PRÉFACE XVII
cette manie de s'adresser à l'Etat pour toutes sortes d'entreprises qui relèvent bien plutôt de l'initiative privée, et que celle-ci peut mener à bonne fin plus rapidement et à moins de frais. Comme Ta dit excellemment M. Demolins*, « on ne demande pas aux pouvoirs publics de faire les choses : on les fait soi-même; si on les fait bien, les pouvoirs publics suivent, qu'ils le veuillent ou non ». Que tous les partisans de la L. I. méditent cette forte parole, et la prennent pour devise.
Au surplus, dans l'histoire de la science contemporaine, n'avons-nous pas des exemples de réformes ou d'innovations très importantes qui, nées de l'initiative privée, ont été réalisées par l'entente internationale des intéressés? Tel est le système d'unités C. G. S., adopté et promulgué par le Congrès international des Électriciens tenu à Paris en 1881 ; telle est encore la nomenclature de la Chimie organique, dont la réforme, décidée par le Congrès international de Chimie tenu à Paris en 1889, a été réalisée par une Commission internationale qui se réunit à Genève en 1892 ^. Ainsi, toutes les fois que des hommes de diverses nations et de même profession ont eu conscience de l'intérêt qu'ils avaient à adopter un langage commun ou des mesures uniformes, ils se sont réunis, ils se sont entendus, et leur accord volontaire a suffi à donner à leurs décisions toute l'autorité et l'universalité qu'on pouvait désirer. Les États et les gouvernements n'ont même pas eu à intervenir : la nomenclature chimique et le système C. G. S. n'en ont pas moins pénétré dans l'enseignement, dans l'industrie et dans l'usage. Cela ne veut pas dire que nous devions dédaigner, pour la langue internationale, une telle sanction officielle, dont nous avons montré plus haut l'importance. Mais cela prouve que cette sanction suprême ne peut et ne doit venir qu'en dernier lieu, pour consacrer les décisions prises par une autorité compétente et une entente spontanée des intéressés; et qu'après tout on pourrait fort bien s'en