CHAPITRE TROISIEME
ffa langue 0OU0 €l)ttrUmai9ue et &c$ mtu&^mx'^.
ES dWîsîons continuelles, les guerres sanglantes que se firent entr'eux les premiers rois francs , leurs luttes avec les populations et les généraux de l'empire , avaient si non
brisé, (la moins pour long-temps suspendu cette tendance à la nationalité. Ce ne pouvait être au milieu des ruines, dans les déchiremens du territoire, lorsque chaque province passait incessamment d'une domination sous une autre, que le pays pouvait se policer , que la langue pouvait s'embellir.
Pour qu'il y ait unité de langage, il faut qu'il y ait unité de pouvoir.
L'invasion des Francs dut donc nécessairement retarder le mouvement qui portait les esprits vers un langage commun. H fallait qu'une main puissante réunit sous son sceptre toutes ces provinces continuellement divisées, que son pouvoir eût une durée assez longue pour que les peuples pussent respirer -, enfin que la législation eût des règles positives et générales, que les vieux édifices sortissent de leurs ruines, que les écoles fussent rétablies, pour qu'un sentiment national se fit jour , et que la langue pût s'épurer.
Ce travail se fit à l'insu et pour ainsi dire
malgré le grand empereur qui domina son siècle. — Charlemagne qui aimait j qui savait parler avec élégance le latin , quoique le tudesque fût sa langue maternelle , était loin de concevoir la pensée de profiter des élémens divers que la fusion de tant de peliples et de langages difFérens mettait à sa disposition, pour en former un idiome national. Rome vaincue en imposait encore à son vainqueur ; elle lui donnait ses insignes, sonpatriciat, son titre impérial.
Charlemagne parlait la langue tudesque \ lingua francica. C'était celle du pays où il était né , celle qu'il préférait ^ aussi clioisit-il dans son vocabulaire des noms
1 DuchesnCf t. i , p. y6g.-^Mabillon , de re diplom. , P» 74 > 590. — Eckart , Francia orientalis , t. ir, p. 19,-* "Mém. des inscript. et belles-leUres, t, xxiv.
pour les douze mois de l'année et les douze vents du ciel ^
Mais, empereur, il ne régnait pas seulement sur les peuples de la Germanie, il avait encore sous son sceptre les Gaules, l'Italie et l'Espagne. Son génie était trop grand pour contrarier la nature en infligeant aux plus civilisés le joug des barbares. Chef de ces vastes empires , loin de les isoler, il s'empressa de jeter sur eux des liens pour les unir. Aux seigneurs
■f Ce prince, ditEginhard, était très-attaché à la langue
tbéostique H avait écrit et appris par cœur ces vers
barbares et antiques par lesquels on chantait les actions et les hauts faits militaires des anciens rois. II avait même commencé à travailler à une grammaire de la langue de
ses pères.
Egînhard, — Hlckés.—Duchesne , t. ïl , page 102. — Dotii Bouquet , Recueil, t. V, pag. 98, 99, 100. -^ Lambecius , commentarii de hibliothecâ Vindobonensi (Vienne , 1669), liy. II, c. V, pag. a63. — Mémoires des inscript, et belleslettres , t. XXIV ( Mém, par Bonamy), — G, Gley (Langue et littérature des anciens Francs , pag. 5 et 6 ),
italiens, il répartit de riches dotations en Espagne; il appela du fond de la Germanie les généraux de ses armées, et les récompensa par des alliances étrangères; il provoqua même les émigrations dans l'étendue de ses états : il semblait enfin qu'il voulait n'avoir qu'un royaume qui embrassât la moitié de la terre.
Telle fut la haute politique de Charlemagne. — Par là s'expliquent, cette grammaire théostique dont le but a été mal compris par quelques auteurs, ces ordonnances concernant la langue latine, ces conciles , monumens irrécusables de grandeur et d'impartialité.
En effet : dans le premier de ces conciles, tenu à Tours en 8i3, il est ordonné aux évêques et aux curés d'avoir un recueil d'homélies latines qu'ils doivent faire traduire , non-seulement dans l'idiome rustique pour le peuple , mais encore en langue tudesque; dernière prescription évidemment en faveur des Allemands qui
pouvaient se trouver domiciliés dans les Gaules * .
Dans le second concile , tenu à Mayence en 847 5 i^ne ordonnance réciproquement semblable fut portée en Allemagne en faveur des habitans de la Gaule ^ Ce fut
'^ Dans un synode national qui fut tenu à Aix-la-Chapelle, Charlemagne fit examiner les canons que les conciles provinciaux avaient portés. II les fit publier dans un capitulaire où il est dit : «. L'ofiice de la prédication se fera » assidûment et de manière à ce que le peuple comprenne
» bien ce qu'on lui dira »
( Histoire dét Français y p. io.)
2 Et ut easdem Homelias (ce sont les propres termes du concile ) quisque aperlè transferre studeat in rusticam romanam linguam , aut teotiscam , ut faciliùs cunctî possint intelligere quœ dicuutur.
( Collect. Concil, )
— Pasquier et Borel citent la même chose d'un concile tenu à Arles en 85 1 ; mais ce concile ne se trouve pas dans la collection {Pasquier^ Recherch. , liy. 8, ch. 1.). — jBore/, Rech. gaul., p. 566.) Collect. Conc. Paris, p. 1671, t. VII, p. i249.-.Hi8t. des Franc, de G. Glay, p. 265. —Concil. de Tours, p. i263, eau. xvii ; de Mayence, 1249, can. XXV; de Reims, p. i256, can. xv. — Duchesne^ Hist. Franc., t. li, p. io5.
pour faciliter ces rapports qui devenaient chaque jour plus fréquens , que Cliarlemagne conçut le projet de publier une grammaire tudesque^-
Tous ces soins de famille donnés à sa langue maternelle ne l'empêclièrent pas de rétablir avec les plus grands honneurs le culte , si long-temps profané , du grec et du latin. Il rouvrit les anciennes écoles de France, en fonda de nouvelles, Aixla-Chapelle devint sa principale résidence = Là , il se bâtit un palais et une ville avec les somptueux débris des marbres sculptés de Ravenne. Il appela et retint à sa cour l^s personnes les plus instruites ; c'est le diacre Pierre de Pise , qui lui apprit la grammaire , la rhétorique et l'écriture ;
"5 luchoavit et grammalicam patiii sermouis..'. men.sibu5 etiam juxtà patriam linguam nomina imposuit,
{Eginhard f Duchcsne, Hist. Fr., t. JI, p. io3.)
c'est le savant Albinus Alcain^àQ Bretagne S qui lui enseigna l'astronomie et le calcul ; c'est Eginhard , son fidèle historien.
Ce règne vit briller Clément VEcossais y fondateur de l'école palatine 5 Benoît d'Aj'iane , fils du comte de Maguelone , célèbre réformateur j le poète Théodulphe , évêque d'Orléans ^ ; le littérateur Leidrade ,
1 Eginhard f in Karol. m. c. 25. — Thégan , de geslis Ludov. pii. , ch. 7.
2 II y a pins de mille ans, The'odulplie, évêque d'Orléans, donna klYotre-Dame du Pnj, en Velay^ un beau manuscrit contenant l'Ancien Testament, la Chronographie de saint Isidore et autres morceaux ; le tout distribué en i58 articles. Il fit ce don en actions de grâces de sa délivrance de la prison d'Angers où il se trouvait renfermé, l'an 835. Lorsque, le jour des Rameaux, le roi Louis-le-Débonnaire passait avec la procession devant la Conciergerie, il se mit à chanter le canlique Laus , etc., si connu, que l'Eglise a depuis lors introduit dans ses cérémonies , le roi le fit mettre en liberté.
Ce précieux manuscrit, très-bien conservé , se voit aujourd'hui dans les archives de l'Evêché du Puy en Vclay. — Une partie du mauusciit est éciile sur des feuilles de
arclievêqiie de Lyon , et bien d'autres encore.
Parlerai-je de cette académie dans laquelle nous voyons l'empereur présider sous le nom du roi David , et les seigneurs de son conseil siéger autour de lui, s'ap-
vélin ordinaire, avec des lettres noires et rouges et quelques lettres en or.
L'autre partie est écrite sur des feuilles de vélin teintes en pourpre , en lettres d'or et d'argent , sur lesquelles ou remarque des ornemens de divers genres et de diverses couleurs , du style byzantin.
Ce manuscrit, déjà remarquable par la beauté de son exécution et sa conservation , est bien plus remarquable encore par les tissus de divers genres qu'il renferme.
Lorsque Théodulphe composait son manuscrit, voulant préserver les caractères d'or et d'argent du contact et du frottement qui à la longue auraient fini par les faire tomber, il avait placé entre chaque page un morceau de chacun des tissus de l'époque où il vivait.
Personne jusqu'à présent n'avait fait grande attention à tous ces tissus, presque tous d'origine indienne, et qui ont même peu d'analogues parmi nos tissus modernes, etc., etc. , etc.
Extrait du Journal de la HautcLoire (Ph. Hedde).