EXPLICATION DES MOTS DU SERME\Î
Pro Deu amur. — La lettre u se prononçait comme la diplithongue ou. — Pro qu'on trouve souvent écrit por, a évidem-= ment donné l'origine à notre mot pour. — Deu se rencontre souvent en vieux français pour de Dieu ( Exemple : Comme li nobles barons Hugues , dux de Bourgoigne , eut pris la croix pour aller en service Deu)... lisez donc pour de Dieu amour.
— Et pro Xristian poblo. — ^ On trouve souvent en latin poblus pour populus
ici présent, et l'aiderai en toute chose comme il est juste qu'on soutienne un frère tant qu'il agira de même à mon
égard Jamais de ma propre volonté je ne ferai aucun
traité avec Lothaire qui soit au détriment de mon frère Charles.
1 Par Bonamy (Mém, des Insc. et belles-lettres, t. xxvr, pag. 638 ).
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(exemple pris dans Plante, TAmphytrion, Thébano poblo... ) , poblo , d'où on a fait en italien populo et en français peuple. Cet o changé en eu est très-fréquent (Exemple : de clamor on a fait clameur , de vapor vapeur^ etc. ) , lisez donc et pour chrétien peuple,
— Et nostro commun salvament. — L'origine latine de tous ces mots est incontestable. Le mot sauvement a été long-temps français, et il se retrouve dans un grand nombre de vieux manuscrits (Exemple :
Bonnegent pour qui sauvement Dieu de char vestir se daigna.,,. , tiré de l'histoire du plain-chant, Lebœuf , page iZ-2 ). Il faut donc lire et notre commun sauvement.
— DiST Di EN AVANT. — L'cxplicatiou serait ici plus difficile si l'on n'avait recours à la prononciation. Ainsi, ces mots ne sontils pas pour ceux-ci : de isto dieinabante.,,?
Prononcez d'isf di in abante Abante se
trouve ( Exemple pris dans une inscription de Gruther, sur un jeune homme qui
s'était noyé : abante ociilis pcuxntis TYipiierunt njmphœ in gur^ite); du reste, tous les naturels du Gévaudan (Lozère ) changent les b en V ^ et réciproquement, ht vient évidemment de iste-, on disait et même beaucoup de gens disent encore st' homme , ste femme.
Le mot di pour jour , se trouve dans tous nos anciens auteurs de la langue d'oui. Les Flamands et les Picards disent encore tous-dîs pour toujours. Le roman de Rou fait ainsi parler Guillaume -le-Conquérant à ses troupes : Si je me puis eschaper vis ^ mex vous enmerai mez tous-dis. Du reste , la meilleure preuve de notre assertion se trouve dans les noms de chaque jour de la semaine 5 lun-di , mar-di , etc. Le mot jour vient du latin diurnum , duquel , à l'aide de la prononciation, les Italiens ont
fait giorno Il faut donc traduire ce dist
di en avant par: de ce jour en avant.,,, de ce jour à compter.
— In quant Deus savir et podir me
DUNAT. — In quant se trouve souvent employé. Alphonse , frère de saint Louis , finit ainsi ses lettres en faveur de ceux de Riom en Auvergne : /dquestas franchesas en
quant de dreyt podem Pline a dit dans
son panégyrique : In quantum iîivisus pessîmo
princîpi JuL„ Savir est la même chose
que saçeir Ce mot vient de sapere. Les
Languedociens ont changé le p en b ; sapere, saber , et Paris, au contraire,
]e p en V ; sapere y sas>er; comme saveur
de sapor , neveu de nepos Du mot latin
posse, on a fait poterie, potire , podire; en
Languedoc poder, à Paris podir Dunat
est poiu' donat ; en latin Vu ayant souvent le son de l'o , souvent se prononce ou.
— Si salvarai jo. — Si est ici pour sic. En français ce mot s'emploie aussi pour tant y tellement,,., il est sî malheureux. Salvarai évidemment vient de salvare, et Ton trouve dans l'histoire de Ville-Hardoin , tu nos juras que tu nos salverois, — Jo ou je se trouve souvent pour moi, quand il est
ainsi placé : dois- je , dis-je , etc. Quant à montrer que <;e je ou jo Tient du mot latin ego , nous en serions en peine j cependant l'analogie viendrait encore à notre secours, vierge ^ virgo,
— CiST MEON FRADRE KaRLO. .... CcS
quatre mots sont iei à l'accusatif. Cist vient du latin ecciste , et on le trouve dans les anciens auteurs pour ce , cette ; iste, îsta , îstiid. Dans un titre de l'an 1275 ^ on lit : Tuit cist nommés ne mangeront point à court.
— Et in adiudha et in cadhuna cosa.
Dans le manuscrit on lit pour le quatrième mot et-, mais M. Bonamy ayant reconnu que ce devait être nécessairement une faute, puisque c'était un non sens, y a substitué le mot er pour ero, je serai. On trouve partout dans l'histoii^e de Yille-
■* Dîsserlafion sur t'Hist. de SRÎnt Louis, page i44) par JJucange,
Jiavàoinere, ert, ereiit, -pour fêtais, il était, ils étaient, — Adiudha est le même mot que celui usité en Picardie àiude; et clans toutes les provinces méridionales adjoudha pour aideî\ Tous ces mots viennent des anciens verbes latins adjuto et adjutor, — Cadhitna vient du latin quaque una pour unaquaque. C'est de ce mot que viennent dans l'italien ciascheduna , catauna ; et dans l'espagnol cada-una. De là se sont formés nos mots français quascujis, caschuns , chascuns, chacun Cosa vient évidemment de causa ^
mais n'a pas toujours le même sens. Dans l'A^lplionsine on trouve les mots chosa el chosas.
: — Si cuM OM, en latin Sit quomodo homo. Ces mots se retrouvent dans notre ancien français avec la même ortliographe qu'ils ont dans ce serment. Comme, autrefois s'écri-= vait com , c'est le même mot que como des Italiens et des Espagnols. Voici la preuve que ces trois mots se retrouvent dans nos anciens auteurs. On lit dans Ville-Hardoin :
Si cum deix volte. Si cum il est contenu en la charte ^-^he mot honime est écrit dans nos anciens auteurs homs, hons,om, on y un , 07ÎS ( Exemple : Prend son régale pour" droiture , et ses om est de teneure ^.
— Per dreit son fradre salvar dist.
^— Il n'y a que le mot dist qui puisse offrir quelque difficulté. Ducange lit dust.,. Mais dans nos anciens auteurs, pour exprimer le mot doit , on trouve souvent deit , dei. Ce mot vient de débet ^ d'où on a fait d'abord deht , et ce mot , suivant les orthographes et les prononciations diverses, a fait deit^ dei, deut, dist (Exemple : Quand baisier dist le pié , baissier ne se daigna ^
— In o — Cet o est pour hoc , qui se prononce comme ho dans hodiè pour hoc die. Ce mot est employé pour notre ce.
^ Ville-Hnrdoîn y art. CLXXllI , p. l34.
2 Glossaire de Ducange y au mot homînîum,
- R.oman de Ilou,
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cela, ovxhy non-seulement dans les dialectes des provinces méridionales , mais encore dans les sej)tentrionales.
— QuiD — doit se rendre par que. C'est ainsi que , dans nos anciens auteurs , au lieu de liotre relatif ^j^we , on trouve partout qui et même cui,
— Altresi 5 qui si o^iù fie pareillement , est un mot qui se trouve dans chacun deà auteurs des ii® et 12^ siècles. Il est formé de deux mots latins alterum sic; d'où nous avons fait aussi.
— Plaid, qui s'écrit aussi plaiz , plait et plet , vient de placitum , comme le mot plaire est formé de placere ; c'est un terme de jurisprudence qui signifie pact, accord.
— NuNQUAM , d'où on fit nonques et onques , iifots qui ne sont plus eii usage.
— Prindrâi —est un mot que nous conservons encore j il vient du verbe prindere pour prehendere , qui fait au futur du s\\h]oncli£ prendero.
— Meon vol. — Ces mots sont ici à
DE LA LANGUE ROiMANE. 53
l'ablatif et signifient par ma volonté. Les iatins, an lien de velle ont dit voile, en changeant Ve en o , ce qui est très -fréquent dans les comiques. Volt, volint , vorsàs , cinvollere , etc. Saint Augustin a dit : Velle niium tenebat inimicum. C'est de cet infinitif (j!ie s'est formé notre ancien mot vol, voil , viieil et viiel , pour volonté, vouloir.
— Le mot DAM, de darnnum , se trouve dans tous nos auteurs pour dommage. Il en est de même du mot seit, set, au lieu de wit , etc. ■
Quand Louis-le-Germanique eut terminé , son frère Charles ..fit le même serment en langue tbéostique.
^ Les principaux auteurs qui ont rapporté ou mentionne' ce serment sont: Bonamy ^ Ducange, Astruc , mavq. Fucher ^ Duchesne , Eckart , Schilier, dont Bouquet, S. Sismonddi , Raynouard , Roquefort , Lacomhe , Michelet^ Aug, Thierry,
Après les deux princes, les peuples, à leur tour, jurèrent foi et hommage , chacun dans sa langue ^
SERMENT DES TROUPES DE l'EMPEREUR CHARLES ^
Si Lodhuigs sagrament que son fradre Karlo jurât , conservât , et Karlus meos sendra de suo part non las tanit si jo returnar non Vint pois , ne jo , ne neuls cui jo retujmar int pois y in nulla aiuda contra Lodhuig nun li joer.
^ Populus quique propriâ linguâ testatus est.
(Nithardus.)
2 Traduction.— Si Louis garde le serment qu'il a prêté à son frère Charles, et si Charles, mon seigneur, ne le tient pas de son côte' ; si je ne puis l'y ramener , ni moi , ui aucun autre, je ne lui donnerai aucun secours contre Louis.
'^«m^^S^^f^^lMH^ec^
EXPLICATION DES MOIS DU SERlIEiïï.
— Sagrament vient du latin sacraineniuni,..', mais la syllabe cra paraissant trop dure, on la prononçait donc comme s'il y eût écrit gra. Aujourd'hui même nous avons pris cet usage pour plusieurs mots 5 ainsi secret se prononce segret. Dans les premiers temps on prononçait donc «t même on écrivait sagrament (Exemple pris dans riiistoire de Caliors , p. iSg... aisso es lo sagrament, dest le sacrement).
— Conservât doit se traduire en français par observer, et se trouve dans ce sens chez plusieurs auteurs, Cicéron dit V. definihus^ contra utilitatem etîam consen^aturfides. Il dit encore ailleurs ^ : Consermre jusjurandum,
— Sendra... Bonamy , en parlant de ce mot, cherche vainement tel qu'il est écrit
1 Cicéron y liy. 3 ^ de Officiis=
à lui trouver un sens... Dans quelques éditions on trouve sender, sans doute pour senher, senhor, seignor... — On doit donc lire senher ou senhor ^, au lieu de sendra. En effet, dans le serment en langue tudesque, on lit dans cet endroit min herro , mon seigneur.
— De stro part.... Dans quelques éditions on lit : de sua. Ce pronom se rend dans nos anciens auteurs, soue, soe , seue et même sud, Ville-Hardoin dit : Le roj Pheîippe qui sua seror avait a femme , etc.
— Los TANiT ou LO STANiT... On trouve également dans nos anciens auteurs lou, lo et los pour le. ^anit , autrefois l'on disait tanir.,. Dans les coutumes de Sole ^ on trouve aquerre retanir , pour icelle retenir.
Si jo returnar non l'int pois... C'està-dire : si je ne Ven puis détourner,..,. Le
1 Comme fait Ducange.
2 Vie d'Isabelle, dans Joim-ille , p. 174.
mot retornave signifie changer de parti, se retourner.
— Vint doit s'écrire avec une apostrophe et signifie illum , indè. C'est du mot indè que nous avons formé notre particule française 671 y dont l'analogie avec le latin est plus sensible par la manière dont il est é'Crit dans le serment.
— ]Ne jo, ne neuls Dans d'autres éditions on lit : 7îe neuls , nec ullus. Le même serment, en langue tudesque, porte : noh ihy ou ich, no thero thein ; ce qui signifie
neque ego, neque iîlorum ullus ni moi, ni
aucun de ceux.,,. Le sens ou plutôt la manière d'écrire que nous avons choisie, est celle adoptée par Ducange. Roquefort et Piaynouard ont préféré copier littéralement le manuscrit 5 mais nous n'avons pu nous résoudre à faire comme eux, puisque les fautes sont évidentes.
— Gui jo Le relatif c^^; pour que, n'est
pas particulier aux sermens de 842 , on le retrouve encore dans les écrits du î3^
siècle. Ville-Hardoin dît, page 129, celui cui U franc avoit chaclé de Constantinople , etc. Jo est toujours une abréviation de ego.
— JuER Ducange croit qu'on doit lire
fuer. Ubiy dit-il, legenduni puto, fuery id est, fuero ou fuerit. M. As truc lit wer. L'opinion de Ducange est sans contredit la meilleure, puisque dans le serment en langue tudesque , ce mot fiter est rendu par wirdith ou wirthit, qui signifie yi^m^^
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Nous présentons un tableau comparatif et progressif, si l'on peut parler ainsi ,
'' C'est aux savantes et laborieuses recherches de M. Boiiamy (Disc, inscript, et belles-lettres) que nous sommes redevables de cette analyse des deux sermens. Elle trouvait ici naturellement sa place, et nous ne nous sommes fait aucun scrupule de la reproduire , sinon en entier , du moins dans ses parties les plus importantes» Nous ayons
des termes du serment prêté en langue romane par Louis-le-Germanique. En le suivant dans les permutations parlesquelles nous le ferons passer, on pourra se faire , une idée assez exacte du travail de décomposition et de recomposition que dut subir cette langue.
seulement ajouté quelques observations , quand elles nous ont semblé nécessaires.— Sans doute il nous eût été facile de nous emparer de ce travail , et, à l'exemple d'un grand nombre d'écrivains de nos jours, d'en faire notre œuvre en le défigurant. Mais, à Dieu ne plaise ! notre but est d'être utile, et si, pour l'atteindre, nous empruntons des documens dans des livres ou des mémoires , malheureuse» ment trop rares, est-il juste au moins que nous en rendions hommage à leurs véritables auteurs !
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