Revue mensuelle Le Volapiik, p. 48 (août
2. Certains Volapùkistes raillaient, non sans raison, les Irais sl;/les dont le Volapilkabled Zenodik {n" 95) donnait des modèles : le style vulgaire ou chinois, le style commercial et le style classique [Le Volapiik, p. 200).
3. • 11 n'y a rien à changer au Volapiik : pour le rendre parfait, il suffit d'en retrancher le superllu. » Le Volapiik, n" 9 (mai-juin 1887).
d44 SECTION II, CHAPITRE II
Il ne devra pas se décliner; le génitif et le datif seront marqués par les prépositions de et al : on dira de Schleyer, al Schleyer, au lieu de Jleyera, Jleyere.
La question se pose de savoir si l'on ne devra pas appliquer, par analogie, cette déclinaison analytique aux noms communs, ou tout au moins l'admettre à côté de la déclinaison synthétique de Schleyer.
Suppression des articles el et un; l'article indéfini (et partitif) serait, au pluriel comme au singulier, sembal placé après le substantif.
Suppression de la déclinaison des noms de nombre. Uniformité de la déclinaison des pronoms personnels : obas, obes. obis (et non obsa. obse. obsl).
Suppression du pronom de politesse ons (pluriel de on), emploi du pronom singulier ol quand on s'adresse à une seule personne.
Suppression de la déclinaison des infinitifs, et des désinences personnelles des infinitifs et des participes : lôfobôn, moi aimer; Ipfobol, moi aimant. M. Kerckhoffs proteste contre des formes comme celle-ci : olôfonsofsën = le fuhir aimer de vous autres femmes.
Suppression de quatre des six temps du conditionnel; on conserverait seulement : àlàiohÔY = j'aimerais, et ilàiohoY =f aurais aimé^.
Suppression du jussif(-àz) et de Voptatif{-ox).
Restriction de l'usage du subjonctif, qui devra être distingué du conditionnel ^.
Remplacement du pronom réfléchi ok par le pronom personnel à l'accusatif : vatûkob obi, je me lave, au lieu de : vatiikokob.
Suppression de la déclinaison des adverbes de lieu et des prépositions; suppression de l'accusatif* de mouvement >, la direction devant être indiquée par des prépositions différentes ; golob al jul = je vais à l'école; golob in jul =je marche dans l'école.
Suppression de la double orthographe de certaines prépositions et conjonctions (ko, ke; plo, pie; e, ed; i, id).
1. Pourquoi assimiler le conditionnel présent a un imparfait, et le conditionnel passé à un plus-que-par faitl L'exemple des langues vivantes, qu'invoque M. Kerckhoffs, ne suffit pas ù justifier cette infraction à la logique.
2. M. Kebckhoffs veut réserver le subjonctif pour les propositions commençant par un si, c'est-à-dire là où le conditionnel semble s'imposer plus que jamais.
SCHLEVER : VOLAPCK 145
Enfin et surtout, adoption de la construction normale, au moins dans le style commercial, pour éviter les phrases confuses <'t parfois même inintelligibles des Volapûkistes allemands. On mettra l'adjectif toujours après le substantif, de sorte cpi'il restera toujours invariable. L'adverbe aura toujours la désinence -o, ' pour se distinguer de l'adjectif.
Quant au vocabulaire, M. Kerckiiokfs l'accepte tel quel, sauf quelques corrections en vue de l'uniformité et de l'analogie'. Mais il critique vivement l'abus (germanique) des mots composés, la formation irrégulière et illogique de certains mots. Sur le premier point, il réprouve des mots comme klonalitakip, et n'admet pas de mots composés de plus de deux radicaux*. Il ivniplace tedatidastid par tedastid ou tedajul (école de commerce) : Lemotofazàl [)nr Kritazàl [Noël) et Lesustanazàl par Lezàl [Pâques). Sur le second point, il fait ressortir l'inconséquence de mots composés comme vôdasbuk ((liclionnnire) comparé à bukakonlet {bibliothèque), bukatedam (librairie), bukatanel (relieur). Pounpioi luetlre le signe du pluriel à vôd dans le premier plutôt qu'à buk dans les autres 3? .M. Kerckiioffs rappelait la devise du Volapuli : Volapûk binom ptik nen sesums = Le Volapiik est une langue sans exceptions. 11 relevait dans les dérivés d'innombrables illogismes, parfois même de véritables contre-sens, comme tikàlin = espritde-vin (tikà.l=- esprit... qui pense!) et il employait ce mot malencontreux pour désigner tous les coqs-à-l'âne ou quiproquos commis par ScuLEVER et ses disciples en traduisant littéralement les idiotismes des langues vivantes ^ Par exemple (comme pour com-
1. Par oxeniple. pour les noms de pays, (lu'il aiïecto tous de la dcsinonco <'arni t(>ristii|ii(> -an : Flentân. Nelijân, Deutân, Tâlân, Jveizân. Lôstàn. Svedàn. Novegàn.
2. Un .Maisi'illais facétieux parodia ce procédé de composition illimitée en s'inlitulant :
klonalitakipafablùdacifalôpasekretan (•"cst-à-dirc : secrétaire de lu direction d'une fabrique de lustres (Le Volapii/f, p. 200 et 340). Le Cogabled (journal amusant) de Munich avait déjà l>roposé à ses lecteurs ce logogriphe : lôpikalarevidasekretel = secréluire en chef de la cour des comptes, que 2 Volapûkistes seulement purent déohilTrer (Le Volapûk, p. 59 et 95).
3. Celte inconséciuence est un simple germanisme : elle vient de ce que l'auteur a calqué les mots Worterhuch d'une pari, et Buchbinder, Btichluindler, d'autre part.
4. Article |)ul)lié dans Le Volapûk (p. 186), sous le pseudonyme de Glû- (jai/ad, ([ui est lui-même un échantillon ironique de Tikàlin (Glùg = église, jad =: cour : traduction littérale de Kerckhoffs).
CoLTUBAT et Leau. — LaDguo univ, 10
penser l'illogisme précédent), spit = spiritueux et spitim = spiritisme. De même : filabel = volcan, filabelôn = vulcaniser(\o caoutchouc); badôn = être méchant (bad), mais gudôn = dédommager (et non : être bon, gud) ; deutôn = parler allemand, mais flentôn =: singer les Français, et nehion^ cour tauder (mi cheval) [D. englisiren]\
La plupart de ces illogismes viennent de ce que Mgr Sciilever a tout bonnement traduit mot à mot les expressions allemandes, sans en analyser le sens. Par exemple : star = étourneou. starip = cataracte {staar en D. a ces deux sens); jafan = condurteur, D. Schajjner (de jaf = créer, D. schaffen '); sebalvoto := séparément (se = hors de; bal = un; vot = autre) est la transcrijUion pure et simple du mot D. auseinander. De môme : posbalvoto = à la suite (D. nacheinander). M. Kerckhoffs critiquait aussi vifafut = vélocipède, et ditavat = eau-forte (traduction littérale de Scheideivasser, D.)- L'auteur faisait correspondre ses préfixes et suffixes, non à des idées déterminées, mais aux préfixes et suffixes de l'allemand, dont le sens est souvent vague ou équivoque, ce qui transporte en Volapûk toutes les inconséquences de la dérivation allemande ^ Ainsi le préfixe len- traduit le préfixe D. an- (L. ad-) ^ ; fe- et fô- traduisent le préfixe D. ver- (L. per-, F. par-), d'où : fetan == liaison, D. Verbindung (tan = lien, D. band] ; feleigam = comparaison, D. Vergleichung (leig = égal, D. gleich) ; fegivôn = pardonner (givôn = donner); fegolôn = périr, L. perire (golôn = aller, L. ire), etc.
Les corrections proposées par M. Kerckhoffs étaient en général adoptées par la majorité des Volapïikistes*; certains d'entre eux allaient même plus loin, et réclamaient notamment la suppression des voyelles infléchies (à, ô, ii) ■'. Mais ces projets de réformes se heurtaient à l'opposition de Mgr Scfilever et de la plupart des V^olapïikistes allemands. C'est en partie pour juger ces questions et mettre fin aux différends que furent convoqués trois Congrès successifs.
1. Cf. : itasûk = amour-propre, D. Selbstsucht (ita = sell/st, sûk = suchetil).
2. M. Kerckhoffs remarque que chacun des préfixes len-, là-, fe-, sa- a une dizaine de sens au moins (Le Volapûk, p. loi et 238).