I. Heure (hora) so dit gor, "d'où gorlog = horlof/e
GOUIITONNE : LANGUE INTERNATION ALE NÊO-LATJN E^
Depuis 1867, mais surtout de 1875 à 1881 , l'auteur avait conçu le projet d'une langue internationale ayant pour base le latin. Il se proposait de réduire au minimum le nombre des radicaux, et de remplacer les autres par des mots dérivés et composés régulièrement formés*. Mais, au commencement de 1881, il fut frappé du grand nombre des radicaux communs aux langue^ romanes, et dès lors il résolut de les employer comme matériaux d'une « langue auxiliaire néo-latine », qui pût servir d'intermédiaire entre les peuples de langue romane. Par là, il sortait du domaine du latin classique, où il s'était primitivement confiné, et tendait à l'enrichir d'éléments plus modernes empruntés aux langues romanes, aux « langues-sœurs » (français, anglais, italien, espagnol, portugais).
La matière de la langue étant ainsi déterminée, l'auteur en soumit la forme aux règles suivantes : l^ Monosyllabisme absoludes éléments lexicologiques : 2° Uniformité de sens des radicaux et des ai'fixes ; 3° Uniformité de son des lettres, d'où orthographe phonétique.
1. E. CouRTONNE, Lançiue internationale néo-latine, ou lancfage auxiliaire simplifié destiné à rendre possibles et faciles les relations directes entre tous les peuples civilisés d'origine latine (48 p. in-8"). Extrait du Bulletin de la Société niçoise des sciences naturelles, historiques et géographiques (Nice, Visconti, 1885). — Manuel populaire et abrégé de la langue néo-latine usuelle, etc. 48 p. 8° (Nice, 1885). C'est, à notre connaissance, Courtonne qui a le premier employé l'épithète auxiliaire pour caractériser une langue internationale.
2. C'a été justement l'idée directrice du D' Zamenhof dans l'élaboration de YEsperanto.
Grammaire.
L'«/p/in6e/ comprend 2;i Iclli-cs : i) voyelles : a. e. i, o. u ton), a (eu)\ et 10 consonnes : b, c (ch), d, f, g (toujours diu). h ou il (.'/"^. Ç U lVan(:ais), j [y), 1, m,n, p. q (A),r. s. t, v, w (u» anjflais), a.
Vaccenl porte sur ravanl-dernière syllabe du mot entier.
L'article défini est le, invariable en genre et en nombre: Varlicle indéfini est un ;ui sing. et una au |)luriel (sens de quelques).
Les substantifs se terminent tous en -o ou en -a. Ces deux désinences correspondent, quand il y a lieu, au genre natund : o au masculin, a au IVMuinin : padro. père: matra, mère: fijo. fils: fija. fille. Le pluriel se forme par l'adjonction de -s au singulier.
Les adjectifs se terminent tous en e; ils sont invariables (sauf eu degré; voirie Vocabulaire).
Les nombres cardinaux simples sont : jun, I : du. -: ré. .{ : qat. i: cin, a: sis, 6: pê, 7: to, 8; non, 0; zer, 0.
Les nombres cardinaux composés île plusieurs chifl'res s'énoncent par tranches île trois chilTres : on nomme les 3 cbilTres successifs, et on les fait suivre du nom de l'ordre d'unités correspomlanL (pii est un pour les unités, il pour les mille, on pour les millions, don pour les billions , rôn pour les trillions. el ainsi de suite. Ainsi 1 s'énoncera : zer-zer-jun un.
Les nombres ordinaii.r (adjectifs) se forment île la preniiérr h-llie des nond)res cardinaux el du sufli.xe -ema. Ce sont : jema. dama, rama. qema. cerna
Les niiiithres mnltiidirnlifs se forment de même avec le suffixe -upla . jupla. dupla. rupla, qupla. cupla....
Les nombres fractionnaires ou par/i/j/s (substantifs) se forment de même avec le suffixe -iza : jiza. diza, riza, qiza. ciza,...
Kntiu \cs substanlijs numéraux (la paire, la di:aine) se forment en ajoutant a ou -ita aux nombres cardinaux: juna. dua. rêa... ou : j uni ta. duita. rèita
Les pronoms personnels sont :
Sing. : mi. ti. li ou lo. la. lu:
Plur. : mis, tis. lis ou los, las, lus.
Le pronom réfléchi csl si.
CouTURAT ot Leau. — Langue nniv. 18
Les pronoms possessifs ont les 3 désinences -o, -a, -u suivant les genres et prennent -s au pluriel. Ils sont au masculin sing. l'"<' p. s. : miô ou mô; l'<^ p. pi. : misô ou msô; 2« p. s. : tio ou tô; 2' p. pi. tisô ou tsô;
3" p. s. : lio ou lô; 3^ p. pi. : lisô ou Isô.
Le pronom possessif correspondant au pronom réfléchi est : siô ou sô.
Les adjectifs possessifs diffèrent des pronoms possessifs en ce qu'ils sont invariables, et ont pour désinence 9 : mia, tia, lia. misa, tisa, Usa, sia; ou : ma, ta, la, msa, tsa, Isa, sa.
Le pronom relatif {qui) est : qi ou qeli, qui prend les désinences des 3 genres au singulier et au pluriel.
V adjectif relatif (quel) est : qel, pluriel : qela. Les adjectifs démonstratifs sont : ste, celui-ci: sle, celui-là. Ils prennent a au pluriel.
Les pronoms démonstratifs correspondants sont :
Sing. : sti, sto, sta, stu: sli, slo, sla, slu; Plur. : stis, stos, stas, stus: slis, slos, slas. slus. De môme, les pronoms indéfinis se distinguent des adjectifs indéfinis correspondants par la variabilité de leur désinence; ceux-ci ne varient qu'en nombre (pluriel en -a). Citons-en quelques-uns : tal ^= tel: qeq = chaque: qelq = ciuelque: ned = aucun: omn = tout: âl = autre, etc.
Les verbes se terminent tous en -ar à l'inlinitif, et se conjuguent tous comme le verbe ar {être), de sorte qu'il suffit d'ajouter celui-ci au radical d'un autre verbe pour conjuguer celui-ci.
Les personnes sont indiquées par les désinences m, s, t: mo, te, no. Ainsi Tindicatif présent du verbe aimer se conjugue ainsi : amam, amas, amat; amamo, amate, amano.
Les autres temps et modes se conjuguant de même, nous n'en donnerons que la f" pers. sing.
Indicatif imparfait : amem.
— futur : amom.
Conditionnel présent : amum.
Subjonctif présent : (qe) amam.
— imparfait : (qe) amim. Tels sont les temps principaux ou simples; à chacun d'eux correspondent deux temps composés (antérieurs) indiquant deux degrés dans le passé :
amavam, j'ai aimé; amevam, j'ai eu aimé,
amayem. j'avais aimé; ameyem, j'avais en aima.
amavom. j'aurai aimô; amevom. j'aurai en aimr.
amavum. j'nurais aimé; ameynm, j'aurais eu aimé.
L'imp<îra/i/"est semblable au subjonctif présent (à partial" pers. sing.) : amas, amat: amamo. amate, amano. Les injinilij's sont :
présent : amar ; passé : amavar:
futur: amor; futur aulérieur : amavor.
U y a des participes correspondant }\ tous les temps, et même au conditionnel* et à l'impératif :
présent: amante: parfait: amavante;
imparfait : amenta; plus-que-parfait : amaventa; futur: amonta: futur antérieur : amavonta;
1,0 passif se forme en intercala ul un w (ou) avant la désinence verbale (formée par le verl)e être) : amwar = être aimé. De même, la forme donblemenl active s'obtient en intercalant à la même place un j : amjar = faire aimer.
Les participes passifs sont aussi nombreux que les participes actifs et leur correspondent. Ce sont, par exemple :
présent : amàta: parfait : amavàta:
imparfait : améta: plus-cpie-parfait : amavéta: futur: amôta: futur antérieur : amavôta:
Les adverbes, les prépositions et les conjonctions sont empruntés pour la plupart au latin. Il y a une corrélation entre certains mots appartenant ù ces trois classes. Les adverbes sont caracléiisés par la terminaison -i.
II n'y a pas de syntaxe : l'auteur prescrit de traduire mot à mot les textes des langues nationales.
VOCABILAIRE.
Les radicaux simples sont empruntés aux 5 langues-sœurs (E., F., L, P., S.); ils sont tous communs à plusieui"s d'entre elles: et 8 ou 9 sur 10 sont conunuus à toutes les cinq. Mais la plupart sont déformés ou contractés povu* obéir à la rèifle du monosyllabisme : fmilla = famille: nfanto ^ enfant: svrano = souve-
rain; marvla = merveille; psienta = patienl; qtenta =r content-, ndiffrd = indifférent: rjoza = curieux: rpetwa = perpétuel: qvernar = gouverner: qmandar = commander: qtinwar = continuer.
Dans les substantifs, les désinences -o et -a ne désignent pas seulement le genre; dans les idées qui n'ont pas de genre, -o indique un être physique ou déterminé (concret) ; -a un être idéal ou collectif (abstrait).
Les mots dérivés se forment en ajoutant aux radicaux une des terminaisons significatives, dont voici les principales :
-anza désigne une manière d'être;
-aça, -jona, -asjona, l'action ;
-uro, -ura, le résultat de l'action;
-aro, -atoro, l'opérateur ou l'agent.
Les suffixes suivants servent à former des adjectifs :
-oza signifie rempli de — ;
-imla — qui est en apparence — (qui ressemble à — );
-essa — qui est en réalité — ;
-iqa — de la nature de — ;
-isqa — qui devient — ;
-abla, -ebla, -ibla, -ubla, -abla : qui peut, pouvait, pourra, pourrait, ou doit être — (on reconnaît le rôle des voyelles dans la conjugaison). D'autres suffixes servent à former les degrés des adjectifs, et plus généralement les diminutifs et augmentatifs. 11 y en a deux séries, suivant qu'il s'agit de désigner un degré quantitatif ou un degré qualitatif {qui change la nature de l'objet). Ce sont :
Superlatif d'infériorité :
Comparatif —
— de supériorité
Superlatif —
Exemple : lago = lac; lagulo = étang; lagulmo = mare; lagoro = mer; lagormo = océan. Tandis que : lagino = petit lac; laginno très petit lac; lagîmo ^= grand lac; lagîmmo = très grand lac.
On emploie comme préfixes les consonnes privatives s, n, et sn, pour indiquer l'idée contraire à celle qu'exprime le radical. Ex. : propa = proche, spropa = éloigné; sepi := souvent, nsepi = rarement; amo = ami, snamo = ennemi: islo = île, snislo = continent ; qom = avec, sqom = sans.
Qualitatifs
Quantitati
-ulmo
-înno
-ulo
-îno
-oro
-îmo
-orme
-îmmo
Oïl emploie le préfixe no- pour (U'sigiier la simple néj?nlion : noqtenta = mécontent.
Kniiii on emploie des voyelles inlercultiires ((jui siusèreiit entre le radical et la désinence) pour exprimer certaines nuances ou modifications d'idée. Ainsi :
e in(li(]ue un sens figuré (azno ^^dne; azneo = «/«e au sens figuré
i['i(jnorani}.
u indique une spécialité; ê — une chose morale; û — une chose religieuse. Ainsi :
bea = bien-être, beéa = bonheur, beùa = béatitude : lega = loi (civile), leéa = loi morale, leûa = loi religieuse : virta = force, virtéa = courage, virtùa = vertu.
Les prépositions entrent en composition comme préfixes, par exemple avec le verbe itar (aller) pour former les verbes suivants : àbitar = partir: ibitar = venir; initar = entrer, exitar = sortir : qomitar = se réunir, disitar = se disperser, seitar = s'isoler (se ^= à j)arl); sumitar = monter, jumitar = descendre: preitar = précéder: traitât = traverser: transitar = passer, etc.
Tous les éléments lexicologi<[ues peuvent servir de radicaux, et engendrer des dérivés. Ainsi les mêmes prépositions peuvent servir de racines à des verbes, comme : âbar = ôter, âdar = mettre: inar = introduire, exar = extraire: qomar = réunir, disar = disperser: prôar = remplacer (pro = à /o place de), etc.
Même les .d<^sinences peuvent deveniràdes radicaux : aa= être, snaa = néant: oa = matière, snoa = esprit: ea = métaphore: ua = spécialité: essa = réalité, imla ^ apparence.
Les mots composés se forment en juxtaposant des syllabes significatives, le déterminant précédant toujours le déterminé, suivant l'exemple de l'allemand et de l'anglais, .\insi : Pacijic mail steam ship Company se traduira mot à mot : pax-mar-mall vap navcompna. C'est là, selon l'auteur, le modèle des mots composés. Il emploie ce système de composition pour désigner les relations de i)arenté. Par exemple : mifratfijuxa = ma nièce par alliance (litt. : la femme du fils du frère de moi).
Historique,
La langue néo-latine fut présentée par son auteur à la Société niçoise des sciences le 7 mai 1883; la commission nommée pour l'étudier fil son rapport le 7 juin i883; la Société décida d'envoyer ce rapport à toutes les Sociétés savantes des pays de langues romanes, en les priant d'examiner et d'apprécier le projet de M. CouRTONNE et ses chances de succès. Elle reçut des réponses de la Société des Sciences de Pau, de la Société d'archéologie de Sens et de VAcadémie de Nimes. En présence de ce maigre résultat, la commission proposa de convoquer un Congrès international néolatin pour adopter et propager dans les pays de langue romane la « langue auxiliaire néo-latine ». Ce projet ne paraît pas avoir eu de suite.
Critique.
Le plus grave défaut du projet de Courtonne est son internationalité trop restreinte. 11 ne vise que les peuples néo-latins, et il prend pour base les cinq langues romanes, ce qui est une base trop étroite, même quand on y comprend l'anglais. La langue internationale doit viser le monde européen (c'est-à-dire : de civilisation européenne) tout entier, et l'on ne peut en exclure les peuples germaniques et slaves. Cette réserve faite, on peut reconnaître que la base adoptée est celle qui offre le plus d'internationalité relative, en ce sens qu'un mot ou radical commun aux cinq « langues-sœurs » (y compris l'anglais) sera toujours plus international que le mot germanique ou slave correspondant; de sorte qu'une grande partie du vocabulaire de Courtonne conserve sa valeur.
Malheureusement, l'auteur a associé à ce principe excellent de l'internationalité (au moins néo-latine) un principe tout différent, celui du monosyllabisme des radicaux, qui est adopté par la plupart des systèmes a priori ou mixtes, et qui est inconciliable avec le précédent. Il s'est vu ainsi obligé de mutiler les radicaux latins les plus connus au point de les rendre méconnaissables et imprononçables. Pour la même raison, il a été amené à admettre des mots dérivés ou composés dont le sens
ne s'(>xi)li(|iif luillciiifiit |»ar celui des (éléments : ab-pell-ar. npix'lrr : ab prend ar. iift/m'iidn': qom-prend ar, roniprcinlrr: qonqluz-jona. rniiclnsiinr. qon vers-asjona, n>iii',Ts<ilii>ir. eq speqt ar. iillt'tulri': cirqin-speqs-jona, circonspeclion.
Ajoiiloiis à fclii (pK', coininc lo mollirent {1»'')îi li-s cxcniplcs piTcédents, lo mauvais choix des lellres de l'alphabet l'oblige à tltHigurer les mots d'origine latine et à leur donner nn aspect barbare (Ex. : qonçunqsjona = conjonction). D'autie part, si le choix des sul'lixes de dérivation est assez heureux, et conloi-me à l'esprit de nos langues, l'emploi des consonnes privatives (dont le sens est mal défini) et surtout des voyelles intercalaires est une invention ingénieuse, mais malencontreuse, car elle est tout à fait contraire à ce même esprit, et tend encore à dénaturer les radicaux internationaux et à les rendre iiuntelligibles.
Ouant à la granuuaire, elle est assez raisonnable, mais elle iiuuupic de simplicité : elle pèche par une abondance inutile de formes : telles sont, par exemple, les formes différentes adoptées pour les pronoms et adjectifs possessifs, démonstratifs, relatifs cl indéfinis, et la diversité des genres: les deux séries de temps .iidérieurs, alors qu'une seule suffirait largement (la seconde est iimsitée dans la pratique), et la multii)licité des infinitifs et des |tartiei|)es.
Malgré tous ces défauts, le projet de Courtonnl es! iidéres- -^ant, vu sa date, parce qu'il contient beaucoup d'indications judicieuses que nous retrouverons dans les systèmes ultérieurs.