PREFACE XV
contre-projets entre lesquels ses partisans se divisent; et alors c'en est fait de l'union et de la langue elle-même, car elle se dissout promptement et devient inutile, dès qu'elle n'est plus une.
Tout ce que nous venons de dire n'est pas une hypothèse en l'air, un roman poussé au noir : c'est l'histoire même du Volapûk, qui est mort bien moins de ses défauts intrinsèques que de la désunion de ses partisans. Sans les considérations précédentes, on ne pourrait comprendre que cette langue, qui se vantait en 1889 d'avoir un million d'adeptes, n'en eût plus un an après qu'un nombre insignifiant. Et il ne faut pas croire que cette décomposition subite s'explique uniquement par les graves imperfections du Volapûk, qui, en suscitant des projets de réformes, ont amené des schismes entre ses partisans; aucun projet, si parfait qu'il puisse être, n'est à l'abri des divergences d'opinion inévitables entre adeptes de différentes nations. Seule une autorité mlernationale peut le préserver de toute dissidence et en garantir l'unité durable.
Nous pouvons invoquer ici le témoignage très autorisé de M. Hugo ScuucuARDT. L'illustrc philologue, depuis longtemps partisan de la langue internationale, avait dès l'origine porté un jugement défavorable sur le Volapûk^ et, au moment môme de ses triomphes éphémères, prédit son échec finaP. Eh bien ! voici le jugement qu'il portait sur lui après sa décadence : « Son échec ne peut se déduire directement de ses défauts organiques, qui ne l'ont pas empêché de donner des
preuves de sa force Si tous les gouvernements de V Europe...
l'avaient introduit comme matière obligatoire d'enseignement dans les écoles publiques, son avenir eût été assuré malgré tous les projets meille^irs^. » Ces paroles font bien ressortir l'importance de Vautorité dans la solution définitive du problème : comme le dit plus loin l'auteur, « la décision dépend plus de la nature des hommes que de celle des choses », c'est-à-dire plus de la bonne volonté et de l'entente des intéressés que