MALDANT : LA LANGUE NATURELLE
L'auteur ajoute à ses lettres une demi-douzaine de signes diacritiques (points, accents) pour modifier le son des voyelles. Deux de ces signes sont les symboles, l'un de la répétition, l'autre du contraire : de sorte que, par exemple, imi = bu, iomi := rebu, el youmi = (délju) vomi.
L'arlicle sert à déterminer le genre, le nombre et le cas des substantifs. 11 a par suite 12 formes :
Masculin Féminin
Sing. Plur. Sing. Plur.
Nom. : a as e es
Gén. : ad ads ed eds
Dat. : af afs ef efs
L'accusatif est semblable au nominatif. Le génitif sert d'article partitif, ce qui est un gallicisme illogique. L'article n'est pas plus défini qu'indéfini, car il doit accompagner tous les sul)stantifs.
Les«66'/a/j/i/est invariable en genre, en nombre et en cas ; il est toujours précédé de l'article. Tous les substantifs sont masculins, excepté les noms de femmes et de femelles.
Les adjectifs sont simples ou dérivés.
Les adjectifs dérivés sont les qualificatifs; ils sont invariables. Leurs degrés sindiiiuent au moyen de ai ^plus, ia = moins, et de a ai = le plus, a ia= le moins • ; o = très.
Les adjectifs simples sont les adjectifs-pronoms; ils varient en genre et en nombre, comme les articles (en remplaçant a i)ar e au féminin, et en prenant s au i)luriel). Ils sont de la forme vc. Exemples : a.c = le même; ag = ce, celte; aj ^ ceci, cela; am = celui ci, celui-là; an = tel; ap = quel; ar = aucun; av = tout; az = chaque; iv = qui; iz =^ que, quoi ^.
Les noms de nombre cardinaux sont : u = zéro ; ô = 1 ; ob = 2 oc = ;î ; od = 4 ; of = 5 ; og = 6 ; oj = 7 ; ok — 8 ; ol = 9 ; oa = 10 oao = M; oab = 12: oag = 13;... obarr:20; oga = 30,... oe =100 obe = 200; oge = 300;... oi = 1.000; obi = 2.000;... oai = 10.000 obai = 20.000;... oei = 100.000; obei= 200 000;... ou = 1 million oau = 10 millions; oeu = 100 millions; oub = 1 billion, etc.
Pour montrer la concision de ce système de numération, l'au-
\. Encore un gallicisme illogique.
2. Le nu'^me mot iz est employé pour Uaduiro la conjonclion que et le ç«e (Hii suit un comparatif. C'est le comble du gallicisme!
teur donne l'exemple suivant : 469 882 544 = odegalukekabefedad. Les pronoms personnels sont :
Masculin Féminin
■ Sing. Plur. Sing. Plur.
1« pers. ab abs eb ebs
2« pers. ak aks ek eks
3« pers. al als el els
Le seul verbe conjugué est le verbe être, qui sert à conjuguer tous les autres verbes en se joignant à leurs participes présents et passés, actifs et passifs '. Il est invariable en nombre et en personne. Voici ses différents temps et modes :
Indicatif présent : ib
— imparfait : ic
— passé : id
— plus-que-parfait : if
— futur : ig
— futur antérieur : ij Impératif : ik Conditionnel présent : il
— passé : im
Infinitif présent : i
— passé : in
— futur : ip
— futur passé : ir Participe présent : is
— passé : it.
Il n'y a pas de subjonctif.
Les adverbes simples ont la forme w : aa = aujourd'hui ; ee = maintenant; ii = lot; uu = lard; ae = hier; ea ^= demain; ao = beaucoup; oa ^ peu.
Les prépositions ont la forme v ou w (voyelles accentuées) : â = à;ê=:de;i= par, etc.
Les conjonctions ont la forme vc : om = et; on = ou; op = oui; or = non ; ot = car ; oz = mais ; ub = donc, etc.
Môme les interjections sont fixées a priori : a ! signifie la joie, e !
1. Sic. Mais en fait, l'auteur n'admet que deux participes : lepi'ésent actif et le passé passif (comme en français). 11 dit textuellement : « Les participes sont actifs ou passifs; mais ils sont en môme temps (?) prescrits ou past'és. »
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la douleur; i! la colère ou le mépris; o! l'admiration; u! le désir ou la crainte.
Syntaxe. Le substantif est précédé de l'article et des- adjectifs déterminatifs, et suivi des adjectifs (|ualificatifs.
Le sujet précède le verbe, excepté dans le cas de l'interrogalioii, où il le suit.
Voici quelques exemples de construction : Je ne crois pas qu'il vienne =^je ne suis pas croyant qu'il sera venant. Celui qui dirige l'État doit savoir se diriger soi-même = celui qui est dirigeant VÉtat est devant sachant dirigeant lui-même K
Vocabulaire.
Le vocabulaire delà Langue naturelle est constitué par Tensemble des combinaisons prononçables de 2, 3, 4 et 5 lettres (au nombre de plus de 200 000). Tous les substantifs commencent par une consonne, tous les autres mots par une voyelle. Au reste, voici la règle générale de la formation des mots : étant donné un radical substantif,
le préfixe a- forme l'adjectif qualificatif;
— e- — le participe présent;
— i- — le participe passé;
— 0- — l'adverbe (dérivé de l'adjectif);
— u- — l'adjectif négatif.
Exemj)le : di = intelligence ; adi = intelligent ; edi := comprenant ; idi =^ compris ; odi = intelligemment ; udi = inintelligent.
Les 80 radicaux de 2 lettres (forme cv) de ba à zu, servent, selon l'auteur, de racines; cbacun engendre (par l'adjonction dune des consonnes) 16 radicaux dérivés de 3 lettres (forme cve) et peut engendrer 80 radicaux (substantifs) de 4 lettres (forme cvcv).
L'auteur forme ainsi un lexique de 3700 substantifs, dont chacun peut engendrer, comme on l'a vu, '6 dérivés.
Nous n'entrerons pas dans le détail de la classification de ces mots, qui est purement empirique : ba= dieu, be = religion, bi = temps, bo = homme, bu ^famille, etc., jusqu'à : za = arbres, ze = fleurs, zi =^ fruits, zo = légumes, zu = plantes diverses.
1. L'auteur parait ne pas distinguer le participe actif du participe passif, ni l'auxiliaire aooir de rau.\iliaire élre : ainsi il traduit littéralement : Je serais venu (au lieu do : J'aurais été venant).
Critique.
Il est à peine utile de critiquer ce projet : il suffit d'en exposer les principes pour mettre en évidence le vice fondamental dun tel système. Nous avons relevé en passant quelques idiotismes qui prouvent chez fauteur une méconnaissance complète de la logique et de la grammaire. Le manque de logiipie se trahit à chaque pas dans le vocabulaire : daboi'd dans la classification des idées, ensuite dans ce fait que le sens des prétendues racines ne se retrouve nullement dans les radicaux qui en dérivent par l'adjonction dune ou deux lettres '. Celte classification n'a guère plus de valeur qu'un numérotage arbitraire des mots du dictionnaire. Nous n'avons cité ce système que pour montrer où peut aboutir, sous prétexte de logique et de neutralité, la prétention de construire une langue entièrement a priori sur des combinaisons matiiématiques soi-disaid régulières et simples ^.
1. La preuve en est fournie par le nom mémo de la langue : cabe aban = langue nattirelle, car cabe = Inngnf/e, ot ban = nature. Or on Pécrit partout : Chabé abané, ce qui n'a pas de sens, car bane = exaucementl
2. Depuis la mort de l'auteur, M. Bourgoint-Lagninge s'est occupé de la propagation et du perfectionnement de cette langue; il s'est notamment efforcé d'en bannir les voyelles accentuées. On relève dans sa brochure de propagande Le C/jaie'( 1894) deux assertions inconciliables : après avoir dit que la L. I. ■< ne doit emprunter ni ses règles, ni ses mois, ni ses lettres à aucune langue, morte ou vivante », il affirme (|ue « quelques heures d'étude, à peine, suffisent pour apprendre a rédiger dans cette langue », alors qu'elles ne suffiraient même pas à en apprendre l'alphabet! Notons, à titre de curiosité, que le Petit Journal du 22 sept. 188.") consacrait (sous la signature Th. Grimm) un article très élogieux à la Langue naturelle, en invitant ses lecteurs <> à y réclamer une participaticm patriotique » (! ?). Maldant a eu pour collaborateur, dans la confection du dictionnaire, M. Chan- CEREL, qui a lui-même élaboré un projet de L. I. nommé VOïdapa (1889). Nous ne connaissons pas celui-ci, mais, d'après l'analyse qu'en donne M. DoRMOv {Le lialla), il paraît tout à fait analogue au Chabé.