‹ Histoire de la langue universelleChapitre 263 sur 296 · L. ZAMEMIOF : ESPERANTO · texte numérisé non relu

L. ZAMEMIOF : ESPERANTO

du iiK'^mc auteur : « Tout VEspernnlo et le moyen de l'apprendre sans le(-()ns eu lisant une petite histoire »; clefs et broeliures publiées dans les principales langues européennes. Seulement il faut remarquer que les manuels sont achetés par toutes les personnes qui désirent a|)prendre l'Hsperanto et en entreprennent l'étude; mais combien d'entre elles achèvent cette étude? Et combien l'abandonnent à moitié chemin, ou oublient bientôt ce qu'elles ont appris? Ouant aux brochures de j)ropagande, il ne faut pas croire que chaque exemplaire vendu représente un adepte, ou même un aspirant adepte : les adeptes zélés les achètent par dizaines, par centaines, pour les répandre en toute occasion, et cela d'autant plus qu'elles coûtent moins; il resterait à savoir quelle est la fraction des graines semées qui < lève » et fructifie; et peut-être n'est-elle pas de beaucoup supérieure à la fraction des balles qui portent dans un tir de guerre. Si l'on réfléchit que tout Espérantiste vraiment zélé et « pratiquant » doit avoir adhéré à un groupe ou s'être abonné à un journal, on estimera que les données du Tutmonda Jarlibro doivent encore être les moins éloignées de la vérité. On voit ce qu'il faut penser des évaluations « en l'air » qui donnent 100.000, 200.000, 300.000, parfois même 1 million pour le nombre des Espérantistes.

Il se public 29 journaux ou revues espérantistes, dont M entièrement en Espéranto. En outre, 16 journaux en langues nationales publient régulièrement de l'Espéranto, et 24 sociétés (non commerciales) correspondent en Espéranto. 10 Congrès ont admis ou recommandé l'usage de l'Espéranto, parmi lesquels le 1""" Congrès international des ouvriers peintres (Grenoble, sept. 1904), le !«'■ Congrès international des Employés (London, avril 1906), le Congrès international des Sociétés d'action chrétienne [Genève, août 1906), et le Congrès international de géologie qui doit se tenir à Stockholm en 1910.

Les principaux événements de l'histoire de l'Espéranto depuis 4 ans ont été les 3 Congrès internationaux tenus successivement à Boulogne en 1905, à Genève en 1906, à Cambridge en 1907. Le premier réunit 650 adeptes, le second plus de 1.000, et le troisième 1400, appartenant à une trentaine de nations différentes. On y constata en grand ce que bien des expériences individuelles avaient déjà prouvé : que des Espérantistes de nations quelconques, ayant appris la langue chacun dans son pays et parfois même seulement par la lecture, arrivent d'emblée à se com-

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prendre et à converser sans difficulté, et ne présentent que des différences de prononciation insignifiantes, bien moins graves et gênantes que celles qui existent entre les diverses provinces de telle ou telle nation. L'expérience a ainsi donné un éclatant démenti aux philologues qui, du fond de leur cabinet, sans même s'informer des « faits » contemporains, déclarent qu'il est impossible qu'une langue artificielle serve aux communications orales et soit prononcée de la même manière par des adeptes de tous pays. Pour la première fois, on vit une réunion internationale suivre, avec une égale facilité, les discours, les récitations et les représentations, rire et applaudir avec ensemble aux bons endroits, comme si les orateurs, les acteurs et tous les auditeurs eussent appartenu à une seule et même langue maternelle '.

Le premier Congrès, dont le succès fut dû en grande partie au zèle organisateur de M. Michaux, président du groupe de Boulogne, et à l'habile direction de M. Boirac, qui exerça la présidence effective, fut le plus important par les décisions qui y furent prises. Avant le Congrès, le D"" Zamenhof avait proposé de fonder une Ligue espérantiste universelle pour assurer l'unité d'action et l'unité de la langue. Mais ce projet rencontra une vive opposition dans la majorité des congressistes, qui craignaient qu'un excès de centralisation autoritaire ne fût au contraire funeste à la langue. Beaucoup voyaient déjà avec déplaisir et avec inquiétude l'institution de la Koleldo oprobita; et le D"" Zamenhof déclara, aux applaudissements unanimes, que la Kolekto aprobita cesserait d'exister. Le Congrès renonça donc à toute organisation internationale, et se borna à instituer deux Comités, un Comité d'organisation des futurs Congrès, qui fut le bureau du premier Congrès, composé de MM. Zamenhof, Boirac, Michaux, Mybs, Pollen, Sebert; Boulet, Derveaux, Grabowski et Kûhnl; et un Comité linguistique composé de 99 Espérantistes de tous pays et de toutes langues, auquel devaient être désormais renvoyées toutes les questions relatives à la langue. Ce Comité linguistique (réduit aujourd'hui à 94 membres) a pour président M. Boirac, recteur de l'Université de Dijon.

1. En particulier, le Mariage forcé de Molière, traduit en Espéranto par M. DuFEUTBEL, fut représenté avec grand succès par 9 acteurs amateurs appartenant à 6 nations différentes, et qui n'avaient eu ensemble qu'une ou deux répétitions.

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