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Commentaire sur la grammaire Espéranto, p

2. En rt'alitè. le conditionnel français joue ici le nMe d*»n impnrfait du futur; de nu^ne qu'on dit nu présent : « Je crois qu'il rerus<«rn ».on dit à rimpnrfnit : « Je croyais qu'il refuserait ». C'est en somme un gallicisme.

dire, en français : « Je souhaite et j'espère que vous réussirez »; et pourtant, quoi de plus naturel et de plus logique que cette phrase? Il faut qu'on puisse la dire en L. I., et en dire bien d'autres semblables, sans aucune restriction. Concluons donc que le subjonctif est une complication inutile dans une langue logiquement construite.

On arriverait à la même conclusion en partant de ce principe posé par Leibniz : « De même que les prépositions dispensent des cas, les conjonctions dispensent des modes. » De même donc que le seul cas utile est l'accusatif, parce qu'on ne peut le remplacer par une préposition, de même les seuls modes nécessaires sont ceux qu'on ne peut indiquer ou remplacer par une conjonction, à savoir : l'indicatif, l'impératif et le conditionnel. Mais le subjonctif, étant essentiellement le mode de la subordination, est suffisamment indiqué par la conjonction, et son sens est déterminé par le verbe de la proposition principale, qui nous apprend s'il s'agit d'un désir, d'un ordre, d'une espérance, d'une croyance, etc. ; de sorte que l'emploi d'une foripe spéciale dans les cas « qui relèvent du désir ou de la volonté » est une superfétation, au même titre que l'emploi des cas avec les pré positions. En réalité, c'est une fâcheuse imitation des langues naturelles, cjui conduirait à édicter des règles aussi confuses et compliquées que celles qui hérissent nos syntaxes *.

Pour le vocabulaire, on ne peut qu'approuver le principe de r internationalité maxima sur lequel il est fondé. Les critiques ne I)euvent porter que sur lapplication de ce principe dans tel ou tel cas particulier ; ce n'est plus alors que des questions d'espèce, dans la discussion desquelles nous ne pouvons pas entrer ici 2.

A première vue, on est tenté de trouver que son vocabulain^

1. Inutile de dire que nous parlons ici, non seulement pour Y Espéranto, mais pour une L. I. quelcon({ue; et que, si nous émettons cette opinion à propos de VEsperanlo, c'est qu'il nous en fournit l'occasion par le soin avec le(|uel on a précisé et approfondi sa grammaire. Si l'emploi des modes est peu logique en français, il l'est encore bien moins en allemand, qù l'on emploie (comme en latin) le subjonctif dans toute affirmation indirecte, cl en revanche l'indicatif après des conjonctions qui (comme damit = afin qi/e) manjuent expressément le désir ou la finalité (Voir p. 268, note 1). Supprimer, le subjonctif, c'est donc non seulement supprimer une complication inutile et embarrassante, mais encore fermer la porte à une foule d'idiotismcs contraires à la logi(jue.

2. On remaniuera ([ue les seuls mots construits a priori sont les pronoms et adverbes du Tableau des particules. Cette exception se justifie par deux

D*" ZAMENHOF : ESPEHANTO 3i3

manque de neulrnlilé, qu'il est trop oxclusivcment latin; et certain'^ ( riliqiu's (volitpnkistos nlUMuatuIs) «(ualinont VEsperanto de langue roiiiaiif. Il y a là, dahord. uiu* part d'illusion, due aux liiiales voyelles, qui rappellent les terminaisons sonores de Filalion ot de IVspagnol. Il n'en faut pas plus pour qu'un ohserva- Itnir superllciol se récrie : « C'est de l'espagnol » ou t C'est de l'italien ' ! » Or ces voyelles finales, outre qu'elles ser\'enl à • araclt'iis»'!' les parties du discours, contribuent beaucoup à donner à VlJsperanlo une prononciation facile, coidante et harmonieuse. C'était justement là une des conditions d'euphonie lormulées par J. von Giumm dés 1860; et il proposait déjà, comme bien «l'aulres, l'italien comme le modèle de la future L. I. au point de vue de l'euphonie. Le D' Zameniiof n'a donc fait que réaliser le vœu du philologue allemand.

Pour |)eu qu'on aille au fond des choses, on s'aperçoit bientôt <|iieces finales sont accolées à des radicaux d'origine diverse, Lrermanitpie ou slave aussi bien que latine. Quelques puristes en ^(»nt chocpiés; ils trouvent que des désinences romanes ne peuvent être adjointes qu'à des racines romanes: et ils préféreraient une langue néo-latine. Ce sont là des arguments de goût et de sentiment qu'on ne discute pas. et qui, selon nous, ne doivent pas entrer en liijrne de compte: il suffit de remarquer cprune langue purement néo-latine serait moins internationale qu'une langue mixte comme VEsperanto. Au surplus, nous n'avons qu'une chose à dire aux amateurs de néo-latin : tjuils tàehenl tl'abord de convertir à leur idéal certains t<'utomanes intransigeants, qui poussent l'horreur des mots étranger» (c'est-à-dire interuatio naux> à un tel point, cpiils déclarent ne pouvoir accepter une langue auxiliaire où ligureraient de tels mots, parce «jue cela risquerait de les faire rentrer dans la pure langue germanique : « (• qui revient à dire qu'ils n'accepteraient pour langue interna

raisons : 1" l;i plupart de ces mots, si rréquents dans le langage, ne sont luilleinont internationaux (E.x, : humer D., allwm/x E., toujours F., sempre I.); 2° les fornjrs qu'on leur a doniu-es établissent entre eu.x une corrélation logicjue qui aide i\ les retenir. La première raison fait (|u'ii «»st indifTérent d'adopter des formes exclusivement nationales (arl>ilrairi<ment choisies) ou des formes a priori; la seconde fait que le second parti est plus av«ntageu.x.

1. Pour apprécier ce genre de critiques. le lecteur est prié de comparer VEsperanto ù la Linqua Franca Suova de S. Behnharo et au Suorc-Roman lie PucHNER,(|ui sont vraiment des langues imitées de Titalienel de l'espagnol.

tionale que rallemand, et encore, iin allemand expurgé de tout mélange latin, qui n'est pas près d'être réalisé. Car on sait que la guerre que les Allemands font aux mots étrangers aboutit tout bonnement à remplacer Succursale par Filiale et Coiffeur par Friseur '.

En réalité, pour tout observateur impartial et de bonne foi, Y Espéranto est une langue mixte « romano-germanique », suivant l'expression et l'intention même de son auteur. Tout ce qu'on peut discuter, c'est la proportion des éléments romans et des éléments germaniques. Or elle est malaisée à apprécier à la simple lecture, parce que chaque peuple s'attribue les racines qu'il connaît. Par exemple, en lisant la phrase suivante : « Simpla, fleksebla, belsona, vere internacia en siaj elementoj, la lingvo Espéranto prezentas al la monde civilizita la sole veran solvon de lingvo internacia », un Français sera tenté de croire que V Espéranto n'est que du français; mais un Anglais pourrait aussi bien prétendre que c'est de l'anglais : car il connaît les mots : simple, flexible, sound (sonorous), very, inter- (comme préfixe), nation, élément, language, présent, civilize, sole, solve, et par suite il pourra comprendre cette phrase à première vue tout comme le Français. On s'imagine que, parce qu'un Français connaît un millier de racines (sur les 2 642 que contient YUniversala Vortaro), il n'en reste plus que 1 642 pour les autres langues. On raisonne implicitement comme si les racines devaient être réparties entre les diverses langues européennes. C'est oublier qu'une môme racine peut appartenir à plusieurs langues, et que le vocabulaire de VEsperanto est composé précisément des racines qui appartiennent au plus grand nombre de langues possible. La plupart de ses racines doivent donc être mises à l'actif de plusieurs langues ; et pour savoir dans quelle mesure chacune d'elles est favorisée, il faut chercher combien de racines connaît un homme de chaque nation qui ne saurait que sa langue maternelle^.

1. Nous ne mentionnerions pas l'argument d'un teutomane, (jui accuse VEsperanto de « romaniser » les radicaux germaniques en les aiïublànt de désinences voyelles, s'il ne prouvait que l'ombrageuse susceptibilité de certains Allemands confine à la manie de la persécution.

2. M. DE Beaufront a publié une semblable statistique dans VEspérantisie, n" 44-43 (sept. 1901). Mais elle est forcément incomplète, attendu que YUniversala Vortaro, qui lui sert de base, est loin de contenir toutes les racines de VEsperanto. En particulier, il ne contient aucun de ces mots techniques d'origine gréco-latine {télégraphe, téléphone, etc.), qui, étant

D"" ZAMENHOF : ESPERANTO 345

Ce qui reste vrai, c'est la prépondérance des éléments Intins sur les éléments germaniques et slaves, qui fait «jue les peuples les plus favorisés sont ceux dont la langue |)rocède du latin et en est restée la plus voisine. Mais cette prépondérance, nullement voulue par l'auteur, s'explique et se justilie par l'internationalité supérieure des éléments latins, qui ont pénétré dans toutes les langues de Tlùirope, soit dans le lexiqu<' populaire et usuel, par suite de la conquête romaine, soit dans le lexitiue scientilique et teclmiipie, par suite de la « formation savante ». Le vocabulaire Espéranto ne fait (pie constater cette prépondérance et profiter de cette internationalité acquise pour t atteinilre » le plus grand nombre possible de personnes de civilisation européenne. S'il y a des Allemands à l'esprit étroit cpii réclament pour les racines germaniques, sinon une part prépondérante <>t presque exclusive, du moins une place rigoureusement proportionnelle à l'iniportanco scientifique et économique de leur pays (comme si la constitution ifini vocabulaire international était une affaire de partage, qu'on puisse régler par l'égalité brutale ou par le tirage au sort!), la |>lnparl des .Mlemands instruits et cultivés reconnaissent la place immense, trop souvent inaperçue du vulgaire, que tient l'élément latin dans la langue, la littérature et la civilisation allemandes'. 11 leur appartient de dissiper les préjugés, nés de Tignorance de l'histoire et de la piiilologie, ((u'une partie de leui-s compatriotes nourrissent encoi*e contre ce qu'ils appellent les t mots étrangers », c'est-à-ilire contre les mots iiiti-rnationaux (pii conslitueid, en tout étal de cause, le noyau solide et objectif du vocabulaire de la future L. I

Au surplus, certains critiques, et notamment ii< > >ii\<tnl> cl philologues allemands, ont si bien conscience de ce que tous les peui)les européens doivent à la tradition latine, «pi'ils préféreraient une langue internationale à base purement latine, non seulement connue plus homogène, mais comme [«lus réellement internationale. Ceux-là reprocheraient plutôt à l'^sp^ro/i/o d'avoir atlniis certains radicaux germaniques ou slaves qui ne sont guère internationaux, ou même pas du tout. La même critique lui est adressée par les aut«»urs et partisans de Vhliom nenlral. et leur opinion ne peut être suspecte de partialité nationale.

tout il fait inlornationnux, font pnrtio de droit du voonbulnire Espéranto. vn vertu «ic In rèplo 15 du IV Zamenhof (citéo p. 3i7, note 2).

I. Voir le clinititro xviii (J. Lott) et le clinpilro llnnl {Les langues mortes).

attendu que les auteurs de cette langue appartiennent aux principales nations européennes et américaines, excepté la France. Pour juger de sa valeur, rien ne vaut quelques exemples. Voici donc quelques-uns des cas où ïlcliom neutral adopte une racine latine ou grecque là oi^i ÏEsperanto a choisi une racine germanique ou slave :

Idiom neulral diurn

Espéranto

tag

monat mens

jar - anu

fingr digit

graf komt

har kapil

haut pel

hund kani

kel kav

najbar visin

najtingal filomel

bird omit

sip nav

varm kalid

vip flagel

vort paroi

vost kaud

vund vulner

bedaûr(i) regret(ar)

dank(i) mersi(ar)

send(i) mit(ar)

sajn(i) sembl(ar)

taùg(i) . val(ar)

trink(i) bib(ar)

jes si

kaj e

ju pli... des pli... plu... plu.

nur sole

nun sitempe

Nous ne disons pas que les racines de Vidiom neutral soient

plus ou moins internationales que celles de ÏEsperanto : ce n'est

pas la question en ce moment, et ce serait d'ailleurs à discuter

dans chaque cas particulier. Ce que nous voulons montrer par

Français

jour.

mois.

an.

doigt.

comte.

cheveu.

peau.

chien.

cave.

voisin.

■ rossignol.

oiseau.

vaisseau.

chaud.

fouet.

mot.

queue.

blessure.

regretter.

remercier.

envoyer.

sembler, paraître.

valoir.

boire.

oui.

et.

plus... plus...

seulement.

maintenant.

d' zamenhof : espéranto 347

ces exemples, c'est siiuplement qu'une société inlenialionale, guidée par le nu^ine principe de l'inlernntionnlité, a été amenée (A tort on à raison) à adoplcr une séri«> de racines latines là où V Espéranto avait admis des racines germaniques ou slaves; et par suilc à élal)orer une langue dont la physionomie est encore plus lalinc (vl plus française) (|uc celle de VEsperanh, et qui prétend être au moins aussi internationale que celui-ci. Cela prouve en tout cas que la prépondérance des éléments latins est légitime, au point de vue de l'internationalité; et (pie VEsperanto, loin de leur faire une place trop large, ne leur fait peut-être pas encore toute la part à laquelle ils ont droit '.

Dans la plupart des cas, la divergence de ces deux langues (fort analogues d'ailleurs) a une origine théorique qu'il est intéressant d'exposer. On dit, par exemple : les mots jar et âip sont l>ien sans doute aussi internationaux, sinon plus, que les mots latins nnniis et navis, pnistpi'ils sont communs à l'anglais et à l'allemand. Mais il ne faut pas considérer chaque mot à part, il faut considérer toute une famille de mots (c'est-à-dire l'ensemble (les mots qui dérivent ou peuvent dériver d'une même rai-ine». et adopter, pour chaque famille, la racine la plus internationale. \ ce point de vue, annus'cï navis sont plus internationaux que jar et sip. attendu qiw les .\nglais et les AUenjands en connaissent (les d(''rivés (ivmalen, annuat: naval, navigation', tandis que les peuples romans ne connaissent nullement jar et sip. même pas par leurs dérivés. Or c'est hien cette méthode que l'inventeur (le l'Espéranto a i\(i suivre pour former son vocabulaire, puisque, préoccui^é de réduire celui-ci au minimum, il a cherché, non pas les nwts. mais les radicaux les plus internationaux *. 11 semble

1. Voir lin nrliclo do M. Kofmnn sur C Espéranto et les nussf.t, dans l'Espéranliste d'aoùt-sept. IS'.tS, ([ui iiioulro que le russt? conlient honiicoup plus (l»> mots intornntionaux (surtout priH-o-lalins) qu'on ne croit. Citons-«Mi (luel(|uos-uns seulement : atsotulisme. administration, ainirat, adresse, (vocnt, affent, aphorisme, académie, ar/itateur, acte, actif, album, alchimie, alcool, amphithéâtre, amnistie, anarchie, anecdote, anonyme, anlipathif. appétit, argument, architecte, aristocratie, artillerie, astronomie, audience, auteur, autorité, automate, autonomie, autobiographie. (L'auteur en cite 228 pour la lettre .V seulement.)

2. Il est intéressant de citer, i» ce propos, la rt'gle 15* du D' Zamcmhop : ■< Les mots dits étrantfers, c'est-ù-dire ceu.\ que la plupart des lanirues ont tinpruntés à une même source, sont employés sans chnnp'nient en Espéranto; ils prennent seulement l'orthopraphe internationale (et Uv* terminaisons ^rnnuuatic.-iles). Mais (|uand plusieurs mots dérivent de la n«éme racine, il vaut miou.x n'employer sans altération que le mot fondamental.

donc que, dans les cas cités ci-dessus, il ait été infidèle à sa propre méthode.

A ces objections les Espérantistes répondent que, si le D"" Zamenhof a parfois commis des infractions au principe de l'internationalité, ce n'est pas sans de bonnes raisons. Le plus souvent, c'est pour éviter des homonymies ou pour distinguer des sens très différents d'un môme mot, qu'il a eu recours à des radicaux germaniques moins internationaux que leurs correspondants latins. Un bel exemple de ce fait est le mot vetero (le temps qu'il lait), distinct du mot tempo (le temps qui dure); ou encore le mot glaso [verre à boire), distinct de vitro (le verre comme matière)*. Voici des exemples d'homonymie proprement dite : le radical latin mens évoque à la fois l'idée d'esprit (mens), celle de table {mensa) et celle de mois (mensis); il eût donc été fâcheux de l'adopter pour l'une cjuelconque de ces trois significations, par exemple pour la dernière; c'est pourquoi l'on a choisi le radical germanique monat (D., E.). De môme, le radical latin vol peut signifier à la fois vouloir et voler; on lui a assigné le sens de volonté, et l'on a eu recours au radical germanique flug (D., E.) pour exprimer l'idée de voler ^. De môme encore la racine di (clies, deus L.) a été réservée à l'idée de dieu, et c'est pourquoi l'on a adopté tag (D.) pour jour; la racine fil {fdum, fdius L.) a été réservée pour fils, et l'on a pris faden (D.) pour fd;el ainsi de suite.

D'autres fois, le D'" Zamenhof a réussi à dissocier les divers sens d'une même racine en variant simplement la forme de cette racine. En voici un exemple frappant : ordo = ordre (sens général et propre); ordeno = ordre (religieux, de chevalerie); ordono = ordre (commandement). Il s'est servi parfois pour cela des lettres accentuées, ce qui est encore un argument en leur faveur : stato = état (manière d'être) ; stato = État (politique). De môme post (L.) signifiant après, la poste se dira posto (R., Pol.) et le poste (militaire) posteno ^ Tous ces détails montrent, non seulement

et former les mots dérivés suivant les règles de la langue. Ex. : teatro, adjectif : teatra ».

1. De même on distingue hundo, chien (animal) et cano, chien (de fusil); piedo, pied (membre) et futo, pied (mesure).

2. Ajoutons que le mot voler présente en français un double sens intolérable, que VEsperanto distingue aisément : flugi = voler (avec des ailes), steli (D., E.) = voler (dérober).

3. Il est regrettable qu'on n'ait pas distingué de même l'adverbe ciel [de

D' /AMENHOF : ESPEIIANTO 349

(|uo lo vocabulaire do l'Espéranto a été combiné avec un soin et une iii^'t^iiiosil»' cxlrOmcs, mais qu'il fornio (avec l'alplinbet ot renseiul)!»' dos aflixes) un vt'Titablo systènio, dont toutos ios parlies se tiennent comme les pièces d'un jeu de patience : on ne peut touclior à l'uno d'olles sans ébranler Ios autres, et les anonialios sipparontos ont une raison délro (ju'on ne soupçonne pas nu premier abord.

On peut remarquer, à ce propos, que YEspernnlo évite de donner aux radicaux des terminaisons semblables à ses suffixes (ou dos syllabes initiales seml)lables à ses préfixes), même là où cola ne donnerait pas lieu à des calembours, parce que cela peut dérouler un instant l'espril du lecteur ou (surtout) de l'auditeur. C'est ainsi que l'on dit azeno. mateno. cagreno, pour éviter la désinence féminine -ino: bufedo. bukedo, pour éviter le suffixe diminutif -eto ': barelo Imril pour éviter le suffixe -ilo; skrofolo pour éviter le suilixo -ulo. etc. Kn s'imposant cette condition, dans l'iidérét de la clarté, le D"" Zamemiof a énormément accru la diflicultéde sa tAcbe, puisque cbaque suffixe exclut les radicaux <|ni riment avec lui. ou du moins oblicfo A les modifier. On comprend, d'une part, qu'il y ait intérêt à réduire les sufii.xes au plus petit nombre; et. d'autre part, que l'auteur n'ait pas toujours réussi à éviter ces sortes de rimes, et même des homonymies ou calembours possibles =*. Cela prouve sans doute à quel point il était difficile de les éviter partout et toujours. La plupart, hour<Misement, no peuvent pas prêter à «les contresens sérieux et ruisonnablos. Kn tout cas, on en trouve incomparablement moins que dans les projets rivaux; et puis, comme disait M. Koreklioffs pour excuser les calembours du Volapilk. il faut bien laisser quelque liberté aux amateurs de plaisanteries faciles.

L'emploi systématique d'affixes invariables à sens bien déterminé, si utile pourtant pour réduire au minimum le nombre des

loute manière) du radical de cielo {ciel), qu'on aurait pu écrire simpleiiii'iit cielo.

1 . Cigaredo = cigarette se distingue de cigareto = ftelit eigarr.

2. Kxcinpii's : ban )>t banan : bal •>( balad: barb. barbar: bat. batist: bet. betul ; bord, border; gaz. gazet: gren. grenad:har. haring: lek. lekant: son, sonat: reg, regul: tur. turist: trik (tricoter), trikot (trirot : parUripe futur passif de trik'; vol, volont: vet. veter: sans parler de tualet. trotuar, spegul. somer. orkestr. rU-.. t|ui n«> peuvent donner lieu u oi|uivo<|ut\ u>nis .((l'on aurait pourtant ilù cvilor, pour rester lldèlr au principe; cornpartM-par iwcinplr fistulo à skrofolo.

radicaux à apprendre, donne lieu à diverses objections que nous allons exposer.

La première est celle même que nous avons opposée aux langues philosophiques, à savoir qu"il est impossible, dans l'état actuel des sciences et de la philosophie, de décomposer toutes les notions en leurs éléments logiques. Par suite, VEsperanto est conduit à donner de certaines notions des définitions imparfaites, donc arbitraires dans une certaine mesure. Il appelle Yescalier stuparo, c'est-à-dire collection de marches (ou d'échelons) ; or, d'une part, ce mot peut tout aussi bien signifier une échelle; et d'autre part, Tescalier peut être conçu tout différemment, par exemple comme un « moyen de monter et de descendre », ce qui donnerait lieu à un tout autre dérivé.

A cela les Espérantistes répondent que, précisément, leur langue n'est pas une langue philosophique ; elle ne prétend pas exprimer les définitions rigoureuses des choses, mais simplement les désigner (comme toutes les langues naturelles l'ont fait à l'origine) par quelque caractère saillant et distinctif qui en suggère l'idée. La dérivation n'est qu'un moyen de soulager la mémoire; elle permet de retenir aisément les mots, ou de les former au besoin quand on ne les sait pas. Par exemple, le préfixe mal- dispense d'apprendre séparément les mots contraires et supprime à lui seul une bonne part du vocabulaire; le suffixe du féminin -in dispense d'apprendre deux mots différents pour la môme idée {homme, femme ; frère, sœur; oncle, tante ; bœuf, vache, etc.). On objecte en outre que le choix du mot primitif est souvent arbitraire : par exemple, entre deux idées contraires, il n'y a pas de raison pour considérer Tune d'elles comme primitive et Tautre comme dérivée. — Sans doute, répondent les Espérantistes; mais encore une fois nous ne prétendons pas que notre langue exprime les relations logiques des idées. Il est commode d'employer le même radical pour désigner deux idées contraires, et c'est toujours plus naturel et plus logique que d'employer pour cela (comme nos langues) deux radicaux qui n'ont rien de commun {grand, petit; long, court; large, étroit,' elc). De plus, le choix du mot primitif n'est pas arbitraire; le plus souvent, l'un des deux termes contraires est considéré, par nature ou par convention, comme positif, et l'autre comme négatif; ainsi grand, long, large: de même droit opposé à gauche, haut opposé à bas, riche opposé à pauvre, etc. C'est celui-là qu'on prend

d' zamenhof : espéranto 351

pour mot primitif. En outrr, il arrive parfois que l'un des deux termes est beaucoup plus internniionnl qtio l'nulre : ainsi ifrnnd (F., I., L., S.), yrent {V..),<jross (!).; par comparaison à /;<'/i7(F.). lilUe {E.),klein{D.),parvu8(L.),piecolo (I.), pequeno(S.). Il est donc tout indiqiK' de le prcudiv pf)ur ferme primitif, puiscpie l'autre se trouve par là iiuMne proliler de riidernalionalif«'> de s(m r«»nliaire.

On reproche encore à celte uu'lliode de formation des mois d"(»l»lif;er l'esprit à un travail incessant de tl»^conq)osilion et de recomposition, dont seuls les lettrés seraient capables. Ce serait <lemander im trop prand effort d'intelligence f» la plupart des personnes pour «pii la L. I. tloit «Hre faite.

Les Espérantistes répondent, d'abord, qu'en admettant (piil y eût des esprits incapables de comprendre le mode de formation des mots dérivés et composés, ils pourront toujours apprenilre

I (S mots dans les lexiques, comme ils seraient obligés, dans

II importe <juelle langue étrangère et dans certaines langues arlificielles. d'appremlre des radic.aux qui ne diraient absolument rien à leur esprit. On n'impose à personne l'obligation de fabri- (|uer lui-même les mots dont il a besoin; on pourra toujoui-s les trouver tout faits dans le dictionnaire. Mais les mots dérivés de V f-^speranto ont au moins cet avantage sur des radicaux inconnus i>u arbitrairement choisis, que leur structure même est un moyen iimémotechnique pour les retenir. Il suffit de les avoir vus une lois; on ne les oublie plus. On n'a même pas besoin de se raplicler exactement leur mode de composition; il suffit dune analogie de son, d'une association d'idées pour en évoquer le sens. h'ailleurs. il n'y a pas besoin d'une intelligence extraordinaire pour comprendre un dérivé nouveau régulièrement formé; et il n est nullement nécessaire d'être rompu à l'analyse logique. Peu de personnes seraient sans doute «apables de définir et de formuler le sens abstrait du suffixe -able ou -ible: et néanmoins tout le monde comprend des expressions comme popable, ministrable, cyclable, qui ne se trouvent pourtant dans aucun dictionnaire : et cela, simplement en vertu de l'analogie, et tlu sens inconsciemment attaché par l'habitude et l'usage au suffixe en (piestion.sans qu'on soit obligé de décomposer ces mots et de chercher laborieusement le sens de chacun de ses éléments. En tout cas. le travail tl esprit par lequel on comprend ou devine le sens d'un mol dérivé ou composé est inconqtarablement moins pénible que le tra-

vail de mémoire qui consisterait à apprendre un à un, sous forme de radicaux bruts, les milliers de mots que remplacent les dérivés et composés de Y Espéranto. C'est plutôt un jeu, car il y a un véritable plaisir intellectuel à saisir instantanément le sens d'une phrase grâce à des affixes bien connus qui se greffent sur un petit nombre de radicaux.

Enfin on reproche à VEsperanto de négliger un certain nombre de mots internationaux, et de leur préférer des dérivés ou composés systématiquement formés. Par exemple, il dira senfina pour infini, antaùjugo pour préjugé. Cela est surtout remarquable dans les termes techniques, que les langues nationales ont empruntés au latin ou au grec : ex. : ventolilo pour ventilateur; aliformigo, pour transformation, etc.

Les Espérantistes répondent que l'essentiel n'est pas, pour leur langue, de comprendre tous les mots internationaux, mais de ne comprendre (autant que possible) que des racines internationales, avec lesquelles on puisse former régulièrement une multitude de mots immédiatement intelligibles. L'idéal, disentils, n'est pas de construire une langue compréhensible aux seuls savants : or, en supprimant des affixes, on augmenterait dans une proportion énorme le nombre des mots primitifs à apprendre. Pour contenter une poignée d'érudits, on sacrifierait tous les vrais intéressés (M. de Beaufront). Cette question est très délicate. Elle se pose, en somme, pour la L. I. comme elle s'est posée pour l'allemand : vaut-il mieux employer (comme termes scientifiques et techniques) des mots internationaux dérivés du grec et du latin et par suite compris de tous les savants, ou des expressions nationales formées d'une manière autonome, conformément au génie de la langue, et intelligibles à tous? La question a été fort débattue en Allemagne, et les avis sont partagés. Les savants, comme on pouvait s'y attendre, sont en général partisans des mots internationaux, avec lesquels ils s'entendent immédiatement avec leurs confrères étrangers : ils préfèrent, nous affirme-t-on, Telephon à Fernsprecher. Sans vouloir discuter et trancher ici cette grosse question, il nous semble que, pour les termes scientifiques et techniques tout au moins, et pour la langue internationale, les mots internationaux sont préférables, car la langue internationale est destinée à permettre aux savants de se comprendre entre eux ; et elle ne les empêchera pas de rédiger dans la langue nationale les livres denseigne-

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inrnt rt do vulgarisation, pas plus que de professer dans la langiH* inatcnirlle.

Ou dit ciiu- (les composés autonomes sont mieux compris df tout le monde. Mais, pour retenir le mol téléphone^ il n'est pas indisiHMisahlc do connaître son «Hymologio givcque, pas plus qu'il nost nécossairo de connaître la théorie de cet instrument pour pouvoir s'en servir. Le peuple emploie ces sortes de mots (comme le mot microbe, par exemple) sans se soucier de leur origine, et les savants mémos (jui la coiuiaissent n'y pensent plus. Les composés autonomes ont, de leur côté, cet inconvéuionl qu'ils conslituent plus ou moins une définition do l'idée qu'ils expriment, et celle tiéliniliou est sujette à varier avec les progrès do la science. Nous en avons vu • un exenqilo dans les mots oxygène et azote, qui no correspondent plus à l'état actuel do nos eounaissancos; mais personne ne pense plus à leur sens étymologi(|ue. tandis que les noms allemands calqués sur eux (Sanerstoff, Slirkshjf) le rappellent sans cesse, surtout aux personnes ignorantes do la Chimie, ce qui ne peut que les induire en erreur. De mémo, les grammairiens allemands appellent l'article Geschlechtsworl et le verbe Zeitworl. Or ces ileux mois composés impli(puMit toute une théorie grammaticale, fort contestable, sinon fausse *. Los termes latins article et verbe n'ont pas ce défaut : ils sont neutres, théoriquement. On voit par là c|ue ( est souvent un avantage d'adopter des mots qui ne signifient rieii, ou peu de chose.

Ku résumé, i)our les mots do la langue usuelle, il est bon qu'ils -oient formés d'une manière régulière et autonome; mais pour tous les termes techniques, il vaut mieux qu'ils soient empruntés tout faits aux langues vivantes, qui les ont elles-mêmes tirés du latin ou du grec. Par exemple, on peut fort bien traduire tirebouclion par korktirilo, et éventail par ventumilo: mais en revanche ventilator est préférable à ventolilo '. Sans tloute, le vocabulaire

2. A savoir (|uo Tarlicle sert (principnlement) à distinguer les genre», et que le vertie est, selon in déitnilion d'Aristote, un mol qui implique une indication de temps; définition que Leibniz discutait et rejetait déjà.

3. Que l'on pense ù la nuiltitude des mots en -ateur (L. -alor) qui désignent (li's instruments dans la science et dans l'industrie, et qui sont nhsolument internationaux, comme accumulateur, moteur, transformateur, etc. (notons en passant ce curieux doublet : condensateur électri<jue. et comlenseur de machine à vopeur). Il est évident qu'un conducteur électrique devra s'appeler

CocTVRAT et Leav. — langue univ. 23

technique de Y Espéranto n'est pas encore constitué ; mais on trouve déjà dans les vocabulaires des mots techniques qui sont des symptômes de la tendance fâcheuse que nous critiquons, comme tagnoktegaleco := équinoxe, et slosilosto ■=^ clavicule (litt. : os-clef). Il est certain que les savants comprendront toujours mieux et retiendront plus aisément les mots équinoxe et clavicule, qui leur sont familiers. \J Espéranto ferait donc fausse route, s'il prétendait construire les mots techniques de toutes pièces et par ses propres moyens; il risquerait, d'une part, de se heurter à l'écueil qui a fait échouer les langues philosophiques; d'autre part, de tomber dans l'abus de la dérivation et de la composition, et de rappeler les logogriphes du Yolapiik '.

Pour la formation même des dérivés, les affixes sont en général très heureusement choisis; presque tous répondent, pour le sens et pour la forme, à des affixes de dérivation employés dans la plupart des langues européennes. Leur sens a été d'ailleurs précisé et fixé, ce qui n'a lieu dans aucune langue naturelle ; pour n"en citer qu'un exemple, les mots aimable, estimable, hono-

konduktor, ot non kondukisto, comme le conducteur... de voitures. C'est mémo là un excellent moyen de distinguer le sens vulgaire et le sens technique d'un même mot.

1. Au surplus, voici textuellement les règles fort judicieuses formulées par le D' Zamenhof pour le choix des termes techniques (d'après la méthode employée dans les langues vivantes) :

« 1° On se demande avant tout si le mot n'existe pas déjà dans la langue commune; par exemple, si un vélocipédiste a hesoin du mot roue, il n'ira pae créer un terme nouveau, mais prendra le mot déjà existant dans le dictionnaire général.

« 2" Lorsqu'on sait que le mot nécessaire n'existe pas encore, c'est-à-dire simplement (ju'il n'a pas encore été employé, on tâche de le former à l'aide des autres mots-racines existant déjà dans la langue. Par exemple, s'il faut composer pour la ])remière fois, dans une jeune langue, un ouvrage de mathématiques, l'auteur qui a besoin d'exprimer multiplier, dividende ou triangle formera facilement ces termes avec les mots déjà existants dans le dictionnaire » (Ex. : multobligi, dividato, triangulo).

« 3° Enfin, si le terme n'existe ])as dans le dictionnaire général et qu'il soit difficile do le former à l'aide des mots existants, ou que cette formation donne une expression obscure, trop lonrjue ou incommode, le spécialiste, sans se condamner à de longues réflexions ni se gêner, emprunte simplement le mot à une autre langue, en lui donnant seulement l'orthographe de la sienne. Le choix, en général, n'est pas difficile, car la majorité des mots de cette 3° catégorie sont également employés (comme mot> « étrangers ») dans toutes les langues, et par suite sont déjà par eux-mêmes internationauv ». (UEspérantiste, mars 1902.) Nous avons souligné, dans la 3" règle, une réserve très sage, qui nous paraît restreindre notablement l'application de la 2" règle au profit de la 3", c'est-à-dire la formation de dérivés ou composés autonomes au profit des mots internationaux tout faits.

d' zameniiof : espkranto 35S

rnbtf, respectable, etc., signifient en français t qui doit » et non \ms * qui peut Hro a'\m6, oslimr, r\r. »; juissi VHspeninfo les traduit-il logi(iu(Mn(Mit par aminda, estiminda, honorinda. respektinda, et non (comme le font d'autres langues arliflcielles) par amebla. elo. O priiiripr do runiformil»' du sens dos affixes (coniiiu* de celui des radicaux) est absolument indispensable à la régularité et à la clarté; c'en serait fait de l'unité de la langue, si l'on y introduisait les idiotismes et les anomalies de dérivation des langues ualurelles '.

Peut-être, cependant, ce principe n'est-il pas toujours rigoureusement observ<^ surtout dans la manit're dont les diverses parties ilu discours dérivent les unes des autres. Sans doute. VEsperanlo a bien fait de ne pas prendre pour racines (comme le Volapnk, le liolak et la plupart des langues n priori) les mots dune seule partie du discours, par exemple les substantifs, pour en déduii*e mécaniquement l'adjectif, le verbe et l'adverbe, ce qui est souvent contraire à l'ordre logique des itlées : los idées de bon et de beau, par exemple, sont logi(iueiuent antérieures aux idées de bonté et de beauté-. Il admet des racines appartenant à toutes les parties du discours : des adjectifs, des verbes, des adverbes (troa = excessif; nuna = d'à présent), des particules comme jes. ne (jesi — affirmer, nei = nier), sen. dis disigi = séparer, senigi = dépouiller), et même des afiixeii comme an lano = partisan), ec (eco = (lualité), ind (inda = digne de), ebl (cble = peut-être). Néauiuoius. toutes les fois (jue cela est possible, le iv Zamemiok parait assigner à une racine le sens verbal, et il en forme ensuite le substantif, l'adjectif et l'adverbe au moyen des désinences -o, -a, -e. Cela est assuréujont fort logiipie et fort commode, mais à une condition : c'est qu'il y ail enti*e le sens du mot primitif et celui du dérivé une correspondance univoque et récipro(iue en vertu d'une règle générale et fixe. Inivoque, c'est-

1. Il y a plus : certains siifllxes, en eux-mi^mes internationAux, ne sont pns intrrnnlionnux dnns leurs applications particiili«>res, de sorte que des rndionux internatioiuiux engendrent des dérivés qui ne le sont pas. Ex. : l'italien traduit heanté par bellezzd, alors que les deux sufllxes «'quivalenl^ •té (-fo) et -e5S(? (-essfl) sont communs aux deux langues. En français même, nous avons h la fois ricfies.se et pauvreté. G«'la montre bien la nécessité de réjjulariser le sens et l'emploi des sunixes de dérivation (cf. p. 357, note t).

2. Tandis que le Votaplik dit gud = l>onté, gudik = éon; et le Bolak : bel = beauté, beled = beau.

à-dire que chaque affîxe de dérivation doit avoir un sens unique et bien déterminé, du moins dans les mêmes conditions (dans la même classe de mots); réciproque, c'est-à-dire que l'on doit pouvoir déduire du sens du mot dérivé le sens du mot primitif d'une manière aussi régulière et aussi sûre que l'on déduit le premier du second, en renversant simplement la relation qui les unit *.

Par exemple, le verbe dérivé d'un substantif ou d'un adjectif signifie : i° tantôt : être — : utila =: utile, utili = être utile^; 2"^ tantôt : faire Vadion de — : marso = marche, marsi = marcher ^ ; 3° tantôt : faire usage de — : broso = brosse, brosi = brosser^; 4° tantôt : remplir, garnir ou revêtir de — : salo = sel, sali = saler'''; oro = or, ori = dorer ^ Et ce n'est pas tout : il y a des verbes qui ne rentrent dans aucune de ces quatre classes; ex. : formo = forme, formi =^ former; silabo = syllabe, silabi = épeler''. Or, dans la dérivation inverse, le substantif obtenu en changeant en -o l'-i de l'infinitif signifie toujours : Vaction de — . Ex. : dueli = se battre en duel, duelo = duel; helpi = aider, secourir, helpo = aide,

1. On dira sans doute que cette réversibilité des dérivations n'est pas nécessaire, attendu que chaque racine engendre un mot primitif (substantif, adjectif ou verbe) indiqué dans le dictionnaire, et dont les autres dérivent. Mais c'est précisément ce que l'on peut contester. D'une part, au point de vue logique, quelle raison y a-t-il pour qu'une racine engendre un mot primitif d'une espèce plutôt que d'une autre, alors que l'espèce du mot n'est déterminée que par la finale -o, -a, -i (dont c'est expressément le rôle)? D'autre part, au point de vue pratique, peut-on exiger de l'adepte qu'il se rappelle, outre le sens général de la racine, le sens particulier du mot primitif qui en est le premier dérivé? C'est surcharger sa mémoire, ou, en cas de doute, l'obliger à chercher dans le dictionnaire.

2. Autres exemples : avara = avare, avari == être avare de; avida = avide, avidi = désirer.

3. Autres exemples : paso = pas, pasi = faire des pas; verso = vers, versi = faire des vers ; rimi ^= rimer, etc.

4. Autres exemples : vipo ^= fouet, vipi = fouetter; signo = marque, signi = marquer; sraubo = vis, sraubi = visser.

5. Autres exemples : gudro = goudron, gudri ^ goudronner; krono = couronne, kroni = couronner; lardo = lard, lardi = larder; sablo = sable, sabli = sabler; sterko = fumier, sterki = fumer (la terre); sukero = sucre, sukeri = sucrer; vato = ouate, vati = ouater; vesto = vêtement, vesti = vdtir.

6. Autres exemples : parfumo = parfum, parfumi = parfumer; sebo = suif, sebi = suifj'er; selo = selle, seli = seller; stano = e'tain, stani = étamer, etc.

7. Autres exemples : loko = lieu, loki = placer (L. locare); nomo = nom, nomi = nommer; okazo = occasion, okazi = arriver; paralizo = paralysie, paralizi = paralyser.

d' zamenhof : espéranto 357

secours; promesi = promettre, promeso = promesse; sendi ■= envoyer, sendo = envoi (action d'envoyer : la chose envoy«^<* se dit : sendajo)'. Il ost vrai que nous trouvons <léjj\ dos exrj'ptirtns ù cette rt-gle : dolori si^niliniit faire mal, doloro siguilie douleur, alors qu'il devrait signifier Vaclion de faire mal*.

Mais iu>us lrouven»ns hieu «l'autres exceptions, si nous voulons renverser les dérivations énuniérées plus haut : utilo signifiera : Vai'tion éCèlre utile, le service rendu; broso, Vaction de brosser; verso. In versification; vipo, U\ flaijeUatioii; formo. la formation: krono. le couronnement, etc. '. Si Ion veut observer la régularité de la dérivation, le verbe dérivé d'un substantif ne peut signifler qu'une chose : être dans l'état ou faire l'acte exprimé par ce substantif; et toutes les autres espèces de verbes dérivés devront se former au moyen de suffixes spéciaux qui signifient : fabriquer, faire iisaiie de. remplir de, etc., de même qu'on a des suffixes spéciaux pour exprimer l'idée de /aire ou rendre et celle de devenir^. Par

t. C'est la di^rivation do sens In plus logique. Don Sinibaldo de Mas l'aviiit bien vu. iiunnd il ^^-crivnil tinns son Idéographie, p. 1.51 (I8B3) : • Le signe placr à la ligne des noms signillern Vaction, Tncte d'exécuter le verlie; exemples : amour qui est Pnclion d'rt/mer, marche qui est i'nction de marcher,... prière qui est I'nction de prier.... Le signe donc qui, pincé n In ligne des verbes, signillern fusiller, h In ligne des noms signiflera fusillement, c'ost-ù-dire Tnctioii de Tusillcr •, et non pas : le fusil. Il est naturel que le substantif dérivé inimédinteiiit<nt du verbe exprime I'nction, c'est-à-dire l'idée vcrbnlc elle-même; dnns ccrlnines Inngues (grec, nllemnnd) on emploie à cet effet l'inllnitif (comme en frnni.-ais : le t>oire et te manger, le parler, le rirfi. le faire). Dnns les Inngues romnnes, on Qmploie souvent comme subslnnlif d'nction le rndicnl verbni. Ex. : 060», accord, accueil, ap/wrl, rhtsse, coupe, débat, etc. (^n remnrquern (jue celte manière de substnntifler le verbe est bien plus commode et concise que les suffixes romnns -alion et •emenl, qui sont si lourds et si équivoques, et qui ne sont même pas toujours internationaux dans leur application : ainsi l'anglais dit coronation là où le français dit couronnement (cf. p. 3.'S5, note i).

2. Autres exemples : adresi = adresser, adreso = adresse; bari = barrer, baro = /larre: cagreni = char/riner, cagreno = chagrin; celi = viser, celo = f)ut: flori = fleurir, floro = fleur-, honori = honorer, honoro = honneur; kaîizi = causer, kaûso =: cause; movi = mouvoir, movo ^ mouve' ment; naùii= donner des nausées, naûso = nausée; mil = rouler, rolo a rouleau, etc.

3. Le suffixe -ad parait employé dans certains cas pour éviter celle équivoque et désigner l'action : fabriko = fabrique, fabriki = fabriquer. fabrikado = fabrication; guto = goutte, guti = dégoutter, gutâdo = action de dégoutter. .Mais alors il devrait être employé dans tous les cas pour (li'signer l'action, ce (jui n'a pas lieu.

4. Voir par exemple les séries régulières de dérivés issus de san et de mort. Kn revanche, on ne voit pas comment de naski = enfanter on peut tirer naski^i = nailre; il vaudrait bien mieux adopter (conformément à IVtymoli>,irii' naski = naître, et naskigi = faire naître, enfanter. Quant à : tiil

exemple, pour les verbes qui signifient /aire usage de, on pourrait employer le suffixe -um, comme dans martelumi = marteler; ou bien, si l'on prenait le verbe pour mot primitif, il faudrait en dériver le nom de l'instrument au moyen du suffixe -il, comme dans kudrilo = aiguille '.

La relation du substantif et de l'adjectif donne lieu à la même difficulté et à la même critique. En général, l'adjectif dérivé directement du substantif (par simple changement de -o en -a) paraît signifier uniquement : relatif à — . M. de Beaufront enseigne, par exemple, que, amo signifiant amour, ama ne signifie pas amoureux, mais cTamour (dans : lettre, chant d'amour'^). Toutefois, il y a de nombreuses exceptions à cette règle : dento = dent, denta = dentelé (au lieu de : dentaire) ; danko = remerciement, danka = reconnaissant; ofendo == offense, ofenda = offensant'^; bezono = besoin, hezona. ^ dont on a besoin^. Mais admettons que la règle soit partout appliquée; il semblerait donc que le substantif dût désigner l'objet auquel l'adjectif est relatif.

Examinons maintenant la dérivation inverse. Que signifie le substantif dérivé de l'adjectif par le simple changement de -a en -0? Le bon sens l'indique : ce doit être l'adjectif substantifié, désignant la personne ou la chose qui possède la qualité exprimée par l'adjectif : comme quand on dit (en français et dans

ensteli = s'introduire en voleur, c'est un idiotisme inintelligible; et elpensi = inventer n'est guère plus clair ni plus logique.

1. Autres exemples : cizilo = ciseau; remilo = rame; pumpilo =^ pompe; rabotilo = yribot, raspilo = râpe, rastilo = râteau, segilo = scie, sigelilo = sceau, etc., tous substantifs dérivés des verbes correspondants. De même : veturilo = voiture dérive de veturi = aller en voiture, tandis que veturo = Vaction d'aller en voiture. Pour les verbes qui signifient remplir ou revêtir de, on pourrait imiter l'exemple de smiri = oindre, d'où smirajo = onguent, tandis que smiro = onction (action d'oindre). Pour la racine mov, ou bien on part de movi = mouvoir, et alors on en tire : movo = action de mouvoir; movigi =: se mouvoir, et movigo = mouvement; ou bien on part de movi =^ se mouvoir (être en mouvement), et alors on en tire : movo = (état de) mouvement; movigi = mouvoir (mettre en mouvement), movigo = action de mouvoir; movigi =: se mettre en mouvement.

2. Par suite, l'adjectif remplace souvent, et avec avantage, le génitif français ou le mot composé allemand. Ex. : komerca cambro = chambre de commerce.

3. Autres exemples, où l'adjectif devrait être remplacé par un participe exprimant l'action : carma := charmant, pika = piquant, rava = ravissant; ciopova = tout-puissant (de povo = pouvoir).

4. On s'attendrait tout au moins à : qui a besoin. Mais logiquement, bezoni signifiant avoir besoin de (verbe actif), ce dont on a besoin est bezonata, et celui qui a besoin est bezonanta.

d' zamenhof : KSI^ERANTO 359

lniuu:uii|> il au tirs langues) : les bons et les méchants, un juste, un satje, un saint, etc. C'est en effet rc qui a lieu, eu Espéranto, poulies partitives parolanto = orateur) et pour queUpirs adjectifs '. Mais, dans la plupart des cas. l'adjectif n'est substantilié cjuau Mioyen du suffixe -ul. Kx. : juna = jeune, junulo = jeune homme -. L'emploi de ce suflixe est non seulement inutile, mais illo^'i(|ue. vnv il dt'signe « un être caractérisé par telle qualité ou propriét»*. » Or le mot prinùtif juna signifie déjà jeune, et non pas jeunesse, qui s'exprime par le dériv»'* juneco; il désigne donc bien l'être même, et non la <|ualité, et pour en faire un substantif il doit suffire de changer sa désinence -a en -o. Le cas n'est plus du f<Mit le même que pour gibulo — tx)ssu (de §ibo = 6o4sc) : ici le sufli\»> ul est nécessaire pour dériver du nom dune propriété le nom delêlrt' qui en est affecté'. Mais il est irrationnel, et un peu ridicule, de ladjoimlre à virga = vienje (adj.) pour foruier virgulino = une vienje. Lst-c»- que virgino ne suftit pas à désigner Vétre (o) féminin (in) qui a la (jualité de vierge (virg)? A quoi bon dire skeptikulo. klasikulo '. ipiand skeptiko. klasiko suflisent et sont parfaitement clairs? On iloil donc dire de même : justo ■= un juste, sankto = un saint, etc.

On objectera peut-être que cela engendrerait de> i-qui\oqn»'s : comment distinguerait-on alors les adjectifs employés comme substantifs neutres : le beau, l'utile. Caijréable, le nécessaire, etc.? A cela nous répondrons «pie ces adjectifs neutres (lé«^iiriient. soif

i. Exnii|il('s : parazito. parasita, luii) ;'^<'''^'-f</'': parenco. parenca. un) jtiircnt; orfo, orta. (un) orphelin: nobelo. nobela, uin) nohie: deserio, dezerta. tun) dèsn-t: utilo. utila. il) ulile: neceso. necesa. (le) nécessaire; superflue, superflua, \U') superflu; virmo,varma, de) r/ia(«/; vero. vera. (U') rrai: nigro. nigra. (U-) noir, et les autres noms de a»ulour>»: Franco. Franca. (un) Fr««j<n'*, et les autres noms do peuples.

2. .\ulrcs exemples : justa, justulo. [un] juste; sankta. sanktulo. (uu) saint; brava, bravulo, (un) br<ire; rica. riculo. (un) riche; klera. klerulo, (un) cli-rc, salant; lama, lamulo, (un) boifeu.t ; miopa. miopulo. (un) myope; surda. surdulo. (un) sourd; muta, mutulo, (un) muet; eU-.. etr.

:]. Autres exemples : favo = teigne, favulo = tei^neurx febro = fièvre, februlo = fiéi'reu.r\ frenezo = folie, frenetulo = fou; ftiio — phtisie, ftizulo — i>hlisi(/uc; kiraso = cuirasse, kirasulo = cuirassier; kximo = crime, krimulo = criminel; lepro = lèpre, lepnilo = lépreux; peko ^ pvché, pekulo = pécheur; rento = rente, rentulo = rentier; tcieuCO = science, scienculo = un sarant (sciencisto serait d'ailleurs plus exact) i ringulo = un annelé; vertebrulo = un vertébré.

i. Notons ù ce propos un petit contre-sens : klasikulo ne peut |uis »i^niiler un partisan des classiques (<|ui se dirait : klasikano) mais l>ien un {auteur) dassiijue.

des qualités abstraites, soit des choses concrètes. Dans le premier cas, VEsperanto doit employer le suffixe -ec : le beau, c'est la beauté (beleco)*. Pour le second cas, il a le suffixe -a], qui désigne précisément la chose douée de la qualité exprimée par la racine. On devrait dire : utilaîo, necesaîo, etc. quand il s'agit des choses utiles ou nécessaires ^. Rien n'empôche donc de dire : belo pour bel homme, et belino pour belle femme (F. une belle), sans s'embarrasser du suffixe -ul qui est, dans tous les cas, inutile au féminin.

Mais voici une autre difficulté : souvent le substantif en -o désigne la qualité abstraite que l'adjectif en- a sert à attribuer aux personnes ou aux choses : ainsi îaluza = jaloux, et jaluzo = jalousie. C'est là une inconséquence, et ce qui le prouve, c'est qu'il existe le mot jaluzeco = état de jalousie (sic), ce qui ne diffère pas, semble-t-il, de la jalousie môme ^. On trouve encore de nombreuses familles de mots analogues à celle-ci : kurago = courage, kuraga = courageux, et kuragulo = homme courageux K De telles dérivations nous paraissent vicieuses. Ou bien la racine a le sens de qualité abstraite, et alors le mot primitif est le substantif; ou bien elle a le sens de qualité concrète, et alors le mot primitif est l'adjectif. Dans le premier cas, on devra dire, par exemple : kurago = courage, d'où kuragula, kuragulo = courageux. Dans le second cas, on devra poser, au contraire : saga, sago =: sage, et sageco = sagesse. De toute façon, l'adjectif épithète et le même adjectif substantifié ne peuvent différer que par la désinence -a ou -o. On ne peut donc pas admettre des dérivations comme celle-ci : prudento = raison, prudenta =

1. C'est en vertu d'une tradition platonicienne que l'on dit le beau pour la beauté : on réalise ainsi une qualité abstraite, c'est-à-dire qu'on la considère (à tort) comme un être réel.

2. L'expression : «joindre l'utile à l'agréable » peut signifier deux choses : ou bien (comme dans Horace) il s'agit d'un homme (d'un auteur) qui mêle les choses utiles aux choses agréables; ou bien il s'agit d'une même chose qui unit les qualités d'utilité et d'agrément.

3. Do même : sago, sageco = sagesse; trankvilo et trankvileco = tranquillité; kapablo et kapableco = capacité. Comparera : serioza = sérieux, et seriozeco = le sérieux (la qualité de sérieux) ; de même, justeco, sankteco.

4. Autres exemples : felico = bonheur, felica, feliculo =^ (un) heureux: kulpo = faute, kulpa, kulpulo = (un) coupable; mizero = misère, mizera. mizerulo = (un) misérable; pacienco = patience, pacienca, pacienculo = (un) patient; potenco = puissance, potenca, potenculo = (un) puissant; perfido = trahison, perfida, perfidulo = (un) traître; ruzo = ruse, ruza, ruzulo = (un) fourbe; sago = sagesse, saga, sagulo = (un) sage.

D' ZAMEiNHOP : ESPERANTO 36 <

raisonnabU', prudenteco = <iuaUlé de raisonnable. Pour le nu^nu' luolif, il laudiaif appliquer le suffixe -ec ni«Mne nux adjectifs dérivés eu -em. car la rèKle contraire constitue une exception (|ue rien ne justifie. Si de paco = paix on dérive pacema =^ pacifique (ami de la paix), pacemo doit signifier un pacifiiiue {au lieu de pacemulo). •'! au contraire Vesprit pacifique doit s'appeler pacemeco (et non pacemoi '.

Telles seraient les exigences d'une logique grammaticale innexii)le. Maintenant, on peut se demander si l'on doit, si môme on peut les satisfaire dans leur rigueur absolue. C'est là une grave question, car il s'agit, au fond, de savoir si l'on peut réduire toutes les relations d'idées à un nombre fini (et assez restreint) de classes ou de types, ou si leurs variétés sont en nombre (pratiquement du moins) illimité. Dans ce dernier cas, que le I)"" Zameniiof semble avoir prévu, il y aurait lieu de faire usage de la préposition universelle je et du suffixe universel -um pour exprimer toutes les relations non spécifiées. Quoi qu'il en soit, on ne peut pas se prononcer avant que le vocabulaire international soit coni|>lèl(Mnent élaboré. Car il est possible et même probable que la régularité et la simplicité des dérivations devront fiéchir devant l'introduction de milliers de racines nouvelles, et surtout des termes scientifiques internationaux *. lue langue a posleriori ne pourra sans doute jamais être parfaitement logique, parce que nos langues naturelles sont trop remplies d'illogismes. 11 faudra donc probablement s'en rapporter ù l'usage étaltli el au bon sens, comme dans nos langues mêmes ^, mais le moins possible.

On peut encore remarquer que certains affixes donnent lieu à

i . De mémo, de timo = a'ainte on doit tirer : timema = timide, timemo = un timide (nu liru do timulo). et timemeco = timidité (au lieu de timemo). On trouve dnns l'Ek:ercaro {^ 42 1 malsanemeco, remplacé, dans la Grammaire (40* pxercico) par malsanemo-

2. Par oxonipic, il y a uno foule do mots sicientillquos* à radical termini^ on -wj (quinine) cl on -it {pt/rite, bronc/tile), qu'on ne peut st>ngcr n déformer pour éviter quo los pronùors rossoniblent à dos féminins, el les seconds a dos participes passés. Mais il n'y n pas à cela un grand inconvénient, di«s iju'il s'apit de mots scientiflquos internationaux, «juc personne ne peul tonfondro avec des mots de la langue usuelle. (On trouve déjà pepsin on Espéranto).

3. Où l'on emploie couramment les verbes barrer, chambrer, classer, meubler, nuancer, ramer, scier, télégraphier, téléphoner, coller, dorer, srllcr. armer, fouetter, bdtonner, cravacher, sans même se douter de l'hélérogeuéité de leur dérivation.

des applications peu logiques. Tel est, notamment, le sullîxe -uj, qui a des sens et des emplois trop variés. Sans parler de son emploi comme suffixe des noms de pays, il signifie à la fois le récipient (qui contient une chose) et l'arbre (qui produit une chose). Or ces deux derniers sens engendrent une équivoque : teujo signifie boite à thé, et non pas arbre à thé, qui se dit tearbo; de mémo : kafujo = boite à café, et non caféier (kafarbo). Il vaudrait donc mieux logiquement composer tous les noms d'arbres avec -arb, et préférer pomarbo à pomujo '.

Enfin VEsperanto manque d'un affixe péjoratif que possèdent en général les langues naturelles et beaucoup de langues artificielles ■-. 11 serait fâcheux d'employer en ce sens le suffixe diminutif -et, qui peut tout aussi bien impliquer une idée amicale et flatteuse; et l'on peut encore moins employer le suffixe augmentatif -eg, qui serait plutôt laudatif. On trouve pourtant dans le dictionnaire Espéranto-Français le mot kalesego traduit par équipage lourd, inélégant. Cela est illogique, car, si kaleso = voiture de luxe, kalesego doit signifier carrosse (de gala).

Malgré ces imperfections, aisées à corriger, le système de formation des mots en Espéranto est d'une régularité et d'une fécondité admirables. C'est lui surtout qui contribue à lui donner ce caractère merveilleux de « langue naturelle », de » langue vivante » que de bons juges lui reconnaissent ^. C'est vraiment une langue autonome qui possède des ressources intrinsèques et illimitées, qui a une physionomie originale et un « esprit » propre. Nous n'en voulons donner qu'un exemple : nos langues ont des mots pour dire compatriote, contemporain, etc. U Espéranto les traduit par samlandano (qui appartient au même pays), samtempano (qui appartient au môme temps), etc. De même, il dit samideano pour désigner « celui qui est partisan de la même

1. C'est ce (lue font certains Espéranlistes, qui tendent aussi à remplacer le suffixe -uj par la racine land dans la formation des noms de pays (Franclando, Ânglolando, au lieu de Francujo, Anglujo).

2. M. BoiRAG a proposé pour cet usage le suffixe -ac (1.), « dont l'utilité est incontestable » selon MM. Gart, Merckens et Berthelot {Vocabulaire. Français-Espéranto, p. xi). Le besoin d'un affixe laudatif se fait moins sentir, sans doute parce <|ue les hommes sont plus portés à dénigrer qu'à louer, ou peut-être parce qu'ils ont plus d'occasions de blâme que d'éloge.

3. Un professeur du Collège de France a écrit à un recteur d'Université, en parlant de Y Espéranto : •• Si l'on ose dire après cela qu'une langue est un organisme, autant dire que l'homme peut créer de toutes pièces une plante ou un animal ».

D' ZAMENHOF : ESPERANTO 363

ith'c » que vous; or ccsl h\ un mot ori^iiinl, fini ii'n pas, croyonsnous, (It^quivalcnt dans li's langues ouro|)t'onn«>s. Ainsi ce n'est pas une langiu' arliliriollo. ligt^o ot niorU*, simple (l«^ralque de nos Inn^'ues; c'est une Inii^'ue capable de vivre, de se dtheloppcr, et de dépasser en richesse, en souplesse et en varitHtMes langues naturelles. Enfin c'est une langue susceptible d'élégance et de style, s'il est vrai que la véritable élégance consiste dans la sinq)li(ité et la clarté, et que le style n'est que l'ordre qu'on met dans l'expression de la pensée.

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