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D' ZAMENHOF : LA LINGVO INTERNACIA DE DOKTORO ESPERANTO^
L'auteur de la langue connue sous le nom d'Espéranto est un médecin russe, le D"" Louis-Lazare Zamemiof^, né en 1859 à Bielostok (gouvernement de Grodno). lia raconté lui-même la genèse de sa langue dans une admirable lettre que nous allons résumer brièvement^ Quand l'idée de la langue internationale lui est-elle
1. D" Espéranto : Langue internationale, Préface et manuel complet, en russe (Varsovie, Gebethner et WoHT, 1887). — Die Weltsprache ■< Espéranto », vollstândiges Lehrbuch nebst zwei W or ter bûcher n, nacli der russ. Ausgabe von Dr. L. Samenhof, lirsg. von W. H. Trompeter (Niirnberg, 1891). — Tlie international Language « Espéranto », complète Instruction- Book with two Vocabularies, translatée! after thc Russian of Dr. L. Zamenhof bv R. H. Geoghegan (Uppsala, 1898). — Langue internationale « Espéranto », Manuel complet avec double dictionnaire, traduit sur Touvrage russe du Dr Zaïnenhof par L. de Beaufront, 4'' éd. (Paris, Le Soudier, 1899). — Universalx Vortaro de la lingvu internacia « Espéranto » (en 0 langues), par L. Zamenhof, 3" éd. (Varsovie, 1900). — Ekzercaro (recueil d'exercices, en 3 langues), par L. Zamenhof, 2" éd. (Varsovie, 1898). — Depuis 1901, la librairie Hachette a le monopole (pour tous les pays) de la Kolekto Esperanta aprobita de D° Zamenhof, qui comprend : 1° Grammaire et Exercices de la L. i. Espéranto, par L. de Beaufront (contient VEkzei'cai'o), 1902 ; 2" Dictionnaire Espéranto-Français, par L. de Beaufront, 2'' éd. 1902; .3° Dictionnaire Français-Espéranto (en préparation); 4" Vocabulaire Français -Espéranto et Espéranto - Français , par Cart, Mergkens et Berthelot (1903); 3° Commentaire sur la Grammaire Espéranto, par L. de Beaufront, 2" éd. (1902); G° L'Espéranto en dix leçons (Cours du Touring- Club de France), par Cart et Pagnier (1902); 7° Premières leçons d'Espéranto, par Cart. — Voir aussi h'Espérantiste, journal mensuel fondé en 1898 par M. DE Beaufront (Epernay, Marne). — Enfin viennent de paraître : Lehrbuch derint. Hilfssprache « Espéranto » mit Wôrterbuch, par A.-H. Fried (Berlin, 1903), et Espéranto, The StudenVs Complète Texl-book, par J.-C. 0' CoNNOR (London, 1903).
2. Prononcer Z à la française ; les Allemands écrivent : Samenhof.
3. Adressée à M. Borovko ; traduite en Espéranto et publiée dans La Lingvo internacia, 1890, puis dans le Jarlibro Esperantista de 1897 et dans les Esperantaj Prosajoj (Hachette, 1902).
d' zamenhop : espéranto SOS
venue? Il ne saurait le dire : si loin que rfuionlenl ses souvenirs, il a vécu avec elle et pour elle. Les conditions où s'est passée son «Mifance en ont favorisé et hAlé l'éclosion. Sa ville natale est divisée outre <|ualro races de langues dilTérentes (Husses, Polonais, Allemands et Israélites) qui se haïssent et se maltraitent mutuellement. Le contraste de ces discordes, dues au moins en partie à la diversité do langues, avec une éducation t idéaliste » qui lui onsoignait que tous les hommes sont frères, lui suggéra la pensée de remédier à ce mal par la création d'une langue neutre, priso on dehors des langues nationales vivantes. 11 pensa d'ahortl à ressusciter l'usage d'une des langues mortes de l'antiquité classique: mais il renonça bientôt à ce rtive d'écolier, et en vint à concevoir uno langue artificielle. Kn avançant dans ses études littéraires ^au gymnase de ^'arsoviej, il se con- \;iinquitque la complexité des grammaires naturelles était une richosso vaine et encombrante, et se mit îi élaborer une grammaire sinipliliée. Hestait ù construire le vocabulaire : l'énormité de la tùche l'effrayait, jusqu'à ce qu'il eût remarqué que l'emploi des affixes de tlérivation permet de former beaucoup de mots avec un seul, et dispense par suite d'un travail de mémoire énorme. Seulement, il fallait que cette formation fût absolument régulière: il se mit donc à cataloguer les diverses relations de sens qui existent entre les mots, et à chercher pour chacune d'elles un suffixe spécial et unique. Il réduisait ainsi de beauroup le nombre des mots primitifs ou des radicaux.
Ouant à la constitution de ces radicaux, le D"" Zamenhof avait d'abord songé à les fabricpier de toutes pièces par des combinaisons arbitraires de lettres, afin d'obéir à la « loi d'économie », ot sous prétexte que le sens des racines est absolument convenlic^mol. Mais il y renonça bientôt, s'apercevant que ces racines artifitielles étaient trop difficiles à apprendre et à retenir. Il remar(|ua qu'il y a dans les langues modernes un grand nombi*e de mots déjà internationaux: il les adopta, et constitua ainsi un vocabulaire romano-germanique.
Il avait ainsi élaboré, dès l'année 1878, une « lingwe universala » qu'il se mit à pratiquer avec ses camarades (il était encore au gymnase). Mais ceux-ci, une fois séparés, oublièrent bientôt la langue et leurs promesses de propagande. Le D' Zamenhof soumit son projet à une nouvelle incubation, pendant sesf» années (i études à ri'niversité. sans en parlera personne: il s'exerçait en
CovTUR.vT et Leav. — I^ngac univ. "0
secret à traduire, à composer et à penser dans sa langue ; il la perfectionnait et l'enrichissait peu à peu, l'assouplissait et lui donnait un « esprit » autonome, une physionomie propre. Enfin, il découvrait le moyen de la rendre utile même à ceux qui ne la connaîtraient pas, en construisant les mots avec des éléments indépendants et invariables, de manière que la grammaire rentrât dans le vocabulaire, et qu'on pût déchiffrer un texte à l'aide du lexique seul. Enfin, après avoir cherché en vain un éditeur pendant deux ans, il se décida à publier en juillet 1887 sa première brochure sous le pseudonyme de Doktoro Espéranto, qui est devenu le nom courant de la langue; risquant dans cette aventure, avec le sort de son projet, son avenir de médecin et celui de sa famille.
Comme on vient de le voir par ce résumé, le projet du D"" Zamenhof, inspiré par les mobiles humanitaires les plus nobles, a traversé, en raccourci, les mêmes phases que l'idée même de la langue universelle : restauration du latin, puis langue a priori et purement combinatoire, enfin langue a posteriori. 11 est fondé sur deux principes essentiels : le principe du maximum d'internationalité acquise pour les racines ; et le principe de l'invariabilité des éléments lexicologiques, chacun d'eux étant une racine indépendante et ayant un sens propre. Il réunit ainsi et fond ensemble les propriétés et les avantages des langues agglutinatives et des langues à flexions.
Grammaire.
Valphabetse compose de 27 lettres, 5 voyelles : a, e,i, o, u (oh): et 22 consonnes : b, c {ts), c (tch), d, f, g (toujours dur), g [dj), h (aspirée), h {ch allemand dur), j (y de yeux), ] (j français), k, 1, m, np, r, s (toujours dur), s (ch), t, v, z. Il faut ajouter la demi-consonne ù {ou bref), qui ne figure que dans les diphtongues au, eu. Il n'y a pas d'autres diphtongues : toutes les voyelles se prononcent séparément et forment autant de syllabes : trairi, soifo, trouzi. D'ailleurs, toutes les lettrés se prononcent toujours de même, quelle que soit leur place (notamment le c, qui a partout le son Is, comme en polonais).
Vaccent porte toujours sur l'avant-dernière syllabe de chaque mot (une diphtongue compte pour une syllabe).
D*" ZAMENHOP : ESPERANTO 307
Los prinripalos parties du discours sont dislinj^iécs par la voyelle liiiale : le subslantiC par -o, radjcctil par -a, l'adverbe dérivé par -e, le verbe (à rinfinitif) par -i'. Beaucoup de prépositions et d'adverbes primifil's se terminent en -au.
L'nrticle défini est la, invariable en genre el en nf>nd)re -. 11 n'y a pas d'article indéfini, ni d'article partitif.
Le subslnnlifosi terminé par -o an nominalirsingulier. On forme le nominatif pluriel <'n ajoutant j. On fornu> l'accusatif {sing. ou plur.) en ajoutant nu -n au nominatif correspondant. Tous les autres cas sont remplacés par des |»réposifions.
l.'adjeclif es[ terminé en -a au nominatif singulier. Il est invariable en genre. Son pluriel et son accusatif se forment comme ceux du substantif, avec lequel il s'accorde toujours. La déclinaison du substantif et tle l'adjectif se résume donc dans le paradigme suivant :
Plur.
la bona) patroj, les bons pères.
Sing.
Nom. la bona patro, le bon père.
Arc. la bonan patron. .
la bonajn patrojn.
Les degrés se forment analyliquemont au moyen d'adverbes
Le comparatif d'égalilé, au
moyen
de Uel
. lùél, autant.
..que.
Le comparatif de supériorilé.
pli
. ol. plus
. que.
— d'infériorité.
malpli .
. ol. moins ..
. que.
Le superlatif de supériorité,
plej
.. el. le plus .
.de.
— dinfériorité.
malplej .
.. el. témoins .
..de.
Le superlatif alisolu.
tre.
très
Les noms de nombre cardinaux sont invariables : unu, 1 : du, i : tri, 3: kvar. 4: kvin, 5; ses, C; sep, 7: ok, 8: naû. U; dek, 10: cent, 100: mil, 1000.
Un nombre exact de dizaines, centaines.... (inférieur à iO) s'exprime en faisant suivre le nom de ce nombre du mot dix^ cent.... : dudek. 20: tridek, .W:... ducent, 200;...
Tout autre nondire s'exprime en énon(;anl successivement le nombre de ses unités des différents ordres (quand il n'est pas n\\\). en comnien(:ant par le plus élevé : 1 1 -^ dek unu: 12 = dek du: 21 = dudek unu:.... 24r)7 = dumil kvarcent kvindek sep.
1. Commo cps carnrtéristiqups s'ajoutent au radical, elles n'ont leur sens (|ut> dans les polysyll.ibes. Coin n'empèctie pas d'avoir les prépositions luonosyllnhiquos : da, de, pri, pro.
2. L'article la peut s'élider on 1' après une préposition flnissant par une vovello.
Les adjectijs ordinaux se forment en ajoutant aux nombres cardinaux le suffixe -a (des adjectifs) : unua, 1"; dua, 2«.
Les adverbes ordinaux se forment de môme au moyen du suffixe -e (des adverbes) : unue, premièrement; due, deuxièmement.
Pour substantifier les noms de nombre cardinaux, il suffît de leur ajouter le suffixe -o (des substantifs) : unuo, unité; duo, couple, paire; deko, dizaine.
Les nombres multiplicatifs se forment en ajoutant aux cardinaux le suffixe -obi, plus la caractéristique -o, -a ou -e suivant qu'il s'agit d'un substantif, d'un adjectif ou d'un adverbe : duobla, double; la trioblo, le triple: kvaroble, quadruplement.
Les nombres fractionnaires se forment de même au moyen du suffixe -on : duona, demi- ; la kvarono, le quart ; duone, à demi.
Les nombres collectifs se forment de môme au moyen du suffixe -op : duopa atako, attaque àdeux; kvinope, à cinq.
Les nombres de fois se forment de môme au moyen du suffixe foi(e) : unufoje, une fois; dufoje, deux fois.
Les nombres distributifs s'expriment en faisant précéder le nombre cardinal de la préposition po : po du, à deux {deux par deux, deux par tête, par pièce, etc.).
Les pronoms personnels sont : mi, je; vi, tu et vous ' ; li, il; si, elle^; gi, il (neutre); ni, nous; ili, ils, elles (3 genres).
On doit y ajouter le pronom réfléchi si et le pronom indéfini oni = on.
Tous ces pronoms prennent -n à l'accusatif. Ils ne varient pas autrement.
Les pronoms-adjectifs possessifs sont formés par l'addition de -a (suffixe des adjectifs) aux pronoms personnels correspondants : mia, via, lia, sia, gia: nia, ilia: sia. Ils forment leur pluriel et leur accusatif comme les adjectifs. Ils s'accordent avec le substantif, exprimé ou sous-entendu ^.
Les pronoms démonstratifs, relatifs et indéfinis présentent une corrélation élégante et commode, qui s'étend aux adverbes de lieu, de temps, de cause, de manière et de quantité, et que figure le tableau suivant.
1. Le pronom ci = lu est pratiquement inusité (comme en anglais).