D'après Bauer et Ste.mpfl
led-om
= il rougit.
lel-od
=- chemin de fer.
lem-el
= acheteur.
len-ad
= apprentissage.
kon-am
=: récit.
mit-en
= boucherie.
glet-ip
= folie des grandeurs.
bin-om
= il est.
tid-el
= professeur ^ .
sens, et qu'on soit obligé de choisir. De plus, il est dangereux de s'en remettre toujours au contexte, car si le contexte est obscur ou mal compris, le sens i)eut dépendre précisément du mot douteux. C'est commettre un cercle vicieux que de prétendre que les mots s'expliquent et s'éclairent les uns par les autres. Il est assurément préférable qu'ils aient chacun par soi un sens bien déterminé.
Un inconvénient plus grave encore que les isoméries est la multitude des dérivations apparentes qui peuvent donner lieu à des contresens. Ainsi balip = barbe semble signifier : maladie (manie) de l'unité; plepalôn =pr<'parer ne vient ni de pie ni de pal: fibaf {amphibie) ne vient pas de fib (faiblesse), ni fetan {liaison) d(> fet (fertilité). Beaucoup de radicaux commencent par de- sans contenir le préfixe de- ni en avoir le sens (depad, demad, desid, etc.). De même pôtet = pomme de terre, et pôtit = appétit ont l'air de dériver de pot = occasion (cf. pôtek = pharmacie, et pôtut = faim) '. Souvent même on ne sait pas comment analyser un mot composé où l'on croit reconnaître tel radical connu. Ainsi kobotonôn se décompose en kobo^ ensemble, ton = accord (s'accorder). Pedipedel semble contenir deux fois le radical ped : or il a pour radical diped [diplôme) et signifie diplômé ^.
"D'ailleurs, beaucoup de mots dérivés sont formés contrairement à la logique et môme au bon sens. Sans revenir sur les nombreux cas de Tikûlin cités par M. Kerckhoffs, pourquoi employer le suffixe -el dans des mots comme fatel = grand-père paternel, motel = grand-père maternels Si mùf signifie locomobile, comment son augmentatif lemuf signific-t-il locomotive'? Pourquoi la mouche s'appelle-t-elle flitaf (litt. : animal qui vole), comme s'il n'y avait pas d'autres animaux ailés et volants? , Pourquoi la guêpe s'appelle-t-elle lubiea, péjoratif de bien = abeillel Luvat, péjoratif de vat = eau, pourrait à la rigueur désigner les eaux sales; il signifie... urine \ De pab = papillon dérive lupab = chenille; est-ce de la même manière que lugil =: vautour dérive de gil = aigle, ou que luspog ■= champignon dérive de spog = éponge'! De telles dénominations sont aussi peu scientifiques que la locu-
1. Autres exemples : kat = chai, katad = capital, katan = capitaine; din = chose, dinit = dignité.
2. D'une manière générale, il est fâcheux d'employer les préfixes du passif dans des mots qui ne sont ni verbes ni même participes. Ex. : Pebaltats = Etals- Unis.
SCHLEYER : VOLAPLK loO
lion mauvaise herbe, ou que la classification des insectes en utiles et nuisibles. Comment de lom = pays natal (E. home) peut-on déduire lomon = s'établir en pays étranger, et de mag = image tirer lumag = faste •? D'autres dérivations sont vagues ou, comme on dit. tirées par les cheveux : lusôlel = tyran (litt. : mauvais maître); lulisàlel = sophiste (Usai = raison; lisàlel = raisonneur). Dufaston {pierre dure) désiijne le granité, comme s'il n'y avait pas d'autres pierres dures; bigovaet (suc épais) sigmUc gélatine ; flumapop. yjopier buvard (litt. : papier de fleuve, cf. : flumabed = lit de fleuve), etc. D'autres sont des périplirases inexactes ou équivoques : smabed=: nid (litt. : petit lit; pourquoi pas : berceaul)^; silavat = pluie (eau du ciel); vatalubel = flot (petite montagne deau); lustelavel ::= astrolùijne (litt. : mauvais astronome : stoi^ étoile , stelav = astronomie)^ ; logamagil =: pupille (litt. : petite image de VœU; D. Augenstern).
Ces défauts viennent de ce que le Volapûk est une langue trop syiiiliélique et trop a priori; sans être une langue philosophique, il prétend analyser les notions et les reconstituer suivant la méthode philosophique-; de sorte qu'il a les défauts pratiques d'une f(>lle langue sans en avoir les avantages logiques. Celle tendance se manifeste surtout par l'emploi des affixes caractéristiques pour certaines classes d'idées. Autant il est naturel et nécessaire d'enq)loyer des affixes de dérivation d'un sens déterminé pour former les mots dont le sens dérive réellement de celui d'un mot primitif, autant il est inutile et incommode d'imposer à Ions les mots d'une même catégorie logique la même terminaison, connue un faux-nez qui ne sert qu'à les rendre méconnaissables et à les faire confondre *. Pourquoi appeler le choléra kolerip, les vacances vakanûp, Vargent silin, etc.? Ou bien on connaît le sens de ces radicaux (que le suffixe ne fait que défigurer), et alors on sait quelle espèce d'objets ils désignent; ou bien on ne les connaît pas, et alors il est inutile de savoir qu'il s'agit
1. Nous no parlons j)ns de ccrlninos dérivations ohlonuos par In simple inllexion de la voyelle du radical (transformation de verbes neutres en actifs, comme en allemand), que M. Kehckhoffs a critiquées d'autant plus justement, ([u'il existait déjà des couples de radicaux (|ui ne dilTéraient que par rintlexion d'une voyelle, et (|ui n'étaient nullement dérivés l'iui de l'autre (Le Volapûk, p. 171-172).
2. Pourquoi, bov signifiant plal, smabov signilic-t-il assiette, et bovil tasse '?