CHAPITRE VIII
EICHHORN : WELTSPRACHE i.
Bien que ce projet n'ait paru qu'après le Volapûk, l'idée-mère en remontait au 9 septembre 1861. L'auteur a eu ensuite connaissance du programme de Grimm et s'en est inspiré. Convaincu, d'une part, de la nécessité d'une langue universelle, et, d'autre part, de l'impossibilité d'adopter comme telle une langue vivante ou morte, il croit, comme Max MOller, qu'il cite, qu'.une langue ' artificielle peut être bien plus parfaite, plus régulière et plus facile à apprendre. Par « langue universelle » il n'entend pas, d'ailleurs, une langue qui deviendrait la langue unique de l'humanité, ce qui serait « une folie », mais simplement un moyen de communication international ; il lui refuse même l'aptitude à la poésie et à l'expression sentimentale, que Grimm ambitionnait pour elle. Cette langue ne peut être l'œuvre d'un seul: tout au plus peut-il en dresser le plan ; l'exécution devra être confiée à une « Académie de langue universelle », qui veillera ensuite à la conservation de la langue et à son développement régulier.
Une condition essentielle de la langue universelle est de s'imprimer aisément dans la mémoire. Pour cette raison, le vocabulaire ne peut pas être construit arbitrairement; il doit prendre pour base une langue existante et bien connue ; cette langue sera le latin, comme Grimm le proposait. Seulement l'auteur se réserve le droit d'altérer « en toute liberté » les racines empruntées au latin, pour les faire cadrer avec les règles qu'il impose a priori à la formation des mots. Il part de ce principe, que
1. Die Wellsprache. Ein neuer Versuch, eine Universal-Sprache mit Zugrundelecjung des laleinischen Wort-Stammes zu bilden. 177 p. 12° (Bamberg, Schmidt, 1887). Ce projet anonyme, dû au curé Eichhorn, est souvent cité sous le nom de « projet de Bamberg ».
F.ICHIIOHN : WELTSPIIACHE 296
cltminf partie du ilisrours di)il être reconnaissahle à sa forme, tant h la Ircturo (luù landilion. Kn consrquonce, il «klicto pour les diverses parties du discours les règles de structure suivantes:
Les snbslnnlifs auront en gént-ral 2 syllabes:
Les adjectifs auront en g<''n(''ral :j syllabes ;
Les pronoms auront eu général 1 syllabe: — ces trois espèces de mots commenceront par une consonne «*| finiront \^nr une voyelle.
Les verbes auront en général une racine (un infinitif) tlune syllabe commençant et (inissant par une consonne.
Les adverbes et \os prépositions auront 2 syllabes; les conjonctions une seule. Les adverbes et les conjonctions commencent par une voyelle et linissent par une consonne: les prépositions commencent et finissent par une voyelle.
Les interjections auront 3 syllabes.
Vocabulaire.
l.'nlphabet com[)rend 8 voyelles simples : a. e. i. 0. u. à, ô. û prononcées comme en alleniand: et II consonnes : b. d. V (/), k, 1, m, n, r, s, sh (ch), w (y).
Le petit nouibre de ces consonnes s'explique parce fait que l'auteur n"a pas cru devoir admettre ù la fois les douces et les forl(»s correspondantes, parce qu'on ne les distingue pas dans r.Mlemagne du Sud et dans... les dialectes polynésiens. Dans chaque couple, il a choisi la lettre qui ne descend pas au-dessous de la ligne (pour la netteté de l'écriture^. Par suite, il écrit b à la place de p. d è la place de t et th, v à la place de/ et p/i. k à la place de r/: kw ù la place de qu: sh au lieu du j français, ks au lieu de .r. et ds au lieu de r. Il supprime les lettres ambigués c et fl, et les sons difficiles h, ch allemands: mais il conserve r. en dépit des Chinois, et sh en dépit des Grecs.
Il admet un certain nombre «le voyelles doubles, qu'il consid«M-e comme monosyllabiques, bien qu'elles doivent se prononcer séparément: et des consonnes doubles ou même triples •.
11 applique ce matériel phonétique à la transcription des racines