AKADEMI : IDIOM NEL'TUAL
Pour donner un aperçu du vocabulaire, nous citerons les premiers mots du dictionnaire neutral :
abandon-ar, abandonner.
abat (-a), alihé, abbesse.
abat-eri, abbaye.
abat-ar, abattre.
abdik-ar, alnlù/uer.
abdik-asion, abdication.
abdomin, abdomen.
aber-ar. se tromper.
aber-asion, erreur, aberration.
abiet, pin h. abies).
abism, abime.
ablativ, ablatif.
abomin-ar, abominer.
abomin-abl, abominable.
abomin-asion, abomination.
abon-ar, s'abonner.
abon-ant. atjonne'.
abrevi-ar, abréger.
abrevi-asion, abréviation.
abrikos, abricot.
absent, absent.
absent-itet ou absens, absence.
Vldiom neutral n'est employé jusqu'ici que par les membres do rAcadémie. M. Rosenuerger a pul)llé des articles (Letri da Rusia) dans cotte langue dans le Nouveau Précurseur d'Anvers.
Uldioin neutral est assurément l'un dos projets les plus complets et les plus pratiques qui aient été proposés depuis le Volapiik. 11 a cet avantage d'être l'œuvre collective d'un grouj)e international, d'avoir été ainsi soumis à une discussion impartiale et à un contrôle sérieux. Il est seulement regrettable que cr long et consciencieux travail n'ait pas une origine plus autorisée. On no pont oublier, en olTot, que VAcadémie internationale tient son mandat des Volapûkistes, qu'elle ne représente (Ml principe que le monde volapûkiste et n'a travaillé que pour lui'. Sans doute, on doit rendre justice à l'indépendance dos académiciens, et au zèle très méritoire avec lequel ils se sont efforcés de se dégager du Volapiik; il n'en est pas moins vrai (pi'ils en sont partis, qu'ils en ont hérité, et ce vice originel peut expliquer certains défauts de Vldiom neutral, attendu que celui; ci a conservé quelques traces de la Glaniat nomik. Ces réserves n'ont pas pour l)ut de diminuer la valeur intrinsèque de cette langue et le mérite de ses auteurs, mais simplement de sauvegarder l'indépendance du Comité de la Délégation, qui seul représentera l'onsonible des personnes et des sociétés intéressées à
1. Encore fuut-il ajouter qu'une partie des Volapiikisles est restée fidèle au Volapû/i.
CouTURAT et Leau — Langue univ.
l'adoption d"une langue internationale, et qui seul aura l'autorité nécessaire pour la choisir et l'imposer. Il devra donc examiner et juger Ylcliom neulral uniquement d'après ses qualités intrinsèques, comme tout autre projet né de l'initiative privée et élaboré par une seule personne.
Les principes de Vidiom neulral nous paraissent inattaquables ; ce sont, croyons-nous, ceux que la Langue internationale future dcATa nécessairement adopter ou vérifier; tel est surtout le principe de l'internationalité maxima des radicaux. Quelle que soit la grammaire qu'on adopte, on devra donc tenir grand compte des listes de radicaux internationaux dressées par Y Académie.
Malheureusement, l'orthographe assignée à ces mots est défectueuse : au lieu de respecter le graphisme, qui est international, on l'a modifié pour le conformer à la prononciation, qui n'est nullement internationale. En fait, on a pris pour modèle une prononciation nationale, la prononciation française. Un seul exemple suffit à le montrer : le mot sentralisasion (encore les Français prononcent-ils : senlralizasion, avec en et on nasales). Un Allemand prononcera ce même mot : Isenlralizalsion (sans nasales), et il faut avouer que cette prononciation, plus sonore et plus relevée, est aussi plus conforme à l'orthographe et par suite à l'étymologie. Ce défaut vient de la pauvreté de l'alphabet; un alphabet un peu plus riche permettrait de mieux atteindre le maximum d'internationalité à la fois graphique et phonétique. Par exemple, le remplacement de c par s (Res. 23) défigure pour l'œil les mots comme sent {cenl), sentr {cenlre), sen {cendre), sert {cerlain), sin (cygne), bisikl (bicycle), inosent (innocent); et il ne les dénature guère moins aux oreilles de tous les non-Français ^ Il en est de même pour l's substitué au z dans les mots basar, senit, sink (zinc), soologi^ 11 vaudrait mieux, évidemment, garder le c en lui donnant le son qu'il a en allemand et en polonais. Mais, par une curieuse inconséquence, Vidiom neulral donne à c le son complexe tch, et représente au contraire le son simple eh par deux lettres : sh, qui perdent ainsi leur son propre. Cela défigure certains mots français, comme sharjar, sharmar, shershar. En outre, les règles
d. Autres exemples : asid, obsen, santim, selebr, selibat, sensor, serf (cerf), seris, serebr, sinser, sir, sos, sosis, yustis; sitar, osilar, ositar.
2. Autres exemples : sebr, fras, dusen (douzaine), suav (zouave, et non suave).
AKADKMl : IDIOM NEUTRAL 499
(lo racccnluatioii sont trop (•oini)li(iU(''os, suiiout pour uno langue qui doit servir aux usages vulgaires et aux personnes (rinstrnctioii nioyciHU'.
Cest surtout la grainniairc qui pn'^te le flanc à la critique. Et (l'abord, un très grave défaut est l'absence de tout article, défini ou indéfini. On allègue que les langues slaves s'en passent; mais, sans disculer ici le plus ou moins d'utilité de l'article (défini surtout), il suflit que les autres langues européennes l'cMnploient pour quil soit indi<|ué de l'adopter dans la Langue internationale. Nous ne savons i)as le russe, mais nous savons le latin et le grec; or la comparaison des deux langues classiques montre combien l'article met de netteté dans la pensée, et condîien son absence la laisse llottante et vague. Au fond, c'est le contexte qui détermine en latin, la plupart du temps, le sens défini ou indéfini des substantifs; à moins que ce ne soient des pronoms boaucouj) plus encondirants que le sinq)le article '. Le besoin de l'article se fait si vivement sentir dans la pensée moderne, que les scolastiques avaient introduit en latin un article [li], et que les philosophes du .wii" siècle enqjloyaient, soit le pronom ipse, soit l'article défini grec (par exemple avec les mots indéclinables). D'ailleurs, tout adjectif peut être employé comme substantif, même sans les désinences de genre -o ou -a. A quoi le reconnaîtra-ton, s'il n'y a pas d'article?
En général, il est regrettable que l'Académie ait supprimé foute distinction matérielle entre les parties du discours. Sans doute, elle a eu bien raison de supprimer les désinences caractéristiques de certaines classes dldées (dans le Volapilk): mais autant celles-ci sont inutiles et gênantes, autant les désinences caractéristiques des c/asscs de mots sont commodes pour marquer le rôle de chaque mot dans la phrase, et rendre sensible la construction. Il semble que, dans sa réaction contre les principes du Volapilk. l'Académie soit allée trop loin: d'autant plus que cette distinction peut se faire sans imposer aucune irstriction aux radicaux, et sans les atTubler d'un suffixe monotone, comme 1' -ik des adjectifs en Volapilk. Il y a toutefois une heureuse exception en ce qui concerne les adverbes (en -e) et les
1. Qu'on se rappelle le Volapilk, qui, ne voulant pas se servir de l'arlicle indéfini un, est obligé d'employer le pronom sembal. De même, VIdiom neulral emploie kelkun. P.e n'est pas une af)rêviation !
prépositions (en -u). En revanche, comme les verbes n'ont aucune désinence à l'indicatif présent, rien ne distinguo un verbe d'un substantif. Ex. : mersi veut dire aussi bien [je] remercie que remercîment.
Non seulement les parties du discours ne se distinguent pas par la forme, mais on a admis des radicaux homonymes appartenant à différentes classes (Res. 23 h), comme sol (soleil) et sol (seul) ' ; kar [voiture) et kar (cher). En outre, on n'a pas toujours prévu un mode de dérivation régulier permettant de passer d'une classe à l'autre, par exemple, de dériver les pronoms possessifs des pronoms personnels; c'est là une complication qui charge la mémoire. On n'a pas non plus évité de donner à certains radicaux des désinences identiques à des flexions grammaticales ou à des suffixes. D'une part, il y a beaucoup de noms dont le radical se termine en i, de sorte que leur singulier ressemble à un pluriel, et que leur pluriel se distingue mal de leur singulier 2; d'autre part, il y a beaucoup de radicaux en -i qui sont identiques au pluriel d'autres radicaux. Ex. : kirurg (chirurgien) et kirurgi (chirurgie); filosof et filosofi; geolog et geologi, pedagog et pedagogi; fol (fou) et foli (feuille); rad (rade) et radi (rayon); musk (mouche) et muski (mousse); klav (clou) et klavi (clef); vis (vue) et visi (vice); fur (fourrure) et furi (furie); tur (un tour) et turi (une tour): De môme, avar veut dire avare ou avoir; inventai, inventaire et inventer. Certains radicaux ont l'aspect de mots dérivés : amik, héros, karos, kolos ont des terminaisons d'adjectifs; bufet, buket ne sont pas des diminutifs; husar, kuliar (cuiller) ne sont pas des verbes; kamarad, batist, kalamitet, ne sont pas des dérivés (Res. 5).
Chose plus grave, certains mots semblent régulièrement dérivés de mots existants dont le sens est tout différent (Res. 6). Musa (muse) n'est pas le féminin de mus [rat); kaskad ne dérive pas de kask; baston n'est pas l'augmentatif de hast (aubier), ni prison celui de pris (prix); pariet (paroi) n'est pas le diminutif de pari; infanteri ne vient pas d'infant (enfant). En général, le suffixe -itet peut se confondre avec le suffixe -et; et le suffixe -eri ressemble au pluriel du suffixe -er : duaner (douanier), duaneri (douane). Les noms en -er, avec la terminaison mascu-