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CHAPITRE XV

J. STEMPFL : MYRANA '

I.'onvra£»o d»^ l'ahlx'' Stempfi, comprond deux parties : luno, ronbucrée ù défendre l'idée d'une langue internationale en général, l'autre à exposer le projet de langue Myrana. L'auteur réprouve, d'une part, l'idée chimérique d'une langue absolument universelle, c'est-à-dire commune à tous les peuples de la terre; d'autre part, l'idée d'une langue purement scientifique et philosophique, réservée à une élite de savants. Ce qu'il désire, c'est une langue « commerciale » et pratique. Au surplus, il ne présente pas le Myrana comme un concurrent du Volapùk ou de tout autre système, mais comme un simple projet destiné à contribuer à la solution délinitive du problème; il déclare modestement ajiporter quelques pierres pour la construction de la meilleure langue universelle, qui doit se réaliser un jour. Il critique vivement le Volapûk, et juge sévèrement le dogmatisme intransigeant de Mgr ScHLEVER et ses prétentions à l'infaillibilité '.

Le Myrana est éclectique : M prend pour base le vocalmhure latin, parce que c'est le plus international et le plus neutre; celui-ci forme pour ainsi dire le tronc sur lequel on grelTera les mots empruntés aux langues vivantes, romanes et germaniques, en les altérant le moins possible. La langue devra être régulière et logique, mais aussi euphonique; et il vaudra mieux adopter un plus grand nombre de racines que d'abuser des dérivations. Il ne faut pas non plus tout sacrifier i\ la brièveté, même l'intelligil>ilité.

1. J. Stempfl, Myrana und die Weltsprache. xvi -f- tSi p. 12* Kompten. KospI. I88H). Komptcn est une petite ville de la Souat)e l>avaroise. M. Steum-l est curé-dojen.

2. Cf. Stempfl : Ausstellungen an der Volapûk, et Ueb^r Weltsprache und

Volapfik (Kempten, 1888).

CocTCRAT et Leac. — Langue UDtv. %6

Grammaire.

L'alphabet comprend 8 voyelles : a, e, i, o, u (ou), et les 3 infléchies : à, ô, ù; et 23 consonnes : b, c, d, f, g, h, j, k, 1, m, n, p, q, r, s, t, V, w, X, y, z; ch, sh. c se prononce tch; j se prononce comme le j allemand (i consonne); v et w se confondent comme son; ch est le ch allemand (guttural); sh est le sh anglais (ch F).

L'auteur admet en outre les 5 diphtongues : ai, ei, oi, ui, au, dont les 2 voyelles se prononcent séparément.

Vaccent se place sur la syllabe principale du mot.

L'auteur ne veut pas imposer de forme caractéristique aux divei^ses parties du discours. Il juge ce moyen inutile, et môme nuisible par les déformations qu'il fait subir aux mots.

Il y a un article défini : le, et un article indéfini : ne, tous deux invariables.

Les substantifs se déclinent, soit au moyen de particules, soit au moyen de flexions. Les particules, qui se placent devant le substantif ou l'article, sont : di pour le génitif; dei pour le datif; do pour Yaccusatif

Les désinences des cas sont, pour les radicaux à consonne finale : -i, -ei, -en; pour les radicaux à voyelle finale : -d, -i, -n.

Le pluriel se forme en ajoutant -s ou -es aux cas du singulier.

Exemple de déclinaison.

Sing.

Plur.

vir ou

vir, homme.

vira, J

di vir

viri

virad

dei vir

virei

virai

do vir

viren

viran

vires

vires

viras

di vires

viris

virads

dei vires

vireis

virais

do vires

virens

virans

L'auteur ne voit aucun inconvénient à ce que des radicaux se terminent (au nominatif) par les mêmes désinences que les cas (comme cela arrive dans les langues naturelles).

Les substantifs peuvent prendre des désinences caractéristiques du genre naturel, à savoir : -o pour le masculin, -a pour le féminin, -ô pour le neutre. Ex. : vir ou viro = homme; vira =

STEMI'FI. : MYItANA 403

femtiie. 1. auteur ne voit aucun inconvénient à c(; que dessubstantirs réminins ou neutres se terminent en -o. et des substantifs masculins ou iKMiIres en -a. I£x. : Juno. topo; pasha, kasa. Sruleinent le féuiinin des mots en -a selVuine au moyen du suflixe -»h.

Les adjeclifs, comme les substantifs, ont une terminaison queli-(>n(|U(>; ils se déclinent comme les substantifs, mais seulement <|unnd ils sont isolés.

Ils peuvent, dans le même cas, prendre les désinences caractéristiques du genre : bonô. le bien.

Les degrés de t-<Mnpnraisoii peu vent se former de deux manières : au moyen des particules mer, mest; au moyen des flexions -ior (ou -jor) et -isso. Ex. :

bon bonior bonisso

ou : mer bon mest bon

Le superlatif absolu se forme, soit au moyen du préfixe par-, soil au moyen du suflixe -issimo : perbon ou bonissimo.

Les noms de nombre sorU :

nul, 0 : un. 1 : dui. -2 : tre, 3 ; quar, 4 ; quin, 5 : sez, 6 ; sib, 7 ; ocb (ou

ok). 8: nôf. '.); desh. 10: deshun. Il: deshdui. 12: deshtre. 13:

duiges. 20 ; treges, 30, ctr destages^ou cent. 100: duidesbges

ou duicen. 200; mil. 1000

Ainsi : ISH9 — unmil ochdeshges ocbgesnof.

Les Homtres onlinanx se roriucul ou ajoulaut t ou te au nondtre < ardinal correspondant : doit, tret,... desbgest ou cent. Seule l'XfopHon : l»"* se dit prim.

Les nombres distributifs se forment en pré-lixaiit je- aux nombres I ardinaux : jedui, deux à deujc.

Lt<s nombres multiplicatifs se forment au moyen du suflixe -ma : duima, deux fois.

Les nombres fractionnaires dérivent des ordinaux au moyen du stiffixe -1 ou -el : tretel, tiers.

Les pronoms j)ersonnels sont : mi, te, lo (masc), la (fém.). lô (neutre); nui, voi, loi. lai: il y faut ajouter : yu (E.) = i^ous (de polilesse), el oi ^ on. Tous ces pronoms se déclinent des deux manières.

Les adjectifs possessifs sont : min, ten, Ion, lan: nain, voin. loin, lain: yun. L'auteur assure qu'ils ne pourront jamais se conf«>ndn' avec laccusalif des pronoms personnels, (jui a la nuMne forme.

Les pronoms possessifs sont les adjectifs possessifs augmentés

du suffixe -ig : minig, tenig, lonig, etc. On peut dire aussi : le min, le ten, le Ion, etc.

Les pronoms démonstratifs et indéfinis sont : li, il, celui-ci ; el, ol, celui-là; selb, même {ipse); idem, le même; alio, autre; jed (D.), chaque; nullo, aucun; nemo, personne; nihil, rien; omne, tout, etc.

Les pronoms relatifs sont ke (m., f.), gui; ko (n.), que; et kel, kela, kelo, quel, quelle.

Les pronoms interrogatifs sont caractérisés par l'initiale v : veke, vekô, qui? quoi? vel, vêla, velô, quel? quelle?

De même les adverbes interrogatifs : vo, où? van, quand? vi, comment? vare, pourquoi? correspondent aux corrélatifs : to, tan, ti, tare, et aux relatifs : ko ou quo, quan, qui, quare (L.). De même, tal correspond à quai, tam à quam, tanto à quanto, etc. (comme en latin).

Les verbes ont pour terminaison, à l'infinitif, -ar, -er, -ir, ou -je. Il faut la supprimer pour obtenir le radical verbal.

Les modes sont indiqués par des suffixes, les voix et les temps par des préfixes (comme en Volapûk). Les personnes sont indiquées parles pronoms attachés comme préfixes au radical verbal \ et le nombre est marqué en outre par un -s final.

La voix active est marquée par le préfixe t; la voix passive, par le préfixe sh.

Llndicatif n'a pas de suffixe. Le présent n'a pas de préfixe.

L'imparfait est marqué par le préfixe a ; le parfait, par ai ; le plus-que-parfait, par aia; le futur par o; le futur antérieur, par oi. D'autre part, le subjonctif est indiqué par le suffixe à (ou rà après une voyelle). De sorte que les modes personnels de Tactif ont les formes suivantes à la f*^ personne sing. (punir z= punir) :

Indicatif Subjonctif

Présent : mipun mipunâ

Imparfait : mitapun mitapunà

Parfait : mitaipun mitaipunà

Plus-que-parfait : mitaiapun mitaiapunâ

Futur : mitopun mitopunà

Futur antérieur : mitoipun mitoipunà

Les modes du passif ne diffèrent des précédents que par le

1. Toutefois, à la 3" personnel on peut supprimer le pronom, quand il fait double emploi avec le sujet.

STEMI'FL : MYRANA 40S

' liniif^cinonl (lt> t imi sh : mishepun, J0 suit puni; mishapun. mishaipun. etc.

1,'itnprntlifso forme on snriixnnl lo pronom, au lieu do Ip préfixer . punte, punis; shepunte, sois puni.

\a' pdi'ticipe se forme en remplarant In terminniKon de rinlinilil par In ilésiiienoe ing : puning. punissanl: tapuning, topaning. etr. De nit^mc au pnssif : shepuning. shapuning. shopuning, ei<'. Iri antre participe se forme par la désinence -ong : ponong, qui doit <>n veut punir.

Le participe absolu se forme en remplaçant le rde Tinfinitif par t : punit, amat. kredet. Il est le même à l'actif qu'au passif, et il a les deux sens (1).

Les verbes seje, être ; veaje, exister; sheje, devenir; i9i\9, faire, et hevje. avoir, ont nne autre conjugnison. qui consiste à remplacer la voyelle e du radical pnr la voyelle cnraclérislique des divers I -Mips. La conjugaison précédente revient, en somme, à préfixer au ruilical des autres verbes les divers temps des auxiliaires tedje et sheje :

(te), ta, tai, taia. to, toi; she. sha. shai. shaia. sho, shoi '.

Les verbes réfltrhis se forment en intercnlant la syllabe se entre le pronom et le verbe : mizebat, jV me bals.

Les verbes réciproques se forment en intercalant de mémo la syllabe xo : noixobats, nous nous ballons (l'un l'autre : mixobat kon lo, je me bals nrec lui.

La nèyation s'exprime par no ou non mis devant le mol i\ nier le verbe, en général): Vinlerrountion s'exprime par In particufe va mise devant le mot inlerrogatif, ou par l'enclititpu' ve mis ;>près.

Les adverbes dérivés prcïinenl en général la désinence -u. Leurs legit^sde comparaison se forment i\ peu près comme ceux des ^uijectifs : bonu. boniu, bonissu. bonissimo.

L'adverbe trop devant un adjectif ou un adverbe se traduit l»ar le suftixe uio, uiu : bonuio, trop bon: bonuia, trop bien

t. Nous simplifions IVxposé de la conjugaison en passant sous silence la forme aorvtte (indiquant la durée de TnclionK mnrqu^e par les prolixe» fe, fa, fai. faia. fo, foi ù l'actif, et shefe. shefa. shefai. etc.. au passif: les modes conditionnel (-i), polenliel (-88), désiratif (-»h), dubitatif [-b), concessif (-g), et une sorte de futur particulier n l'allemand (-ein). marqut^ par le» suffixes mis entre parenthèses; enfin le gérondif elle supin.

406 SECTION m, CHAPITRE XV

Les adverbes primitifs sont généralement empruntés au latin. Nous avons déjà vu la corrélation des adverbes interrogatifs, relatifs et corrélatifs.

Les prépositions et les conjonctions sont aussi empruntées au latin: quelques-unes au français (gras, maigre) et à d'autres langues vivantes. Celles qui sont aussi adverbes ont la désinence -u.

L'auteur prévoit une préposition indéterminée, ri, pour les cas où l'on ne sait pas quelle préposition employer *.

Pour la syntaxe, il donne peu d'indications. Toutes les fois qu'un verbe n'a qu'un complément, on met celui-ci à l'accusatif. Quand un verbe a deux compléments, on met le plus direct à l'accusatif et l'autre au datif.

L'accusatif sert encore à marriuer le lieu où l'on va, ou généralement le mouvement dans une direction. Hormis ce cas, toutes les prépositions régissent le nominatif.

Le pronom réfléchi ze se met comme préfixe devant les pronoms personnels ou possessifs qui se rapportent au sujet de la proposition, pour les distinguer des autres (comme sims en latin).

L'auteur laisse la construction entièrement libre : il considère comme impossible d'astreindre tous les peuples à une construction fixe et rigide ; c'est, dit-il, créer et chercher des difficultés. 11 faut que les flexions grammaticales indiquent suffisamment le rôle de chaciue mot, quelle que soit sa place. C'est le meilleur moyen d'éviter tous les idiotismes de syntaxe.

Vocabulaire.

L'auteur ne donne pas son vocabulaire, mais il annonce qu'il contiendra 2/3 de mots romans et 1/3 de mots germaniques.

Pour la formation des mots, l'auteur ne donne que quelques exemples (on a vu plus haut la dérivation du féminin) : amator (fém. amatra), punitor, viator: artiste; kolumbari, colombier (de kolumba); bulile, étable (de bul, bœuf); sutorina, cordonnerie (de sutor) ; tabakier, tabatière; tabakeia, fabrique de tabac. Ston, pierre: stonin, de pierre, en pierre; stonig, pierreux; stonlig, semblable à la

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