THE AMERICAN PHILOSOPHICAL SOCIETY
Historique.
I/invilntion (W VAmerican Philosophical Society fut acceptée par iino vingtaine de sociétés, parmi lesquelles nous citerons ri4ra- (lémie royale danoise des Sciences et Lettres, Vi'niversilé d'Édimlnutrg, VAnwrican Association for the Advancement of Science ', cl la Société /ooloyique de France, qui manifesta ses préférences pour l'adoption ilime languo vivant»» ». Kii revanche, elle fut déclinée par la l'Iiiloloijical Society de Londres, pour des raisons exposées dsuis lin rapport de son vice-président, M. Elus, qui était un partisan du Volapiili '.
Ce rapport est une longue et confuse critique de celui de r Ini. Ptiil. Soc, et une apologie du Volapûk. Il hlAme surtout la proposition de fonder la L. I. sur une t base aryenne » : d'abord. \y,\irc (|u'uiic laiif^ue universelle ne doit pas exclure les peuples non-aryens, et doit être indépendante des considérations «le race *; pour M. Ellis, il. est iiuliflérent que la L. I. ressemble aux lanirues aryennes plutùt qu'aux non-aryennes ^. Knsuite. parce qu' « il n'y a pas de vocabulaire commun » aux langues ai'yennes ". D'nillfnr'i, i\ quoi Imn «Miipruider de^ rat-jiM'^ aux
t. En IS'.II (rmili.itivo «le l'.lm. l'/iii. S'>/-. ayant »'olioiii'), VAin. Ass. /. /. .1. 0. S. noMimn un ('omiU^ composé «le .M.M. Brinton, llorntio IIale et Alcxander Macfarlane pour oliidior la question do In L. I.: mais co oomilt* lia pas flahoré do rapport. .M. IIale avait ptiliiiô auparavant un opusruh' iiitiluio : -In Inlernalional Lanffuage (London, I8U0).
2. Supplemenlari/ Report of the Commtllee appoinled ta consitler an international tanquage, rend before the Anterican Philosophical Society (7 décembre 1888). Ce rapport est repro<luit en Appendice ap. Einstein, Weltsprachtiche Zeit- iind Streitfragen : I. l'olapiik und Lingvo inlernacia, J(i p. in-S» (Niirnherg, Slein, 188»).
:{. On the conditions of a universal language, in référence to the invitation
f the American Philosophical Sociîtg of Philadelphia, to send delegates
' > a Congress for perfecting a universal tanguage on an aryan ba.tis, anit
ils report on Volapûk, by Ale.xander J. Elus. F. H. S., 15 juin 1888; ap.
Transactions of the Phitological Society, pp. .')0-U8.
4. De race, sans doute: mois de pliilolopie? ('/est un fnil i|ue Un» langues turopéennes forment une rainille lin^ruistique, qu'on l'appelle aryenne ou autrement.
5. C'est ne pns tenir compte de ce fait, que les formes linguistiques correspondent à des formes de pensée spécillquement différentes, el «jue le*' langues aryennes sont l'e.vpressiitn de In science el de In civilisation enro-
. péennes.
(». Encore une erreur de fnil, réfutée par les lexiques de VBsperanlo. du Mttndolingue, de Vldiom neutral, etc.
C'oi'TVRAT et LcAC. — Ijingue unIv. - 1
langues vivantes? « Dans toute langue, les racines doivent être apprises indépendamment de toute autre langue ' », et chaque racine doit être apprise séparément; en outre, dans la L. I., chaque racine doit avoir un sens unique, ce qui élimine les racines des langues vivantes, qui ont toutes plusieurs sens -. M. Ellis en conclut que « les racines doivent être choisies arbitrairement » de manière à ne favoriser aucune nation. Il est vrai que le Volapûk emprunte 40 pour 100 de ses racines à l'anglais: mais, ajoute l'auteur à titre d'excuse, « il en a tellement changé la l'orme qu'elles ne sont guère reconnaissables », ce qui d'ailleurs n'est nullement utile : car on doit supposer que les mots anglais sont aussi inconnus aux Français qu'aux Arabes ^. Tout au plus peut-on s'ins})irer dans le choix des racines fou plutôt de leur sens) d'analogies lointaines et plus ou moins suggestives *.
M. Ellis n'admet pas plus la grammaire aryenne que le vocabulaire aryen, et sur ce point ses arguments sont au moins plus spécieux. Mais au fond, il est aisé de le voir, son grand grief contre la « base aryenne » est qu'elle exclut ]e Volapiik. Sans doute, il est moins partisan du Volapiik que du système général dont le ]'olapuk est un échantillon : il serait tenté de lui préférer le Spelin pOur sa régularité mathématique; et peut-être le Speîin l'aurait-il emporté, s'il n'était venu après le Volapiik. Mais, aux yeux de M. El lis, la question de fait domine tout : l'essentiel, pour une L. L, est d'être universellement adoptée. Or le Volapiik est déjà répandu et pratiqué dans tous les pays: il ne faut pas nuire à ses progrès en lui suscitant des rivaux. Il est même trop tard pour corriger les quelques petits défauts que M. Ellis lui reconnaît: on ne peut pas le réformer sans le détruire-^ : « il faut le prendre tel qu'il est, ou le laisser ». M. Ellis conclut au rejet de l'invitation de VAmerican Philosophical Society, parce qu'elle est
1. Gela est faux : il est bien plus facile d'apprendre le latin (|uand on snil le français (ou inversement), d'apprendre l'anglais quand on sait l'allemand : et ainsi de suite.
2. (lommc si l'on ne pouvait pas au besoin choisir pour chaque "racine internationale un sens unique ou princi])al (([ui serait souvent le sens international).
3. L'auteur oublie tout simplement (jue les deux tiers du vocabulaire anglais lui sont communs avec les langues romanes, notamment avec le français.
0. Cela est vrai, notamment, des voyelles infléchies {l'i, ô, ù). qu'on ne pourrait supprimer sans bouleverser le vocabulaire et la grammaire.
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unilatéralo (partiale), et parce que la question ne peut pas être résolue par un Congrès.
Critique.
Sur ces doux ilernii'rs points, nous sommes obligés de donner raisttn à M. Vaaas : la question du chou' de la L. 1. ne peut pas être tranchée par un congrès, mais bien par un comité compétent et restreint nommé h cet elTet '. De plus, il faut avouer que V.\mericanPhihsoi)fiical Society avait commis une faute en manifestant son opinion sur le choix tout en invitant les autres sociétés savantes h y prendre part: il fallait séparer complètement la question du principe et la tpieslion du choix, et réserver celle-ci entière et intacte au congrès ou au comité futur. En se pronon- (;ant contre le Volapâk, elle restreignait d'avance la liberté du choix et engageait la solution lînale dans un sens déterminé. Mais, ces réserves faites, il faut reconnaître ([u'elle avait bien jugé, et les faits devaient conlirmer la condamnation du Volapûk beaucoup plus tôt qu'on ne l'eiU cru. Deux ou trois ans après, .M. Ki.i.is ne pouvait plus invoquer en sa faveur la possession d'état dont il faisait tant de cas. Celte expérience montre que. quels que soient les succès d'une langue universelle, on ne peut jamais répondre de son triomphe délinilif. ni même de son avenir prochain, et que ses partisans ne doivent pas arguer d'un état de fait et de progrès momentané pour repousser toute proposition de réforme, foute discussion et tout arbitrage. Il est inq)rudent de dire, comme les partisans du Votnptlk : * C'est à prendre ou à laisser ». On les a pris au mol, et on a « laissé » le \nhptik. V.n somme, c'est V American Philosophical Society qui avait raison contre \ii Philoloyicat Society, provisoirenienl inféodée au Volapiik: et la plupart des conditions théoriques de son programme se trouvent réalisées dans les meilleures des langues « posteriori -. Si son initiative si louable et si désintéressée a échoué, c'est, d'une part, à cause du vice de forme que nous avons relevé: et. d'autre part, parce qu'elle s'est i>roiluile à un momtMit inopportun, à rép«H|ue où le Volapûk « battait son plein » et se croyait sftr de triompher.
1. On a romnr(|ué nue lo rapport du Comil«> de l'.l. /'. 5. pnrie d'un « (Àjtnilé », tandis ipic la résolution do la stKMôto parle d'un « Congrès ».
2. Notamment dans rfc'.f/x-rflHio, qui paraissait In mùmennnèequc son Rnpport.
BER}iRART> : LINGUA FRANCA NUOVA^
Nous ne croyons pas devoir analyser ce projet, d'ailleurs très confus et très mal présenté. C'est un italien à peine régularisé. Les lettres n'y ont même pas un son uniforme : on représente le son k par ch devant e et i, et par c partout ailleurs; le son tch par c devant e et i, et par c partout ailleurs ; le son ch par s; la lettre gale son dj devant e et i, le son gue partout ailleurs. On admet les sons et combinaisons graphiques gn et gli. Les paradigmes de déclinaison et de conjugaison sont multiples et compliqués; et il y a deux verbes irréguliers : être et avoir. Les pronoms personnels ont une multitude de formes irrégulières. En un mot, cette « langue franque » aurait toutes les anomalies et toutes les difficultés d'une langue naturelle. Si l'on n'avait qu'un tel idiome pour L. L, il vaudrait mieux adopter une langue nationale comme l'italien, qui ne serait pas plus difficile à apprendre, et qui aurait au moins l'avantage d'une littérature et d'une tradition vivante.
1. Grammalik der Lingiia Franco Niiova, einer iingleich der Volapûk allen Natîonen gleich gut verstândlichen Universalsprache, von Dr. Serafln Bernhard (Wien, 1888). 2' édition : Well-ltalienisch Franco, 74 p. in-16 (Wien, 1891).
CHAPIÏllE XII