DELORMEL
L'auteur de ce projet, inspiré des idées humanitaires de la Révolution, se propose « de rapprocher les hommes et les peuples par le doux lien de la fraternité » au moyen d'une langue universelle logique et régulière, tandis que nos langues « présentent à chaque instant des irrégularités qui les rendent difficiles et longues à apprendre ». Il importe d'autant plus de remarquer qu'il « n'entend point par là une langue qui supprime et remplace les autres ». Il reconnaît qu'une telle langue ne peut être instituée que par le gouvernement : car autrement « chacun y travaillera à sa manière », et « le défaut d'uniformité en empêchera le succès ». D'ailleurs, « jamais homme ne s'avisera d'apprendre une langue, quelque aisé qu'il soit de s'en instruire, s'il ne sait que d'autres l'apprennent comme lui ». On ne peut formuler avec plus de force et de justesse les raisons qui rendent nécessaire l'œuvre entreprise par la Délégation; et pour cela seul, Delormel mériterait de n'être pas oublié dans cette Histoire.
Nous n'entrerons pas dans le détail de sa grammaire, toute a priori et embarrassée de néologismes qu'il faudrait définir et expliquer. Nous nous contenterons de donner une idée de son vocabulaire. Celui-ci repose, en deux mots, sur une classification logique des idées à base décimale ". C'est pourquoi l'alphabet comprend 10 voyelles :
a, é, i, 0, u, au, ê. ei, eu, ou,
1. Projet cVune Langue universelle, pre'senlé à la Convention nationale, par le Citoyen Delormel. A Paris, chez l'auteur, au ci-devant Collège de la Marche, rue et Montagne Geneviève (sic). An 3 (1793). 50 p. in-8\
2. On pourrait donc voir en Delormel un précurseur de la classification bibliographique décimale (Voir le Chapitre préliminaire).
et 20 consonnes :
labiales : v, f, m, b, p;
dentales : d, t;
linguales : z, s, r, j, c (c/i);
palatales : n, 1, y;
gutturales: g (dur), k;
pectorale : h;
auxiliaires : q ign), x.
Cela posé, les radicaux (tous substantifs), d'où Ton lire par dérivation les adjectifs, les verbes et les adverbes, sont distribués dans les classes suivantes, caractérisées par des indicatives initiales :
a Grammaire.
au Agréables.
e Art de parler.
é Morale.
i État des cjioses.
ei Sensations.
0 Corrélatifs.
en Perception, jugement.
u Utiles.
ou AITections, passions.
V Mathématique.
r Commerce.
f Géographie.
j Marine.
m Chronologie.
c Art militaire.
b Physique.
n Arts et métiers.
p Astronomie.
1 Sciences.
d Minéraux.
y Législation.
t Végétaux.
g Religion.
z Animaux.
k Gouvernement.
s Médecine.
Les subdivisions de chacune de ces classes s'obtiennent en ajoutant à l'initiale une 2" et une 3^ lettre. On forme ainsi des radicaux de 3 lettres et de 2 syllabes. Les dérivés directs se forment en intercalant une lettre entre ces 2 syllabes; et les dérivés secondaires, en intercalant 2 ou plusieurs lettres. Des exemples feront comprendre ce système :
Ava ^ Grammaire.
Ave = Lettre.
Alve = voyelle.
Adve = consonne.
Avi = syllabe.
Avo = accent.
Avau =: mot.