‹ Histoire de la langue universelleChapitre 11 sur 296 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

quelques doutes, c'est sur la possibilité pratique de la L. I., c'est-à-dire sur la possibilité de faire adopter universellement et définitivement un projet, et un seul. Or, depuis vingt ans surtout, les projets pullulent, et il est à prévoir qu'ils se multiplieront encore davantage à mesure que le besoin d'une L. I. devient plus impérieux, et que l'idée fait des progrès dans l'opinion publique. Dans l'ordre industriel, on ne pourrait que se réjouir d'une telle abondance, car elle offre plus de choix au consommateur, et la concurrence amène un perfectionnement graduel des produits; mais quand il s'agit de la langue internationale, cette richesse est embarrassante et la concurrence est funeste, car Yunité et Yunicité de cette langue en sont les qualités essentielles, sans lesquelles toutes les autres sont négligeables et même illusoires. Aussi la multiplicité de projets ne fait-elle que confirmer le public dans le scepticisme auquel l'engagent déjà suffisamment la paresse et l'inertie.

On pourrait croire, toutefois, que cette concurrence, temporairement fâcheuse, aura du moins pour résultat final le triomphe du meilleur projet, en vertu d'une sélection naturelle, et que ce projet, ayant subi victorieusement l'épreuve de la pratique et s'étant assoupli à l'usage, sera plus parfait qu'il n"eût été sans la salutaire concurrence des autres. Mais c'est là une illusion dangereuse. D'abord, les divers projets rivaux n'entrent pas réellement en concurrence : la plupart des intéressés n'en connaissent qu'un seul, et adoptent sans critique et sans choix le premier qui se présente à eux, du moment qu'il répond, tant bien que mal, à l'idéal entrevu. Ensuite, le succès d'un projet dépend, non seulement de sa valeur intrinsèque, mais d'une foule de circonstances extérieures, des moyens de propagande et des ressources financières dont il dispose, du terrain plus ou moins favorable où il se propage, etc. En outre, sa zone de diffusion est déterminée en partie par le lieu et le pays où il est né, ou par le fait qu'il rencontre en tel pays un propagateur plus ou moins actif, influent et habile. Tous ces éléments réunis ont bien plus d'effet que la valeur propre du projet, que peu de gens

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