ST-ERANÇOIS ET LES ETIÈBES MINEURS CONVENTUELS
Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, que les enfants de Si François d'Assise vinrent k Constantinople dès les premières années de l'existence de leur Ordre. Fr. Lucas d'Apulie, fut désigné comme ministre de laProvioce deRomanie, en 1319: nous ne pouvons pas constater sa venue en Orient ; mais en tout cas Fr. Benedetto d'Arezzo, qui le remplaça dans la charge de Provincial, y arriva en 1220. Il y travailla généreusement à l'uuioa entre les grecs et les latins, et s'occupa avec activité des affaires delà chrétienté, en Romaoie et en Terre Sainte. Il resta dans le Levant jusqu'à lareprise de Constantinople par les Byzantins et retourna mourir en Italie, en 1381. Mais avant de partir, il avait solidementfondé son Ordre à Constantinople. Lorsque les Grecs y rentrèrent, les Franciscains n'abandonnèrent pas la partie pour cela, ils y restèrent au contraire pour maintenir l'influence romaine dans l'Orient, Nous avons vu comment on leur avait d'abord disputé, puis enlevé un couvent à Constantinople; mais s'ils durent abandonner Constantinople (ce qui n'est pas certain) ils ne quittèrent pas le pays ; ils avaient, dès le priiicipe, na couvent sur la rive gauche de la Corne d'Or, celui de St-Prançois, qui resta pendant longtemps la principale église latine de Galata et en fut la vraie paroisse; plus tard, quand le St-Siège se décida à envoyer un évêque à Constantinople, St- François devint naturellement sa cathédrale.
A quelle époque faut-il faire remonter la fondation de l'église
de St-François ? Nous ne pouvons répondre avec précision k cette question. Elle esistalt certainement à la restauration byzantine, en 1261, nous croyons même qu'elle dut être établie dès les premiers temps du séjour de Fr. Benedetto d'Arezzo, antérieurement à l'année 1227, car malgré son nom de St-François, elle avait été consacrée tout d'abord à la T. Ste Vierge, sans doute parce que St François n'était pas encore canonisé : or il le fut par son ami et protecteur, le Pape Grégoire IX, le 27 mars 1227.
Aussi loin que s'élèvent nos documents, nous voyons le couvent de St-François chef-lieu de la Province de Remanie, puis à partir d'Eugime IV, clief-lieu de la Province d'Orient : c'est le nom qu'elle conserve encore aujourd'hui. Le Provincial des Franciscains jouissait, depuis l'origine, du titre, et remplissait les fonctions de vicaire du Patriarche latin de Constantinople ; c'est-à-dire qu'il remplaçait le Patriarche qui ne pouvait plus demeurer dans sa ville. Comme nous l'avons vu, la Province de Romanie comptait, en 1400, trois custodies, et la Custodie de Constantinople sept couvents.
Nous avons aussi fait remarquer qu'un peu avant cette date, à Constantinople, comme dans tout l'Ordre franciscain, deux courants se dessinent, bien distincts. Quelques religieux, plus zélés observateurs de la Régie, remplis de bonne volonté etd'ardeur, aimant davantage la solitude et affectionnant les petits couvents, veulent s'en tenir à la rigueur des paroles de St François relativement à la pauvreté et renoncent à toutes les permissions, et à tous les privilèges accordés aux Frères Mineurs par ' les Souverains Pontifes : on les appela de divers noms, mais celui qui prévalut fut celai d'Observants, les autres, surtout ceux des grandes villes et des couvents considérables, plus mêlés au monde et partant moins sévères, acceptèrent des Papes une interprétation moins rigoureuse de la Règle, sous le rapport • de la pauvreté, quelques habitudes pins bénignes dans leurs observances : on leur donna le nom de Conventuels, parce que en général les grands couvents leur furent attribués. En France on les nomma Cordeliers.
D'abord ces religieux ne se séparèrent pas les uns des autres, mais vécurent ensemble dans les mêmes maisons, surtout ?i l'étranger et dans les contrées infidèles ; cependant peu à peu, ils se séparèrent complètement, et sous l'influence de plusieurs
saints, formèrent d'abord des couvents, et enfin des Ordres distincts. Pour ce qui nous occupe en ce moment, nous constatons qu'en 1445, le pape Eugène IV décida finalement que tous les couvants de la Custodie de Constantinople resteraient aux. Observants à l'exception de celui de San Francesco^qui serait attribué aux Conventuels. Plus tard encore, une autre division se produisit dans l'Ordre, des religieux, pour revenir plus complètement à la forme de vie et de costume de St François, formèrent une nouvelle Réforme, qui fn! à son tour séparée des autres et, forma un Ordre spécial, tout en restant parmi les vrais enfants de St François, celui des Frères Mineurs Capucins. Ainsi les Franciscains, remontant au même Père, observant la même règle, et distingués par le même signe, la Corde qui leur sert de ceinture, forment maintenant trois Ordres séparés, ayant chacun leur supérieur général et leur administration indépendante : les Conventuels, les Observantins, les Capucins. St-Ântoine, Ste-Marie et St-Louis, sont à Constantinople le siège de ces trois branches de l'Ordre franciscain.
Quoi qu'il en soit, et pour revenir à notre sujet, nous avons TU plus haut que sous le règne d'Andronic II Paléologue, successeur de Michel, les Frati, Minori e Predicatort, avaient eu beaucoup à souffrir de l'animadversion des Grecs; et que, pour un moment du moins, chassés de Constantinople ils avaient été contraints, en 1307, de se rabattre tous sur leur couvent de Péra. Ce couvent lui-même était déjà fort convoité par l'empereur i mais le concours des catholiques qui venaient se presser autour de leurs religieux, les consolait et les engageait même à chercher avec eux les moyens de se soustraire aux mauvais traitements dont ils étaient l'objet.
Nous n'avons pas de monument relatif à l'église de San Francesco, antérieur k l'année 1304. Wadding, le savant Annaliste des Frères Mineurs, cite une inscription commémorative funéraire, placée sur la porte principale du temple à l'extérieur : c HIC INFERIUS EST SEPULCRUM D. D. GERARDI ET ROBERTI FRATRUM COMITUM DE MONTE GUCO ET HAE- REDUM SUORUM.... 1304-1338. » Cette inscription postérieure d'une année seulement à la Délimitation de Qalata de 1303, citée plus haut, d'après Sauli, est d'autant plus importante qu'elle constate, pour cette époque, l'existeoce de Méglise ta-
tine de St-François, dans cet endroit même : fait corroboré par une autre inscriptioo'.
En effet nous avons trouvé, à deux mètresde profondeur sous le sol, lors de l'exhumation du cimetière des Orands Champs de Péra, en 1864, une pierre tombale de l'année 1335, provenant de St-François ou de son enclos, et que nous avons fait placer dans le nouveau cimetière, à la partie centrale du grand ossuaire. Voici le texte de cette inscription accompagnée du facsimilé que nous en avons fait relever :
SEPULGRUM DOMINI ANDRIOLI DE PAGANA ET HAE- REDUM SUORUM, QUI OBIIT ANNO DNI M CGC XXX V. DIE XV JUNU.
Cette inscription est de la même année que celle rapportée plus haut, (Part n, Ch. I.), lorsque Galata reconnaissait encore sa vassalité vis-à-vis des empereurs grecs.
Dans les divisions intestines survenues à la mort d'Andronic III (juin 1341), les Galatiotes, avant de se prononcer pour l'un des concorrents & la couronne, chargèrent deux religieux de St-François, dont l'un était le P. Enrico, parent de l'impératrice Anna, et supérieur des Mineurs Observantins de Galata, de se rendre an camp, pour faire une sorte d'enquête sur les droits des compétiteurs, et transmettre ensuite son avis aux magistrats de la colonie^.
En 1356, les Pères Tomaso, earmélitain, et G-aiUaume, des Mineurs, furent envoyés par Innocent VI, comme nonces, auprès de l'empereur Jean I" Paléologue ; et, ne l'ayant pas b-ouvé à Constantinople, frère Guillaume resta dans la capitale, aân de se concerter avec ses confrères les Mineurs de Péra et leaPr^cheurs de Oalata, sur les mesures à prendre pour le succès de leur mission ^.
1 Storia unioertale délie miuioiû frvnce*cane. Rome, 1859, II, chap, iv, 186.
1 Sauli, Ux. laud.. I, £77.
' Sloria uiusertale deUe miuioni fraiKe*eane, IV, 221 ; Cf. Waddîng, anaée 1356. Cette dîatlaction de dénomination, ponr ta mâiUe localité, pont paraître sin^liére ; on ne saurait l'expliquer autrement qne conims una simple appellation, chinaie par chacune des deux religions pour aon titre q>écial et partieuliar.
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Une bulle de Martin Y (1439) aa fl*ère Nicolas, nonce apostolique, cite les diocèses et villes de c Cafa, Chio, Mytilène... Para, Ticino di Constantinopoli '.
Les Annales Minorum foornissent des détails intéressants « sar l'eaglyae de St-Françoia des Cordeliers, » qualifiée par M. de Ciermigny, ambassadeur de Henri ni, < de ddme ou esglyse cathédrale ; > par la Comunitâ, de < grandezza e splendore del nome christiaDO, in queste parti dell'Oriente.., domo di questa città di Peyra,... cbiesa principale, > par Dacange, c d'aedes principalis totios Galatini oppidi. »
Wadding donne la description de cette église, et, entre autres détails, le texte des pierres fanéraires placées dans le temple, mais dont le feu n'a laissé aucune trace ; en voici le sommaire :
Près la porte de la sacristie : « bontpacids de paclo, amib&tos
REâNI BCEUORDll-, OBITI 1364. >
Près la porte conduisant de l'église au cloître : c JACEnr kobilis
Vm BRANCHA, DE SPmOUS; DEFDNCTDS ANNO 1890. >
Près le baptistère : c jacent andrbas de orquldis andreae
FIUCS QUI ANNO 1433 Dm PRIU. NOV., BT LEONABSOS DB SPINOLIS QDI DIE 10 SEPT. OMEBCNT. >
Non loin de la porte du cloître, le tombeau en marbre c ma^
QNIFICI DHI ULinS CAftOLI LOUELINI, PRfFECTI CLA5ST3 GENUENBI8, DBFDNCn 1434 OIE 4 BEPTEUBRI3. >
Âu milieu de l'élise : c hic sepdltds est mabcus DELpmNus,
PATRICIDS VENBTDS, ANHO 1490 DIE 13 JOUI. >
Dans le cloître même, chapelle Ste-Marie Madeleine : ( jacet
PmiIFPUS DE ARTOIS COltES DE CIC (sic) ^I COMESTABOLI FRANCIS, QUI OBirr MIKHALIt3 ANNO 1497 {siC) DIE 15 JCND^. >
< Storia xtmeêrtale deUe miM. fr. IV, 231; Cf. WaddÎDg. année 1356 ; id. p. 472.
* Comte d'Eu, fait pritonnier i la oéMbr»bataiUe de Nioopolis, par sultan Balezid, le 25 Mplembre 1396, et mort à Mikhalidj , Ducange, Contt. CkriU. p. M.) Cette intcriptioa sa TOyait encore dans St-Frangoîa, en 1656.
On lit dans lea archives des Missions capucines dans le Levant : ■ Le 19 février 1656, le curé de l'église St-Franç(da présenta à M. de La Haye une lierre Terdfttre, comme étant un tombeau, dans lequel on n'a rien trouvé, mais dont le oouTercle portait l'épitapbe d'un comte d'Artois, qualifié conné< Uble de France, mort en... 1394 on 5. > (tie).
DigilizPdbvGoO^le
Au milieu du temple : t georgius andrëas GRirrr dugis veme-