‹ Histoire de la langue universelleChapitre 100 sur 296 · Le Volapùk, p · texte numérisé non relu

Le Volapùk, p

2. Mgr ScHLEYER fit ses réserves sur des modiflcations aussi fondamentales, en rappelant que M. Iverckhoffs avait déclaré qu'il n'y avait rien à changer du fond de la langue (voir p. 143, note 3).

3. On remarquera que, par ces deux décisions capitales, l'Académie rompait implicitement avec les principes essentiels du Volapûk, pour adopter une méthode a posteriori.

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En même temps, M. Kerkcfioffs faisait adopter par ses collègues un règlement qui conférait à Mgr Schleyer triple voix dans les votes, mais lui refusait tout droit de veto. Naturellement, Mgr Schleyer protesta et menaça de destituer M. Kerckiioffs, comme si celui-ci eût tenu ses pouvoirs de l'Inventeur. Il considérait le Volapiik comme sa propriété, parce qu'il en était le père ; mais on lui répondait que le Volapiik appartenait au public, tout au moins au public volapïikiste, et qu'étant fait pour son usage, il devait subir les améliorations jugées nécessaires pour l'emploi et la dilïusion de la langue.

L'Académie n'en continua pas moins à approuver la plupart des réformes proposées par M. Kerckhoffs. Elle adopta pour la construction la règle fondamentale suivante : « Le mot ou la proposition déterminante suit le mot ou la proposition déterminée », et toutes les règles spéciales qui en découlent. Elle prépara en outre le Congrès de 1889, et, pour lui assurer un caractère international et neutre, elle décida que chaque pays y serait représenté par un nombre de délégués proportionnel à sa population, et que ces délégués seraient choisis à raison de 3 par chaque académicien.

Le Congrès devait avoir une double tâche : 1" ratifier les statuts définitifs de l'Académie ; 2° promulguer les règles de la grammaire. M. Kerckiioffs se proposait de lui soumettre un Projet de Grammaire normale résumant ses propositions, dont la plupart avaient déjà été adoptées par l'Académie. Le Congrès eut lieu à Paris les 19-2i août 1889. Il réunit des Volapûkistes de 13 pays ditïérents (y compris la Turquie et la Chine), et élut pour président M. Kerckiioffs. La langue officielle du Congrès fut le Volapiik. On n'eut pas le temps d'étudier en détail les questions de grammaire; le Congrès se borna à décider que l'Académie rédigerait « une grammaire normale simple, d'où l'on bannirait toute règle inutile ». Son œuvre principale fut la discussion et l'adoption des statuts définitifs de l'Académie (en 21 paragraphes) ; le Congrès approuva en outre la composition de lAcadémie et tous ses actes antérieurs. Voici les principaux statuts de l'Académie :

« 1 . L'Académie s'occupe uniquement de compléter et de perfectionner la grammaire et le vocabulaire de l'Inventeur.

» 2. L'Académie est l'autorité unique dans les questions linguistiques.

laO SECTION II, CHAPITRE II

» 3. Les académiciens sont choisis parmi les Volapûkistes' les plus distingués des différents pays de la terre

» 7. L'élection des académiciens a lieu sur la proposition du directeur, et à la majorité des volants.

> 8. Le directeur de l'Académie doit proposer comme académiciens les personnes qui lui sont proposées par les cercles [Volapïikistes] des pays respectifs

» 11. L'Académie est administrée par un bureau qui comprend : 1*^ l'Inventeur; 2'* le directeur; 3" le sous-directeur; 4" deux secrétaires.

» 12. Le directeur et le sous-directeur sont élus pour cinq ans par les académiciens; ils sont rééligibles

» 15. Les décisions de l'Académie doivent être aussitôt soumises à l'Inventeur. Si l'Inventeur n'a pas protesté avant trente jours contre les décisions, celles-ci sont valables. Les décisions que l'Inventeur n'aura pas approuvées sont soumises de nouveau à l'Académie, et ne deviennent valables qu'après avoir été adoptées à la majorité des deux tiers

» 21. Ces statuts ne peuvent être modifiés que par un Congrès internalionaP. »

Mgr ScHLEVER fit ses réserves sur les articles qui le concernaient, et prétendit s'attribuer un droit de veto absolu (et non pas seulement suspensif).

Le Congrès remit à l'Académie le soin de convoquer le prochain Congrès, et de décider où et quand il se réunirait. Il ny a pas eu d'autre Congrès jusqu'ici.

Après le Congrès de Paris, le directeur de l'Académie, au lieu de poser à ses collègues une série de questions détaillées sur les différents points du programme, leur proposa en bloc un projet complet de grammaire. De leur côté, divers académiciens '^ proposèrent d'autres projets de grammaire, de sorte qu'on ne put s'entendre. M. Kerckhoffs donna sa démission de directeur le 20 juillet 1891, et l'Académie chargea un Comité de trois mem-

1. Le mot Volapùk donne lieu en Volapûk à une perpétuelle équivoque : on ne sait pas s'il désigne la Langue universelle en général ou le Volapûk en particulier.

2. Le texte original de ces statuts (en Volapùk) est signé de M. Champ- Rigot, Volapukiste français.

3. MM. Dayet Holden, Guigues, Heyligers, Knuth, Kriiger, Lederer et von Rylski, Plum, Rosenberger.

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bres * de préparer l'élection d'un nouveau directeur. Ce Comité fît paraître une Grammaire normale (Glamat nomik) conforme aux décisions déjà prises par l'Académie. Celle-ci élut directeur M. RosENBERGER, de Saint-Pétershourg (15 mai 189:}).

A partir de ce jour, les travaux de l'Académie entrèrent dans une phase nouvelle; on fît table rase du Volapûk, et l'on aboutit à la constitution d'une langue toute différente, Vidiom neulral, que nous étudierons plus loin.

On comprend que ces dissensions entre les Volapïikistes, et notamment le conflit, d'abord latent, puis déclaré, entre l'Inventeur et l'Académie aient été funestes à la langue. Dès 1889, la [iropagande se ralentissait, bientôt elle s'arrêtait complètement, et dès lors le Volapûk perdait rapidement ses adeptes. D'autre part, de nombreux professeurs et propagateurs du Volapiik, ayant conscience de ses défauts et n'ayant pu faire accepter leurs projets de réformes, soit par Mgr Sciii.eyer, soit par le Congi'ès et l'Académie, se mirent à élaborer des langues nouvelles, ce qui acheva de diviser le monde volapïikiste et de ruiner le Volapiik. Nous retrouverons ces projets dans la suite de cet ouvrage.

Aujourd'hui, le Volapiik est à peu près mort. Il ne conserve plus qu'un petit nombre de fidèles -. Il subsiste encore 4 clubs volapiikistes : 2 en Autriche, 1 en Allemagne et 1 aux Pays-Ras. Le principal est le Volapûkaklub zenodik plo Stirân de Graz {Clnb volapûkisle central pour la Slyrie), présidé par le Prof. Karl Zetter. Celui-ci continue à publier le Volapùkabled lezenodik {Journal central du Volapûk, 22« année, 1902), organe officiel de -Mgr ScnLEYER, qui est le seul journal volapiikiste survivant. M. Zetter est le président de l'Académie fondée en 1893 par -Mgr SciiLEYER quand il rompit avec l'Académie instituée par les Congrès; et il prétend représenter « le monde volapQkiste », en lout cas bien réduit.

En résumé, l'histoire du Volapûk, de ses progrès rapides et de sa prompte décadence, est extrêmement instructive. 11 a dû son succès prodigieux à ce fait que, confondant le principe et l'application, tous les partisans d'une langue internationale se sont

\. M.M. CIiamp-Rigot, Guiguos et Hoylijrors.

2. La Liste des correspondants (Lised spodelas) pour tOOl contonnit 159 noms.

^'6i SECTION II, CHAPITRE II

ralliés à lui dans l'espoir qu'il incarnerait et ferait triompher leur idéal. Puis la difficulté et les défauts de lidiome sont apparus peu à peu, à la pratique; la désillusion est venue; toutes les propositions de réformes et d'amendements se sont heurtées à l'intransigeance obstinée de Mgr Sciileyer, et alors chacun reprit sa liberté : ce fut la discorde, l'anarchie et la dissolution finale. Ainsi le Volapûk a réussi, parce qu'il paraissait répondre à un besoin très vivement ressenti, surtout dans le monde commercial ; et il a échoué à cause de ses vices intrinsèques, du .dogmatisme inflexible de son inventeur, et de la désunion de ses adhérents.

Critique.

Il semble au premier abord qu'on ne puisse pas faire du Volapûk une critique plus complète et plus sévère que celle qu'en ont faite M. Kerckhoffs et bien d'autres Volapûkistes. Mais c'est là une illusion. En réalité, ils ne critiquaient que des détails d'application, et restaient fidèles aux principes de la langue. Quand ils blâmaient les inconséquences et les idiotismes de l'auteur, ils lui reprochaient de violer ses propres règles, et quand ils s'efforçaient de réformer et de corriger le Volapûk, c'était en en conservant le plan et les caractères essentiels. Ce sont ces caractères que nous avons maintenant à dégager pour découvrir les vices fondamentaux du système, vices qui se seraient fatalement retrouvés même dans le Volapûk simplifié et amendé de M. Kerckhoffs. Ils se ramènent à deux : la grammaire est trop synthétique; le vocabulaire mancfue d'internationalité.

La grammaire est trop synthétique : M. Kerckhoffs l'avait bien senti, puisqu'il essayait de substituer à la déclinaison par flexions une déclinaison analytique (par prépositions). Mais c'est surtout la conjugaison qui offrait ce défaut à un degré exorbitant. Lors môme qu'on eût supprimé une bonne moitié des modes et des temps inventés par Mgr Schleyer, ce vice irrémédiable eût subsisté. M. Kerckhoffs a beau dire que cette conjugaison t est essentiellement grecque » ; il répugne à l'esprit analytique des langues modernes d'accoler au radical verbal comme suffi.xe le pronom personnel (qui fait d'ailleurs double emploi avec le sujet), et comme préfixe la caractéristique des

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temps (imitée de raugment grec).Peu importe que ce soit là * le procédé de toutes les langues primitives de lEurope et de l'Inde »; la L. I. na pas besoin d'ôtre une langue primitive, et une stiueture savante et archaïque ne peut que lui nuire. On aijontit. par raccumulalion des préfixes et des suffixes, à des l'ornies tellement longues et compliquées, que le radical verbal y devient méconnaissable, au point que l'Inventeur lui-même avait pris l'habitude de l'imprimer en italiques '. En outre, le p initial du passif ne suffit pas à le caractériser, d'autant plus qu'il y a des mots commençant par p suivi d'une voyelle qui ne sont nullement des verbes au passif (Ex. : pen = p/Hme et ses nomiireux dérivés).

On peut ajouter que toutes les flexions grammaticales sont entièrement arl)itraires *; elles sont empruntées le plus souvent à l'ordre alphabétique des voyelles, et n'ont aucune ressemblance ni même aucune analogie avec les flexions des langues naturellc^s 3. C'est un mécanisme monotone et tout a priori qui déroute la mémoire au lieu de l'aider.

Cet arbitraire règne également dans le choix des radicaux et dans la formation des mots. Aux restrictions imposées par la grammaire, l'auteur en ajoutait d'autres par les règles de structure et par son alphabet. Tandis qu'il admettait les sons à, ô, û, difficiles à prononcer pour beaucoup de peuples européens, il excluait presque entièrement la consonne r, en considération des Chinois; mais bientôt il apprenait du D' Fever.vbend que les Japonais possèdent au contraire l'ret manquent de 1, et dans sa Kur:e cliinesisch-wellsprachliche Grammatik (1885), il reconnaissait que les Chinois ont un r. C'était bien la peine de défigurer une multitude de radicaux européens, et même de noms propres comme Bodiigân = Portugal ^!

1. E.xcniplcs tirés d'une lettre de Mgr Scur.EVER dans Le Y^olapâk (p. 239) : paleiis»»a)ms, papeHomsôd, pabe/onom, peda/iAôls, padcjafôn, pane/wrôn,

past7^/^/,oiiiôv, por/eôoinôd M. Kerckhoffs cite (ibicL, p. 2G'2) les formes :

âlovepolob-la, li-àlovepolob-ôv, qu'il essaie de rendre plus claires par des traits d'unions.

2. Kx. : les sufd.xes de comparaison -um et -un, trop semblables d'ailleurs.

3. Les temps du verbe se nomment eux-mêmes par ce procédé : patûp, présent ;-p'àtÛTp, imparfait; petûp, parfait; TpitÛTp, plus-qne-par fait; potùp, futur: putûp. futur antérieur. De même les cas s'appellent (ù l'imitation de rnllomnnd) : kimfal, nominatif; kimafal, génitif; kimefal, datif; kimifal, accusatif. Ces mots sont trop aisés à confondre.

4. Tout en conservant l'r, par une incoaséquence singulière, dans un

Mais ce qui contribuait le plus à rendre les racines nationales méconnaissables, c'est la tendance au monosyllabisme, qui limitait à l'excès le nombre des combinaisons. Aussi certaines de ces racines ont-elles subi une série de déformations invraisemblables. Par exemple, jim (ciseaux) vient de Schere(D.) qui, transcrit phonétiquement, donne jer, donc jel, par substitution de 1 à r. Mais jel signifie protection; on change la voyelle, et l'on obtient jil. Mais jil exprime déjà l'idée de femelle; on change alors la consonne, et l'on trouve enfin jim. De même, lel provient de fer : en effet, cette racine romane devient d'abord fel, mais fel signifie champ; fil, fol, fui ont également des sens déterminés. On remplace alors la consonne initiale parcelles qui la suivent dans l'alphabet : on trouve ainsi gel (orgue), hel (cheveu), jel (que nous venons de voir), kel iqni), et enfin lel, qui n'a pas encore de sens. Et voilà pourquoi lel =fer ' !

On comprend, après cela, que la plupart des radicaux du Volapûk, quelle que soit leur origine naturelle, soient pratiquement méconnaissables, et paraissent être uniquement le produit du caprice et de la fantaisie. Pourquoi, dans le mot latin centum, garder précisément la terminaison tum, qui est commune à des centaines de mots latins? D'où vient que pet signifie parole; ped, presse; pel, paiement, etc.? D'ailleurs, les noms de nombre, les pronoms personnels et démonstratifs, sont construits entièrement a priori, et sur un type uniforme qui les rend encore plus difficiles à retenir et à distinguer. On peut aisément confondre entre eux les pronoms at, et, it, ot, ut, ou les nombres mal, vel, jôl-. Là encore l'auteur n"a pas eu d'autre princijjc que l'ordre conventionnel des voyelles dans l'alphabet.

Cette tendance au monosyllabisme était d'ailleurs approuvée

certain nombre de noms de pays comme Rilân, Ràbàn, Ramàn, Rumàn, Algerân et ... Berberàn!

1. Ces deux exemples sont empruntés à M. Julius Lott (op. 1), qui fut professeur et propagateur de Volapûk en Autriche.

2. Pourquoi terminer tous les noms de nombre par un 1, alors que celte lettre n'est nullement caractéristique des nombres? Ex. : val (choix), mel (mer), IaI (terre), til (chardon), kôl (couleur); nouvelle source de confusions! En outre, Tidée de représenter les dizaines en ajoutant l's du pluriel aux unités est tout à fait malencontreuse (bien qu'elle se retrouve dans la plupart des projets issus du Volapûk) : bals devrait signifier des uns, plusieurs uns, et non pas dix. Cela prête d'ailleurs à confusion : il est difficile de distinguer à l'audition : maks tel segivôn et maks tels segivon (payer deux ou vinç/t marks), et l'on voit que l'erreur est considérable.

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et partagée par M. Kerckhoffs; il la justifiait en disant qu'il fallait adopter des racines très courtes, afin de ne pas avoir des mots (surtout des verbes) trop lon^s, et il proposait de rein placer literat par lirat, balomet par lomet, lotogaf par togaf, filosop pnr fisop. ce qui eût rendu ces mots tout à lait méconnaissables '. N'eùt-il pas mieux valu sacrifier le synthétisme de la grammaire à l'intelligibilité des radicaux? On a vu que l'Académie recherchait aussi la brièveté des radicaux : mais elle ne lui sacrifiait pas aussi complètement l'internationalité, puisqu'elle préférait baromet à balomet. et telegraf à telegaf. On verra plus tard qu'elle a fini par faire triompher le principe de l'internationalité dans Vldiom neiitral.

Au contraire, Mgr Sciilever ne s'est jamais incjuiété de l'interna tionalité des radicaux 2; il les choisissait au hasard, surtout dans les langues germaniques, quitte à les déformer ensuite de manière à les rendre inintelligibles même au peuple auquel il les empi'unlait. Les exemples sont innombrables : fire (E.) devient fil, qui rappelle aux peuples romans les idées de yîf, de fils ou défile; mais fir existe, et il signifie sapin. Bel évoque chez les j)euples romans l'idée de beauté, sans rappeler berg aux peuples germaniques. Glob signifiera grossièreté (D.grob), tandis que globe se traduira parglop. Kanad signifiera ca««i, tandis que kanal signifiera grand artiste. Logik signifiera visible, et la Zof/igue s'appellera tikav. Quel nom est plus universellement connu que celui des Alpes? En vertu de règles de structure inexorables, il devient lap. Le mot exclusivement allemand Degen (épée) devient den. Qui reconnaîtrait les mots ochs (D.) dans xol {bœuf), graf (D.) dans gab {comte), ink (E.) dans nig (encre), roof (E.) dans nuf (toit), travel (E.) dans tâv {voyage), trinken (D.) dans dlinôn (botre) ? Qui devinerait le sens des mots dip {diplomatie), pat {particularité), pal (parent), fat (père), mat (mariage), mot (mère), blod (frère), net (nation), plin (prince)l A quoi bon emprunter des radicaux à l'anglais, si on les rend méconnaissables aux Anglais eux-mômes?

A cette erreur s'en ajoute une autre qui l'aggrave : c'estde préférer le phonétisme au graphisme, alors que celui-ci est plus

1. Ln mpillouro preuve en est que togaf représente ailleurs pour lui le nidt fotogaf (voir Le Volapiik, p. 170 et 243.)

2. -M. Kerckhoffs non plus : « Quanta conserver plus ou moins fidèlement la fornic du radical, telle qu'elle est fournie par la langue naturelle, nous no devons y attacher aucune importance ». (Le Volapiik, p. 243).

international que celui-là, et d'adopter le plionétisme anglais, qui est, comme on sait, absolument national. C'est ainsi que le mot international slation devient stajen ou stejen, qui n'est plus , reconnaissable que pour les Anglais. Un exemple plus typique encore est le suivant : il y a une racine internationale pour l'idée de chambre, c'est kanier (L. caméra, D.Kammer, etc.) Mgr Soulever la prend, déjà déformée, dans l'anglais (chamber) et la déforme encore en cem. On voit quel est l'inconvénient d'emprunter des racines à l'anglais : ces racines, qu'elles soient d'origine romane ou germanique, sont généralement déformées par l'écriture, et bien plus encore par la i)rononciation ; de sorte que des racines internationales en elles-mêmes y perdent leur internationalité*.

D'ailleurs, si monosyllabiques que soient les racines, cela n'empêche pas d'avoir des radicaux composés, donc polysyllabiques, notamment dans les verbes. Ex. : lovepolôn = traduire (love = trans, polôn = porter). On ne peut donc éviter de former de longs mots, à moins de renoncera la conjugaison synthétique.

Enfin l'on fait valoir la concision du Volapak, qui permet de dire en 6 mots ce que les langues naturelles disent en 12 ou 15 mots et le latin en 9. Ex. : Itisevam eibinom stabin gudikùn tugas valik. = La connaissance de soi-même a toujours été le meilleur fondement de toutes les vertus. Mais à quoi bon, si chacun de ces mots complexes exige une analyse qui se présente toute faite dans les langues analytiques'] On allègue que cette concision est très économique pour les télégrammes; sans doute, mais ce n'est ni une économie de pensée, ni une économie de temps, et cette considération doit l'emporter sur la précédente, étant d'une application beaucoup plus générale.

Les Volapïikistes essaient aujourd'hui de justifier leur vocabulaire en disant que son auteur n'a pas recherché V internationalité ^ qui est selon eux une chimère, mais bien Vanationalité, la neutralité absolue. Que l'internationalité des radicaux ne soit nullement une chimère, c'est ce que prouvent tous les projets de langues

1. Disons, à ce propos, que certains Anglais, voulant faire de leur idiome la langue internationale, et constatant que le principal obstacle est le désaccord complet entre le graphisme et le plionétisme, ont proposé, non pas de réformer la prononciation anglaise, mais au contraire de rendre l'orthographe anglaise phonétique. Ils ne réussiraient ainsi qu'à rendre l'anglais illisible pour les étrangers, et à enlever à beaucoup de mots anglais leur internationalité, qui réside uniquement dans le graphisme. Voir Melville Bell, World-English, the universal language (London, Trubner, 1888).

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a poslcriori, et notamment Vldioni neutral, élaboré par d'anciens Vola[)ïikislos. Quant à la prét(Muluo neutralité du Volnptik, elle est démentie par l'assertion formelle et répétée de Mgr Schleyer, qu'il a emprunté ses racines en première ligne à l'anglais. Au fond, lavorsion dos Volapiikistes pour les radicaux internationaux (dont la plupart sont d'origine latine) parait venir du préjugé germanique contre les « mots étrangers ».

En tout cas, cette aversion semble avoir guidé l'auteur dans le choix de ses racines, et plus encore dans la formation de ses mots composés. Au lieu d'adopter les termes techniques et scientifiques internationaux (composés de racines grecques ou latines), il a tenu à former ses mots composés d'une manière autonome (à l'imitation de l'allemand), en traduisant séparément les racines composantes. C'est ainsi que thermomètre se dit vamamafel (vam = chaleur, mafel = mesureur) ; presbyte = fagalogamik (fag= loin, logam = vue) ; tramway = klautavab (klaut= mil, vab r= voiture) ; lelod = chemin de fer (lel =fer, od = chemin), ivrujon = lelodavab; automobile = itomufik (it =^ même, mui ^ mouvement) ; photographie = litamag (lit ■= lumière, mag = image); anonyme = nenemôf, etc. 11 est vrai que l'auteur capitule quelquefois avec les mois grecs : il admet fotogaf comme synonyme de litamag, et balomet à côté de vamamafel, ce qui est une inconséquence.

Il commet bien d'autres illogismesdans la formation des mots dérivés. Et d'abord, il admet de nombreuses isoménVs, c'est-à-dire des mots qui peuvent se décomposer de diverses manières et avoir par suite des sens tout différents. Exemples :

le-dom ^^ palais;

le-lod = forte charge ;

le-mel = océan;

le-nad = grande aiguille;

ko-nam = collaboration ;

mi-ten = gauchissement;

gle-tip = pointe principale ;

bi-nom = règle préliminaire;

ti-del = presque jour ;

Sans doute, les deux sens sont si hétérogènes que le contexte

suffit en général à déterminer le vrai sens; mais il n'est pas

moins fAchcux qu'on puisse hésiter, mémo un instant, entre deux

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