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Cotnmentaire sur la Grammaire Espéranto, p

3. On ne saurait trop admirer l'illogisme de ce subjonctif, aggravé d'une négation, pour exprimer un fait positif considéré comme certain.

I) /AMKMIOI- : KSI'KilAMO 317

il s'applique donc aux faits ou assertions prohliMualiqucs. Ex. : Si vous vouliez, vous seriez heureux, se vi volus, vi estus felica. Par suite, il s'tMupIoio p<»ur attiMiucr une affirniittioii on un ordre (pie l'in- (liciilif riMulrait trop tranciianls : Jv vomirais iiiic..., mi volus ke...

].' impératif-subjonctif csi le mode du désir et de la volont<S plus f,M''n«''ialenient, (te la finalit('' (du but ù atteindre). Il s'emploie donc, non seulement danft les propositions principales imp(!'ralives {Répondez, commençons, qu'il vienne, etc.), mais encore dans les propositions suhordonntVs qui d('pendent d'un imp('ratir ou d'un verhe exprimant vol(jnt(', (l(''sir, m'cessité, besoin, convenance ou mt^rite, ou qui commencent par la conjonction por ke [afin que). Ex. : Je veux que vous écriviez , mi volas ke vi skribu; nous souliailons que vous réussissiez, ni deziras ke vi sukcesu : // piTmel qu'on s'en aille, li permesas ke oni foriru; j'at besoin qu il vienne, mi bezonas ke li venu; il convient que vous lui rendiez visilr. konvenas ke vi lin vizitu; vous mérilez qu'on vous pende, vi méritas ke oni pendigu vin; je ferai tout pour que vous soyez conlenl. mi faros cion por ke vi estu kontenta. MIendez qu'il vienne, atendu ke li venu; prenez <jardc de tomber, atentu ke vi ne falu.

Dans beaucoup de cas où le français emploie l'intinitif, \'Hsperanto emploie fort logiquement, soit un mode personnel, soit un participe : Vous avez bien fait de venir, vi bone faris. ke vi venis; dites-lui de venir, diru al li. ke li venu; jV i(ti entendue ctianter (une chanteuse', mi aùdis sin kantantan; Je l'ai entendu rlmnifr ('une chanson), mi aùdis §in kantatan'.

D'ailleurs les participes sont d'une grande ressource en Esiteranio, notamment le participe-adverbe qui remplace i\ la fois le irérondif et le participe absolu du latin : // passe son temps à lire, li pasigas sian tempon legante en lisant); vous faites Itien de travailler, vi bone faras laborante; à les voir ten les voyant), ilin vidante: il est arrivé sans m'avertir, li alvenis ne avertinte min ne mayant pas averti).

La construction est libre, en principe ; aussi ne trouve-t-on dans les manuels aucune règle à ce sujet '. Toutefois. VEsperanlo

\. On remnr(|ue qwo c'est là un moven d'éviter les etiuiv(Mjiie> Im-ii iirefernlde aux rf'gles dos participes français, t|ui no sufllsont intime pas toujours: car on dit : fai entendu chanter ta Patli, comme : fai entendu chanter la Marseillaise.

2. Voir De Bbaifront, Commentaire .sur la Grammaire, p. il7-l2l, cl L'ordre des mots en Espéranto, ap. VEspéranliste, n" 47, 49, 50 et 33.

n'admet ni les inversions capricieuses du latin, ni les inversions obligatoires de l'allemand. En général, il groupe ensemble tous les mots d'une proposition (au lieu d'emboîter ou d'enchevêtrer les propositions les unes dans les autres), et sépare toutes les propositions par des virgules (y compris les propositions relatives, à l'exemple de l'allemand). De plus, dans chaque proposition, il groupe autour de chaque terme essentiel (sujet, verbe, régime direct, régimes indirects) tous les mots qui le déterminent ou en dépendent, en un mot tous ses compléments. En particulier :

Vadjedif épithète se met soit avant, soit après le substantif qu'il qualifie ; le pronom se met en général avant les deux : mia kara amiko, et ïarticle avant tous les trois : la du bravaj soldatoj.

Le participe qui forme un temps composé suit immédiatement l'auxiliaire être (comme dans la conjugaison), puisque tous deux réunis ne forment en réalité qu'un seul mot : le verbe.

L'adverbe se place avant ou après le mot qu'il détermine (le plus souvent après le verbe, et avant l'adjectif). Mais les adverbes ne, pli, plej, tre et autres (de quantité ou de comparaison) précèdent toujours le mot qu'ils déterminent.

La préposition précède toujours le substantif et tous ses compléments : kun miaj tri plej bonaj amikoj, avec mes trois meilleurs amis.

Le complément d'un substantif, d'un adjectif ou d'un participe le suit toujours immédiatement, comme l'exigent la logique et la clarté. Ex. : la hauteur de cette montagne, la alteco de tiu monto ; un vase plein d'eau, vazo plena je akvo.

La conjonction vient toujours en tôte de la proposition qu'elle domine'.

Les mots interrogatifs ou exclamatifs commencent toujours la proposition (principale ou subordonnée).

Chacun des termes essentiels étant ainsi accompagné de tous ses compléments, leur ordre dans la proposition est facultatif, grâce à l'accusatif qui désigne le régime direct, et aux prépositions qui précèdent les régimes indirects. L'ordre habituel est : sujet, verbe, régime direct, régimes indirects. Mais il n'a rien d'obligatoire, et l'on peut le modifier dès qu'il y a pour le faire

1. Ou remarquera que la plupart de ces règles sont des limites à la liberté absolue de construction qui règne en latin, et qu'elles ne sont pas observées dans certaines langues vivantes, au détriment de la clarté.

d' zamenhof : espéranto 319

une raison de clarl»^ d'ordre logique ou sim{)lement d'euphonie. I*!x. : J'ni renroidrê Pierre près de l'i-ijlUe.

Mi renkontis Petron apad la pregejo.

Petron mi renkontis apud la pregejo.

Apud la pregejo mi renkontis Petron.

€ D'ordre lofçique », avons-nous dit : il ne faut pas croire en t'ITot (fue l'onln* logique soit toujours l'ordre grammatical : siijft. verbe, attribut. Il y a bien des cas où le sujet logique de la proposition n'est pas du tout le $ajel grammnlicaU . Le sujet logi<Iue. c'est le terme d'où part la pensée et sur lequel porte la proposition : dans la proposition précédente, ce sera suivant les cas, moi; Pierre ou tèglise. Il est donc naturel de le mettre le premier, et, en général, de ranger les idées dans l'ordre où elles se présentent t\ IVsprit. M. de Beaufront cite comme exemple cette phrase de VEkzercnro (§ 29) : c El la dirita regulo sekvas, ke se ni pri ia verbo ne scias, eu §1 postulas post si la akuzativon... ni povas ciam uzi la akuzativon. » i.a pensée part « de ia régie préc»-tltiilo ». pour en tirer une conséquence. Dans la proposition subordonnée, il s'agit du verbe : aussi met-on d'abonl * pri ia verbo ». Cet ordre permet en outre de rattacher immédiatenient à chaque verbe la proposition subordonnée qui en dépend : < sekvas, ke... », « ne scias, eu... ». La phrase n'aurait plus la même éli'gMnce ni la même clarté logique si l'on avait suivi la construction normale et rigide : « Sekvas el la dirita regulo. ke se ni ne scias pri ia verbo. eu ^ postulas, etc. »

Kn résumé, la construction en Espéranto est également éloignée (le la liberté absolue du latin, qui engendre souvent l'obscurité ou rét|uivoque, el de la rigidité du français el de l'allemand, ((ui est souvent nuisible, non seulement à l'élégance et à la variété, mais à la logique et à la clarté.

VOCABUL.\IRE.

Le D"" Z.VMENHOF s'est efforcé de réduire le vocabulaire à un petit nombre de radicaux, grAce h une méthode régulière de formation des mots. Ll ces radicaux ont été choisis en vertu du

1. Cf. HoFFinNc La hase psychologique des jugements logiques^ ap. Retue

philosophifjue, l'JOI, t. H.

principe de rinternationalité, afin de réduire au minimum le nombre de ceux que chaque peuple ignorerait et aurait par suite à apprendre. IJUniversala Vortaro contient 2 642 radicaux traduits en D., E., F., Pol., R., de sorte qu'on aperçoit aussitôt le degré d'internationalité de chacun d'eux par rapport à ces cinq langues *. On peut les diviser en trois catégories.

Il y a d'abord les radicaux tout à fait internationaux (dans les langues européennes); V Espéranto les adopte en leur imposant une orthographe phonétique aussi conforme que possible à l'étymologie ^ Kx. : atom, aksiom, bark, danc, form, flut, fosfor, panter, paraliz, post, teatr, tabak, tualet, vagon.

Cette catégorie de mots comprend la plupart des termes scientifiques (tirés du grec ou du latin), que VUniversala Vortaro ne contient même pas, comme : filologio, filosofio, fiziko, poezio, poeto, profesoro, doktoro, komedio, literaturo, tragédie, telegrafo, lokomotivo, etc.

Une seconde catégorie comprend les radicaux partiellement internationaux; pour chaque idée, le D"" Zamenhof a choisi le radical le plus international, c'est-à-dire celui qui est commun au plus grand nombre de langues européennes. En voici des exemples, avec l'indication de leur internationalité : flam, mars, mast (D., E., F., I., R., S.) ; ankr (D., E., F., I., R.), benk (D.. E., F., I., S.), marmor(D.,F.,I.,R.,S.):flor(E.,F.,I., S.),jun,artisok, fason(D.,E., F., R.), anonc (D., E., F., I.), mus (D., E., I., R.): fam (E., I., S.), flag, stal (D., E., R.), emajl, mebl, trotuar (D., F., R.); man (F., I., S.); mon (E., F.), bind, blind, dank fajr, fis, fingr, glas, help, jar, land, melk, rajt, ring, send sip, su, sun, trink, varm, verk, vort (D., E.).

La troisième catégorie comprend les mots qui ne sont nullement internationaux. Pour ceux-là, le D"" Zamenhof a emprunté les radicaux aux principales langues nationales, ou bien au latin, suivant que l'un ou l'autre de ces radicaux nationaux a plus de chance d'être connu des hommes instruits. Il en a aussi profité pour augmenter la part faite aux racines germaniques et slaves, car les racines latines sont prépondérantes dans les deux catégories précédentes, en vertu de leur internationalité supérieure. Par exemple, il a emprunté ajii latin un certain nombre de particules (sed, tamen, apud, dum) et des radicaux comme

1. Auxquelles il conviendrait d'ajouter l'italien et l'espagnol.

2. En particulier, on remplace toutes les lettres doubles par des lettres simples. Ex. : adres = adresse (D., F.) = address (E.).

D' ZAMENHOF : ESPEHANTU 321

aùd, brak. dors, dekstr, felic. proksim: nux langues geriiiani<|uoK les ra(li<';ui\ bedaùr. bird. fraûl. flug. flik. knab. kugl, sajn. silk, sirm. sink. sraub. sut, taùg. vip: aux langues slaves les i-adicauv bulk. brov. prav, âelk, svat, vost. Il a ainsi lArlié de favoriser ini|>aitialen»enl lout<'s les langues européennes, et de les faire concourir toutes s"» la constitution de son vf»cal)ulaire, afin de rendre sa langue vraiment internationale, et aussi facile (|ue possible pour chaque peuple de civilisation européenne. In tel vocabulaire, dit M. de Heaufront, n'est pas l'ceuvre arbitraire d'un individu, mais en quelque sorte l'œuvre collective dos peuples européens, qui ont inconsciemment contribué à le l'ormer en conférant à tel ou tel mot l'internationalité dont il jouit, et doid VEsperanh ne fait «pie profiter.

Ln fonnalion des mots s'elïcctue par la juxtaposition d'éléments lexicologicpies a/>so/u/»fH< invariables, comme les radicaux. Les mots se f<»rment, soit au moyen des terminaisons grannnaticales imo/s simples), soit au moyen d'aftixes proprement dits {mois dérivés).

On connaît les termioaisons grammaticales: il suffit de monti-ei" par un exemple conunent elles servent à la dérivafiorj : parol-i, /)f»r/<T: parol-O. pnrule: parol-a. ornl\ parol-e, verbalemenl : parol-ant-o, orateur*.

Les principaux nj^ixes de dérivation sont - :

mal-, (pii inditpie le contraire de- : amiko = ami, malamiko = ennemi; forta = fort, malforta = faible; fermi := fermer, mal îermi = ouvrir; frue = lot, malfrue =: tard.

-in. qui indique le Jéminin ^ : viro ■-= homme, virino = femme: patro = père, patrino = mère, bovo = bœuf bovino = vache *.

1. Cet excmplo montre t'ii iiu^nic Icmps combien celle mélhodo de Tormation soninjrc In mémoire. |>iiis(|ii"olle permet tlo former méonni<|iiFmen( avec un seul radical des mots dont les éciuivaients nationau.x appartiennent souvent à des radicaux dilTérenls.

2. Bien (|ue la |>lupart de ces nTAxes servent ù la fois (comme on le verra par les exemples) à former des substantifs, des adjectifs et des verbes., nous iiiumérerons successivement ceux «jui servent à former principalemenl 1° des substantifs: 2" des adjectifs; 3' des verbes. — Les nfllxes ne sont pas plus clioisis ou créés arbitrairement (|ue les radicaux; ils sont presque tous cniprunlés à quebjue langue vivante ou morte (voir Commentaire, p. 172- ITG). Par exemple, le prellxe mal- est emprunté nu français {malatlroit. "Hiltionnete, mal/teureti.r, etc.)

3. Les sufllxesse metlenl immédiatement apri's le radical, el avant la terluinnison frrammaticale.

4. Quand on veut désigner oxpressémenl le mdle d'une espèce animale. on ajoute à son nom : -viro.

CocTCRAT et LcAV. — I.Anguc univ. 21

ge-, qui indique la réunion du masculin et du féminin : gepatroj, père et mère, parents ; gefratoj. frère et sœur, ou Jrères et sœurs.

-edz indique le conjoint de- : -edzo = mari de, -edzino = femme de ; doktoredzino = femme de docteur, doktorinedzo = mari de doctoresse.

bo- indique la parenté résultant du mariage : bopatro, beau-père; bofilo, gendre.

-id indique Yenfant, le petit ou le descendant de — : bovido, veau Napoleonidoj, descendants de Xapoîéon.

-et indique le diminutif : monto = montagne, monteto ^ colline; varma = chaud, varmeta = tiède ; ridl = rire, rideti = sourire.

-eg indique ïaugmentatif : pordo = porte, pordego = porche, portail; varmega = brûlant; peti = prier, petegi = supplier K

-ad indique la durée ou la répétition de l'action : pafo = coup de fusil, pafado = fusillade ; parolado = discours ^.

-an indique une personne qui appartient à (un pays, une société, un parti) : Parizano = Parisien; kristano = chrétien.

-ar indique une réunion ou collection : arbo = arbre, arbaro = forêt; vorto ^= mot, voTtaro = dictionnaire ; vagonaro = train; (de chemin de fer).

-ej indique le lieu affecté à — : prego = prière, pregejo = église; kuiri =: faire cuire, kuirejo = cuisine.

-uj indique ce qui porte ou renferme — (par extension, l'arbre et le pays) : mono =: monnaie, monujo = porte-monnaie ; porno = pomme, pomujo = pommier; Franco = (un) Français, Francujo = la France.

-ing indique l'objet où Von met (la chose exprimée par le radical) : plumo = plume, plumingo = porte-plume.

-ist indique celui qui s'occupe de — : boto = botte, botisto = cordonnier: maro = mer, maristo = marin; pentri = peindre, pentristo = peintre.

-il indique l'outil ou l'instrument : kudri = coudre, kudrilo = aiguille; pafilo = /«si/.

1. On fait remarquer que les suflixes -eg et -et ne l'ont nullement double emploi avec les degrés de comparaison : ils les dépassent, au point de changer qualitativement la notion. Par exemple, soit rivero = rivière, cours d'eau; malgranda rivero = petite rivière, rivereto = ruisseau; granda rivero = grande rivière, riverego =j)rand fleuve (comme l'Amazone). De même, varmega dit plus que tre varma: grandega = énorme, grandegulo := géant; malgrandega = minuscule, malgrandegulo = nain.

2. Dans certains cas, ce suffixe parait désigner simplement l'action : fabrikado = fabrication.

d' zamenhop : espéranto 323

-ec iii(li(|uc la qualitr* nhsirnitc : jnna = Jeune, Jnneco = feU' iirssr: infano = enfant, infaneco = enfance.

-a] iii(lii|iic ati coiilrairr la chose concrète qui possède telle «|nijlil<'* : infanajo ~ enfnntUUnjr; pentrajo = peinture (tableau): malnoya — m/kiVh, malnovajo ^ (une antitjuilè).

ul imli(jue la iKM-soniie caiacti^riséc par (telle qualit(^) : jnnnlo

jfinif homme: timo ^= crainte, timulo = poltron.

-er indiiiuc l'unité (Mémcnlairc (d'une chose collective ; monero = pièce de monnaie : sablero = grain de sable.

-estr in(li(|nol(M'hr fou maître: 8ipo:=i'njss/'au.8ipe8tro=:crt//i/fli/i«'.

-em indique le ponrhant à — : timema = timidr . kredi = croire. kredema = crédule •.

ebl signilie (/n'o/j pcul -- : kredebla = croyable: legi = lire, legebla = lisible ^legeble = lisiblement).

-ind signifie digne de —, qui mérite — : kredinda = digne de foi: bedaùri = regretter, bedaùrinda = regrettable (bedaûrinde — regrettablement, mnlheureusement) .

dis- indique séparation, dispersion : semi := semer, dissemi = dis-

inincr: iri =: aller, ditfiri =: se séparer (aller chacun de son ctM«'\

ek- indi«|ue le conunencenienl de l'action : vidi =^ voir, ekvidi = apercei'oir: dormi := dormir, ekdormi = s'endormir *,

re- indique lo retour ou la répétition : reiri = retourner: revidi = revoir ^.

-ig signifie rendre, faire — : para = propre, pnrigi = nettoyer: scii — savoir, sciigi == faire savoir, sciigo = nouvelle.

-ig signifie devenir, se faire — : pala =: pâle, pali0i = pâlir: levi = lever. IeTi§i = se lever. levi§o = (le) lever '.

1. l'nr exception, le substnntir de qualité se Tormc en -emo (nu lieu de -emeco) : timemo = timidité: kredemo = crédulité.

2. Cl' prcllxr sort donc i\ foriiu>r les verbes dits inchoalifs.

:\. il nous seniikle «lu'il y niiiail inU'r<^l » distinguer ces deux sens, bien (lilTorents, du prclixe Intin re-. que l'nlieniand distingue pnrraitement {zurûck, wieder). Le !)' Znnienliof essaie de justilier ce doulde sens en disant que, dans les deux cas. re- signifie retour à IVlat initial {ttrammaire et Exercices, p. 109-1 fU). Cela est inexact. Revenir signifie tantôt venir ««n retour d'où l\)n est allé, et tantiM venir de nouveau. De Miônie. reprendre c'est prendre en reli>ur. et non prendre une seconde fois; mais re/"fl»Ve c'est recommencer, et non faire en sens inverse, qui est défaire. Il faudrait deux prolixes distincts comme re- {reiro) et ru- (rursus-, bien que rursus présente in mémo équivoque en latin : on trouve dans Cicéron : • rursus relro ». •M dans Plante : • rursus denuo •. I/nd verbe non équivoque est Herum.)

i. (le suffixe sert n former beaucoup de verbes réfléchis ou moyens (coname eu grec).

Enfin il y a un suffixe indéterminé -um, qui joue un rôle analogue à celui de je parmi les prépositions. Il sert à former certains dérivés auxquels ne conviendrait aucun des auti^es suffixes ; le sens de ces dérivés est fixé dans le dictionnaire et doit être appris comme celui des radicaux. Ex. : kolumo = col: manumo =: manchette: plenumi = remplir (au fig.j, accomplir (un devoir); ventumi = éventer.

Les suffixes peuvent se superposer, le principal, c'est-à-dire celui qui détermine le sens du mot, étant le dernier (comme on l'a vu dans doktoredzino et doktorinedzo). Ex. : arbareto = petite forêt, bosquet; arbetaro = groupe de petits arbres, buisson: pafilego = canon: mangilaro = couvert (ensemble des instruments pour manger); ventumilo ^ éventail; lavistinedzo = mari de blanchisseuse: maljunulo = vieillard; belulino = (une) belle; remalsanigo = rechute (de maladie) : action de devenir (ig) de nouveau (re) malade (malsana).

Les mots composés se forment en juxtaposant les radicaux (séparés au besoin par un -o- pour l'euphonie), le principal étant toujours le dernier; c'est celui-là seul qui prend la terminaison grammaticale. Ex. : fervojo = chemin de fer; vaporsipo = bateau à vapeur: skribtablo ou skribotablo = table à écrire; tagmezo = midi ' .

Les particules entrent aussi en composition : antaùiri = précéder ; eniri = entrer ; eliri = sortir - ; alporti := apporter : kontraûdiri = contredire ; tralegi = lire d'un bout à Vautre : senfina = infini (sans fin).

La négation ne-, notamment, sert de préfixe pour indiquer la contradiction pure et simple. Ex. : neutila^= inutile (cf. malutila = nuisible). La préposition sen- a à peu près le même rôle : elle indique surtout la privation : senvestigi = dévêtir; sénmaskigi = démasquer: senkapigi = dc'capi/er.

Au fond, il n'y a pas de différence entre les mots dérivés et les mots composés, non plus qu'entre les affixes et les particules: les uns et les autres sont des éléments indépendants et invariables, à sens constant et bien déterminé, de sorte qu'ils peuvent

1. Ordre logique: milieu du jour, contraire à celui derallemnnd : Mitlag.

2. La préposition el nous semble mal choisie : elle risque trop de se confondre, pour l'oreille, avec ses contraires al et en, surtout en composition. 11 vaudrait mieux employer la préposition ek(G. L.),et remplacer le préfixe inchoatif ek- par le suffixe -esk (G. L.).

d' zamenhof : espéranto :i2:,

eux-in<*ines servir de radicaux à des mois simples ou composés. Ainsi : edzo — mari, edzino = épouse: geedzoj = (les) ^poux, (un) conph'-. edzigi ^ marier, edzi^ = se mnrier. edzi§0 = mariage (lUKM's). De iiiriiH' : eco — iiualilc; indo = mérite, inda ^= ditjne de; ano = habitant ou partisan ; ebla = possible, eble = peut-être {* possihloment »): igi = faire (suivi d'un infinilifj; i§i = devenir: kune = ensemble: ree = en retour ou derechef. Exemplos de mois composés : ali§i = adhérer: kunigi := réunir: disigi = désunir: senigi = dépouiller: reigi =^ rétablir, etc.

Celte possibilité de décomposer tous les mots en éléments iuvnrial)les, de les désarticuler, concourt à rendre lEsperanto oxlréinenient facile à comprendre et à manier. Elle fait qu'on peut tiaduire un texte Espéranto sans savoir un mot de la lan^Mie, iini<|iuMnont à l'aide du dictionnaire, ce «pii n'est possible dans aucune langue vivante •. Il suffit de séparer typographiquement. pour les commençants, les divers éléments de chaque mot: ils noiif (\n'h les clierclior séparément dans un lexique pour reconstituer infailliblement le sens du texte. Par là, la granunaire rentre en quelque sorte dans le dictionnaii*e, et l'Espéranto peut s(M'vir inuuédiafement. même auprès de ceux qui l'ignorent.

Pour avoir une idée de la puissance de prolitication des radicaux de VEsperanto, il faut lire dans VEkzercaro (§ 42 et dernier) la ^nilo des «lérivés de la racine san = santé. Contentons-nous ici (iéiinmérer (luelques-uns de ceux de la racine mort : morti = mourir: morto = (la) mort: mortanto = (le) mourant: mortinto = (le ;n();7; morta = mortel, de mort pi\leur mortelle': mortado - mor lalilé (statistique): morteco = mortalité (condition : mortema = mortel (sujet à la mort); mortigi = tuer (faire mourir): mortigo meurtre: mortiga — mortel, mortift-re (coup morleli: mortiganto =■ meurtrier: senmorta = immortel, senmorteco — ; immorinlité: memmortigo = suicide, etc.

Enlin. pour faire connaître la physionomie de la langue nous citerons le Pater, traduit par le I)"" Zamenhof-; on remanpiera t|n'il suit mot à mot le texte latin :

1. Le D' Zamenhof- en donne comme exemple cette plirnse nllemnnde si simple : Icfi iieiss nicht, mo ich den Stock gelassen habe: hahen Sie ihn nicht ;/est'/»en'} (Commentaire, p. I.")2-I.'i."l.) On remar<|iiera «lu'il a ainsi renlist> les conditions prévues par DEscAHres pour qu'on puisse comprendre une lanjruo nu moyen du dictionnaire seul.

2. De Beaikroxt, Preyareto por Kalotikoj, p. Il (approuvé par rnutorilè ecclésiastique).

Patro nia, kiu estas en la cielo, sankta estu via nomo: venu regecovia; estu volo via, kiel en la cielo, tiel ankaù sur la tero. Panon nian ciutagan donu al ni hodiaù ; kaj pardonu al ni suldojn niajn, kiel ni ankaù pardonas al niaj suldantoj ; kaj ne konduku nin en tenton, sed liberigu nin de la malbono.

Si Ton veut un spécimen plus profane et plus pratique, on peut lire les lignes suivantes :

Estimata Sinjoro. — Per tiu ci libreto mi havas la honoron prezenti al vi la lingv(?^internacian Espéranto... Espéranto tute ne havas la intencon malfortigi la lingvon naturan de ia popolo. Gi devas nur servi por la rilatoj internaciaj kaj por tiuj verkoj au produktoj, kiuj interesas égale la tutan mondon'...

Historique.

Bien que le D"" Zameniiof eût éprouvé lui-même sa langue par une pratique de plusieurs années, il décida de la soumettre pendant un an au jugement du monde savant. « 11 ne voulait pas être le créateur, mais seulement Vinitiateur » de la L. I.; il reconnaissait volontiers que l'œuvre d"un seul homme ne peut pas être parfaite, il ne prétendait donc apporter que le germe de la future langue internationale, et il laissait au public et à l'usage le soin de la développer ^. Il décida donc de ne rien changer à sa langue pendant toute l'année ^888, au cours de laquelle il appelait sur elle les critiques; il se proposait de les publier, de les discuter, puis de corriger sa langue en conséquence, et de la fixer définitivement. Il offrait môme de confier ce travail à telle Académie qui voudrait s'en charger, et de s'efTacer complètement devant ses arrêts. Il proposait aussi une sorte de plébiscite universel touchant le choix de la L. L, qui devait être clos le jour où il aurait reçu 10 millions de votes ^

Plus tard encore, en 1896, le D'' Zameniiof proposait un « Congrès par opinions écrites pour traiter et décider la question

1. Extrait dos Textes Espéranto insérés dans le Manuel complet (p. 15) et dans ia Grammaire (p. H).

2. On ne peut s'cinpèclier de remarquer que cette attitude contraste vivement avec celle de Mgr Schleyeh, qui prétendait rester seul maître du Volapuk.

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