Le Vol(^>Uk conrundait ces deux lettres en
Maintenant, pourquoi adopter encore deux autres chuintantes, et complexes celles-ci, car elles sont précédées d'une dentale"? Pourquoi ne pas représenter les sons composés ô, g par ts et dj"? De même, pourquoi attribuer au c le son complexe /s? On répond, d'abord, que ces sons composés existent dans plusieurs langues, et y correspondent même souvent à des lettres simples. C'est ce qui a lieu non seulement en russe et dans les autres langues slaves, mais en anglais (le g de gin, le j dejoke, le ch de chiirch), en italien (le c de cena, les combinaisons de lettres cci,ggi)^ en espagnol [ch], en roumain, etc. Il est donc utile de posséder de telles lettres, quand ce ne serait que pour pouvoir transcrire les noms propres et les noms géographiques de ces langues, et aussi pour altérer le moins possible les mots qu'on leur empruntera. Or, puisque en fait la plupart des langues européennes donnent aux lettres c et ^ deux sons différents (au moins), il importe de conserver à ces lettres ces deux sons, mais en les distinguant par l'écriture, pour respecter le principe essentiel de l'uniformité du son de chaque lettre. La lettre c, notamment, est le scandale de la phonétique romane '. Seuls, les Slaves qui emploient l'alphabet latin la prononcent toujours de môme (<s) devant toutes les voyelles ; c'est pourquoi Y Espéranto lui assigne ce son (qui est aussi celui du c allemand devant e, i, celui du z allemand, du z italien, etc.). De même, non seulement les sons c et g existent dans. plusieurs langues européennes, mais ils y sont représentés par ces mêmes lettres. D'ailleurs, les sons s et c sont figurés précisément par les lettres s et c dans la transcription tchèque des noms slaves : or cette transcription est employée par les Allemands, et par suite connue dans toute l'Europe *. On trouve que ces lettres accentuées sont incommodes et retardent l'écriture : mais elles sont toujours plus faciles à écrire que les combinai-
1. Cf. Ch. Joret : Du C dans les langues romanes (Paris, Franck, 1874). Ce philologue représente les deux chuintantes simples {ch et/) par s et z accentuées (comme en tchèque) ; et il adopte les lettres c et g accentuées pour représenter les chuintantes complexes {(ch et dj), précisément comme VEsperanto. 11 justifie ces deux dernières lettres en constatant que ces sons « se rencontrent dans presque toutes les langues indo-européennes ». 1) ajoute une remarque intéressante : ces sons composés sont d'origine relativement récente : ils tiennent le plus souvent la place de sons primitivement simples (le c et le g' durs du latin); et c'est pourquoi ils sont représentés dans les langues romanes par des lettres simples (p. 13 et 14). Ainsi ces lottressontamplement justifiées par l'histoire des langues et par la pliilologie.
2. Voir par exemple Minerva et les atlas allemands. Voici un tableau des
D' /AMENHOF : ESPERANTO 333
sonsdedeux ou trois lettres qui les traduiscnton d'autres langu(>s. ou que «les lellres d'une forme nouvelle, «^trangi'Tes h l'alphabet latin, qui dt'routcraienl l'œil et la main '. Ainsi ces lettres accentuées sont nécessaires, et elles ne sont nullement arbitraires, ni par leur forme, ni par leur son, comme sont tentés de le croire les Fran<;ais peu polyglottes *.
Elles se justifient encore par une autre raison, qui va nous faire pénétrer dans la constilulion du vocabulaire. Les lettres c. c et s servent à concilier le « pbonélisme » et le € graphisme » dans l'orthographe des mots internationaux. Certains projets s'attachent exclusivement A reproduire le graphisme, c'est-à-dire l'orthographe des mots internationaux, au risque d'en altérer la prononciation; d'autres ne s'inquiètent que de reproduire la prononciation, au risque de défigurer l'aspect des mots '. L'Espcninto a visé, et, la plupart du temps, a réussi à concilier ces deux tendances contraires, en apparence incompatibles. (Quelques exemples feront comprendre l'ingénieuse méthode <|u"il a employée p(»ur cela. S«it le mot gardeno ^=jardUi (l). yarlen: E. ijarden; I. giardino). Si le § n'existait pas, on serait obligé d'écrire gardeno. qui ne serait compris que des Anglais et des Allemands. ou bien jardino (on djardino). qui ne serait compris que des peuconsonnes spéciales nux Inngues de l'Europe orienUili' i|iii emploient l'n!phnbct Inlin, avec leur équivalence phonétiiiue on Espéranto :
Tchèque: c =c, é = C, f = rS, S =S, z=J
Polonais: c =c, cz = C, rz = rS, sz = §, z = î
Slaves du sud : c =c, c =0, S =S, z=J
Mtujyar : cz = c, es = C, sz= s, s = S, zs=J
fioumain : c (devant a, o, u) = k, c (devant e, i) = t*.
On remnnuiern (luc dans les langues slaves le son j (J fran«;ais; est repn'senté i)nr : nofentué (et par ; dans azuré E.). .\insi 1(' fait de représenter ce s(in par un J est une roncession faite par VEsperanto au français, .\joutons ipio VEsperanlo permel de transcrire exactement tous les mots russes, y compris In lettre (|ue les Polonais représentent par szcs (dans Leszczinsk;/} et les Allemands par schtsc/i (7 lettres!)
1. Préférerait-on emprunter des lettres au grec, comme Pirro, ou ou russe, connue .M. Boulack'.*
2. On peut ajouter (|ue les signes diacritiques (accent», etc.) sont bien moins fréfjucnts en Espéranto que dans les langues slaves, et ne le sont pas plus (jifen français (â, d. é, i\ ^, /, ô, «J, é', ï, ù) ou en allemand ((7, n, ii).
3. Telle était, on l'a vu. la tendance du Ko/zipH A-., aggravée par le fait qu'elle prenait pour modèle la prononciation anglaise, la moins internationale et la moins conforme à l'orthograptie.
pies latins. Grâce au son du g, gardeno atteint à la fois les premiers, par le graphisme, et les seconds, par le phonétisme ; ce qui donne à ce mot le maximum d'internationalité. Il en est de même pour casta = chaste : si l'on écrivait casta, on dénaturerait la prononciation; si l'on écrivait kasta, on défigurerait le mot; tandis que casta atteint par le graphisme les personnes qui savent le latin, l'italien ou l'espagnol, et par le phonétisme celles qui savent le français ou l'anglais '.
Mais si ces considérations justifient des lettres à son complexe comme c, c, g, il n'y a plus de raison pour exclure de l'alphabet la lettre x, qui est bien aussi internationale, et pour la remplacer (comme font les Slaves) par ks. En tout cas, il ne faudrait pas la remplacer par kz (comme dans ekzerco. ekzemplo), combinaison impossible à prononcer, et contraire aux lois de la phonétique. La lettre x a dans nos langues tantôt le son ks, tantôt le son g:. Il faudrait l'adopter dans la L. I., soit avec un son uniforme {ks), soit en admettant facultativement le son gz, ce qui ne prêterait à aucune équivoque.
Malgré l'harmonie qu'on lui reconnaît unanimement, et qui est un de ses avantages les plus sensibles, l'Espéranto admet des combinaisons de consonnes difficiles à prononcer, et qui ne seront jamais bien prononcées par certains peuples. Telles sont les combinaisons se [sts] et kc {kts), dans scienco. sukceso, sekcio, etc., à plus forte raison dans eksciti, funkcio. On aura beau édictcr des règles sévères et précises : les Français auront une tendance irrésistible à prononcer : sienco, seksio, funksio. Ils prononceront régulièrement « à l'école », en s'appliquant; mais dans la conversation le naturel repi'endra fatalement le dessus, en vertu de la loi du moindre effort. Il serait prudent, pour préserver la L. I. de toute déformation future, de tenir compte de cette loi et de « faire la part du feu ». On peut pour cela adopter deux méthodes : ou bien sacrifier le graphisme et suivre le phonétisme français en écrivant : aksepti, aksento, funksio ^; ou bien, ce qui
1. L. DE Beaufront, Commentaire sur la Grammaire Espéranto, p. 171-172. Autre exemple : le mot ëokolado est complètement international (D. Chokolade; E. chocolaté; F. chocolat; 1. cioccolata; S. chocolaté). On ne pouvait pas récrire cokolado sans altérer le phonétisme, sokolado sans altérer le grapiiisme, encore moins kokolado, qui altère les deux: on ne pouvait l'écrire que cokolado, ce qui est d'ailleurs conforme à la prononciation en E., I., S.