D'où cette devise d'un libraire : Li(>er libro
3. Un de nos amis se souvient encore d'avoir pAli pendant une heure, en liuiti»Mne, sur ces mots ; canis capillis. auxtpiels il ne pouvait pas trouver d'autre sens <iue : les cheveu.v (Vun chien.
4. Nous empruntons la plupart de ces e.xemples « Wilkins (Real Characler,
Le parfait fulsi appartient à la fois à fulgeo et à fulcio ; luxi, à luceo et à lugeo; le parfait crevi et le supin cretiim sont communs à cerno et à cresco; le supin passum, à patior e.t à pando ; vidum, à vivo et à uinco : ce qui donne un double sens à tous les mots qui dérivent de ces formes.
On peut remarquer que le latin ne fournit aucun moyen de distinguer à quelle « partie du discours » appartient un mot donné. Il y a surtout un grand nombre de particules qui ont l'apparence et les terminaisons des noms. Ex. : protinus, penitus, versus (calembour -.vers); supra, contra, circa; coram; porro, rétro, ultra, adeo, modo, eo, quo; erga, ergo; pênes; sursum, demum, circum (calembour : cirque) ; sans parler des adverbes comme primum, tantum, multum, qui sont en réalité des adjectifs neutres '. Les adverbes dérivés se terminent les uns en -e et les autres en -ter, de sorte que non seulement on peut les confondre entre eux, et dire forte au lieu de fortiter, mais on peut confondre les premiers avec des substantifs ou adjectifs neutres, et les seconds avec des noms en er, comme accipiter.
Le latin offre encore deux graves lacunes : il n'a ni l'article défini, ni le pronom indéfini on. Il en résulte que l'on ne sait si un substantif est déterminé ou indéterminé (on ne le sait que par le contexte, ce qui ne suffit pas toujours) : aussi les auteurs modernes (notamment les philosophes) étaient-ils obligés d'emprunter l'article grec 2. Quant à l'absence de on, elle oblige à des tournures compliquées et souvent illogiques, par exemple, à mettre des verbes neutres au passif : Sic itur ad astra = c'est ainsi qu'on va aux astres.
Dans la dérivation et la composition, les éléments constituants sont variables à la fois par la forme et par le sens. Par la forme : car la préposition ad devient en composition ac, af, ag, al, an, ap, ar, at ou a; ab devient aussi a; in devient il, im, ir, etc. Par le sens : car la même particule a souvent en co.nposition des signi-
I, IV ; IV, vi), de qui nous nous sommes beaucoup inspirés dans cette Critique. On connaît le logogriphe : Ne mater suam = file, mère; je coudrai.
1. On distinguait autrefois les particules par un accent grave sur la finale, de même qu'on indiquait la quantité des désinences équivoques: cl ces précautions étaient fort utiles aux commençants... et même aux autres.
2. Par le seul fait ([u'il possède un article, le grec est une langue bien plus claire et bien plus philosophique que le latin. On peut ajouter que ses nombreux participes (de tous les temps), joints à l'article, lui donnent une souplesse et une liberté inconnues du latin.
LES LANGUES MOUTKS 535
licalioiis lirs dilTrrfMitos et miMno roiilrniivs. coiiiiih' If inonlfonl les ('X(Mii|)les suivants • :
Sens positifou augmcntntil infnirlus, incavus, incurvas :
perfult'lis, perfruor; deaiiK), dciuiror; exclama, exaygero; discupio.
Sens nf^gatifou privatif:
indoctus, improbus ; perjldus, pervicax ; dciiu'us ;
excors, exsanguis; difjido.
Le préfixe ;y- signifie tantôt la répétition {relego) cl tantcM le retour en arriére et par suite la privation {revelo).
Aussi certains composés latins ont-ils un sens tout opposé à crlui qu'ils ont dans les langues vivantes, ce qui est une source (le contresens : par e\enq)le, inhumains signifie non inhumé, et elevare veut dire abaisser. Mais le plus bel exemple de confusion est fourni par le verbe immutare (changer) et ses dérivés : immutatus = changé et non changé, immutabilio = changeable et immuable * !
Enfin la composition augmente encore le nombre des homonymies : il y a deux verbes incido, qui dérivent respectivement de cado et de ctc/o, et dont le sens est tout différent {tomber sur, couper dans; d'où : incident et incision).
La syntaxe offre la môme complication et la même irrégularité. Les ailjeotifs régissent le génitif, le dafif, l'accusatif ou l'ablatif. Les prépositions régissent l'accusatif ou l'ablatif, ou tous les deu.\, suivant le sens (repos ou mouvement), et ce sens ne (léf(Miuine nulItMuent le cas que régissent les autres prépositions; ainsi apnd, qui ne s'emploie qu'avec l'idée de repos, régit l accusatif. Les cas que régissent les verbes sont soumis aux règles les plus arbitraires et les plus capricieuses; on dit : est patri meo domns. mais ; lia'c domus palris mei est. Tandis que certains verbes régissent deux accusatifs (doceo pueros grammaticam), d'autres, de sens transitif, régissent le datif (noceo, invideo)^. Cer
L Empruntés ù Wilkins, loc. cit.
2. Do telles anoiiinlios se trouvent dans toutes les langues. En Trançais, le suTllxc -iser signiHc en général rendre — (ex. : re'aliser, égaliser); mais rivaliser ne signifie pas rendre rival. De même, le préfixe dé- ou des- indique en général le contraire {détromper, décoller, dessaler, dessouder, etc.), mais dessécher n'exprime pas le contraire de sécher', il en serait plutôt un augmenlnlir.
3. Anomalie qui a passé dans nos langues modernes. (Voir p. 314, note 3.)
tains compléments se mettent au génitif {accusatus impielalis, magni facere) alors qu'ils seraient mieux indiqués par une préposition (pour cause de...). On emploie le parfait dans le sens du présent {ne feceris). L'emploi des temps et des modes est d'ailleurs soumis à des règles très compliquées, qui, comme toujours, comportent d'innombrables exceptions. Enfin les propositions infinitives, où le sujet est à l'accusatif aussi bien que l'attribut ou le régime direct, sont une source d'équivoques ou de difficultés S ainsi que les ablatifs absolus, qu'on peut confondre avec tant de compléments circonstanciels qui se mettent aussi à l'ablatif.
Faut-il énumérer tous les idiotismes de syntaxe, décorés du nom d' « élégances », comme les « attractions » qui déguisent le rôle et le sens véritables des pronoms relatifs? Faut-il citer les complications du style indirect? Bornons-nous, pour finir, à rappeler que, grâce à l'ordre absolument arbitraire et fantaisiste où le latin range les mots, les phrases des auteurs classiques sont trop souvent des logogriphes ou des jeux de patience. C'est en faisant allusion à cette liberté de construction, qui impose une sévère analyse logique, que M. Diels déclare que l'étude du latin vaut un cours de logique. Mais, considérant tous les illogismes de la grammaire et de la syntaxe latines, nous nous permettrons de faire des réserves sur ce jugement, et de croire qu'une langue régulière et simple, comme sont les i)lus parfaites, des langues artificielles, serait une meilleure école de logique. Dans tous les cas, la L. I. n'a pas à servir de « gymnastique intellectuelle - », et l'on pourra, à ce titre, conserver à côté d'elle l'étude du latin, pour ceux qui auront le temps de s'y livrer. Pour les autres, l'étude d'une L. I. artificielle sera un excellent exercice d'esprit, par le contraste perpétuel des constructions logiques de cette langue avec les illogismes et les idiotismes de la langue nationale; et elle leur rendra ainsi, toutes proportions gardées, le même service intellectuel que l'étude des langues mortes ou des langues étrangères l'end à une élite privilégiée.
1. On sait que c'était une précieuse ressource pour les oracles antiques, dont rinfaillibilité consistait souvent dans leur ambiguïté. Cf. Stanley Jevovs, Elementary Le.<iso7is in Lofjic, 5° éd. (1875), p. 172. Le même auteur signale de semblables amphibologies en anglais; exemple : « The Duke yet lives that Henry shall dépose. » (Shakspeare, Henry VI).