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Critique.

Comme on le voit par ces spécimens, le MandoUngue est une sorte de néo-latin analogue à celui que le D"" Daniele Rosa concevait à la même époque. 11 n'en diffère que par le principe : M. RoSA part du vocabulaire latin, et l'enrichit de mots internationaux; M. LoTT cherche d'abord les mots internationaux, et aboutit à n'admettre presc]ue que des mots d'origine latine. Le résultat est pratiquement le même, mais il est intéressant de constater qu'un auteur' (de langue germanique) est amené, i)ar ]e principe de l'internationalité, à constituer un vocabulaire presque exclusivement néo-latin.

Sa grammaire aussi a un caractère néo-latin très marqué ; elle est visiblement inspirée de la grammaire des langues romanes, et surtout de l'italien. Elle n'a qu'un défaut, c'est de les imiter trop servilement et de trop près, ce qui nuit à sa simplicité et à sa régularité. Par exemple, les nombres ordinaux ne dérivent pas régulièrement des nombres cardinaux, ni les pronoms possessifs des pronoms personnels. Par suite, ou bien on suppose que l'adepte connaît déjà le latin ou une langue romane (supposition illégitime et partiale), ou bien on charge sa mémoire des formes irrégulières et compliquées d'une langue naturelle. La conjugaison est trop française, elle n'est ni assez simple ni assez logique. Le mode impératif ne se distingue pas de lindicatif, ce qui est équivoque, comme on le voit par la traduction du Pater. L'emploi de deux auxiliaires est inutile; celui du i)articipe passif pour les temps secondaires de l'actif est irrationnel ; non seulement la formation des participes n'est pas abso lument uniforme, mais l'admission des formes irrégulières du supin latin constitue une grosse complication pour bon nombre de verbes très usuels (seder, session; fluer, fluxion: mover, motion: vider, vision; funder, fusion; scriber, scriptor; léger, lektor. etc.) Ces anomalies, familières à ceux qui savent une langue romane, augmentent la difficulté de la langue pour les autres peuples, ce qui est contraire à la neutralité de la L. I. '.

1. H y a un point en revanche où la grammaire adoplc un idiotisme germanique fâcheux : c'est lorsqu'elle admet des adverbes identiques de forme à des adjectifs. On en voit l'inconvénient dans la lettre que nous avons

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Comme la gramtnniro, le vocabulaire est trop a poiterhrl, c'csi-à-dirc trop caNiué sur le vocabulaire latin et néo-lotin. Et d'nboni, la prononciation des lettres n'est pas uniforme, ce qui est un grave tléfunl. Non seulement on admet des digraphes comme ch et sh, mais on attribue des sons dilTérents à e et A t suivant les lellros (jui les suivent. Sans doute, ces irrégularités sont peu do chose, comparées h celles des langues dont Torthographe est la plus phonétique (l'italien et l'espagnol); maison peut trouver qu'elles sont encore de trop, dans une langue artificielle (]iii n'a pas à imiter les langues romanes plutôt que telle autre. Ajoutons que l'emploi de l'e muet ou « atone > ù la fin de beaucoup de mots est trompeur et malencontreux: cardiaque peuple serait fatalement amené à le prononcer différemment, suivant ses habitudes; il vaut bien mieux employer pour fmalcs des voyelles sonores (o, a) que tous soient obligés de prononcer de même.

L'auteur a sans doute raison de consen'er l'orthographe internationale, et de lui conformer la prononciation. Mais il va trop loin (juand il respecte les consonnes doubles, qui ne sont même pas toujours internationales », et que l'on tend à proscrire dans certains pays, pour simplifier l'orthographe. C'est bien le moins qu'on introduise une telle simplification dans la L. !.. où elle ne risque pas de choquer l'usage et la tradition.

Mais le défaut le plus grave du vocabulaire est l'irrégularité de la dérivation. D'une part, il y a plusieurs suffixes pour exprimer une même relation : -a et -ess pour le féminin •; -ero, -ator et -ist pour l'acteur ou le professionnel dansero = dansator ; piscero = piscator: fifero = celui qui joue du fifre ô côté de harpist ; pour les diminutifs, à côté de -et on trouve -al (korbol = corbiHon) et -ical (vermicul = vermisseau) '. Pour les habitants

cKoo: les mots : « gênerai intelligibil expressions • signifient • expressions jftMit'rnlement intollipiblos • et non. conime il semble. • expression» gt^nernles intelligibles •. l)ira-t-on que, dans ce dernier cas. on aurait joint les deux adjectifs par un c^ comme dans • le simple et regular grtmmatic "? Mais cela n'est pas toujours possible, notamment lorsque les deux é|>illitHes ne sont pas coordonnées, mais superposées, comme dons : • le simpl. latin pronunciation •. Cette dernière pfirose ne diffère de la pr^niièn» que par une virgule; celle distinction est bien insuffisante.

1. Exemples : address (E.), adrtsse (D., F.); vasall (D.). ia«<i/ (B., F.), vasallo (I.. 8.).

2. On trouve même accidentellement le suffixe -in : reg(o) = rw. rtgina = itine.

.3. Sans parler d'arbust, diminutif d'arbor.

CouTURAT et Lkao. — Langue univ. *o

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d'un pays, on trouve Europeano avec Asiatico, Âustriano avec Ânglese, Belgiano avec Chinese, etc. Pour les verbes qui signifient faire ou rendre tel, on trouve clarificar, tumefar, terrifar, habilitar, cicatrisar, carbonescar (carboniser), sanar (guérir), siccar (sécher), et abellar =bellificar (embellir). C'est le désordre complet. D'autre part, un même suffixe a des sens divers, de sorte qu'on ne peut pas déduire sûrement le sens du dérivé du sens du radical. Par exemple, le suffixe -in, déjà employé pour le féminin, a ailleurs le sens de collectivité (vermin; gradin = escalier), et ailleurs encore sert à former des adjectifs (canin). Le suffixe -ar, qui sert à former des verbes dérivés (comme on vient de le voir), sert aussi à former de nombreux adjectifs comme agrar, familiar, popular, culinar. Le mot vectur (voiture) n'a pas le même rapport à l'idée de veher (aller en voiture) que les mots lectur et scriptur à l'idée de lire ou d'écrire. Une gambad ne dérive pas de gamb (jambe) comme la limonad dérive du limon (citron). Si le foliage (feuillage) est un ensemble de feuilles (folie), le village n'est pas un ensemble de villas, et surtout le corage (courage) n'est pas un ensemble de cœurs (cor). Si botelero, caffetero désignent le patron d'un hôtel ou d'un café, prisonero ne désigne pas le chef de la prison, mais le prisonnier, et murero désigne le maçon, et non le propriétaire du mur (germanisme : Maurer). Enfin il y a des dérivations irrégulières * : timor =^ crainte, iimer ^ craindre ;dolor = douleur, doler = souffrir; calor = chaleur, calid = chaud; de môme frigor, frigid; tumor, tumid. Comment expliquer des dérivés comme mal-or (malheur) et grand-or (grandeur), à côté de son-or (sonore, adj.)? Comment justifier l'adjectif nas-al à côté des adjectifs analogues ocul-ar, auricul-ar? Pourquoi tonor engendre-t-il le verbe tonar, alors que pluvie fait pluviar et nive, nivar? Si capellano dérive de capelle, comment sacristano dérive-t-il de sacristie, domestico de dom, et ecclesiastico de ecclesie?Enfin, pourquoi virginaa-t-il pour adjectif virginal: puer, puéril; pater, paternal (de même : maternai, fraternal); cor, cordial; fem, féminin; et homo... viril? Quels suffixes extraordinaires ont formé les adjectifs cel-est et mar-itim? Ce sont là des anomalies et des illogismes que l'adepte ne pourrait ni inventer ni deviner, et qu'il serait obligé d'apprendre par

1. Sans parler des dérivations comme patient, patience; sapient, sapience, etc., qui sont en quelque sorte régulières dans leur irrégularité.

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cœiir, comme mitant d'exceptions. Par exemple, pourquoi gigantic à rMr de monstres? Pourquoi pas, dira un Français, gigantesc H monstruos'? Pourquoi aarifico orjèvre) à côt^ Je juvelero (joaillier), s'il est vrai qu'on fabricpic (sens du suffixe latin fie) des joyaux, mais non pas de l'or? Pour(|iiot mniico (musicien) ne dérive-l-il pas de masic comme organist d'organ {orgue)1 On pourrait multiplier ces questions; la n'-ponse serait tt)iijonrs In nuMne : Parce que c'est ainsi en latin ou «lans telle Uuifj^ue romane. Mais alors, dira-ton, ce n'est pas la peine (le fabriquer une langue artificielle pour y reproduire toutes les irréirularit(^s des langues vivantes, et pour la rendre aussi dif- (icile et aussi longue à apprendre qu'elles. Pour moutrcr à quel point M. LoTTse soucie peu de simplifier son vocabulaire par la l'ormation ri^gulière des mots, il suffit de citer la série de nM)ts suivants empruntée docilement au latin : tauro. bove, vacca, vital. Autant vaut, dans ce cas, apprendre tout de suite le latin '!

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