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CHAPITRE VIII

DORMOY : BALTA *

Le Balta est un perfectionnement du Volapûk, dont l'auteur sest efforcé de simplifier et de régulariser la grammaire.

Grammaire.

Valphabet comprend 5 voyelles :

a, e, i, 0, u (ou) et 14 consonnes :

g et s sont toujours durs; j se prononce ch. L'auteur rejette les voyelles infléchies du Volapûk; il exclut les consonnes c, q, h, r, X, z, comme inutiles ou malaisées à prononcer. Toutes les syllabes devront être à peu près également accentuées ; la dernière pourra l'être un peu plus.

11 n'y a pas d'article, ni défini, ni indéfini.

Les substantifs ont leur radical commençant et finissant par une consonne. Ils n'ont pas de genre propre; le féminin sera marqué par un préfixe (ej-)- Us ne se déclinent pas, et prennent simplement un -s au pluriel.

Les adjectifs se terminent tous en -a. Ils ne se déclinent pas plus que les substantifs, et ne prennent le -s du pluriel que lorsqu'il est nécessaire pour le sens.

1. Le Balta, langacje international conventionnel, par Emile Dormoy, ingénieur en chef des mines (Tours, impr. Arrault, 189.3). M. Dormoy a fait partie du Comité central de l'Association française pour la propagation du Volapûk. Son ouvrage contient une revue historique des projets antérieurs. Ce projet avait paru en 1887 dans Le Moniteur de l'Exposition.

DORMOY : BALTA 189

Los degrés de comparaison seront indiquf^s analytiqucment par (les particules spéciales (comme plus, très en français).

Les noms de nombre sont construits a priori par des combinaisons de voyelles et de consonnes :

ba, 1 ; be, 2 ; bi 3 ; bo, 4 ; bu, 5 ; ja, 6; je, 7; ji, 8; jo, 9; ju, 0 '. Les dizaines sont indiquées par les mômes syllabes suivies de -s : bas, 10; bes, 20; bis, 30, etc. Puis : fol = 100; mil = 1.000; mion =: 1 million; mimion = 1 milliard. Par exemple : Mijifoljisejo = 1889.

Les nombres ordinaux dérivent des nombres cardinaux au moyen (lu suffixe -a (des adjectifs) : bala, premier; bêla, second, etc. ; basa, dixième; besa, vingtième, etc.

Les adjectifs multiplicatifs se forment au moyen du suffixe -ta : balta, simple; belta, double, etc.

Ainsi s'explique le nom du Balta..., grâce à une métaphore. Les adverbes numéraux se forment (comme tous les adverbes dérivés d'adjectifs) en .changeant -a en -i : bali, premièrement; balti, simplement.

Les nombres partitifs (dénominateurs de fractions) se forment au moyen du suffixe -dil : beldil = demi, moitié; bildil = tiers; boldils bi = trois quarts.

Les nombres de fois se forment au moyen du suffixe -kemi : bel kemi == deux fois.

Ia'9, pronoms personnels sont également formés a pnori. L'auteur préfère (à l'inverse du Volapûk) faire varier la voyelle et garder la même consonne : al == je; el = tu; il = il, elle; ol = on; ul = ce {cela).

Les pronoms du pluriel se forment au moyen de la consonne s : as = nous; es = vous; is = ils, elles. Même (L. ipse) se traduit par la répétition du pronom : al-al, moi-même.

Les adjectifs-pronoms possessifs dérivent des pronoms personnels par l'adjonction du suffixe -a : ala, mon; ela, ton; ila. son: ola; ula; asa, /io/r<?; esa, votre; isa, leur.

Les pronoms-adjectifs démonstratifs sont de la forme vca : apa, ce, ce... -ci, celui-ci.

epa, un certain.

ata. quelque, quelqu'un.

1. La place assignée au zéro étonne, de la part d'un mathématicien.

eta, chaque, chacun.

ita, l'autre, un autre.

ota, aucun, personne.

uta, le même.

De même, les pronoms relatifs :

oka, qui; okea, que,

qui deviennent interrogatifs à l'aide du préfixe li :

li-oka, qui? quel? li-okea, que? quoi? apaka = celui qui; apakea = celui que. ulka ^ ce qui; ulkea :=cequeK

La conjugaison des verbes est réduite au minimum. L'auteur a été d'abord tenté de suivre l'exemple du Volapûk, en soudant le pronom au radical verbal (par exemple : logal, je vois ; logel, tu vois; logil, il voit, etc.). Mais il a préféré une conjugaison [)lus analytique, où le pronom (ou le sujet) précède le verbe, invariable en personne et en nombre.

Il n'admet que trois temps, marqués respectivement par les préfixes a- (présent), e- (passé), i- (futur). Ainsi :

al alog = je vois.

el elog = tu as vu. il ilog = il verra.

11 ne prévoit pas de temps secondaires, ni de modes, sauf l'infinitif, marqué par le suffixe -e : loge, voir. Le participe passé passif se forme en ajoutant -a à l'infinitif : logea, vu. Le passif se forme au moyen du préfixe oj- : al oj-alog, je suis vu.

Les verbes impersonnels se conjuguent de même. Exemple : nife = neiger; ul nif =: il neige.

Les verbes te (être) et fe (avoir) se conjuguent régulièrement : al at, je suis; al et, je fus; alit, Je serai; al ai, j'ai; al et, j'eus; alif, j'aurai.

La négation et V interrogation s'expriment respectivement par les préfixes ni et li- : al ni alog = je ne vois pas ; el li-alog = vois-tu ? el ni li-alog ^ ne vois-tu pas?

Les adverbes (primitifs), les prépositions et les conjonctions sont de la forme vcv, et se terminent respectivement en -i, -o, -u. Ainsi : efi == auparavant; efo = avant; efu = avant que. Ces trois

1. II semble que dans ulka, apaka, le changement de -a en -ea traduise l'accusatif, tandis que dans oka il traduit le neutre.

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formes peuvent s eniployer l'une i)Our l'autre, quand il n'y a pas lieu à équivo(iue.

La principale règle de syntaxe consiste (comme en Volapuk) à placer le déterminant après le déterminé : buk penea gudi = un livre bien écrit (buk = livre ; pen = plume ; gud = bonté).

La construction régulière est la suivante : sujet, verbe, régimes direct et indirect. Seulement cet ordre peut être interverti pour rattacher les propositions subordonnées (relatives) à la principale.

Vocabulaire.

L'auteur a donné un lexique français-balta contenant 2200 mots usuels. Il a conservé autant que possible les radicaux du Volapiik, excepté quand son alphabet ou les règles relatives à la forme des mots l'obligent ù les changer.

Les radicaux sont tous des substantifs; en leur ajoutant le suffixe-a, on forme des adjectifs; -e, des verbes; -i, des adverbes. Ainsi toutes les parties du discours se distinguent par leur forme : « Tous les mots qui finissent par une consonne autre que s sont des substantifs, s'ils commencent également par une consonne; et des verbes conjugués, s'ils commencent par une voyelle », qui est a, e, i suivant le temps. « Tous les mots qui finissent en -a sont des adjectifs s'ils commencent par une consonne, et des pronoms s'ils commencent par une voyelle. Tous les mots qui finissent en -ea sont des adjectifs verbaux; tous les mots qui finissent en -e sont des verbes à l'infinitif; en -i. des adverbes; en -o, des prépositions; en -u, des conjonctions. » Les dérivés se forment au moyen des suffixes : -am qui indique l'action, •en — l'industrie, et

-el — celui qui exerce l'industrie :

bir :== bière, biren = brasserie, birel = brasseur. -il qui indique un diminutif;

dom = maison, domil = petite maison.

-av qni indique la science :

God = Dieu, godav = théologie.

et des préfixes :

aj- qui indique le mâle : aj-gok ^cog.

ej- — la femelle : ej-gok =pou/«.

ij- qui indique le jeune : ij-gok =pou/e/.

le- — la grandeur : ledom= pa/ais.

lu- — l'humilité :

heg^ prière, lubeg = mendicité.

ko- qui indique l'idée d'avec, en commun vob = travail; kovob = collaboration.

disa- qui signifie sous.

de- qui indique éloignement, séparation.

ge- — la répétition.

ta- — le contraire.

ne- — la négation.

Tous ces affixes sont empruntés au Volapûk. Quant aux mots composés, ils se forment, comme en Volapûk, en unissant les deux radicaux au moyen de la voyelle -a- (l'idée déterminante la première). Exemple : ted = commerce; tedadom = maison de commerce.

Pour donner une idée de la méthode de composition de l'auteur, citons les mots qu'il compose au moyen des noms de nombres. D'abord les heures : jaltok= six heures; beldila dup = une demi-heure; basbedel = midi (douze-jour); basbeneit = minuit {douze-nuit). Puis les jours de la semaine : baldel = dimanche; beldel =: lundi, etc. Ensuite les mois : balmul = janvier; belmul = février;... basbemul =: décembre. Enfin les saisons : balsod = printemps;.... bolsod = hiver. L'auteur applique encore ce système de numérotage aux sept couleurs de l'arc-en-ciel : balkol = violet (kol = couleur); helkol = indigo;.... jalkol = orangé; jelkol = ro«gfe; et même aux cinq parties du monde : Lebalen =: Europe; Lebelen = Asie; Lebilen =: Afrique; Lebolen = Amérique; Lebulen = Océanie.

Critique.

Par rapport au Volapûk, auquel il convient de le comparer, le Balta marque un progrès : sa grammaire est beaucoup plus simple ; elle est aussi plus analytique, et par là plus conforme à l'esprit des langues modernes. Mais elle est trop simple, ou tout au moins incomplète (le Balta n'est d'ailleurs qu'un projet de langue, et non une langue toute faite). De plus elle emploie des flexions absolument arbitraires, fondées uniquement sur la succession conventionnelle des voyelles. De même les pronoms, les

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noms de nombre et les particules sont construits entièrement a priori, ce qui les rend fort (lifficiles à retenir et j\ distinguer. Itnfin le vocabulaire, étant celui du Volapûk, a tous les défauts (jue nous avons déjà signalés; il est même encore plus factice, par suite de l'introduction des nombres dans la formation de certaines séries de mots, qui rappelle les pasigraphics les j)lus artificielles.

CouTURAT et I^EAU. — I^angue univ.

GUARDIOLA : ORBA *

Valphabelde cette langue comprend 21 lettres, 5 voyelles : a, e, i, 0, u (ou), et 16 consonnes : b, d, f, g, h (Icli), k, 1, m, n, p, r, s, t, V, X (c/i), y (i consonne). Il n'y a pas de diphtongues.

L'accent porte en général sur la voyelle qui précède la dernière consonne du mot, excepté quand elle est une désinence grammaticale ; dans les autres cas, il est marqué dans l'écriture et l'impression. La déclinaison ne porte que sur les articles et les pronoms.

Varticle défini est i, l'article indéfini u. Ils se déclinent comme suit :

Sing.

Plur.

Sing.

Plur.

Nom.

is

US

Gén.

iti

isti

uti

usti

Dat.

ita

ista

uta

usta

L'accusatif et l'ablatif sont semblables au nominatif.

Les substantifs ont 3 genres (naturels) : le masculin caractérisé par -0, le féminin par -a; le neutre n'a pas de désinence propre, mais le genre indéterminé (m. et f. à la fois) a pour désinence -ie.

Le pluriel se forme en ajoutant un -s.

Les adjectifs sont invariables, excepté quand on les transforme en substantifs, en leur ajoutant -io pour le masculin, -la pour le féminin et -ie pour le genre indéterminé ^.

L Kosmal Idioma. Gramàlika uti nove praia kiamso Orba. — Universal- Sprache. Grammalik einer neuen Sprache, Orba genannt, von José Guar- DioLA. 96 p. in-S" (Paris, Paul Schmidt, 1893).

2. Le neutre est identique au radical : V8k= une vieille chose \ vekio = (un) vieux; vekia = (une) vieille; vekies = (les) vieux.

del

dol

dels

dois

elol

olol

elols

olols

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Les degrés s'indiquent par les surfîxes -al (comparatif) et alto (superlatif) •.

Les pronoms personnels sont, au nominatif :

1" p. 2« p. 2' p. polio. 3« p. m. 3* p. f. 3' p. n.

Sing. in at ul il el ol

Plur. ins ats uls ils els ois

Ils forment leur génitif et leur datif comme les articles (-ti,-ta), et leur accusatif en préfixant 1-. Ils prennent dans certains cas une forme abrégée.

Les adjectijs possessifs sont, au nominatif : Sing. din dat dul dil

Plur. dins dats duls dils et \es pronoms possessifs :

Sing. inol atol ulol ilol

PI tu*. inols atols ulols ilols Les uns et les autres se déclinent comme Jes articles. Les pronoms démonslratifs sont, au nominatif singulier :

den, celui-ci; len, celui-là.

Les pronoms relatifs sont ki (m. et f.), ke (n.), et kial (iki= celai qui).

Tous ces pronoms forment leur pluriel et se déclinent comme les articles.

Les nombres cardinaux sont :

u, du, tre, kat, hin, sei, set, ot, neu, sen; puis : usen, dusen

neusen; vin = 20; tren = 30; katten = 40; hinten = 50;.... senti = 100; du senti = 200;.... mil = 1.000. Les unités précèdent toujours les dizaines 2 ; 87 = setotten.

Les nombres ordinaux se forment en ajoutant aux cardinaux le suffixe -lo.

Les noms de nombre servent à former les noms des jours et des mois.

Les verbes n'ont qu'une conjugaison, qui est régulière. Bien qu'ils soient facultativement précédés des pronoms, ils varient suivant la personne. Les 6 personnes du singulier sont caractérisées respectivement par les voyelles : 0, a, ia, i. e. ie. et les 6 personnes du pluriel par les mêmes voyelles suivies de -s.

1. Cependant, on trouve parmi les adverbes : bene = bien, et esior = très bien.

2. Suivant l'usage illogique de ralletnand (qui énonce les mille, les centaines, puis les unités et eniln les dizaines).

Les temps principaux sont caractérisés par diverses consonnes qui précèdent la désinence personnelle; savoir : b pour l'indicatif présent ; d — imparfait;

f — parfait;

1 — futur ;

k — le subjonctif présent; m — passé ;

n — le conditionnel; t — l'impératif; s — l'infinitif et les participes : [ -se désigne l'infinitif présent; < -sa — le participe présent; ( -80 — — passé (passif).

Exemple : lem = amour; lemse = aimer, lemsA = aimant, lemso = aimé.

Il y a deux auxiliaires : ase = avoir, ese^ être. Le premier sert à former les temps indirects de l'actif; le second, tous les temps du passif. Ils peuvent perdre leur radical (a, e) et se réduire à leur terminaison qui s'accole au participe (avant pour avoir, après pour être). Exemple : in abo lemso ou in bolemso, j'ai aimé; in ebo lemso ou in lemsobo, je sais aimé. Les temps indirects du passif emploient les deux auxiliaires : j'ai été aimé = in abo eso lemso. Le verbe e/re, employé comme copule, peut aussi se réduire à un suffixe : belbe = elle est belle ; belfe = elle fat belle.

Les verbes réfléchis se forment en ajoutant simplement un -1 à toutes les formes de l'actif : lemsel := s'aimer.

Les verbes réciproques ont la forme réfléchie suivie de uta (pi. utas) = l'un l'autre {les uns les autres). L'interrogation se marque par l'inversion du sujet. La syntaxe se borne à quelques conseils généraux d'ordre et de clarté, attendu que ce sont les grands écrivains qui forment le style.

. Pour le vocabulaire, l'auteur n'admet pas l'utilité de racines internationales pour les termes usuels ; il cite un exemple (chemin) où les mots équivalents dans les principales langues sont presque tous différents; il constate qu'aucun de ces mots ne dit rien à un étranger, remarque que la correspondance des mots aux idées est absolument arbitraire, et en conclut qu'il n'y a pas intérêt à emprunter les radicaux usuels aux langues vivantes. Aussi le

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choix de ces radicaux paralt-il, en fait, presque toujours arbitraire : lan = chant; ser = pensée; bah =^ misère ; bo = bon, nat = mauvais; nim = grand ; kin =: riche, meb =: pauvre; kiel = rapide; yol ^= danse; nix = trompeur (F. niche?): xik =joli (F. chici).

En revanche, l'auteur reconnaît (par une heureuse inconséquence) que les termes scientifiques et techniques sont t cosmopolites » (ex. : harmonie, philosophie, énergie, organisme, etc.) et doivent par suite être admis dans sa langue avec des désinences appropriées.

Il indique en passant certains affixesde dérivation, par exemple :

-el (elka au féni.) pour désigner l'acteur : lanel := chanteur, lanelka := chanteuse ' .

-loi pour former les diminutifs, et -iont pour former les augmentatifs, auxquels on ajoute -oh pour leur donner un sens péjoratif.

-il pour indiquer la qualité : boil = bonté.

-Ile pour former l'adjectif dérivé d'un substantif : seda = soie, sedile = soyeux.

-ti pour former l'adjectif qui indique la matière : aryenti loxka := cuiller d'argent.

-ix pour former l'adjectif de pays : frankix ^= français.

-ay pour former l'adjectif de ville : Parisay = parisien.

-su pour former l'adjectif qui signifie plein de — : met = peur, meiavL = peureux*.

-nu pour former l'adjectif qui signifie privé de — : val = courage, valnu = sans courage, lâche.

En somme, VOrba est une langue aussi artificielle que le Volapûk; il a les mêmes défauts essentiels. Les radicaux sont choisis aussi arbitrairement que ses flexions grammaticales (sauf pour la numération). La grammaire est inutilement compliquée, et les formes n'ont rien qui rappelle les langues européennes. La langue n'est pas pour cela plus logique, et nous avons relevé en passant plusieurs fortes inconséquences. C'est un projet purement fantaisiste, et qui n'a rien de pratique ni de séduisant.

1. Suivant cette règle, lemel devrait signifier Vamant; il signifie Vaimé.

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