Voir le Ctiapilre XXVI : Idiom neutral
2. Nous entendons parler des discussions au.xquelles se livrent de simples particuliers, des « individualités sans mandat », et qui sont dépourvues de toute sanction officielle et pratique.
et de le vérifier. L'union, que le Linguist se proposait de réaliser, ne peut se faire que sur le principe de là langue universelle, et sur les conditions pratiques qu'elle doit satisfaire. Pour le reste, c'est-à-dire pour le choix ou l'élaboration de la langue qui doit remplir ces conditions données, il faut s'en remettre à un très petit nombre de personnes compétentes et autorisées, dont la sentence soit acceptée d'avance et fasse loi. Encore faut-il s'entendre sur la « compétence » que l'on doit exiger des juges ou des arbitres : il ne s'agit pas de confier la solution à un comité composé exclusivement de philologues : il risquerait trop de retomber dans les errements du Linguist, et de vouloir calquer la langue universelle sur les langues vivantes, au détriment de la simplicité, de la régularité, et par conséquent de la facilité qui doit en être la qualité essentielle. Sans doute, il y faut le concours de la science philologique : mais il y faut surtout de la logique, et même du bçn sens. Les philologues s'embarrassent de scrupules et de difficultés qui n'existent que pour les polyglottes et les érudits, et dont l'immense majorité des intéressés fait bon marché, ou ne se doute même pas. A quoi bon, par exemple, s'attacher avec un respect superstitieux à l'élymologie et à l'accentuation latines, alors que la langue universelle est faite surtout pour ceux qui ne savent pas le latin? Il faut donc joindre aux philologues, dont l'esprit est forcément asservi à l'histoire et à la tradition, d'abord, des logiciens qui sachent démêler sous la complexité irrégulière des formes linguistiques les relations simples et uniformes des idées; ensuite, des savants de tout ordre et des professionnels de tous les métiers, qui puissent, non seulement élaborer les vocabulaires spéciaux qui relèvent de leur compétence, mais faire valoir les besoins ou les exigences spéciales de leur profession; Au contraire, des philologues, livrés à euxmêmes, seraient fatalement entraînés à construire une langue trop savante et trop compliquée, ingénieuse et subtile peutêtre, mais impraticable ; et ils ne satisferaient nullement les besoins pour lesquels la langue universelle est réclamée. Trop heureux, si leurs profondes recherches aboutissaient à quelque résultat positif, et si, au bout d'un siècle de savantes discussions, l'on n'était pas obligé de répéter le vers d'HoRACE, qui semble fait exprès pour les auteurs de langue universelle :
Grammatici certant, et adhuc sub judiee lis est.