CHAPITRE XXVI
AKADEMI INTERNASIONAL DE LINGU UNIVERSAL : IDIOM NEUTRAL^
L'Académie internationale de langue universelle est l'Académie instituée par les deux Congrès internationaux de Volapùkistes (1887, 1889) pour réformer et perfectionner le Volapûk. Nous avons résumé son histoire jusqu'au jour où elle élut directeur pour cinq ans (15 mai 1893-15 mai 1898) M. Woldcmar Rosenberger, ingénieur des chemins de fer russes à Saint-Pétersbourg.
Celui-ci donna une impulsion nouvelle aux travaux à peu près interrompus de l'Académie. 11 communiquait avec ses collègues par des circulaires (rédigées en Volapûk) où il leur proposait une à une les règles grammaticales et les formes ; les académiciens répondaient oui ou non à chacune de ces propositions. Les propositions votées par la majorité étaient adoptées comme Résolutions de l'Académie ; les propositions repoussées donnaient lieu à des contre-propositions que le directeur soumettait à leur tour au vote de ses collègues. Ainsi la langue était bien l'œuvre collective de toute YAcadémie, puisqu'il n'y a pas un détail, pas un mot qui n'ait été approuvé par la majorité; mais il est juste de reconnaître que la plus grande part du travail et de l'initiative revient à M. Rosenberger, d'autant plus que Vidiom neutral ressemble, dans ses traits essentiels, au projet personnel qu'il avait exposé dans ses circulaires n°^ 15 et 16 (25-30 avril 1895).
Le résultat de ces cinq années de travail, consigné dans 45 circulaires, fut une série de 126 résolutions fixant :
1. Rosenberger : Grammatik und Wôrlerbuch der Neuiralsprache, suivi d'une Kurzfjefassle Geschichte der internaiionalen Wellsprache-Akademie, 315 p. 10° (Leipzig, Haberland, 1902). Nous avons eu en outre communication de la série des circulaires de l'Académie, depuis 1893 jusqu'à présent.
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i° Los règles d'orthographe et de prononciation;
2° Environ 3000 radicaux les plus usuels;
3" Les |)rincipaux pn'lixes et suffixes;
V Un grand nondjre de mots dérivés et composés;
5" Toutes les particules ;
6° Toutes les formes grammaticales;
7° Les régies de syntaxe (ordre des mots).
En somme, à la fin du directorat de M. Rosenbekger, la langue était constituée. Aussi le premier soin de son successeur, le Révérend A. -F. Holmes, t recteur » à Macedon près Rochester (New- York, États-Unis), fut-il de la prendre pour langue officielle de l'Académie, et de traduire en cette langue les Statuts et les Résolutions de l'Académie. Celle-ci ne s'appela plus Kadem bevûnetik volapûkn, mais Akademi internasional de lingu universal; les Zûlags devinrent des Sirkulari, divisées comme aui)aravant en Parti linguistik (DU pûkavik) et Parti de administrasion (Dilgovamik). On adopta pour la nouvelle langue le nom d'Idiomneutral, et l'on continua à perfectionner la grammaire et à enrichir le vocabnlaire de radicaux nouveaux suivant le programme et la méthode inaugurés par M. Rosenberger. Celui-ci, qui est sous-directeur de rAcadémie pendant le directorat de M. Holmes (16 mai 1898- 15 mai 1903), a été chargé de publier en allemand la Grammaire et le Vocabulaire de l'Idiom neutral, conformément aux résolutions de l'Académie. D'autre part, M. Holmes vient de les publier en anglais' et M. Ronto van Rvlevelt se propose de les publier en hollandais.
La composition de l'Académie varie chaque année, en raison des réélections (chaque académicien est élu pour cinq ans, et rééligible) ; le nombre des académiciens a varié de 15 à 36. Nous ne pouvons reproduire ici la liste des 81 personnes qui en ont fait partie successivement; nous nous bornerons à donner la liste des membres au 1" janvier 1903 : MM. Actis, de Ferrare; Berlo- Uni, de Rologne; lionto van Bylevelt, d'Amsterdam; D' Earle, Rochester; Mlle Enderneitt (Mme Bayer), Copenhague; MM.Fre/ic/i, Saranac Lake (U. S. A.); D"" Fros/, Konigsberg: Adam Henderson, Glasgow; L> Hoffmann, Konigsberg; Rev. Holmes, Macedon (U. S. A.): Huebsch, New- York; Lentze, Leipzig: Mackensen, San
1. Diclionanj of the Nevlral Laiiguage, 312 p. in-lG (Rochester, Joha P. Smith, 1903).
Antonio (Texas, U. S. A.); D' Oreglia d'Isola, Rome; Plam, Copennhague ; Rosenberger, S'-Pétersbourg : Schmidt, Niirnberg : Shmurlo, Tomsk; Mlle Verbrugh, Wageningen (Pays-Bas); MM. Waegenaere, Courtrai; le major Wood, Jefferson Barracks (U. S. A.). En résumé, l'Académie comprenait à cette date 1 Belge, 2 Danois, 4 Allemands, 1 Anglais, 3 Italiens, 2 Hollandais, 2 Russes et 6 Américains '.
Voici maintenant les principes qui ont dirigé l'élaboration de VIdiom neutral. Avant tout, M. Rosenberger et ses collègues ont délibérément subordonné la grammaire au vocabulaire 2, contrairement à l'esprit du Volapiik ; cela, seul constituait une réforme radicale du système, ou plutôt la substitution d'un système a posteriori à un système a priori. En effet, l'Académie adopta pour le vocabulaire le principe suivant : « Les radicaux les meilleurs sont ceux qui se trouvent comme mots nationaux ou comme mots étrangers dans le plus grand nombre des langues principales de l'Europe (Res. 11) »; en un mot, \c principe du maximum d'internationalité. (Les « langues principales » visées sont D., E., F., I., R., S., plus le latin.) Dès lors, pour pouvoir admettre sans les défigurer les radicaux internationaux, il fallut supprimer progressivement toutes les règles arbitraires et toutes les restrictions gênantes de la morphologie du Volapûk : on admit des radicaux disyllabiques et trisyllabiquos (Res. 1 et 2j, et môme de 4 et 5 syllabes : temperatur, perpendikular (Res. 21) ; des radicaux de la forme cvcve (Res. 3, 4, 5); des radicaux contenant la lettre r, môme avec la lettre 1 (Res. 7, 8); des radicaux finissant par 2 consonnes ou par -s (Res. 10, 15, 16, 17); des radicaux commençant ou finissant par une voyelle : adres, lingu, akua (Res. 18, 19); des radicaux contenant 3 ou 4 consonnes de suite, pourvu qu'ils se trouvent déjà en D., E. ou F. : monstr (Res. 22). Enfin, on rompait avec les principes essentiels du Volapûk en supprimant toute terminaison caractéristique de classes d'objets, comme -in pour les corps chimiques, -ip pour
1. Depuis le 29 mai 1895, TAcadémie ne compte plus un seul Français. Jusqu'à cette date elle comprenait les Français suivants : H. Baines, le prof. H. Guignes et l'ingénieur A. Morel (du Creusot).
2. V. Rosenberger, VV'as wir jetzt zu thun hahen\ ap. Lingvist, 1890, n° 4. Allusion à cette phrase de Max Mûller, adressée au D' Liptay : « Was Sie jetzt zu thun haben, ist, ein voUstandiges Wôrterbuch auszuarbeiten ». (Nous avons cité cette lettre de Max Millier p. 437, note 1.) Cf. Rosenberger, Wôrterbuch der Neutralsprache, p. 306, 303.
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les maladies, et -it pour les oiseaux (Res. 20) ; et iiK^ne toute désinence caractéristique des parties du discours, (-omnie -ik pour les adjectifs (Res. 12, 14).
Ces principes une fois posés, M. Hosenberger commença à proposer à TAcadémie des séries de radicaux, en indiquant pour chacun d'eux les langues auxquelles il appartient, de sorte qu'on peut constater d'un coup d'd'il son degré d'internationalité *. En même temps, il faisait adopter par 1" Académie les règles de grammaire, de syntaxe, d'accentuation, de prononciation et de transcription; puis les particules, les flexions, les aflixes de dérivation, et les principaux mots dérivés et composés. Ce système grammatical est presque identique au projet de grammaire que M. Rosen- BERGER avait proposé dans sa circulaire n" 13 (23 avril 1893).
D'ailleurs, l'Académie ne s'est nullement interdit de s'inspirer des travaux des précédents inventeurs; et M. Rosenberger reconnaît expressément ce que Vidiom neatral doit à l'Espéranto, au Kosinos, au Spelin, au Myrana, au Mandolingue, à VUniversala et au Novilatiin, ainsi qu'aux conseils de divers philologues, et surtout au D"" LiPTAV. En somme, Vidiom neatral n'a guère conservé du Volapùk que les principes généraux suivants : « 1° Le radical rst toujours invariable; 2" les dérivés ne peuvent être formés que par l'adjonction d'afHxes; 3° il n'y a qu'un affixe pour chaque sens dérivé; 4° les affixes peuvent être attachés à nimporte quel radical, dès que le sens le permet»; auxquels il faut ajouter l'orthographe phonétique et l'absence de toute exception ^ Ces principes se réduisent à deux : invariabilité de forme et uniformité de sens de tous les éléments grammaticaux.
Grammaire.
Valphabet comprend 5 voyelles : a, e, i, o, u {ou); et 18 consonnes : b, c {tch), d, f, g (toujours dur), h (aspiré), j (F.), k, 1, m, n, p. r, s (toujours dur), t, v, y, sh (E., ch F., sch D.)'.
L'accent tombe sur la voyelle qui précède la dernière consonne,
1. Cette indication se fait au moyen des 7 initiales e, t, (I, m, I, r, 1,
rangées dans cet ordre après chaque radical. Une lettre grasse signifie que le radical est identique au radical national par l'écriture ou la prononciation; une lettre ordinaire signifie qu'il y a seulement similitude.