‹ Histoire de la langue universelleChapitre 80 sur 296 · Comme chez Julius Lott · texte numérisé non relu

Comme chez Julius Lott

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logifjue; mais celui-ci suppose celle-là. Ensuite, comment établir cet ordre logique, entre les catégories d'une part, et entre les concepts dérivés de chaque catégorie, d'autre part"? Kntre ces catégories, qui sont i»ar hypothèse les idées primitives et irréductibles, il n'y a pas de degré hiérarchique ni d'ordre généalogiciue. Entre les concepts dérivés d'une même catégorie, il est en général inq)0ssil)le de trouver un ordre linéaire naturel ; quel que soit le principe d'une classification logique (que ce soit la relation de genre à espèce, ou celle de tout à partie, ou celle de supérieur à inférieur, etc.), chaque idée a presque toujours plusieurs idées subordonnées, qui sont coordonnées entre elles, et dont par suite l'ordre ne peut être qu'arbitraire. Par exemple, soit la catégorie de corps (vivant); énumère-t-on les espèces : homme, singe,... ou les parties : tête, bras, jambe, main, pied,... 1 Dans l'un et l'autre cas, quelle espèce ou quelle partie sera la 1'", la 2",... si ce n'est par une pure convention? En outre, où est, dans ces séries, le degré d'affinitél Peut-on dire que, dans la gamme des couleurs, le rouge a plus d'affinité que le violet avec le genre couleurl cela n'a pas de sens. Et puis, même dans les classes comme celles-là, où l'on peut du moins reconnaître un ordre linéaire, les notions classées forment le plus souvent une série continue, de sorte qu'on ne peut pas dire quelle est la première après une autre, et qu'entre deux quelconques on peut toujours en intercaler une troisième. Il est donc impossible de leur assigner un ordre numérique qui ne soit pas arbitraire.

Enfin, lors même que la classification des idées serait naturelle et logiquement irréprochable, les mots correspondants n'exprimeraient nullement leurs rapports de déjjendance, ce qui constitue un désavantage de la Zahlemprache j)ar l'apport aux langues philosophiques (où le nom du genre sert de radical aux noms de ses espèces). Par exemple, il n'y a aucun rapport sensible (de forme) entre la catégorie gô et son dérivé salume. Cela vient de ce que les nombres qui correspondent aux dérivés d'une même catégorie forment une progression arithmétique de raison 101. Exemi)le : fo (34), lafu (135), lefà (236), lifô (337).... Eauteur aurait pu diminuer cette disparate en prenant 100 i)our I aison de la progression (pour coefficient de g), ou mieux encore on adoptant la formule: iOOU + <7; mais il ne l'a pas voulu, dit-il, pour éviter la monotonie; comme si les mots correspondant à des concepts voisins se trouvaient toujours rapprochés dans le

discours! Ainsi la relation entre les concepts est purement arithmétique, et pour la découvrir il faut faire un calcul mental. On dira peut-être qu'il suffit de retenir de mémoire le résultat du calcul fait une fois pour toutes (comme dans la table de Pythagore). Mais alors ce n'est plus qu'une série de mots conventionnels à apprendre mécaniquement. En résumé, ou bien il faut savoir par cœur toute la classification logique des idées et efi"ectuer des opérations de calcul mental, ou bien il faut savoir par cœur tout un dictionnaire de mots dont le sens est absolument arbitraire (en apparence du moins). Mieux vaut évidemment une langue a posteriori.

C'est ce qu'a bien compris l'auteur, et c'est pourquoi il a inventé sa Nummerlingve, comme succédané provisoire et intermédiaire. Seulement cette langue a posteriori a, par rapport aux autres, l'inconvénient d'être soumise à des conditions restrictives, qui dérivent de cette règle arbitraire : Tout mot doit être un nombre. De là vient que l'on est obligé de déformer les radicaux empruntés aux langues naturelles, notamment en leur préfixant des consonnes. En outre, les flexions grammaticales et les affixes de dérivation sont en général arbitrairement choisis, ce qui achève de défigurer les mots naturels. L'alphabet est trop compliqué, et cela vient en partie de ce que l'auteur a dû adopter 10 voyelles pour les besoins de sa numération : plusieurs d'entre elles sont difficiles à distinguer : â, ô, e; o, ô; il en est de même des quatre s; il y a des diphtongues : à, è, qui prêtent à confusion. L'auteur semble hésiter entre le synthétisme et l'analytisme : après avoir permis de décliner à volonté l'article ou le substantif, il essaie de remplacer les cas par la position des mots. D'ailleurs, l'emploi des voyelles-préfixes pour la déclinaison et la conjugaison est malencontreux; non seulement il choque les habitudes de la plupart des langues européennes, mais il rend le radical méconnaissable, ou tout au moins plus difficile à trouver dans un dictionnaire.

En général, l'auteur oscille entre la méthode a priori et la méthode aposferiort (par exemple dans la formation du participe). Bien que son vocabulaire soit en principe a posteriori, il construit a priori, non seulement les noms de nombre (c'est la base

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de son système), mais les pronoms et adverbes interrogatifs, et môme certains noms (comme ceux des points cardinaux). En somme, la physionomie et la structure de cette langue sont trop éloignées de celles des langues naturelles pour offrir la facilité qu'on est en droit d'attendre d'une langue a posteriori. Retenons seulement ce fait, que l'auteur, voulant choisir les radicaux les plus inler nationaux, a adopté presque exclusivement des radicaux latins. C'est en ce sens seulement qu'on peut souscrire à sa devise : « NuUa kulture sine nummerlingve. »

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