qu'augmenter; je veux parler de l'orthographe et de la prononciation des différens dialectes I^e même

mot dans la bouche et sous la plume d'un Marseillais , d'un Auvergnat , d'un Poitevin ou d'un Bourguignon , souvent n'a plus le même son ni la même forme.

Comme tous les patois vivent isolés , à l'aventure , sans règles et sans préoccupations littéraires , ils deviennent chaque jour plus étrangers les uns aux autres ; et plus le travail 3 dont aujourd'hui nous n'essayons qu'une faible esquisse, tardera à s'exécuter, plus il deviendra pénible, obscur, contestable. — C'est donc une chose utile que de suivre j la carte à la main, chacune de nos provinces méridionales et de constater les permutations progressives d'un idiome à mesure qu'il s'approche ou s'éloigne du foyer générateur.

Nous supposerons une ligne qui divisera la France actuelle en deux parties à peu près égales d'après le cours irrégulier de la Loire. Elle partira des montagnes du Velay, ira se terminer à Paimbœuf, en passant par Le Puy, Feurs,

Roanne , ÎDigoin , Nevers , la Charité , Gien, Orléans, Blois, Tours, Saumur Angers , Nantes et la mer 5 ou mieux encore, au lieu cle remonter la Loire et d'arrêter la ligne par Digoin, Roanne, etc., nous la ferons se poursuivre, à partir de Nevers, le long du 47^ degré, de telle sorte que la partie méridionale est de la France se trouvera comprise avec le reste dans la division que nous clierclions à établir.

Sur cette ligne, se présentent d'abord le Poitou , le Berri , le Nwernais , la Bourgogne et la Franche-Comté. — En nous avançant au midi, parallèlement d'un degré, nous trouvons au 4^^ la Saintonge^ \epajb d' réunis, Y Ângoumois , la Marche , le Bourbonnais et le Lyonnais. — Entre le 4^® ^t le 4^^> ^^ Limousin, VAus>ergne, le Dauphiné, — plus bas encore , la Gujenne , la Gascogne , le Languedoc et la Provence. — Enfin , audessous du 43^5 le Roussillon.

En 1807, il fut entrepris au ministère de l'intérieur un travail statistique, ayant

pour but de réunir une collection d'un même texte, traduit dans les dîfférens idiomes parlés en France \ C'était une sage pensée, quoique tardive j quelques années encore et peut-être n'eût-il plus été possible de la réaliser.

Cependant, assembler pour les opposer les patois du dernier temps, n'était qu'une parfie de l'oeuvre conservatrice, et ne pouvait servir que très-incomplètement à l'étude. En effet, dans un seul pays l'idiome subit de telles révolutions que souvent , comparé à lui-même à plusieurs siècles de distance , il présente moins de rapport que deux idiomes de contrées différentes pris à la même époque; car l'un l'autre purent se 'modifier réciproquement et simultanément.

Il eût été, ce nous semble, plus utile de

^ Le bureau de Statistique commença ce travail qui fut continué par la Société des Antiquaires de France , et se trouve consigné dans le 6^ vol. de ses mémoires, p. 4^2.

réunir sur chaque localilé une suite généalogique de pièces, afin que, remontant par degrés de la dernière à la plus ancienne , on put étudier l'histoire de la langue sur tel point donné en même temps que sa marche progressive , depuis les limites vers lesquelles elle se perd dans le roman ^Yallon, jusqu'aux contrées où , pendant plusieurs siècles, elle fut en honneur.

Nous n'avons point ici la prétention de suppléer à ce travail qui , pour être exact , demanderait de nombreuses et intelligentes collaborations ^ nous voulons seulement l'indiquer et, autant qu'il dépend de nous, en démontrer l'importance.

POITOU ET VEIÉE.

En adoptant dans sa plus grande rigueur le principe posé, que l'ancienne France

littéraire était divisée par la Loire, c'està-dire, que la langue d'oil s'étendait jusqu'à sa rive droite, tandis qu'immédiatement à sa rive gauche commençait la langue d'oc; il faudrait alors conclure que le Poitou parlait le provençal aussi correctement qu'Arles et Toulouse , ce qui évidemment ne fut jamais. Cette limite nous a servi pour déterminer d'une manière générale , mais non pour circonscrire d'ane façon absolue. — îl est certain que , plus de part et d'autre on s'éloigne des foyers , plus les deux idiomes perdent de pureté ; que , par conséquent, aux deux points extrêmes à l'endroit où ils se joignent, ils doivent se confondre et s'altérer réciproquement.

Nous n'imiterons donc pas M. Dreuxdu-Radier ^ , qui s'efforce de démontrer que l'espagnol et l'italien doivent leur origine au Poitevin et que le Poitevin ne leur doit

^ Journal de Verdun, février \']^^, tome qS, page ii5.

rien. — Cette proposition est matériellement trop absurde pour qu'elle vaille même la peine d'une attention sérieuse 5 elle est contraire à l'histoire comme à la plus simple raison. Nous éviterons aussi d'approuver trop exclusivement M. Révélhère-Lepeaux \ lorsque, pour combattre le journal de Verdun, il embrasse la cause contraire. — En effet , il commence par admettre qu'un grand nombre de mots ainsi que la manière de les prononcer en Vendée et en Poitou, sont absolument les mêmes que dans l'italien actuel 3 ce qui est vrai. D'où il conclut, avec raison, que l'influence méridionale est incontestable dans ces contrées. Mais, poursuivant sa démonstration , il soutient que cette influence disparaît sensiblement dans la prononciation lourde , traînante et monotone du poitevin. Or, le défaut qu'il reproche ici n'est-il pas plus particulièrement

1 Mémoire» de rAcadëmie celtique, tome III, page 267,

286 HISTOIKE

remarquable dans le midi, et ne se déveîoppe-t-îl pas davantage lorsqu'on s'avance de ce côte , tandis qu'au contraire il s'efface en descendant vers Paris ?

Il y a une importante distinction à faire entre le langage du haut et celui du bas pays, —Celui-ci se ressent visiblement du voisinage de la Bretagne^ l'accent de celui-là est plus doux, les formes provençales plus correctes. — Le Bas-Poitou y dit fort judicieusement M. Dupîn, borné par une côte peu commerçante , par des marais insalubres, par d'immenses bruyères, isolé du reste de la France par le manque absolu de routes et de canaux , avait conservé sans interruption et sans mélange ses antiques usages, ses mœurs patriarchales. Jusqu'aux guerres de la Vendée, son seul contact avait été avec la Bretagne. — Tandis que le Haut- Poitou , ouvert à toutes les communications , rappelle encore qu'il fut gouverné par le plus ancien troubadour dont s'honore la littérature romane.

Quoicju'il en soit, par la citation de quelques mots pris dans le Vocabulaire poitevin, on pourra plus facilement juger si les poésies du comte Guillaume IX furent entièrement écrites dans une langue étrangère où, ce qui nous paraît plus probable , si à cette époque le provençal n'était pas l'idiome adopté par la cour , la noblesse et la bourgeosie instruite du Poitou.

Cette dernière opinion nous paraît la seule admissible 3 car elle seule peut expliquer le procédé par lequel une langue s'introduit dans une contrée et en chasse l'ancienne. Ainsi maintenant, par un travail semblable, le Français à son tour dépossède tous nos vieux idiomes ^provençaux et se met à leur place.

Il est trop tard aujourd'hui et l'usurpation trop avancée pour que nous puissions espérer de retrouver dans ce qui nous reste Isl lingua rustica i provlncialis , des xi, xii, XII siècles ; cependant, si l'on veut se rappeler qu'un mouvement de décomposition

contre le provençal s'opère depuis la croisade des Albigeois , on pourra se faire une idée de ce qu'était le poitevin par ce qu'il est encore.

{Prononciation), — La prononciation du poitevin ainsi que celle du vendéen, est généralement lente , monotone et très-accentuée— Voici quelques exemples des plus ordinaires :

L'o prend plusieurs sons suivant le mot. — Homme ÏAiihoume ; non , naon.., etc.

Le t , dans un grand nombre de localités , se fait sentir à la fin des mots. — Sitôt se prononce sitote. Cette manière d'accentuer commune dans les provinces du midi est , au contraire , scrupuleusement évitée dans le nord.

Les k et q commençant un mot font tch; — Mail (celui-ci) , fait thiau , comme en italien.

Le gli s'élide aussi de la même façon qu'en Italie. — Ainsi un gland ou un gliand se prononce liand, en laissant le g presque insensible et en mouillant 1'/ avec force.

EaUi à la fin d'un mot, fait souvent aov\ ed et s'appuie longuement. — Chapeau , chapén; couteau, couteau etc.

Epy à rinfînitif d'un verbe , se prononce souvent aé, — Aimer, aimder ; souffler, bouffaer.

Oui fait 6il ou oie^ et ce mot a même prévalu sur le oc dans une grande partie du midi.

Podium (Puy) , se traduit comme dans le Velay, Peui; Brolium , Breuïl , etc.

a eu se dit at ogu.

Ces quelques observations suffiront pour donner une idée de l'accent j si maintenant on parcourt au hasard un Vocabulaire poitevin on reconnaîtra promptement combien de mots dérivent des sources méridionales. — Exemples :

Ajudhaer, aider 3 badaer, prendre garde; bagoulaer, hdhiMev }, boutre , mettre, placer,* bujjfaer, souffler j casse ou quasse , petite casserole j jau, coq; jarloux , pot; mit an , milieu; méfor , midi, milieu du jour; ou avez?.,, avez -vous? sègre, suivre, etc.. I. 19

Chanson vendéenne ^

In jor in hobant de Nuville,

I ni en vindis de vers Poitâe,

Glie disant que dans Kiae Cartâe

01 y at ine tant belle ville.

I n'ai-jà vu la ville mâe ,

Les maisâons m'ou avont empéchâé 2

I avisis in houmm' de piarre Tôt au mitan d'in grand kieréa Glie disant qu'ol' tait n'tre râ Kiau qui faisait si bâe la gbiarre ^ I gli aotis bâé mon cbapéà , Gli ne m' aharsit srement jà ^,

^ Consignée dans les Me'moires de l'Académie celtique , tome m, page Sji.

2 Un jour en partant de Neuville— je m'en vins de vers Poitiers.— Ils disent que dans ces quartiers— il y a une si belle ville.-- Je n'ai point vu la ville, moi,— les maisons m'en ont empêché.

3 La statue de Louis XIV.

4 J'aperçus un homme de pierre — tout au milieu d'un grand carrefour. — Ils disent que c'était notre roi,— celui

I vis qii'ol y avait grand prâèsse Dan ine église où i entris ; Glie se mirant baé neu oi dis A débagoulaer la grand-mâesse.

Y craïas qu'o srait bâetout féet ; D'au diablie si kieu finisset ^ I

In d'oux avouet su sâes oraiiles Cme ine espèce de souffliâe.

0 semblait à kielâe bornâe Là où; boutâons naus aboglies.

D'auquins de gli se moquiant, A lot moment le découéffîànt 2.

Glie aviant pendus pré daux ficelles, Cme daux récbanx qui fumiant.

Kieu que dan in ptiot bot preniant,

qui faisait si bien la guerre.— Je lui ôtai bien mon chapeau , —lui ne me regarda seulement pas.

1 Je vis qu'il y avait grand presse — Dans une église où j'entrai.— Ils se mirent bien neuf ou dix — A re'citer la graad'messe. — Je croyais que ce serait bientôt fait;— Du diable si cela finissait.

2 L'un d'eux avait sur ses oreilles— Comme une espèce de soufflet; — Cela ressemblait à ces ruches— Où nous mettons nos abeilles.— Quelques-uns se moquaient de lui, —A tout moment le de'coiffaient.

Au fasait fumaer de pus belle.

Glie gli aurlant bae pocquâé prè le nâé,

Se glie n'eut jà pris garde à sâé i .

Glie aviant d'aux paès d'anchequeà la tâèle,

Daux mantéas d'or qui tréleusîant ;

Et les autres aviant ensrement,

In chaquin la pea d'ine bâéte.

01 y avait in grand cabinet

Qu'alait lot pliâe de fliageoléet 2.

Glie fasiant tôt pliâé de mines .

Torsiant la goul' , trépiant d'aux pâés, Pre la coue , in grand enrageâe Mordait ine grousse vrenime»

Daux macréas taondus cme daux œus , Chantiant menu cme daux cheveux ^.

"î Ils avaient suspendu par des ficelles,— Comme des réchauds qui fumaient j— Ce que dans un petit saLot ik prenaient;— Les faisait fumer de plus iielle. — Ils le lui auraient bien appliqué par le nez, — ^S'il n'eût pas pris garde à lui.

2 Ils avaient, des pieds jusqu'à la tête, —Des manteaux d'or qui brillaient; — Et les autres avaient seulement — Un chacun la peau d'une bête. — Il y avait une grande armoire — Qui était toute pleine de flageolets.

3 Ils faisaient tout plein de mines, —Tordaient la bouche,

Glie bragliant à pliene taéte,

Cme daux chaés qui se batiant.

I caas, mâé, que glie se mordiant.

I en d'oux avoueet ine baguette;

Gli'eux fasait seign' qu'glie s'tésissiant,

Mais glie au fasait, mais glie braigliant.

t* A»^^t^ iS-^a

Parabole de VEnfant prodigue.

Haut-Poitou (St-Maisent).

In houme avet doux infons, dant le pu june digit à san père : man père, dounè-me quieu qu'i espoire avay de voutre beii; et le père lou fagit le pre'tage de san ben.

Bas-Poitou (Bressuire).

In houme gP ava dû gâ, din lo pu june digit à s* père ; mon père, doune'-me vo gP poquet de bè qui de m'allè o mè; et chapoquet et gP eux douni.

trépignaient des pieds, '—Par la queue, un grand enrage' —Mordait une grosse couleuvre; — Des enfaus tondus comme des œufs,— Chantaient fin comme des cheveux.

1 Ils criaient à pleine tête — Comme des chiens qui se battraient.— Je croyais, moi, qu'ils se mordaient! — Un d'eux avait une baguette ( le chef d'orchestre). — Il leur faisait signe qu'ils se, tussent. —Plus il le faisait, plus ils criaient.

Poi de jou apray, le pu june de quié doux enfons, oyont assaré tout quieu que gV avet, s'n onguit dons in pay itronge, voure gle mingit tout sanbendansla débauche.

Dray que gl* ogiut tout mingé , o survingitune gronde femene dons quiopay, etgle qu' moincit à raeinquay de tout.

Gle s'a onguit et se mettit valet d'in dos jons do pay, qu' l'envoygit dons leschons prë garday les gorets.

Gl' eut été bn' aise de rimply san vontre do charria qu* les goretz mingiant, uia personne gli en baillet... etc.

O gP advindgit que le dre de quié du gâ prongil tôt que gl' avet et s'n ongit dan in pae bé nélougni ou gle mingit tôt sou bé in ribote et in fechetain.

Pré que gl' eut tôt déponsi , gl' arrivi ine gronde femine in quio pae et gle qu* micait be a être bé piâtre.

Gle s'in fut in sarvice quié Pin de bourget do pé qui i'envouya à san châtia pré gardé do gourons.

Gl' eut bè végu mongé do pliaces dé que lé gourons se souliant, prêtant presoune gli en baillet... etc.

Au nombre des troubadours poitevins dont l'ancien provençal s'honore, il faut placer en première ligne le comte Guil-

laume IX ^ , Samrl de Mauléon , qu'on appelait le maître des braves, le chef de toute courtoisie ^ et Macabres \ — Nous avons un recueil de poésies patoises intitulé : La gente poite^dne dont il existait déjà plusieurs éditions vers la fin du 16^ siècle. A partir de cette époque, un certain Jean Drouet^ apothicaire à Saint- Maixent, composa (i65i) une charmante comédie appelée la Mizaîlle a Taunj (la gageure d'Â.ntoine). — Postérieurement encore, il a été imprimé à Poitiers et à INiort un recueil de Noëls ou grande Bible de Noëls vieulx et nouveaux» — Enjoignant à ces ouvrages , de dates différentes, quelques pièces en langue indigène et antérieures de plusieurs siècles '^,il serait

"î MiLLOT , Histoire des Troubadours, vol. i, page i.

2 Id. vol. 11 , page 99.

3 Id. . vol. 11, page25o.

4 Chroniques, — chartes, — publications, — ordonnances municipales.... qui se trouvent dans les principales archives de la province.

29G HISTOIIIE

facile de composer une suite qui pourrait établir un monument assez complet de l'histoire de la langue depuis l'époque provençale, la plus correcte , jusqu'à nos jours ^

SAmOSGE.-ACMS-ANGOUMOIS.

Le langage de ces trois pays enlevés par Charles V aux Anglais peut être considéré comme une variété du poitevin , fruit de la

'^ A l'est du pays occupé par le patois poitevin, se trouve le Berri, qui n'a pas de patois particulier. — Mais au-delà commence (dans le département de l'Yonne et celui de la Nièvre), le patois bourguignon , en usage chez les peuples de l'ancien duché de Bourgogne ; comme le franc-comtois l'est dans les départemens qui composaient l'ancien comté de Bourgogne , ainsi que dans le Montbelliard et probai blement aussi dans la principauté' de Neucbâtel. — Au nord du franc-comtois est le lorrain (Austrasien). — Au nord du lorrain est le picard et le wallon.

(Géographie historique de Malte-Brun.)

même conquête. 11 porte dans presque tout son ancien vocabulaire l'empreinte de la domination provençale, quoique, par son accent plus que par sa grammaire, il semble parfois s'en éloigner ^— Il est du reste facile d'en juger par la lecture des deux fragmens qui suivent.

CHARTE ÉCRITE EN i382.

Ordonnance de Louise de M^tas , pour lever un droit de taille sur les sujets de ses terres de Saintonge.

Sapchen toz qui aquestas presens litteras veyran in oziran, que com nos Loysa de Mastas, comtessa de Peregors , dona de Mastas , de Mornas , de Roya et d'Arnert , per alcunas essertanas causas , evam

i Un fait digne de remarque, c'est que dans des pays essentiellement de langue romane, se trouve une enclave de patois saintongeois , faisant partie des arrondissemens de Libourne, de la Re'ole et de Marmande.— Celte enclave, connue vulgairement sous le nom àe Gavacherie ^e&ihAhxiée par les descendans des colons qui , aux xv^ et xvi^ siècles, y furent attirés de la Saintonge; quoiqu'eutourés de toutes parts d'une population gasconne, ils ont conserve' jusqu'à présent leur ancien langage (Malte-Brun ^ Géographie),

ordenanda una talha de sertana soma d'argen , à nos pagnadoyra et rededoyra per los habitans de nostras vilas et chastelenias ^ , etc.

Parabole de V Enfant prodigue ,

En patois de r arrondissement de Barbezieuœ /'1807J.

« Un houmé avés doué enfans, — et le pus jaune d'au doué disse à soun père : moun père , donnas me ce que deu me revenir (fe vôtre bè, et le père lu partagea soû bè.

c( Peu de jiours après, kiau jiun houmè , ayant amassa tout ce qu'iou avet resogu , surte de la maison et s'en engaï dins un pays fort éloigna, etc. »

En comparant cette seconde pièce à la première , on est aussitôt frappé de l'envahissement du wallon. Ce n'est plus aujourd'hui que par quelques mots échappés, pour ainsi dire, à l'invasion septentrionale qu'on peut encore rattacher l'idiome actuel

1 FabUaux et contes par BàBBAzAN (page i8, tome i).

de ces contrées à celui qu'elles parlaient aux XIV et xv^ siècles, et c'est à peine si, dans les poésies vulgaires de ces provinces, on retrouve un souvenir de la langue harmonieuse de Richard Barbézieux , le gentil troubadour.

IIJIOUSIS.

Corrige . — j^autc-iDtenne.

Dans cette province, comme dans les précédentes , on reconnaît évidemment le celtique latinisé par la conquête , d'où fut engendré l'idiome roman, à son tour altéré par l'invasion française. Cependant plus nous avançons et moins cette dernière influence se laisse apercevoir. Aussi , dans son histoire de Limoges, M. Barnj de Romanet s'efForce-t-il de nous démontrer que tous les mots qui ne sont pas dérivés du grec ou du latin se trouvent dans le diction-

naire celtique. Cette proposition était loin d'être exacte au temps où écrivait l'auteur et par conséquent l'est bien moins encore aujourd'hui j toutefois, il dit avec raison que la langue de ce pays n'est autre que l'ancienne romance, très-corrompue, et dans laquelle on rencontre même des phrases entières de basse latinité. — Les verbes auxiliaires et les articles y sont employés avec des terminaisons méridionales.— L'absence des e muets , le grand concours de voyelles qui terminent presque tous les mots , rendent ce patois sonore, harmonieux et très-facile à chanter. Dans toutes les villes du Limousin, le peuple s'habitue au français, mais conserve en le parlant l'accent rustique j dans certaines campagnes, c'est à peine s'il peut le comprendre.^ — Cette extrême difficulté démontre que précisément, plus on pénètre dans les contrées méridionales, plus l'idiome originaire subsiste distinctement, indépendamment de l'autre; plus il est

ancien, national, familier aux besoins de tous, plus on a de peine à s'en défaire.

PROVERBES LIMOUSINS (de Tulle),

Lo pu mo-ouvaso tsovillo de lo tsoreto es aquelo que fa-i lou may de brut ^.

Oco n'es pas onb'un tombour que Fan ropello m\ tsoval estsopa ^,

Parabole de V Enfant prodigue 3.

Un haumé oguet dous droleis (avio doué éfan]. Lo pus jaune dé iis disset au paï (à soun païré) : paï ,

1 La plus mauvaise cheville de la charrette est celle qui fait le plus de bruit.

2 Ce n'est pas avec un tambour qu'on rappelle un cheval échappe.

3 Le Limousin succède vers le N. E. au Périgourdin, Ce patois est usité dans le département de la Corrèze, dans la presque totalité des départemens de la Haute-Vienne , de la Creuse et dans quelques portions de ceux de la Vienne, de la Charente et de la Dordogne, voisines de l'ancienne province du Limousin (Malte-Brun, Géographie),

boillas mè lo part de denado que me revêt , et au partiguet su bèsugno entre iis (moun paire, bailla me la porcié de ne bé qu'i podé préteindré; e l'é païré lourr partaget soun bé).

Et pau de temps après lou pus jaune drôle , après yei assembla sous omis , s'en onet dis lous pois étranger s, et aqui au minget so dénado tout en vivent en dessolu (quauquais jourr aprey, quand v' agué asseinblêt tou quo que li revenio , le pus jouné s'ein annet dint eun pay bien louein , aint bu fricasset tou soun bé ein menan la vito d'eun cbeti et d'eun fumélié), etc.

Le Limousin compte un grand nombre de troubadours , parmi lesquels nous citerons : Gaucelm Faidit, dont la vie aventureuse n'est pas moins intéressante à connaître que ses écrits * 5 Bernard de Fentadour^ dont Pétrarque fait un si gracieux éloge ^ j Giraud de Borneuil , cité maintes fois par le Dante lui-même , et qui mérite

1 Millotf Hist. des Troubadours, t. i, pag, 354»

2 Idem , page 18.

{Pétrarque j Trioraphe d'amour, c. 4.)

plus d'admiration que ne lui en accorde ce prince de la poésie ^ j Jean d^Aubusson 2, Aubert % Gui d'Uisel S etc.

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