CHAPITRE XXV
KURSCHNER : LIiSGUA KOMUN^
Ce projet prétend être « strictement objectif et scientifique » : ce n'est pas « une langue artificielle, mais une langue naturelle internationale ». L'auteur réprouve tous les projets antérieurs, comme t subjectifs » et arbitraires : ou bien ils ne tiennent aucun compte de l'internationalité (comme le Volapûk), ou bien ils n'en tiennent compte qu'en partie (comme VEsperanto, à qui l'auteur reproche sa formation systématique des mots dérivés et composés 2). Il n'y a pas besoin d'inventer la langue auxiliaire : elle existe déjà, en puissance, dans le vocabulaire international, notamment dans celui de la science. Or, comme les mots internationaux sont pour la plupart venus du latin, il s'ensuit que la langue internationale aura nécessairement un aspect néo-latin ou roman. L'auteur soutient que cette base latine de sa langue en constitue la neutralité. Et pour prévenir une objection possible de la part des personnes de langue germanique, il fait remarquer que sa langue aura l'avantage de leur faire apprendre et comprendre les « mots étrangers » et les termes scientifiques qui abondent dans leur propre langue ; avantage qu'on n'obtenait jusqu'ici que par l'étude, autrement longue et pénible, du latin et du grec. L'étude de la lingua komun sera en outre la meilleure préparation à celle de quelque langue romane ou de l'anglais, attendu que le vocabulaire de ces langues est en grande
1. Die Gemeinsprache der Kulturvôlker « Lingua komun » auf Grund der in allen Kultursprachen verhreiteten internationalen WÔrter. Prospekt, par Fr. KuRSCHNER (professeur de sciences commerciales et de langues vivantes), à Orselina sur Locarno (Tessin, Suisse). 12 p. 8", 1900.
2. Exemple : pourquoi dire ununombro = singulier (gramm.) alors que singular est universellement connu?
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partie latin '. De cette manière, le désavantage apparent que cette langue présente pour les peuples de langue germanique sera compensé par un avantage réel. La grammaire sera nécessairement aussi romane, pour ne pas jurer avec le vocabulaire.
Grammaire.
l.'alphnbel osl lalpliabet lafin; la prononciation est la prononciation allemande, sauf pour les lettres suivantes (dont nous indiquons le son en français): c=^ts; s := ss, z = z: y =v; àh = ch. L'accent porte en général sur la dernière syllabe fermée (par une consonne). Toutes les lettres s'écrivent en minuscules.
Les substantifs ont le genre naturel : les noms de choses ont le genre neutre. Ils prennent au pluriel -s ou (après l, n, r) -es. Ils n'ont aucune déclinaison.
Varticle défini est il (m., n.) ou la (f.) au sing., les au pluriel (3 genres) ^. Il n'y a pas d'article indéfini.
L'arf/ec/i/épithète est invariable. Il ne prend le signe du pluriel (pie lorsqu'il est substantifié; dans le môme cas, il est précédé de l'article (il grande, la bel). L'adjectif pris au neutre est précédé d'un article spécial : lu bel = le beau.
Les adverbes dérivés se forment au moyen du sufïixe -em (abréviation de -emente, L). Ex. : certem. direktem. tristem.
Loi^ pronoms personnels sont : mi, tu, ilo ini.), ila if.), ilu (n.); nos, vos,... On = om.
Los pronoms possessifs sont : mie, tue. sue; nose. vose,...
Les verbes sont invariables en personne et en noml)re. Ils suivent une des 3 conjugaisons dont voici les désinences ' : Infinitif : -ar -er -ir
Participe actif : ante -ente -lente
— passif : -ate -ite -ite
1. On pourrait objectera l'auteur que la L. I. doit précisément remplacer toutes les langues étrangères. Cette objection ne serait pas juste, et il y a répondu d'avance : d'abord, dans la période de transition, il sera encore utile de connaître les 3 principales langues européennes (1)., E., F.); ensuite, on pourra toujours avoir besoin d'apprendre une langue vivante pour entretenir des relations spéciales avec le peuple qui la parle.
2. 11 se contracte avec les prépositions de, a, kon, in, sur, per, en del, al. kol, nel, sul, pel (comme en I.).
3. L'unité de conjugaison serait arbitraire, selon l'auteur, parce qu'elle dénaturerait les formes internationales.
CouTCitAT et Lkau. — I.anguo univ. 31
Indicatif présent : -a -e -e
Indicatif passé : -à -é -i
— futur : -arâ -erà -ira
Conditionnel présent : -aria -eria -iria
Impératif-optatif: -e a -a
Les temps composés (antérieurs) se forment au moyen de l'auxiliaire haver et du participe passif; les temps du passif, au moyen de l'auxiliaire eser et du même participe. Le verbe eser a pour participe passé (irrégulicr) state (de star).
Syntaxe. Comme il n'y a pas d'accusatif (même pas dans les pronoms), l'ordre des mots doit être fixé : le sujet est toujours avant le verbe, et le régime direct est après le verbe, ou, si l'on veut le faire ressortir, avant le sujet.
L'interrogation est marquée en conséquence, non par l'inversion du sujet, mais par la particule ku (ou par un mot interrogatif commençant par ku) mise en tête de la phrase.
Vocabulaire.
L'auteur ne donne qu'un lexique très sommaire. On y remarque les conjonctions : e ou ed, o ou od, ma, kar ou nam, ke, proke {pour que); les prépositions ante, por (à cause de), pro (en vue de); les adverbes non, mem; les substantifs afar [affaire), amiko, autor, eternitâ, idioma, libro, letra, komunikacion, konsciencia, korespondencia, racion, tera, viktoria; les adjectifs alfabetike, artificial, internacional. kordial, necesarie, real, scientiflke ; les verbes anexar, aprender, divenir, ignorât, informât, konoscer, reciver, regardât, sktivet (écrire), tenet, venit, volet (vouloir).
D'après les principes exposés par l'auteur, il ne faut pas lui demander la régularité des dérivations. Nous trouvons ainsi favotâbil, agreâbil à côté de dezirabil et exekutabil; estima, estimât; gtamatika, gtamatikal ; homo, human, humanità; judikat, judikamento ; kultivat, kultuta ; tekomendat, tekomendacion ; t espondet, tesponsa; seniot, seniota (dame); titulo, titulat; ttankuile, ttankuilizat; util, utilitâ; vokabulo, vokabulatio. L'auteur indique cependant le suffixe -et comme diminutif.
Comme échantillon de lingua komun, nous citerons le Pater :
padte nose kuale tu ese in cielo, santé esa tue nômine; vena impetio tue ; voluntâ tue esa fate sut tera komo in cielo ; dé a nos
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hodi nose pan kuotidian : perdone nose kulpas, kual nos perdona nosc kulpantes; ni konduka nos in tentacion, ma libère nos de lu mal.
Critique.
M. KiJRSCHNER a commencf' |)ar iHvo un adopte et un propapatcur de VEsperanlo. Puis, pour les raisons indiquées plus haut, il a élaboré un projet de réforme de VEsperanlo, et il a été ainsi amenô à concevoir sa lingiia komun, assez analoerue au Mundolingue de J. Lott, en s'inspirant des idées de Liptay et des principaux collaborateurs du Linguist. Comme ceux-ci, il est imbu du préjugé € scientifique »,et, pour lui comme pour eux, une langue « scientifique » ne peut être que romane par sa grammaire et néo-latine par son vocabulaire.
Il est par suite obligé de sacrifier complètement la régularité à l'internationalité, ou plutôt à une inlernationalilé partielle et partiale. Voici les deux points principaux sur lesquels il se sépare de l'Espéranto (à son désavantage, croyons-nous) : d'une part, il supprime la distinction formelle des parties du discours (sauf pour les adverbes dérivés), de sorte qu'un nom peut se terminer comme un adjectif ou comme un verbe ; d'autre part, il admet une pluvalilé de conjugaisons, complication bien inutile, et. qui pis est, la même désinence a un sens différent suivant la conjugaison : l)ar exemple, -a, qui désigne l'indicatif dans la 1'* conjugaison, désigne l'impératif dans la 2" et la 3"", et l'inverse a lieu pour -e, de sorte que pour savoir ce qu'une telle désinence signifie il faut se demander d'abord à quelle conjugaison le verbe appartient (et même, si c'est un verbe). Ces remarques suffisent à montrer que, si la lingua koimm est plus « scientifique » que d'autres projets (ce que nous n'osons pas décider), elle est beaucoup moins simple, moins régulière, et partant moins facile et moins pratique.