CHAPITRE XVII
DIETRICH : VÔLKERVERKEHRSSPRACHE
Tandis que d'autres reprochent au Volapûk de trop s'éloigner des langues nationales et de leurs usages grammaticaux, M. DiETRicH lui reproche au contraire d'avoir gardé quelques restes des grammaires et des vocabulaires naturels 2. A plus forte raison il juge sévèrement les langues a posteriori : elles se bornent à copier servilement les langues naturelles, et n'en sont que des imitations ou des contrefaçons. Selon lui, la rivalité des peuples et leur amour-propre linguistique n'admettront jamais une « langue de compromis » ; chacun voudra avoir la part du lion ^ La langue internationale ne doit pas être une com pilation faite de pièces et de morceaux, mais un « organisme » logique homogène et indépendant. La langue commerciale * des peuples doit être neutre, et pour cela, elle ne doit pas être internationale, mais « extérieure à toutes les nations » ; elle « exclura tous les éléments nationaux ». En s'affranchissant de l'imitation des langues naturelles, elle pourra être bien plus logique et plus parfaite qu'elles. Elle doit avoir pour base, non l'usage, qui varie d'un peuple à l'autre, mais la logique. Les concepts seuls
1. Grundlagen der Vôlkerverkehrssprache. Entwùrfe fur den Auf- und Ausbau einer denkrichtigen, neutralen Kunstsprache als zukiinftige Schriftsprache, eventuell auch Sprechsprache fur den international en Verkehr, von Cari Dietrich. 70 p. 8'' (Dresden, G. Kùhtmann, 1002).
2. La grammaire du Volapûk « ne se sépare pas assez nettement des grammaires des langues naturelles » (p. 3).
3. Endresultate meiner Volapùkstudien, ap. Volapilkagased valemik, 1895 (Jvniele, Allmendingen, Wûrttemberg).
4. Il faut entendre le mot commerce (D. Verkehr) dans son sens le plus général de communication.
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sont internationaux, et non les mots et les formes grammaticales. Les mots divisent les peuples; seul le bon sens les unit. Il faut donc fonder la L. I. sur l'analyse logique des langues et sur la classification des idées; on revêtira ensuite celles-ci de formes verbales obtenues par la combinaison systématique des voyelles et des consonnes. Cette langue purement artificielle (surtout destinée à l'usage écrit) sera une libre construction de l'esprit humain, un « chef-d'œuvre par la multiplicité de ses parties, l'unité do ses éléments, l'unité et la finalité de ses fonctions ». Elle ne peut être l'œuvre d'un seul homme; elle exige la collaboration d'une » corporation de logiciens ». Il faudra d'abord définir et classer les principaux concepts, établir la grammaire, puis les règles de dérivation, et enfin le lexique. La formation du vocabulaire doit être entièrement subordonnée à la grammaire, car c'est celle-ci qui réglera la forme des mots. Une telle langue répondra non seulement aux besoins pratiques du commerce, mais encore à toutes les exigences des sciences. Elle ne remplacera d'ailleurs jamais les langues naturelles, parce qu'elle ne sera pas une langue maternelle.
Grammaire.
Voici la classification « scientifique » des lettres (7 voyelles, 22 consonnes) :
1° Voyelles : i, e, a, o, u(o«), e (eu), h;
2° Consonnes (par paires) : b, p; d, t; g (toujours dur), k; z. s; j (français), c {ch);j(j allemand), q (ch allemand) ; v, f ; deux m; deux n; deux r; deux 1. Chaque lettre a toujours le même son. Pour que les prononciations nationales ne risquent pas d'altérer les sons, on inventera des lettres nouvelles.
Avec ces lettres on formera tous les mots par des combinaisons systématiques, dont l'auteur dresse le tableau. On obtient ainsi facilement 50 000 radicaux monosyllabiques des formes V, vc, cv et cvc. Cette dernière forme (syllabe fermée) est le type des radicaux substantifs, d'où dérivent les autres espèces de mots.
Les substantifs se déclinent : le nominatif singulier se réduit au radical: le nominatif pluriel se forme en y ajoutant un-s. Les autres cas (génitif, datif, accusatif) se forment en ajoutant res-
pectivement -a, -e, -i au nominatif (singulier ou pluriel) *. Il n'y a pas d'articles, ni défini, ni indéfini, l'auteur les jugeant inutiles.
Les adjectifs dérivent des radicaux substantifs au moyen du suffixe -0. Employés comme épithètes, ils sont invariables; isolés, ils se déclinent comme les substantifs : ils prennent au singulier les désinences -oa, -oe, -oi; au pluriel les désinences -osa, -ose, -osi.
Les degrés de comparaison se forment en remplaçant la désinence-o par -zo (comparatif) ou par -je (superlatif). Ils se déclinent comme les adjectifs au positif.
Les adverbes dérivent des substantifs au moyen du suffixe -yo, et les prépositions au moyen du suffixe -u.
Les noms de nombre se composent au moyen des noms des dix
chiffres :
tiz, 1 ; tez, 2 ; taz, 3 ; toz, 4 ; tuz, 5 ;
tij, 6; tej, 7; taj, 8; toj, 9; tuj, 0;
chacun étant suivi du nom des unités décimales qu'il représente :
mi, 10; me, 100; ma, 1000; mo, 1 million; mu, 1 billion^.
Par exemple, 1897 s'écrira et s'énoncera :
tiz ma taj me toj mi tej.
Les adjectifs ordinaux dérivent des noms de nombre par l'adjonction du suffixe -to, et, quand ils sont employés substantivement, du suffixe -tem.
Les adverbes ordinaux se forment de même au moyen du suffixe -tyo (tiztyo, premièrement).
Les pronoms personnels sont : im, je; em, tu ; am, il; om, on; um, soi. Ils prennent le pluriel; les 3 premiers donnent : ims, nous, ems, vous; ams, ils^.
Ils se déclinent comme les substantifs : ima, ime, imi ; imsa, imse, imsi.
Ils prennent tous un genre au moyen des préfixes i- (masc.) et e-(fém.). Ex. iam, il; eam, elle.
Les adjectifs-pronoms possessifs dérivent des pronoms personnels au moyen du suffixe -o : imo, mon ; emo, ton ; amo, son (en général) ; iamo, son (à lui); eamo, son (à elle), etc.
1. C'est la déclinaison du Volapïik, a cela près que l's du pluriel est interverti.