Inventés par Vincent Gajewski
CouTURAT et I-EAU. — Laiiguc univ. 3
pondance secrète. Cette langue est donc à la fois parlée, écrile, muette et occulte. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'être musicien pour l'apprendre.
Vocabulaire.
Le lexique est naturellement combiné tout entier a priori; mais il ne repose pas, comme dans les langues philosoi)hiques, sur une classification logique des idées. Les mots sont de 1, 2, 3, 4 ou :i syllabes suivant qu'ils sont formés par la combinaison dr 1, 2, 3, 4 ou 5 notes '.
Les combinaisons de 1 et 2 notes sont les particules et les pronoms : si = oui, do = non; re =et; mi = ou; sol = si (conj.i: dore = je ; demi = tu ; dofa = il ; redo = mon ; remi = ton ; refa = son, etc.
Les combinaisons de 3 notes sont les mots les plus usités : doredo = temps ; doremi =jour; dorefa = semaine; doresol = mois ; dorela = année; doresi = siècle, etc.
Les combinaisons de 4 notes sont distribuées en 7 classes (assez improprement appelées clefs) d'après la note initiale : la clef de do appartient à l'homme physique et moral; celle de re, à la famille, au ménage et à la toilette; celle de mi, aux actions de l'homme et à ses défauts; celle de fa, h la campagne, aux voyages, à la guerre et à la marine; celle de sol, aux arts et aux sciences; celle delà, à l'industrie et au commerce; celle de si, aux rapports politiques et sociaux ^.
Enfin les combinaisons de 5 notes fournissent la nomenclatur<> des trois règnes : animal, végétal et minéral.
Les dérivations s'effectuent de trois manières :
i° Quand un mot représente un verbe, le nom de chose, le nom de personne, l'adjectif et l'adverbe qui procèdent de l'idée verbale se forment en accentuant respectivement la f", la 2«, la 3° ou la 4« syllabe du mot. Par exemple :
sirelasi (sans accent) = constituer.
sirelasi = constitution.
1. Uy a 7 mots de I syllabe; 49 de 2; .330 de 3; 2 268 de 4, et 9 072 do 5.
2. Nous ne parlons pas, pour simplifier, de la 2' partie du vocabulaire, contenant les notes répétées, et dont les divisions ne correspondent pas exactement aux 7 clefs précédentes. Par exemple, la clef de mi y comprend les adverbes et les prépositions.
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sirêlasi = constituant.
sirelâsi = constitutionnel.
sirelasî = constitutionnellement.
2° Le contraire d'une idée s'exprime en renversant l'ordre des syllabes du mot correspondant : Ex. : domisol (accord parfait) = Dieu, solmido = Satan ; misol == le bien, solmi = le mal ; soUasi = monter, silasol = descendre.
3° Les degrés d'une idée (d'un adjectif ou d'un subs!antif) se marquent par les particules fasi (augmentative) et sifa (diminutive) ; on obtient le l'"'" degré (comparatif) en la plaçant avant, et le 2° degré (superlatif) en la plaçant après le mot modifié.
Enfin, pour pouvoir incorporer au besoin les noms propres, termes géographiques, etc., l'auteur a prévu une transcription en notes des lettres de l'alphabet.
• Gramm.\ire.
On a vu comment se distinguent les diverses « parties du discours » qui correspondent à une môme idée : à savoir par le renforcement d'une note, marquée d'un accent circonflexe.
Deux autres flexions grammaticales, dans les substantifs, se marquent aussi par des accents : le féminin (naturel), exprimé par la répétition de la voyelle de la note finale (marquée d'une barre supérieure) ; et le pluriel, exprimé par la répétition de la consonne initiale de la note finale (marquée d'un accent aigu). Ex. : sisol = monsieur; sisôl (prononcez sisool) = madame; dofaa =: elle; doffaa = elles.
Le substantif ne prend ces marques du féminin et du pluriel que lorsqu'il est isolé; autrement, il reste invariable, et c'est l'article qui les prend. 11 n'y a qu'un article défini; et pas d'article indéfini ou partitif.
L'article sert encore à marquer les cas, réduits à trois : le nominatif accusatif la ; le datif {à, au, à la, aux) fa ; et le génitifablatif {de, du, de la, des) lasi.
L'adjectif est invariable, et Suit toujours son substantif. On a vu comment se forment ses degrés de signification.
Le verbe est invariable; l'infinitif sert aussi d'indicatif présent. La conjugaison se fait au moyen de particules auxiliaires qui
indiquent le temps et le mode (le nombre et la personne étant indiqués par le pronom-sujet). Ce sont :
dodo pour Vindicatif imparfait;
j.gj.g — plus-que-parfait:
mimi — /«'"'''
fafa pour \e conditionnel présent ;
solsol — Yimpératif;
lala — le participe actif;
sisi — le participe passif.
Le passif se forme au moyen du verbe auxiliaire être = faremi. L'interrogation s'indique en mettant le pronom-sujet après le verbe ; la négation s'exprime par do.
Historique.
C'est dix ans seulement après avoir conçu la première idée de sa langue musicale universelle que Sudre présenta son travail, encore incomplet, à l'Académie des Beaux-Arts de Paris (1827). Il travailla pendant quarante-cinq ans à le compléter et à le perfectionner. A sa mort (2 octobre 1862), son vocabulaire n'était pas encore imprimé. 11 fut publié par sa veuve en 1866, et c'est alors seulement que le Solrésol fit son entrée dans le monde. Toutefois, il avait déjà reçu les plus bautes et les plus flatteuses approbations : et d'abord, celle de plusieurs commissions successives de Vinstitut de France (1827, 1833, 1839,1856), où figuraient des savants comme Prony, Arago, Fourier, Flourens, des musiciens comme Cherubini, Lesueur, Auber, Bo'ieldieu, Halévy, et l'illustre philologue Emile Burnouf ; puis celle de nombreuses sociétés savantes, notamment des Académies de Metz (1844), de Rouen (1845), de Bordeaux (1860). Le Solrésol fut récompensé tour à tour par le Cercle des Arts (1841), la Société libre des Beaux-Arts (1842), Y Athénée de Paris (1843), la Société d'encouragement (18o;>); il fut honoré à l'Exposition universelle de Paris (1835) d'une récompense exceptionnelle de dix mille francs, et à l'Exposition de Londres (1862) d'une médaille d'honneur*. Enfin il fit l'objet de rapports, tous favorables, de plusieurs commissions d'officiers généraux nommées par les ministres de la guerre et