Voir paye 304, noie I
neige, du môme, par A. Grabowski; la Princesse Mary, de Lermontov, par E. DE Wahl, etc., etc.). On fit aussi des traductions en vers {La Liro de la esperantistoj, par Grabowski) et l'on composa même des œuvres originales en prose et en vers (comme l'hymne Espero, du D'' Zamenhof, qui se trouve dans tous les manuels).
La propagation de YEsperanto fut longtemps retardée par le manque de capitaux. La Esperantisto ne put durer que grâce au dévouement financier de Trompeter (1892-95), à qui est due aussi rédition du premier manuel français (1892). Dès 1890, le D"' Zamenhof avait entrepris de former une Ligue esperantisto. Cette ligue ne servit qu'à susciter des projets de réformes plus ou moins bien inspirés, qui faillirent amener la dissolution et la ruine de la langue. Mais les Espérantistes orthodoxes maintinrent la langue sous sa forme primitive, et la ligue fut dissoute (1894).
En 1895, La Esperantisto, ayant été interdit par la censure russe pour avoir publié un article de Tolstoï, disparut, et fut remplacé par La Lingvo internacia, éditée par le club espérantiste d'Upsala *.
En 1896, YEsperanto commença à se répandre en France, grâce à L'Étranger, revue internationale-, et à M. Gaston MocH, rédacteur de V Indépendance belge^. Mais le propagateur le plus actif et le plus dévoué fut et est M. Louis de Beaufront. Son adhésion constitue un fait probablement unique dans l'histoire de la langue universelle, et elle lui fait trop d'honneur, ainsi qu'à YEsperanto, pour que nous n'en rapportions pas les circonstances. Ce philologue distingué travaillait depuis douze ans à construire une Lingvo internaciona, nommée YAdjuvanto, qui se trouvait avoir une ressemblance étonnante avec YEsperanto: cette langue était achevée, et il avait, prêt à paraître, un lexique con tenant la traduction de tous les mots du Dictionnaire Gazier.
1. Depuis le 1*'' janvier 1902, le rédacteur en chef de ce journal mensuel (entièrement en Espéranto) est M. Paul Fruictier, h Paris (27, boulevard Arago).
2. Aujourd'hui : Concordia, organe de lu Société d'études et de correspondance internationales, directeur-fondateur : feu Emile Lombard, professeur au Lycée Montaigne.
.3. La fjuestion delaLanrjue internationale et sa solution par V Espéranto, .')3 p. in-S", extrait de la Revue internationale de Sociologie (Paris, Giard et Brière, 1897). Cf. le Rapport sur la question de la langue internationale présenlé par M. G. Mocii au Vlll" Congrès universel de la Paix, 18 p. in-8° (Hamburg, août 1897).
d' zamen'iiof : espéranto 329
Mais quand il eut connnissance tic VEspernnlo, il reconnut que son projet lui était inférieur sur quelques points ', et il renonça à le publier pour se consacrer dès lors entièrement, avec un admirable désintéressement, ù la propaj^ation de \'Esi>erniitu*. 11 fonda en 18l»8 (à Épernay) le journal mensuel L' Espémnlhie et la Société pour la propagation de l'Espéranto, et pul)lia en fran<;ais tles brochures de propaj^ande el les manuels que nous avons cités.
Malgré son zèle, le fait qu(; le chef du mouvement espérantiste en France n'habitait pas Paris et n'avait pas d'attaches officielles n'était guère favorable à l'expansion de la langue. Kn juin l'.iOO fut fondé le groupe espérantiste de Paris; la même année na(|uil celui de Dijon, grAce au prosélytisme ardent de M, Charles Méray, professeur de mathématiques à l'Université, corn'spondant de l'Institut. D'autres se sont fondés à Amiens, Annecy, Beaune, Besan(;on, Bordeaux, Boulogne-sur-Mer, Chaumont, Grenoble, Le Havre. Lille, Lyon, Marseille, Montpellier. Nancy, Nice. Heims, Houbaix. Saint-Claude, Sainl-Omer, Tournon. Pendant l'hiver iy02-iy03, 10 cours tVEspernnto ont été professés simultanément à Paris.
Au Cnnnda. un groupe espérantiste s'est formé à Montréal; il a fondé l.'Es]>éi'anliste Canadien, bientôt transformé en La lAimo. Un groupe espérantiste s'est récemment fondé en Autriche (son siège est à Briinn^. 11 y a des Kspérantistes dans la plupart des pays cl'Kurope. et ils appartiennent à toutes les classes de la société. Il est remarquable que les pays latins soient précisément ceux où s'est le moins répandue jusqu'ici cette langue, à qui ou reproche d'être trop néo-latine. Le mouvement de tliffusion, lent aux débuts, parait s'accélérer de plus en plus < t m semble pas près de s'arrêter.
•\. l'heure qu'il est, il existe des manuels d'Espéranto en
1. Ces points riaiciU : 1' la place do l'aiTt-nt ; 2" l'nhscnce d'accusatif; 3" lo plurit'l par substitution do i a In Itnalo (o, a) du singulier.
2. Pour pcrniottro do juger de la rcssombinnco de VAdJuvanlo avec VEsperanto. ot rendre hommage à ce projet, qui eût môrito sans doute une l)ln(e lionornblo dans celle Histoire, si son auteur ne l'avait pas g^m*rousomont socrillé. nous citerons la traduction du Pater dans celle langue (i|iio M. i\c BeauTront a bien voulu nous communiquer à notre prière^ :
Patro nua. kvu estas in el cjelo. estez honorata tua nomo: venet regno tua; estez volo tua kome in el cjelo, laie anke sur el lero; pano nua caskajorna donez al nu hodje; ed pardonei al nu debi nua. kome nu pardonas al nua debauti : ed ne konduktez nu en tento, ma liberifei nu di el malbono.
22 langues. Le nombre des ouvrages publiés en Espéranto s'élève à 150. Outre les journaux que nous avons déjà cités (La Lingvo ùilernacia, L'Espérantiste, La Luino), il s'est fondé récemment plusieurs revues rédigées entièrement ou partiellement en Espéranto : YEspérantiste tchèque, à Bystrice-Hostyn (Moravie) : la Belga Sonorilo, à Bruges; le Holanda pioniro, à Hilversum (Pays-Bas); le Rondiranto, à Philipople (Bulgarie); le Svisa Espero, à Genève; l'Esperantista, à Turin. Des sociétés de propagande espérantiste viennent de se fonder en Angleterre, en Italie, en Espagne et en Suisse: un groupe espérantiste vient de se former à Londres (janvier 1903). Quant au nombre des Espérantistes, il est difficile à évaluer : il y en avait 6 578 inscrits au commencement de 1902. Mais on fait remarquer que beaucoup d'adeptes, même pratiquants, négligent de se faire inscrire, d'autant plus que cette formalité leur impose l'obligation morale de répondre à toute lettre d'un confrère en Espéranto. On évalue à 50 000 au moins le nombre des Espérantistes pratiquants dans tous les pays. L'Espéranto a recueilli l'approbation et le patronage de plusieurs personnages illustres, notamment du comte Léo Tolstoï et du philologue Max Muller, qui, après avoir approuvé et encouragé d'autres projets, lui attribua « la première place parmi ses concurrents ».
Critique.
Ce n'est pas seulement parmi les savants impartiaux que VEsperanto a trouvé des admirateurs ; il en a trouvé même parmi les auteurs de projets rivaux, et ces suffrages sont sans doute les plus précieux. Nous n'en citerons qu'un, celui de M. Henderson, l'auteur de Winglo-Franca, du Lingua et du Latinesce, qui a essayé de ressusciter le latin comme L. L, et qui reste partisan d'une langue néo-latine : « De tous les projets de langues artificielles, VEsperanto est décidément le meilleur, et je suis convaincu que s'il avait paru avant le Volapûk,... il aurait gagné l'adhésion non seulement de ceux qui adoptèrent le Volapûk, mais de milliers d'autres * ».
Tant d'éloges, si autorisés, rendent notre tâche de critiques
1. Brochure : A New AiH; The conslniclion of an international Language, 1902.
d" zamenhuf : espéranto 331
pnriiculièrement dtMicale, Pour nous en acquitter en conscience, nous lapporltM'ons simplement l<«s principales olijections qui ont été adressées à In langue du !)■■ Zameniiof, et les réponses que leur ont faites les Kspérantistes. Le lecteur verra ainsi le pour et le contre, et pourra juger en connaissance de cause. ^
C'est Valphabel qui donne lieu aux [tlus fréquentes critiques. A quoi bon, dit-on, ces lettres surmontées d'accents, qui choquent I'omI, déroutoni le lecteur, constituent des sons nouveaux à apprendre et qui olïrent des difficultés spéciales pour l'écriture et l'impression? Il y en a une surtout qui déplaît aux Français : c'est la lettre h. dont la prononciation est pour eux liés diflirile, et même impossible avant ou après r ' : ex. : monarho, hronologio. Elle viole évidemment le principe d'après lequel la L. I. ne doit contenir que des sons faciles à prononcer pour tous les peuples européens. Aussi les Kspérantistes français la sacrilieraient-ils aisément, et la remplaceraient par k ^
Restent les 4 chuintantes : c, §. j. S. Kt d'abord, il faut bien, disent les Espérantistes, avoir une ou deux chuintantes, comme la plupart des langues européennes. Admettons-en deux : la forte (cfi français) et la douce (j français') ^. Pour représenter celle-ci. puisque j représente l'i consonne, il faut bien un nouveau caractère ; le plus commode est d'adopter la même lettre j, mais distinguée par un accent. (Juant à l'autre chuintante, qui est représentée dans les langues occidentales par des cond)inaisons de 2 ou 3 lettres (sh E., srh D., sci I.), elle constitue réellement un son simple et par suite doit être ligurée par une seule lettre icomnie en russe), d'autant plus que si on la représentait par une combinaison de lettres {ch, sh, etc.) ayant déjà un son propre, on violerait le principe de l'uniformité absolue du son de chaque lettre. On n'a donc d'autre ressource que d'employer une lettre déjà connue, en la distinguant par un accent. On a choisi s, parce que c'est l'initiale des condjinaisons anglaise, allemande et italienne, et parce que c doit avoir un autre son.
t. Les Frnn(;nis ont déjii bien assez de peine ù prononrer la simple h aspirée. On sait que Vh dite aspirée dvi rrani;nis est aussi muette que l'autre, et se traduit uniquement par le manque de liaison. ^
2. On a remarque que les Espérantistes slaves, pour prononcer le h a ciMé de r, le remplacent inconsciemment, soit par k, soit par ch, ce qui
. prouve que cette lettre est impossible à prononcer en respectant le principe de l'invariabilité du son.