‹ Histoire de la langue universelleChapitre 226 sur 296 · Voir la Critique générale des Systèmes mixtes (p · texte numérisé non relu

Voir la Critique générale des Systèmes mixtes (p

2. De même, dnns un article de The World's Work (juillet 19a3, p. 195), M. Tighe Hopki.ns rapproche la périphrase de bici/clette dans le latin de la Vox Urbis de la périphrase de télégramme en gaélique : story-on-top-of-astick (litt. : nouvelle sur le haut d'un bùton).

3. Volkslalein. Vorwort zu Dr. R. llelms Uebungsbuch filr volkstilmliche Vortragskurse, und Vortrag « Ueber die Bedeutung des Lateins fur unser Volk und unsre Zeil » von Prof. Hermann Diels (Leipzig, Teubner, 1901).

4. On peut en dire autant pour l'Angleterre, où l'on plaide versus (contre) quelqu'un, et où l'on s'abonne aux journaux per annum.

ments de Berlin sont couverts d'inscriptions latines, et les locutions latines abondent même dans le langage familier; on ne peut pas trinquer sans dire : Prosit, ni fêter quelqu'un sans crier : Vivat. Non seulement l'allemand emprunte au latin un grand nombre de mots savants intraduisibles (comme sabjectiv et objectiv, reladv et absolut, Idealismiis et Materialismus), mais il contient dans son vocabulaire le plus ancien et le plus populaire des radicaux latins [Vater, Wein, Keller, Fenster, Kammer, Kôrper, Mauer, Schreiben, etc.). Même les mots d'empire [Reich) et d'empereur {Kaiser) sont d'origine latine (celui-ci est la transcription phonétique de Cœsar, antérieure au vi° siècle). Tout cela prouve à quel point rallemand est imprégné d'éléments latins.

Il en résulte que la langue allemande, môme la plus courante, est remplie de mots d'origine latine : dans un article du journal populaire (socialiste) Vonvàrts, pris au hasard, M. Diels relève les mots : Militàroperationen (qu'on ne peut pas traduire par kriegerische Handlangen), Konkurrent, Coalition, Organisation, Invasion, Dimension, Republik, Armée, Révolution, Diplomat, Consul, Méthode, etc. Il proteste, à ce propos, contre la guerre faite en Allemagne aux « mots étrangers », c'est-à-dire, le plus souvent,' à ces mots de source latine qui sont en quelque sorte les titres de noblesse de la civilisation allemande et les traces de son origine romaine. Les efforts faits pour les remplacer par des équivalents allemands artificiellement formés sont, à ses yeux, « une sorte de falsification », qu'il compare à l'action de démarquer l'origine des produits K D'ailleurs, comme on l'a vu, les équivalents sont souvent inexacts, et parfois même font totalement défaut.

De tout cela M. Diels conclut qu'un Allemand ne peut savoir sa langue, et comprendre l'histoire et les institutions de son pays, que s'il connaît le latin. La connaissance du latin est utile, sinon indispensable, à tous ceux qui cultivent, non seulement la philosophie, l'histoire ou le droit, mais encore les sciences naturelles : la Pharmacopœa germanica est rédigée en latin, ainsi que les ordonnances des médecins; et le botaniste apprend à nommer les plantes en latin. C'est ainsi que des personnes qui n'ont pas reçu l'instruction classique peuvent éprouver le besoin, soit pour leur culture d'esprit, soit même pour leur

1. L'auteur rappelle que Charlemagne avait déjà essayé, mais en vain, de remplacer les noms des mois latins par des noms germaniques.

profession, d'acquérir (iu<^l(|urs notions de latin. C'est précisément à elles que sont destinés ces cours populaires de latin. M. DiELS déplore que le latin sf)it une sorte de privilège aristocratique, et établisse une l)arri«''re entre les classes de la société. Mais, tandis que des réformateurs veulent le remplacer par des études exclusivement « réelles » et utilitaires, l'auteur, qui y voit le palladium de toute culture élevée, voudrait au contraire populariser les humanités et en étendre les bienfaits aux classes (pii en sont jusqu'ici privées.

On ne peut que rendre hommage à la largeur et à la générosité de ces vues, dont la portée n'est pas restreinte à l'Allemagne; car dans tous les pays les humanités traversent une crise, par suite de la concurrence de renseignement « moderne », et surtout, remarquons-le en passant, des langues vivantes, dont on reconnaît de pins en plus l'utilité pratique pour les relations internationales. Seulement, si l'on recommande l'étude du latin, ce n'est pas, comme on voit, h titre de langue universelle, mais à titre d'instrument de culture intellectuelle • et pour des raisons pédag<)gi(iurs et sociales m/rn-nationales. C'est ailleurs (pie M. Diels a préconisé le latin comme « la plus simple et la meilleure des langues universelles ' », en vertu des mômes considérations Iiislori«pies, à savoir que la civilisation romaine est la mère et la nourrice de la civilisation européenne. Il ajoute : « L'empire romain est mort, aucune pensée politique ne s'attache plus à sa langue. KUe est donc un moyen de communication neutre. comme il n'y en a pas un second. » L'auteur paraît admettre la nécessité et la possibilité de simplifier et de moderniser le latin pour le rendre plus accessible et plus maniable; mais on peut douter qu'il fasse beaucoup de concessions sur ce point, quand on le voit qualifier de néo-latin la langue classique du Prxco Latinus et de la Vox Urbis. De i)lus, on ne peut s'empêcher de remarquer ré(]uivoque ou l'illusion que recèle le mot môme de Volkslatein : les cours de M. Helms ne sont pas des cours de latin populaire, mais des cours populaires de latin classique, ce qui est bien différent. On y apprend à lire César; or le latin populaire

1. M. Diels va jusqu'à dire (juo « l'enseignement du latin vaut un cours de logiciuo •'.

2. Das l'robloin der Weltsprache, ap. Deutsche Revue, janvier 1901. Cf. Ueber Leil)niz und das Problem der Universalsprache, np. Sitzunr/sherichte der k. pr. Akademie der Wissensc/iaflcn zu Berlin (29 juin 1899).

n'est pas le latin de César, mais le latin que parlaient ses légionnaires, et qu ils ont appris à nos aïeux : le latin où l'on disait caballus au lieu d'equus, bellus au lieu de pulcher, et ainsi de suite. D'un autre côté, M. Valdarnini, professeur de l'Université de Bologne, recommande le latin comme langue universelle, pour deux sortes de raisons : des raisons historiques propres à l'Italie (souvenir de l'empire romain), qui, si elles avaient une valeur réelle, contrediraient la nentralité que M. Diels attribue au latin; et des raisons pédagogiques : l'adoption du latin comme langue universelle serait le meilleur moyen de remédier au surmenage intellectuel et à la surcharge des programmes de l'enseignement secondaire, et de faire cesser le conflit des études classiques et des études modernes ^ Seulement, c'est exactement pour les mêmes raisons que M. Ernest Naville préconise l'adoption d'une langue internationale artificielle, et spécialement de VEsperanto : car l'étude d'une langue aussi facile permettrait de consacrer plus de temps aux langues classiques, et les délivrerait de la concurrence utilitaire des langues vivantes*.

Critique.

Les partisans du latin font valoir en sa faveur une foule d'arguments d'ordre historique. Le latin a été au moyen âge, et est resté jusqu'au xviii<= siècle, la langue internationale des savants : et même au xi.x" siècle, Gauss et Jacobi écrivaient encore leurs mémoires de mathématiques en latin. Malheureusement presque tous les faits allégués appartiennent au passé : en France, on faisait encore les cours de philosophie en latin vers 1830; en Hongrie, on parlait encore en latin vers 1848 (mais aujourd'hui on ne le parle plus du tout); en Italie, il n'y a pas longtemps encore qu'on faisait les cours de médecine en latin; chez nous, il y a trente ans, on faisait encoi^e des discours latins dans certaines cérémonies officielles; et ainsi de suite. Dans toutes ces constatations, l'adverbe encore revient sans cesse, de sorte que l'éloge du latin ressemble à une

1. Angelo Valdarnini : Il sovraccarico délia mente e lo studio d'Htm lingua internazionale (Asti, 1900).

2. E. Naville, La Langue internationale, mémoire présenté à rAcadémie des sciences morales et politiques (janvier 1899).

(>rais(»n Innrhre. « On soutenait autrefois en lalin 1rs Ih^scs «le (locloral »; sans doulr, mais cola ne se fait plus, cl pour cause. Les thèses elles-mêmes étaient autrefois en latin : on y a renoncé dans les Facultés de droit, de médecine et de sciences; cl si une thèse latine est encore exigée au doctorat es lettres, la plupart des Facultés des Lettres françaises demandent (luon la supprime, ou tout au moins qu'on la rende facultative'. Tous les faits qu'invoquent les partisans du latin ne prouvent dfm<-. pas sa vitalité persistante, mais hien plutôt sa décadence progressive, fatale et irrémédiable, dans tous les doniaint>s et dans tous les pays.

Sans doute, il est permis de regretter le temps où dans toutes les Universités d'Europe les cours se faisaient en latin, de sorte (ju'un étudiant pouvait, sans être dépaysé, suivre successivement les leçons de maîtres célèbres de différents pays. Mais, qu'on le regrette ou non, ce temps n'est plus, et l'enseignement se donne et continuera vraisemblablement à se donner dans la langue nationale ou maternelle. Le latin ne réussira pas plus ([u'une langue artilicielle à restaurer l'unité de langue parmi les savants. Ceux qui le révent caressent la chimère d'une langue universelle pour le inonde savant, et ce n'est pas cette chimère, nous le déclarons nettement, «jue nous poursuivons à présent.

On pe»it du moins désirer que le latin redevienne la langue de la correspondance et des publications scientifiques; on espèn* ainsi renouer la tradition naguère interronq)ue. Puisque, (lit-on. les savants sont obligés de savoir le latin pour pouvoir lire les univivs des maîtres des siècles antérieurs, pourcjuoi ne |)rolileraient-ils pas de cette connaissance pour publier à leur tour leurs travaux dans cette langue, et s'en servir dans les coniples-rcndus officiels des Académies, les revues scientificpics. etc.? On oublie que les savants sont de moins en moins obligés de savoir le latin, à mesure qu'on s'éloigne du temps où le latin était l'unique langue scielitilîque. Les sciences mathématiques et naturelles font des piogrès si rapitles, que l'on ne peut les apprendre que dans des ouvrages qui datent de moins (le vingt ans, et (jui, par conséquent, sont tous en langue nationale. On n'a plus besoin de se reporter aux œuvres des maîtres

t. Voir l'ic.vvET, La thèse latine et le doctorat es lettres, np. Reçue internationale de renseignement (13 mai 1903). — /'. 5. Un décrot du 28 juilicl 1003 vient de rendre facultatif femploi du lalin pour la seconde tlièse.

(dont la substance a d'ailleurs passé dans les cours et les manuels), à moins qu'on ne soit un historien et un érudit. Or c'est là un cas tellement rare parmi les savants, qu'on n'a pas à en tenir compte. Il ne serait ni juste ni raisonnable que, pour permettre à quelques érudits de lire Leibniz ou Newton dans le texte original; on astreignît tous les savants à l'usage du latin. Ces érudits pourront toujours apprendre le latin (comme le grec), s'ils en ont le besoin et le goût; les autres se contenteront de la science contemporaine, ou, s'ils ont par hasard à lire un ancien, ils le liront dans une traduction. Supposé qu'on adopte une langue artificielle, on n'aura qu'à traduire dans cette langue toutes les grandes œuvres classiques pour les mettre à la portée du public scientifique de tous les pays, et l'on ne peut comparer l'étendue finie et même très limitée de ces reliques (si précieuses qu'elles soient) à la masse toujours croissante des productions contemporaines. Il serait contraire au bon sens de subordonner celles-ci à celles-là, et de sacrifier l'avenir au passé.

Ajoutons à cela qu'il n'y a aucune comparaison eptre la connaissance du latin qui suffit pour lire les œuvres scientifiques écrites en cette langue, et celle qui serait nécessaire pour écrire et même converser en latin . On assure que les cours populaires de latin mettent en quelques mois en mesure de lire César; mais combien d'années d'études faudrait- il pour pouvoir écrire et parler, nous ne disons pas comme César, mais correctement"? On nous dit : Pourquoi chercher une langue internationale autre que cette langue que l'on enseigne dans les écoles secondaires de tous les pays, et que tous les hommes cultivés ont apprise? Mais cet argument se retourne contre ceux qui l'emploient : Comment! voilà une langue qu'on enseigne dans tous les pays, que tous les hommes instruits sont censés savoir, et ils ne s'en servent pas dans leurs relations internationales! C'est qu'en réalité presque personne ne la possède assez bien pour s'en servir pratiquement. Aussi l'on cite comme des prodiges les rares savants contemporains capables de parler latin; mais ces illustres exceptions ne font que confirmer la règle '. Enfin, il ne faut pas oublier que les partisans

1. On raconte sans cesse, comme un fait extraordinaire (et probablement unique), qu'au Congrès de médecine de Berlin les Professeurs Virchow et

du latin no pensent (luaux savants, et nrgligonf ainsi los 99/100 tU's prrsoinios inkh'cssrcs à l'emploi d'nne langnc intornationalo.

C.ar foule la question est une question pi'atitpie. (Juels que soient les mérites et les avantai,'<'s du latin (t(iRî nous ne contestons nullement), c'est une langue beaucoup trop difficile et trop lontrne iH apprendre. Il ne faut pas se lasser de le ré|)<''ter : l'élite de la jeunesse passe neuf ans à étudier le latin et al>outit à l'écrire péniblement, à coups de dictionnaire, et pas toujours correctement. A plus forte raison n'est-elle pas en état de le parler. Aussi l'immense majorité a-t-elle bient<M fait d'oublier toute notion de cette langue. Môme ceux qui, par profession, entretiennent et développent leur ^nnaissance du latin éprouvent de grandes difficultés i\ s'en^ervir. On sait que la thèse latine n'est plus considérée que comme une corvée ridicule et une ennuyeuse formalité; et ce n'est un mystère pour personne <|ue beaucoup de candidats s'en acquittent en traduisant ou en faisant traduire leur travail rédigé en français. Ainsi la majoi-ité (les docteurs es lettres est incapable de se servir couramment du latin. Que dire alors des docteurs es sciences, en droit et en médecine? On a beau dire cpie l'anatomie. la botanique et la pharmacie emploient une nomenclature latine; on peut savoir reconnaître un Phœnix dactylifera, et lire Aqua dislillata sur un bocal, sans être capable de faire la plus simple i)hrase en latin, ou seulement de décliner correctement ces deux expressions '.

Aussi bien ceux qui emploient de pareils arguments oublientils que ce qui constitue propr<Mnent une langue, ce n'est pas son vocabulaire, mais sa grammaire. C'est pourquoi nous atta-

Bacckixi ont conversé en Intin. On néglige d'ajouter si leurs collègues les ont coiiiiiris.

i. L'anecdote suivante a fait le tour de la presse en janvier l'J02. L'illustre 'ViRCHOw. de Berlin, ayant été victime d'un accident de tramway, reçut du Prof. Uaccelu, ministre de l'instruction |)ublique en Italie, une dé])èclie demandant de ses nouvelles, et répondit par le télégramme suivant :

Caput o.s\vi.< /'eoioris fraclui/i. Spero consolidationcm. Grtilias militas.

Les journalistes i|ui ont rn|)porté ce fait n'ont pas manqué de s'écrier, en guiso de conclusion : « La voilà bien, la langue universelle! c'est le latin! - S'ils avaient tant soit peu réfléclii, ils se seraient peut-être Tait la question suivante, que nous avons l'indiscrétion de leur poser : ('omliien, parmi tous ces journalistes, eussent été capables d'écrire correctement celte dépêche si courte et en apparence si simple, et, à plus forte raison, d'écrire en latin leur article tout entier, y compris le récit de l'accident de " tramway ■•■.'

CouTi'R.vT ot Lf.au. — I.anguo univ. 34

chons peu d'importance à l'objection courante, selon laquelle on serait obligé d'enrichir le vocabulaire latin d'une foule de néologismes, pour l'adapter aux besoins modernes. Ces néologismes pourraient faire dresser les cheveux sur la tôte des puristes : mais ils ne dénatureraient pas le latin, et ne le rendraient pas plus facile. Qu'importe qu'on dise notio ou idea, methodus ou ratio; qu'on emploie des mots comme magazina et realisare (Leibniz), pulvis pyriiis et eleclrica lux, s'il faut toujours les décliner et les conjuguer suivant les règles classiques? La grammaire est tout : c'est elle qui fait le caractère d'une langue, c'est elle aussi qui en fait la difficulté. Nous n'avons pas à rappeler ici toute la grammaire latine; mais peut-être sera-t-il bon d'en énumérer les principales difficultés, aussi bien pour ceux à qui l'usage les a rendues insensibles que pour ceux qui ne les connaissent pas. C'est bien le cas de répéter le vers connu :

Indodi discant, et ainent meminisse periti.

Le latin possède, selon les grammaires, 15 déclinaisons et 4 conjugaisons; mais, tout compte fait, il a 13 déclinaisons différentes, dont chacune comporte 12 terminaisons (paradigmes : rosa; domiiius, puer, ager, templum; auris, cubile, urbs, consul, fulgur; manus, cornu; dies) et 5 conjugaisons différentes, dont chacune comporte 75 terminaisons à l'actif et 59 au passif (Zegfo, amo, deleo, capio, audio). Or il est souvent fort difficile de savoir auquel de ces types appartient tel mot donné, particulièrement dans la 3^ déclinaison, où il n'y a pas de règle générale pour distinguer les noms qui font le génitif en -um de ceux cjui le font en -ium^. Il est déjà assez malaisé de savoir, à l'inspection du nominatif, quel est le génitif : lex fait legis, et judex hxil judicis ; lux fait lucis, et conjux, conjugis; vox fait vocis, et nox, noctis; pes fait pedis, et miles, militis ; lapis fait lapidis, et sanguis, sanguinis ; avis fait avis, ei pulvis, pulveris; tempus fait lemporis, et opus, operis; homo fait hominis, et sermo, sermonis ; acer fait acris, et celer, céleris. On peut môme être embarrassé pour savoir à quelle déclinaison appartient un mot; ainsi un mot en -us peut être de la 2*^ (dominus), de la 4" (manus) ou de la 3" (salus, genus) ; un mot en -er peut être de la 2" {puer, pueri; liber, libri) ou de la 3*-', et dans

1. La distinction des noms parisyllabiques et imparisyllabiques est tout à fait insuffisante et trompeuse : canis, juvenis font leur génitif en -um; dens, fons, mons font leur génitif en -ium.

celle-ci il jm'uI appartenir à «les paradigmes (liHV-reiils [pater, patruin; muUei\ inulieniin; imber, imbriuin); un mol en -es peut ôtre de la 5" {dies) ou de la 3«, et encore de paradigmes différcnJs {moles, molis; seges, segetis; hères, heredis; cornes, comilis). Le remède es! simple, dira-l-on; on n'a (ju'à chercher le génitif dans le dictionnaire. Cela revient à dire qu'il faut sans cesse feuilleter le dictionnaire, jusqu'à ce qu'on ait appris par l'usage le génitif de tous les noms qu'on emploie. Il en est de même du genre, que la désinence, non seulement ne permet pas de deviner, mais ferait souvent induire à faux : salits, manus sont du fénùnin; lempus, corpus sont du neutre; et inversement, agricola, naula sont du masculin, sans parler des mots d'origine grecque : poêla (masc), poeina (neutre), melhodus (féni.), etc.

Les verbes donnent lieu à des difficultés analogues. Un verbe en -io se conjugue-t-il sur capio ou sur audiol Un verbe dont l'infinitif est en ère ' se conjugue-t-il sur deleo, sur lego ou sur capiol Encore ici, ce n'est que le dictionnaire ou l'usage qui l'enseignent. Mais la régularité des conjugaisons n'est (piapparente, puisque la conjugaison de chaque verbe dépend de la forme de son parfait et de son supin, qu'il faut encore chei*cher dans le dictionnaire ou savoir par cteur. Aucune analogie ne peut servir de guide : elle ne peut qu'égarer. A cùté de amare {amavi, amalum) on a : domare (domui, domitum) ; à côté de delere (delevi, deletiun), on a : monere (monui, monitum) ; à cùté de audire (audivi, audilum), on a : aperire {aperiii, apertum). Mais c'est surtout la 3* conjugaison qui offre une multitude de formes diverses, au milieu desquelles l'apprenti se perd, de sorte qu'on peut dire que tous les verbes y sont irréguliers. 11 y a des parfaits en -ui {alui, colui) et en si {carpsi. dixi) qui souvent altèrent le radical (posai, misi, lusi); il y a des parfaits qui changent la voyelle du radical (ago, egi; capio, cepi) ou l'altèrent plus gravement (frango, fregi; rumpo, rupi; pergo, perrexi). D'autres redoublent le radical, avec ou sans altération [curro, cacurri; cado, cecidi; tango, teligi; pungo, pupugi). 11 y a des supins en -sum (cursum, hisam, morsum, visum, versum). Il y a des verbes qui manquent du parfait, ou du supin, ou de tous les deux; des verbes qui, n'ayant que le parfait, ont le sens du

1. Prévenons, une fois pour toutes, que nous ne tenons pas compte de la quantité, puis(iu'eile n'est pas manjuée dans les textes imprimés modernes. Nous nous plai;ons, comme de juste, au point de vue du novice.

présent (memini, odi) ; des verbes faussement impersonnels (pœnitet, piidet); il y a les verbes déponents, qui ont la l'orme passive et la signification active {imitari, polliceri, sequi, pati, hlandiri) et les verbes semi-déponents {audeo, ausus sum) *. Et quand on a appris tous ces verbes, il reste encore à apprendre les verbes absolument irréguliers, à commencer par le verbe sum (ex. : lavare, lavi, lautum; cavere, cavi, caatam ; sero, sévi, satam; ferre, tali,latum; velle, ire, fieri, etc.), qui sont précisément les plus usités.

La déclinaison offre aussi de nombreuses irrégularités, qu'il serait trop long d'énumérer. Bornons-nous à citer Jupiter (Jovis), iter (itineris), vis, bos, sans parler des noms d'origine grecque, des noms défectifs (en nombre ou en cas), de ceux qui changent de sens du singulier au pluriel [œdes, litera, copia, castrum, pars), et de ceux qui changent de genre {locus, jocus, cœlum). Rappelons aussi les irrégularités dans la formation des degrés de comparaison {bonus, melior, optimus) *, les adjectifs qui manquent de comparatif ou de superlatif, ou de tous les deux; les comparatifs et superlatifs qui manquent du positif; l'irrégularité dans la formation des noms de nombre {septendecim suivi de duodeviyinti; octavus, nonus, etc.), où les centaines se déclinent, tandis que les dizaines sont invariables; l'irrégularité de la déclinaison des pronoms personnels {ego, mei, mihi, me), démonstratifs (is, ejus; hic, hujus: ille, illius), relatifs {quis, cujus; uter, utrius), etc.

Cette multitude de formes diverses dont il faut se charger la mémoire a-t-elle du moins pour effet de rendre les équivoques impossibles? Pas le moins du monde. Dans la ['^° déclinaison, le nominatif et l'ablatif singulier, le datif et l'ablatif pluriel, le génitif singulier, le datif singulier et le nominatif pluriel se ressemblent; dans la 2«, le datif et l'ablatif singulier, le datif et l'ablatif pluriel se ressemblent; dans la 3®, le nominatif et l'accusatif pluriel se ressemblent; le datif et l'ablatif se ressemblent toujours au pluriel, et souvent au singulier; souvent aussi le nominatif et le génitif singulier se ressemblent (avis), ou bien le nominatif singulier et le nominatif pluriel [moles, nubes). Dans la ¥ déclinaison, le nominatif et le génitif singulier ressemblent

1. En revanche, il y a des verbes qui ont une forme active et un sens passif, comme vapulo {être battu).

2. Sans compter la diversité des formes régulières du superlatif : faciiis, facittimus, à côté d'utilis, utitissimus ; pulc/ier, pulclicrrimus ; vêtus, veterrimus.

au nomiiiiifir cl ù laccusalif jilnriol; dans la ij'", los iiomiiiafifs singuli<'r cl pluriel rossoiiihlriil à laccusalif pluriel. Knliii, clans tous les noms neutres, le nominatif et raccusalif se ressemblent '. Les adjectifs donnent lieu encore j\ d'autres ambiguït«*s : le nominatif s. f. ressemble au nominatif j)l. n. [bona). Ces similitudes de forme donnent lieu, on le conçoit, à une foule dambiguïlés que l'on ne peut dissiper que par r(''tude attentive du contexte, ce qui est contraire i\ lintelligibilité immédiate qu'on doit attendre de la L. I. Les confusions les plus fréquentes sont justement les plus graves, à savoir celle du nominatif et de l'accusatif et celle du singulier et du pluriel; ce sont précisément celles qu'une langue artificielle qui se respecte a l)ien soin de rendre impossibles.

11 y a encore bien d'autres équivoques : mei. tui, noslrum. nostri sont à la fois des génitifs de pronoms personnels et des formes de pronoms possessifs. Beaucoup de mots ont des bomonymes (pii i)rétent au calembour : liber signifie libre et livre ^•, motus signifie le mouvement et la cbose mue; mnlus signifie mécfiant et mât; malum, méchant et pomme, ce qui donne un triple sens au.\ cas indirects; populus signifie peuple et peuplier; palus, marais et pieu; os, bouche et os; fiedus, pacte et horrible: viclus. vaincu et nourriture ; distantia , dislance et cboses distantes ; latus signifie côté, large, et porté. Les nombreuses flexions des noms et des verbes donnent naissance à d'autres bomonymies : avi peut être le dat. ou labl. s. dai'js {oiseau} ou le nom. pi. dai'us {aïeul); lateris est le génitif à la fois de lalus (côté) et de later (brique); canis peut être le non), ou géii. sing. de canis (chien) ou le dat. ou abl. i)l. de canus (blanc) ^ ; securi, securis oITrent un double sens analogue (securis = hache, securus = en sécurité). Amor signifie amour ou Je suis aimé: amare signifie aimer, sois aimé, et... amèrement (ndyerhc d'amarus); vincere signifie vaincre et tu seras vaincu; leyis signifie de la loi et tu lis ; legi, à la loi et j'ai lu ; sine signifie sans et souffre ; suis signifie : du porc (sus), aux siens (suus) et tu couds (suo\ etc. *.

1. Dans les pronoms, lo dntif singulier ressemble souvent nu nominatif pluriel : alii, loti, soli; le nom. f. s. nu nom.pl. n. : hœc, ea, illa: et nu'^ine au nom. pi. f. : qu.r.

Page 1