Cf. la critique de Delormel (ch. v
2. Pour se rendre compte de reffort de mémoire que suppose la reconnaissance d'un mot, il suffit de lire la définition suivante (te.xtuelle) : « ëvëbo définirait le laurier, puisque ë figure le végétal ; v indique qu'il a deux cotylédones, que la fleur est sans corolle, et que ses étamines sont sur le calice; ë, qu'il a les caractères des laurinées; b annonce qu'on va compter le nombre des étamines; ô (9 en arithmétique) détermine le nombre 9 de ces étamines. Ainsi ëvë pla(;ait avec Jussicu les laurinées parmi les dicotylédones apétales périgynes; bô a fait rentrer ce végétal dans l'ennéandrie de Linné. » On a pu remarquer que le sens du second ë n'a rien de commun avec celui du premier.
autre, notamment entre certains êtres et certaines manières d'être. Ainsi les objets naturels relatifs à Ihomnie forment la classe ij, et ceux relatifs à l'animal, la classe ip. Telles sont notamment les parties du corps : Tjo sera la tèle (ensemble), ijod l'œil, et ijodé la paupière de Ihommc; ipo, ipod et Ipodé seront les mêmes parties chez un animal. Or, d'autre part, les maladies (manières d'être) forment la classe af : ainsi afodésiifiiifiera la maladie de la paupière, ou blépharile.
Cette corrélation est assez satisfaisante, parce qu'elle est sensible. Mais que dire de la suivante? t 1 {objet naturel) suivi de la consonne qui équivaut comme a {animal) au nombre 6, représenlei-a l'objet naturel qui appartient à l'animal ». Ainsi, c'est parce que p = i = 6 que ip représente les parties des animaux; de même, c'est parce que k = ë = 7 que ik représente les parties des végétaux fë). On admet ainsi une corrélation entre voyelles et consonnes; et cette corrélation, qui n'a rien de naturel ni de sensible, n'existe que par l'intermédiaire du nombre. N'avionsnous pas raison de dire que les lettres ne sont que des numéros?
On pourrait encore faire bon marché d'une telle corrélation ; mais voici un cas où elle est bien i)lus nécessaire. L'auteur se flatte d'avoir trouvé des expressions claires et concises pour toutes les relations de parenté (classe eg). Il fait correspondre les voyelles et consonnes suivantes aux relations de parenté écrites au dessous :
eiouaëlô g d V j p c t f
père fils frère mari épouse mère fille sœur '
Il représente les relations simples en ajoutant la voyelle correspondante au radical générique eg : ainsi :
ege indique la condition de père;
egi — fils;
ego — frère;
egu — mari;
ega — épouse;
egë — mère;
egï — fille;
6^0 — sœur.
1. Ou remarque que les titres masculins et féminins se correspondent
Puis il représente les relations composées en ajoutant aux mots précédents la consonne qui représente la première relation simple qui entre en composition; ainsi :
egeg := (jrand-père paternel (père du père) egëg = — maternel (père de la mère)
egec = grand'mère paternelle (mère du père) egec =^ — maternelle (mère de la mère)
egev = oncle paternel (frère du père) egêv = — maternel egef = tante paternelle egef = — maternelle
De sorte que Ton pourra distinguer 4 espèces de cousins (jermains au moyen des 4 mots : egevi, egëvi, egefi, egefi, ce qui permet de définir en 5 lettres une relation de parenté précise du 4" degré'. Cest assurément très ingénieux; mais on voit à quel prix est achetée cette apparente simplicité : c'est à la condition de représenter la même idée (père, fils, etc.) par deux lettres, une voyelle et une consonne, qui n'ontqu'une correspondance conventionnelle et arbitraire, de sorte qu'elles masquent l'identité de l'idée, au lieu de la manifester.
Cet inconvénient, que nous venons d'expliquer dans un cas spécial, est absolument général; il entache môme la grammaire, car on a pu voir que les mêmes lettres grammaticales ont des sens tout différents comme désinences casuelles, comme désinences personnelles, comme indices des genres, des voix, des modes, des temps, comme affixes de dérivation, etc. L'auteur peut donc se vanter que, dans sa langue, chaque mot renferme autant de radicaux que de lettres, mais à la condition d'ajouter que chacune de ces lettres ne signilîe rien par elle-même, car (Ile a dans chaque mot un sens différent. 11 donne de la parole une définition qui caractérise à merveille sa conception du langage : « la parole, cette algèbre de la pensée » (t. Il, p. m). Mais sa langue ne répond que très imparfaitement à cet idéal, car la première condition d'un symbolisme est Yuniformilé du sens de chaque symbole. 11 est certes permis d'admirer la somme de science, de réflexion, d'érudition et de patience que représente
comme les voyelles douces et fortes, sauf ceux de niai-i et d'épouse, ce ([ui est une irrégularité.
1. En général, le nombre des lettres sera supérieur d'une unité au degré.
d8 section 1, CHAPITRE IX
ce grand et consciencieux ouvrage ; mais on est obligé de reconnaître que les idées directrices en étaient absolument chimériques, et que tout ce travail a été dépensé en pure perte '.
1. On peut ajouter que, s'il était vrai que la Méthode du mol lliéorique. qrammalical permît, comme le promet son titre, d' « apprendre en quel(|ues mois une langue morte ou vivante, avec ou sans le secours d'un maître, sans être astreint aux exercices des thèmes, des versions et des legons de mémoire », la lanc-ue universelle deviendrait inutile.
SOTOS OGHANDO
L'idée mère de cette langue philosophique est, selon l'auteur lui-même, d' « établir une parfaite correspondance entre l'ordre naturel et logique des choses signifiées et l'ordre alphabétique des mots employés pour les exprimer ». Ce fut là pour lui 1' « inspiration subite » qui lui suggéra tout son projet, et le décida, à un âge avancé, à élaborer une langue universelle à laquelle il n'avait jamais encore songé. Par « langue universelle », il n'entend nullement une langue destinée à devenir commune à tous les peuples (qu'il croit actuellement impossible^ mais seulement une langue scientifique internationale ^ destinée beaucoup plus à l'usage écrit qu'à l'usage oral. Aussi va-t-il jusqu'à la qualifier de « langue morte > ou « presque morte » ^.
Grammaire.
L'alphabet se compose de 20 lettres : 5 voyelles : a, e, i, o, u; et i'S consonnes : b, c, d, f, g, j, 1, m, n, p, r, s, t, y, z. 11 faut y ajouter l'h et l'e muet, lettres auxiliaires facultatives et purement
1. Projet d'une Langue universelle, par Tabbé Bonifacio Sotos Ochando, docteur on théologie, traduit de rcspagnol par l'abbé Touzé (Paris, LecolTre, 1833). L'original espagnol avait paru à Madrid en 1832. Comme nous l'apprend une note jointe au titre de ce volume, •< l'auteur a été supérieur du grand séminaire de Murcie, député au.\ Cortès de 1822, maître d'espagnol des enfants de Louis-Philippe, membre du Conseil d'instruction publique en Espagne, professeur de son Université centrale, directeur du Collège polytechni(iue de Madrid, etc., etc. » L'invention du projet remontait à 1843 (voir le lleraldo de juillet 1845).
2. Section II, chap. vu : Universalité de celle langue pour toutes les personnes d'une médiocre instruction.