‹ Histoire de la langue universelleChapitre 264 sur 296 · L. ZAMENUOF *. ESPERANTO · texte numérisé non relu

L. ZAMENUOF *. ESPERANTO

Kniin le D"" Zamenliof fit voler par le Congrès une Déclaration sur l'essence de l'Espéranlisme \ (lui semblait destinée surtout à ('clairer le public sur le caractère et le but de la |)ropagande espérantiste. Elle affirmait que VEsperanto n'est qu'une langue auxiliaire et ne»ilre qui ne vise nullement à supplanter les langues nationales; qu'il n'est la propriété de personne tant au point de vue matériel qu'au point de vue moral : quelle ne dépend d'aucune personne, pas même du D"" Zamenliof, et que la seule règle obligatoire pour tout Espérantiste est l'ouvrage Fundamenlo de Espéranto -, où personne n'a le droit de l'aire de changement. Le texte de cette Déclaration fut modifié sur les conseils du bureau du Congrès : on supprima un passage où le l)"" Zamenhof déclarait (avec son désintéressement habituel et affirmé dès l'origine) que, s'il apparaissait un autre moyen de i'>aliser l'idée de L. I., meilleur, plus sûr et plus rapide que VEsperanto, il s'y rallierait, et avec lui tous les Espérantistes. On supprima en outre deux paragraphes dont l'un affirmait l'autorité du « Centra Komitato » (le futur Comité linguistique) en matière de langue, et l'autre annonçait la publication de manuels approuvés par le D"^ . Zamenhof. Enfin le D' Zamenhof avait d'abord dit qu'on ne pourrait pas faire « même le plus petit » changement dans le Fundamento ^ ; sur les observations de certains membres du bureau, les mots entre guillemets furent supprimés. En résumé, cette « charte » de VEsperanto apparaissait alors comme essenliellemcnt libérale, et comme tendant à réduii-e au minimum la part de l'autorité dans le développement futur de la langue, conformément aux intentions constantes et bien connues de son auteur.

A la suite du Congrès de Boulogne fut fondé, en septembre 190a, par la libéralité du D"" Emile Javal, le Centra Oficejo, destiné à servir de centre d'informations pour les Espérantistes de tous pays. Cette institution fut mal interprétée par certains, qui crurent y voir un moyen déguisé d'instituer, par initiative privée, ce lien central dont le Congrès avait repoussé l'idée.

1. Voir le texte du projet de Déclaration dan^r^ Line/vo internacia, 11)05, p. 311, et celui de la />('c/«rrt/ion déllnilive, iôid., p. 397.

2. Cet ouvrnjre. publié nu luoinent du Congrès, est simplement la réimpression du premier mnuuel (d(> 1887), de VEkzercaro et de VUniversala Vortaro.

3. Il voulait même y reproduire les fautes d'impression des éditions originales !

Mais ce malentendu fut bientôt dissipé. Le Centra Oficejo sert en outre aux correspondances des deux Comités d'organisation et linguistique. Il publie périodiquement une Liste des Sociétés, consulats et journaux espérantistes, le compte-rendu officiel des Congrès, et a entrepris de publier une bibliographie des œuvres espérantistes.

Dans l'intervalle des deux premiers Congrès parut en Russie une brochure anonyme en Espéranto, intitulée Homaranismo [Hilelismo), où l'Espéranto était présenté comme un moyen do fonder une sorte de religion de l'Humanité, dont on formulait les « dogmes ». Bien que l'auteur de cette brochure déclarât qu'il ne faut pas confondre l'homaranisme et Tespérantisme, il invoquait le succès du Congrès de Boulogne comme preuve de la possibilité du règne de la justice et de la fraternité entre les peuples. Cela inquiéta bon nombre d'Espérantistes, soit qu'ils ne se souciassent pas d'abdiquer leurs croyances religieuses ou philosophiques pour une religion « neutrement humaine » {neûtrale homa), soit qu'ils craignissent que le public mal informé (ou induit en erreur par les adversaires de l'Esperauto) ne confondît l'Espéranto avec une secte religieuse ou philosophique, ce qui lui eût fait évidemment le plus grand tort. Cet incident explique la Déclaration de neutralité que le Comité d'organisation lut, avec l'approbation du D"" Zamenhof, à l'ouverture du second Congrès *. Pour affirmer la neutralité de la langue, on décida que toutes les questions religieuses, politiques et sociales seraient rigoureusement exclues des séances publiques du Congrès. Mais, d'autre part, comme l'Espéranto doit appartenir à tous, et servir à la propagation de toutes les idées et à l'entente internationale de leurs adeptes, ceux-ci étaient invités à se réunir en des séances spéciales et privées, suivant leurs affinités doctrinales.

Du reste, ce second Congrès fut marqué par la formation de groupes spéciaux à certaines professions, doctrines ou œuvres internationales : membres de l'enseignement, journalistes, com-

1. Celte (iéclaration paraît d'autant moins inutile, que le D' Zamenhof, dans son discours d'ouverture, exprima en son nom personnel les m(>mes pensées de justice et de fraternité internationales, en déclarant qu'elles constituent 1' . idée interne » de l'Espérantisiue (il les a encore exprimées avec insistance dons son discours d'ouverture de Cambridge); on sait d ailleurs, par tout ce qu'il a écrit en prose ou en vers, que ce sont ces nobles et généreuses pensées qui lui ont inspiré son invention, et lui ont donné le courage de la mener à bout. ,

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