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Le Volapûlc, p

4. Un savant danois, M. Aaen, renchérissant sur l'Inventeur, proposait les désinences caractéristiques -eb pour les phanérogames et -ep pour les cryptogames (l.e Volapiik, p. 183).

SCHLEYER : VOLAPÛK 161

n'allait pas sans de graves altérations de leurs noms traditionnels : agin = argent, cabin = carbone, colin = chlore, félin = fer, hûdin = hydrogène, htigin = mercure (llg), oxin = oxygène, natin = sodium (Na), nogin = azote (N), etc *.

Par une singulière inconséquence, tandis que Mgr Schleyer poussait à l'extrême l'emploi de la dérivation et de la composition, il ne les employait pas toujours là où le sens parait l'exiger: il n'établissait aucune relation entre k\oi:= habit et teladel ^= tailleur; entre deil = la mort, nelifik = le mort (litt. : non vivant) et funôn = tuer (litt. : rendre cadavre).

Enfin, bien que l'harmonie ne soit qu'une qualité secondaire d'une langue internationale, le Volapiik en est vraiment trop dépourvu. Ce n'est pas, certes, qu'il soit difficile à prononcer, au contraire : mais l'alternance trop régulière des voyelles et des consonnes, et le retour trop fréquent des mêmes lettres lui donnent un caractère monotone qui n'est pas seulement ennuyeux, mais qui rend les mots indistincts. Des mots comme kobotonomod (qu'il s'accorde), nomamafiko (régulièrement), Lefudànatàv (voyage en Orient), balidomotôf (primogéniture) , potananam (remboursement par la poste), ne disent rien à l'esprit ni à l'oreille. Qu'on ajoute à cela la fréquence des voyelles infléchies, disgracieuses et difficiles à prononcer : tàvâl, zônùl, sùlo, sâslupôn, pôligu, ptikôlùn, sàlàd, Tàlàn, Tûkàn, Paris (!), surtout de 6 (pii a été prodigué dans la conjugaison : penecodàtôl. pematibometôl ; la fréquence du k' : ninkikik = inclusif; la fréquence du I sub stitué k T, même dans les combinaisons pénibles dl, tl : lululik (de mai); dlànùb, dledàl, dlinôn, tlàtôn, etc. Tout cela, et surtout l'absence de r, donne au Volapùk le caractère d'un balbutiement enfantin : taif (tarif), bagaf (paragraphe), telesop (/é/escope ), plogam (programme), banoam (panorama).

Mais ce défaut d'harmonie n'est rien au prix de l'aspect étrange et rébarbatif d'une page de Volapiik où tout déconcerte l'œil et l'esprit, où rien ne rappelle les langues européennes et ne vient au secours de la mémoire. On croit avoir affaire à une langue barbare, analogue au malgache ou an mexicain. Cet aspect ne fait que traduire le manque d'internationalité des éléments constitutifs de la langue. On se demande à quoi a pu

1. Dictionnaire, p. 10-11. Cf. un projet de Nomenclature chimique ap. Le Volapiik, p. 51 s(iq.

2. M. Baueh n compto en moyenne 116 k dans 100 mots volapiik.

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servir à l'auteur son polygloltisnie tant vanté (et invraisemblable, s'il n'était nécessairement superficiel), puisqu'il ne lui a même pas permis d'éviter les nombreux germanismes qu'il a introduits dans la grammaire et la formation des mots *. M. KerckiiOFFS semble avoir touché juste quand il disait : t M. Schleyer est un polyglotte distingué, il est môme un poète de talent, mais il n'est pas assez linguiste, et surtout il n'est pas homme pratique-. » On peut ajouter qu'il n'est pas non plus logicien ^

Le défaut capital du Volapilk est de n'avoir pas de principes fixes et consistants*. Ce n'est pas une langue a posteriori, puisqu'elle ne se soucie nullement de linlernationalité de ses éléments; et ce n'est pas une langue a priori, puisqu'elle les emprunte au hasard aux langues vivantes. Elle a tous les inconvénients des langues philosophiques, sans en avoir les avantages. D'une part, en visant l'humanité tout entière, elle a dépassé le but pratique et immédiat d'une langue auxiliaire, et s'est privée de l'internationalité européenne dans l'intérêt (problématique) des Chinois, qui seraient trop heureux déjà de n'avoir à apprendre qu'une seule langue européenne, même avec un r; c'est le cas de dire que « Qui trop embrasse, mal étreint ». Et d'autre part, elle n'a même pas le bénéfice de la neutralité, car elle repose, en fait, sur une base presque exclusivement germanique, avec cette circonstance atténuante, qu'elle a rendu les racines germaniques méconnaissables.

Au point de vue historique, le Volapûk a eu le mérite de fournir la première preuve expérimentale de la possibilité pratique d'une langue artificielle écrite et parlée; mais, d'un autre côté, son échec final a engendré dans l'opinion publique un préjugé (absolument injuste) contre tout projet de langue internationale. Son nom a eu l'honneur de devenir le nom commun et générique de toutes les langues artificielles; on dit : « un nouveau Volapûk ».

1. Exemple : flan =pnge (D. Seite = F. flanc, calé); filedapûn = foyer (en physique), litt. ; point d'incendie (D. Brennpunkt). L'auteur était dupe des idiotismes germaniques au point de calquer : deutiko-volapûkik vôdasbuk sur : deutsch-franzosisches Wôrterbiic/t, c'est-à-dire de prendre l'adjectif deulsch pour un adverbe! (Le Volapûk, p. 151.)

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