LEIBNIZ
tiol, et l'on pourrait former tous les autrescn l'employant comme auxiliaire ou comme affixe. Ainsi, une fois qu'on aura établi la liste des mots-racines, on devra dresser une liste des affixes (jui serviront à former les mots dérivés ; chaque affixe devra avoir un sens déterminé et absolument uniforme.
Si les mots proprement dits constituent la matière du discours, \oi^ particules en constituent la forme; aussi Leibni-z attache-t-il une grande importance à l'analyse de leur sens et de leur rôle grammatical, non seulement pour la constitution d'une « langue rationnelle », mais encore pour la connaissance des « diverses formes de l'entendement > ' . Nous ne suivrons pas Leibniz dans le détail de son « analyse des particules» (à laquelle il a consacré de nombreuses pages inédites), justement parce qu'elle avait, selon lui, une portée logique bien plus que philologique. Nous indiquerons seulement qu'il avait une théorie ingénieuse au sujet des prépositions : toutes les prépositions signifieraient primitivement des relations de lieu, et c'est par des métaphores spatiales qu'elles arriveraient à signifier des relations d'un tout autre genre.
Nous n'insisterons pas non plus sur les défauts de ce projel, qui sont ceux de toute langue philosophique. Nous avons indiqué ailleurs ^ le vice capital du système de Leibniz : les idées ne se combinent pas entre elles suivant un mode de composition symétrique et uniforme comme la multiplication arithmétique; elles ont entre elles des relations hétérogènes et très variées, qui correspondent précisément aux particules, et qui devraient s'exprimer par autant d'opérations différentes. De plus, le nombre des idées simples est beaucoup plus grand que ne le croyait Leibniz, de sorte que VAlphabet des pensées humaines comprendrait des centaines et peut-être des milliers de caractères; en leur ajoutant la multitude de signes nécessaires pour traduire les relations des idées, on obtiendrait une idéographie extrêmement compliquée, et pratiquement inutilisable (lors môme qu'on réussirait à la rendre énonçable sous une forme suffisamment concise et claire). Enfin, la richesse même que Leibniz prévoyait pour sa langue serait un grand défaut, car elle constituerait pour la mémoire une surcharge effrayante. Non seulement, en elïet, il