TIABUM FILIUS, QUI OBIIT
Dans le chœur, du côté de l'épitre ; t jacet joannes dold
ÛALLORUM REGIS ORATOR QUI IN «TATIS 33, m: CHRISTI 1561, DIE JULD
Dans la chapelle Ste-Anne : < jacet illusibis vm albertus
DE VnS FERDINANDl ET MAXIMIUANI IMPERATORUU GONSILIARIl'S ET IN CURIA OTTOMANIGA MULTORDM ANNORDM ORATOR. OBIIT OC.TOBRIS 1579 J. »
Le baron de Preyner, ministre impérial, décédé le 19 août 1584, fut également inhumé à Saint- François, à côté d'Albert de Wyss*.
Près du baptistère, on lisait sur le sol : * vincentio grade- Nico, EQum, BAiLO, 1600. > Le nom de ce balle ne se trouve pas dans la liste des balles, donnée parHammer.
Parmi les familles illustres dont les membres avaient leur sépulture à St-François se trouvaient toutes celles qui ont laissé un nom dans l'histoire locale.
Quelques-unes faisaient mieux, elles donnaient aussi de leurs enfants au cloître ; ainsi nous rencontrons parmi les profès de St-François, d'après Bonose, Fr. Maestro Bartbolomeo Lomellini, di Genova, et Lodovico Splnola, vicario in Pera di Gonstantinopoli, etc.
Cette église paraît ne pas avoir été placée seulement sous le vocable de Saint-François, à en croire l'inscription suivante, placée au-dessusde deux tribunes séparées, l'une pour les jeunes filles, l'autre pour les femmes, que MgrGiflredusGicala,évêque de Gaffa, avait fait construire :
Ad honorem Dëi et B. Mari*; vibginis et beati Francisci hoc
OPUS FECn FIERI REVDU3 DOMNUS PRATER GiFFREDDS CiGALA, DeI GRATIA EPISCOPUS CAFFENSIS, OLIM PROPESSUS IN ORDINE MINORUM PRO CUJUS SDTFiai PR.¥aaO DETUR SIBI VriA fn'EBNA, AMEN. 1426 DTE PRIMO AUGtJSn.
' File naturel du doge, et qui joua un râle important sous le râgne de sultan Sulelman.
^ Les Négoriatlon» ([, 6G3) et autres documents ne font nulle mendan de la triste On de est envoyé de Charles IX.
> Lisez r 1569. Si<gociat!ons. III, 96; Hammer, VI, 335 et 516.
* Hammer, VI, 174.
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Selon le témoignage de Waddiug, l'église et le cloître de St-Fraaçois étaient vastes et spacieux ; les rapports contemporains s'accordent encore à dire que l'ancien enclos de l'église était plus étendu que celui de la mosquée actuelle, bâtie sur ses ruines.
Lies NégociatiOTis \ faisant le récit des rivalités politiques existant entre l'envoyé de Philippe II et l'erabassadeur du roi de France Henri III, nous donnent aussi quelques détails sur ces mêmes rivalités dans les questions religieuses ; ces conflits amenèrent la clôture de l'église St-François durant plusieurs années : ( J'ay tousjours conservé et conserve la possession de précédence des ministres de V. M., écrivait au roi M. de Germigny, le 30 mars 1580, à sçavoir dans l'esglyse des Cordeliers qui sert comme de dôme ou esglyse cathédrale à tous les ambassadeurs chrestiens y résidentz, comme vostre ambassadeur, celuy de l'empereur, de Venise et Raguze, où ils ont accoustumé d'ancienneté, à la façon des ambassadeurs à Rome et à Venize, d'aller ouyr les messes grandes et offices de l'église aux festes solennelles de l'année tous easemble, où j'ay été, devant et après l'accident, avec les dits ambassadeurs, qui même me sont venus prendre en mon logis, pour m'y accompaigner-, laissant aller le susdit Mariglian ^ seul en une autre esglise à part. >
M. de Germigny continua ainsi le 26 avril suivant : « Le sieur de Mariglian projetait de faire practique avec le bassa pour se trouver en l'église principale de ce lieu de Péra ; je le devançay, faisant entendre résolument au bassa, où il le luy permettrait et ferait cette brèche à V. auctorité, je ne l'endurerois et y emploierois toutes mes forces et ma vie pour faire saige ledit Mariglian à l'advenir et onltres ce prendrois dès lors congé de
ce seigneur et le bassa éclaircy soudainement, envoïa l'ordre
de ce seigneur audict Mariglian de n'assister aux cérémonies publiques là où Y. ambassadeur seroit, s'il ne vouloit marcher et prendre siège au-dessoubz, et qu'où il se mettroit en effort d'oultre-paaser ce commandement, il l'envoyeroit renfermer en son logis.... Bref, j'ay assisté à toutes les cérémonies de la sep-
1 Tome m, 889.
* Cf. plus haut g Protectorat politique.
* L'envoyA espagnol ou mieux de l'cmpepeur d'AUemagna.
maine sainte et festes de Pasques, m'estaot venu prendre en mon logis le vice-bayle des Vênieiens, les Seigneurs Perotz, raguzoj's, marchands vénitiens et aultres à l'accoustumée, pour m'y accompaîgner ; où ledit sieur Mariglian alla seulement une fois ou deux en l'église Saint-Pierre, petit monastère des Jacobins, seul et sans qu'aucun pêrot ni aultre et moings ambassadeurs nibayles, s'y retrouvassent '. »
Le même ambassadeur écrit encore au roy, le 2 juillet suivant- : « Je me trouvay à la procession solennelle de la Feste- Dieu dernière, accompaigné de tous les Seigneurs Pèrotz à l'accoustumée,où toutes lesesgllses chrestiennes de Constantinople et de Péra s'assemblent; et fusl faict l'office par l'évesque de Pcio. ï
Selon Hammer ^, sultan Murad III, voulant les changer en mosquées, aurait fait fermer les églises de St-François, Ste- Anne, et St-Sëbastien. Le dimanche suivant, l'ambassadeur se serait rendu, avec une suite de quatre-vingts Français, devant l'église dont il aurait frappé la porte entonnant l'hymne Attollite portas ; et il ne se serait retiré qu'à midi, poursuivi par les railleries des Turcs ; mais, comme cela avait déjà eu lieu, un sacrifice de quelques milliers de ducats aurait empêché l'exécution du projet conçu*.
De nouvelles difiicultés s'élevèrent pourtant encore, à propos des mêmes questions de préséance, en 1585, avec le baile de Venise. Bertbier, chargé d'affaires, écrit au roi, le 26 mars de cette année : i Comme suivant ce qui a esté de tout temps de louable coustume... par les ambassadeurs de V. M.... et pour en ce donner exemple et satisfaction à ce peuple chrestien, de deçà, aux églises de Pera,et mesmement à celle de Saint-Françoys, je serays le dimanche xvii du présent mois, allé à icelle pour y ouyr le sermon et le service divin ; après toutesfois avoir faict reconnaître à celluy des miens qui y porte mon tapis,8i celluy du baille des Vénitiens y seroit. Comme il n'estoit donné ordre
' Cf. ci-dessus ; Protectorat politique.
* Négociationii. III, 916.
3 Loc. lau't. VU, IJO.
> Moins affirmati^JouanDin (Za ritrç'jie, 169) dit eeulementque M.de Germignj-, au moyen de quelques milliers de ducata, empAcha la fermeture d«i églises qu'on voulait consacrer à rislaniieme.
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qu'en ce cas il meist le mien en une aaltre église, là auprèz... Mais non seulement cestuy-cy prins party d'y venir, mais il me manda dire par ung des siens quej'eusse à lui céder le premier lieu. Sur ce, pour éviter l'outrageuse résolution du dict baille, venant h ceste an, accompaîgné, oultre les siens, de tout plain de personnes de sa nation, j'aurais pensé plus expédient de m'en partir de là, ayant mesme jà,ouy messe*. *
On relève plus loin de la môme correspondance que ce chargé d'affaires » auroit esté invité à se trouver à St-Françoys par ung marchand de la confraternité du St-Sacrement' érigée de deçà depuys un an ou environ (1584), ayant accoustumé les confrères d'icelle faire une procession à certain dimanche de chaque moys. Ce dont où ainsy seroit estant moi semhlablement de la dite confraternité.... Le baile ani-oit encore [contre l'antienne et invétérée usance, non oncques violée par aucuns ministres de princesde deçà, ny des ambassadeurs de V. M.) buté de vouloir forcer, mesmes par audacieuses menaces, les chrestiens Perrots de l'antienne confraternité de Ste-Anne, en ceste église de St-Françoys, de luy céder le pas, dans les cérémonies de la semaine sainte. En estant venus enfin iceux Perrots jusque à ce (voyant l'oultrage du personnage, et en vertu de leur ancien commandement et privilège de ce seigneur d'estre maintenuz en la jouissance de leur église et leurs antiennes usances en icelles, dont de l'ung et l'aultre, ils ont toujours recogneu la première, principale et comme seule protection de V. M.), que de s'estre résolu, ou de faire clore les portes de leur église audict sieur baile, comme il y viendroit avec ce desseing, on de recourir ouvertement à moy pour ce regard. — Au demeurant, écrit encore Berlhier à Henri III, le 39 avril 1585, je fus le jour de Pasques, à l'église de St-Françoys, au service solennel d'icelle, y bien reçu et honoré de tous, en considération du grand respect que tous généralement de deçà ont de tou-
1 Xdr/orialiuna, IV, 3C7.
- Las procès- verbaux de la Comuni'tâ font aussi mention ila l'existence de cette confrérie. Comme la confrérie de Ste-Anne, celle du St-^acrement', précédemment instituie à St-Fraaçois, fut transférée i, St-U»' noit : ir Las marchanda, dit le Père Tarillon, s'assemblent dans St-Benolt pour leur confrérie du Saint-Sacrement, qui est fort nombreuse, et Où il se fait beaucoup de bien. »
jours ea du nom de V. M., ofi le sieur bayle de Yenise ne se trouvera*. »
Les Négociations, qui, du reste, o&ent une lacune à cette époque, ne fouroiaaent aucun renseigueinent sur la fermeture de St-Françoi3. On lit dans Jouannin ^ : « Le caractère violent de M. de Lancosme le poussa à commettre dans l'église St- Georges (lisez St-François), à Galata, un acte qui eut des suites graves : le dimanche 29 mars 1586, il enleva à main armée la place d'honneur qu'occupait l'ambassadeur impérial. Le maintien du privilège explique cette action ; mais la Porte en fut irritée ; l'église fut fermée ; et le grand-vizir déclara qu'elle ne serait rouverte que lorsque M. de Lancosme ne serait pius fou. )
Le docteur Pezzen, porteur, en 1587, du c présent honoraire annuel impérial, t Interposa inutilement ses bons offices pour la réouverture de l'église ^ ; le baile vénitien agissait aussi de son côté, et annonçait même (1588) un succès non encore obtenu^. IL semble toutefois, d'après la correspondance de M. de Lancosme, du 33 décembre 1587, que, dans ses négociations avec le grand-vizir, celui-ci faisait retomber le fait de la fermeture de l'église sur les Perrots eux-mêmes, et que ces derniers désiraient obtenir un compromis entre les ambassadeurs du roi et de l'empereur. Ce même dire est rapporté dans une lettre de Henri IV à sultan Murad, portant textuellement ; « Nous avons été averti par notre... ambassadeur... que, pour quelque contestation qui advint... entre luy et l'ambassadeur de Hongrie, touchant la préséance de l'église, fut pris occasion par les procureurs religieux du couvent de Saint-François de Gallata, de fermer leur ^lise, où les ambassadeurs avaient coutume d'aller ouïr le service divin *. i Quoi qu'il en fût, St-François n'était pas rouvert, et M. de Lancosme écrit au roi le 19 février 1586, « à propos de l'heureuse victoire que S.
■ Négoeiatiom, IV, 381.
" La Turquie, p. 173.
ï Hammer, VIT, 181.
» NégwAationt, IV, 633.
s Testa, Recueil rfe* (raiK*. III, 8ïâ. Dans une lettre do 1611, la Comuni^, dit que l'église fut fermée, d'ordrs du sultan, poor les mâmea raisons, et demeura ainsi close duraat plusieurs années.
H. divine a donaée à Y. M. sur l'bérésîe, j'ai fiaict assembler tous les prebstres et religieux qui sont<i Constanttnople et à Fera*, lesquels ayant chanté les lonanges de Dieu et uog Te Deum, dans une des priacipales églises, et prescbë publiquement la grAce qne Dieu avoitfaicte à tous les chrestiens par l'heur et conduite de Y. M., tous univeraellement ont invoque la bénédiction de Dien sur icelle ; je m'y suis trouvé avec tous les Françoys et grande quantité de Perrots et aultres chrestiens^. >
A son ari-ivée à Constantinople, vers le mois de mars 1593^, M. de Brèves demanda, au nom du roi, an sultan, la réouverture de St-François. Henri lY qui, d'ailleurs, avait, de longue date, entretenu des relations personnelles avec saltan Murad, avait écrit de nouveau à ce prince : c Sultan Amurat, notre très cher et parfait ami, i pour le supplier très affectueusement que son bon plaisir soit avoir agréable, en notre contemplation, que la dite t'gllse soit ouverte à tous les chrétiens ; donnant, s'il lui plaît, sur ce, des recommandations, de sorte qu'il n'y soit mis empêchement par les ministres et ofBciers de S. H. , de laquelle nous recevrons la dite concession à plaisir, à nous particulièrement faite ^ 1 La demande du roi fiit aussitôt satisfaite : € dès l'arrivée de M. de Brèves, dit Hammer^, le sultan fit ouvrir l'église de Galata, qui litait restée fermée jusqu'alors. »M, de Brèves, dans la Relation de ses voyages, dit au reste, à ce propos : < Cette église est demeurée cinq ou sis années sans être servie des religienx qui souloient y demeurer, à cause d'an débat qui arriva entre l'ambassadeur de l'empereur qui résidoit alors à Constantinople et celui de France, fondé sur la préséance qu'un chacun d'eux prétendoit. J'ai eu le bonheur d'y restablir ces religieux comme auparavant. Ce fut en l'an 1590^ >
On sait, du reste, le crédit extraordinaire dont jouissait M. de
> La Ijitîniti' [lOBaédait encore, â ConstantinoplQ,les deux églises de $t-Ni> colas et Ste-Marie.
' Si'aixintiiM^, IV, 649.
» Hammer, liaite* vMUicnt. \'\\. 252-253.
* Testa, lirrueil -Ici traMx. III, 328. » Lor. tnu-l., VU, 252.
* Une erreur typographique donne 15!>0, qu'il faut remplacer par 15S3; l'église, on l'a vu, fut fermée en 1186 ; en adoptant pour la durée de la fermeture le chitTre de six années indiqué par M. de Braves, on aurait 1592; 0«t ambassa^Ieur, on l'a dit plus haut, est arrivé à son poste en mars 1593.
Brèves à la cour ottomane, l'usage qu'il en fît pour la conservation au culte de plusieurs églises, tant à Constantinople qu'ailleurs, et notamment de celle du St-Sépulcre, que, plus d'une fois, on voulut changer en mosquée ; ce crédit, nous l'avons rapporté autre part, avait fait dire à un historien turc : « Peu s'en est fallu que l'islam ne devint fou, par le fait de ce damné d'ambassadeur de France ! »
Une déclaration des trois chefs d'ordre de Péra, savoir 1" le Père André Farga, de Venise, prédicateur général et vicaire général de la congrégation de Constantinople, de l'Ordre des Prêcheurs; 2''fra Cherubino, da Macerata, de l'Ordre des Mineurs de l'Observance, gardiende la province de Marche, commissaire, vicaire du patriarche de Constantinople ; 3° fra Margalion de Péra, commissaire provincial des conventuels, datée du 33 décembre 1604, constate, à cet égard, s les heureux effets de la puissante intervention de l'ambassadeur de France ; il a, contre toute attente, fait ouvrir et sauvé l'église de St-François de Péra, grandenr et splendeur du nom chrétien dans ces contrées, lorsque, par suite de la dispute de préséance entre les ambassadeurs de K. M. T.C. et de S. M. LjClle avait été fermée; et qu'il yavait danger manifeste de la voir perdue' ; » St-François était resté fermé de 1580 i 1593, c'est-à-dire durant environ sept années - ; mais, à différentes reprises, le droit de conservation fut maintenu par les sacrifices pécuniaires que, dans l'intervalle, et au moyen des secours sollicités de Rome, de Venise, et d'ailleurs, lew Pérotes s'imposèrent, tanten numéraire que par la vente d'immeubles appartenant aux diverses églises de Ste-Anne, St-Benoît, San-f'iiovanni de l'hôpital, St-Pierre et autres, pour le rachat, à Malte, de trente esclaves turcs ^.
En 1598, M, de Brèves « plaida encore la cause des Franciscains de Péra, auprès du mufti Sead-Eddin ' ; c'est peut-être à ce fait que les chefs d'ordre font allusion dans leur déclaration précitée, où il est dit : < Dans une autre occasion, M. de Brèves a sauvé St-François d'un danger manifeste que cette église
1 Testa, lo-.luad., 111,331.
* .( A la suite lie ce différend, disent les actes de la Comarulâ. St-François resta ferma durant plusieurs années. »
' Cf. ComiiniKi, à Tannée 1611, etHammer, VII, 287. » Hammer, VII, 362.
avait couni, par suite d'une accusation relative à quelques esclaves fugitifs, et qui avait menacé la vie de tous les religieux desservant la dite église. >
En 1604, c la chiesa di San Francesco era nel pericolo di perdersi, bavendo turchi procurato che il signore, passando vi entrasse, divertito Bostandji bachi ', »
Ayant quitté l'ambassade de Constantinople pour celle de Borne, M. de Brèves n'en continua pas moins ses bons offices à la Latinité de Péra ; par sa lettre du 1" août 1609, rappelant la réouverture de St-François, due à son énergique intervention, le danger que, sans lui, cette église et les autres temples catholiques auraient couru dans l'affaire des esclaves fugitifs, la Vomuiiîlà déclarait M. de Brèves t protecteur et défenseur de toutes les églises et monastères de Constantinople, > et sollicitait son appui auprès du Saint-Père.
En 1618, et sans doute à raison des sacrifices continuels qui lui avaient été imposés, St-François était tellement pauvre, l'crivait la Comunltà, le 30 mars, h Paul Y, * que, cbaque semaine, les desservants de cette église vont mendier leur pain dans les maisons, et qu'un frère va faire la quête à chaque messe. »
Eu 1623, le 6 mai, la Sacrée Congrégation des Bites, sur une instance du visiteur apostolique, l'évèque de Santorin, décida que c'est au Supérieur de FF. MM. Conventuels de Constantinople et non au Vicaire patriarcal qu'il appartient de porter le St-Sacrement, dans les processions qui se font dans les cloîtres de St-François : cependant elle ajoute que, par ailleurs le Vicaire patriarcal avait la préséance dans tous les actes auxquels il assiste en sa qualité de Vicaire patriarcal. Le Vicaire patriarcal était alors Frère Mineur observant, gardien de Ste-Maric Dra- ■ péris.)
En 1633, l'Évoque de Santorin, visiteur apostolùiiio, fixe le personnel religieux de SI-Fran(:ois it'six prêtres et deux laïques, et à 45,000 aspresla pension qui devaitleur être comptée par les procureurs, pour leur entretien et les réparations de l'église.
En 1633, St-François aurait été mis sous scellé, aio-si que d'autres églises, ce qui, avec la réparation des églises attenant
' Hammer, d'après les Baile^ rt'nitien», VHI, iSli.
y,'G00g\il
aux murs de la ville, aurait occasionné à la Latinité de Galata de nouveaux sacrifices ; aussi dut-on réduire le personnel ecclésiastique de St-François à quatre prêtres et un iai'que, et l'allocation annuelle de 15,000 aspres, soit net 30,000 aspres ou 250 realî, auxquels venaient s'ajouter 150 realt pour le service de trois chapelles, une fois la semaine l'une', celui du bagne, les mariages, baptêmes, enterrements, bénédiction des maisons, deux fois l'an, les offrandes durant l'année, la caisse particulière du couvent, les confessions et legs.
Au milieu de toutes ces difficultés les religieux de St-Prançois continuaient, comme ils pouvaient, leur ministère, ils s'occupaient même de l'œuvre à laquelle l'Ordre avait travaillé avec tant de sollicitude, la réunion de l'Église grecque à l'Église romaine. L'an 1637, le P. Mattre, Angelo Petrica, commissaire général d'Orient pour les FF. MM. Conventuels, et Vicaire patriarcal, détermina le patriarche grec, Veni, à tenir un synode où fut prise, par les Grecs, la résolution de se réunir aux Latins. Mais l'émoi causé par cette résolution fut tel que l'on conspira contre le patriarche et qu'on parvint à le faire empaler, sur la place publique. Quant an P. Angelo, il eut grand peine à sauver sa vie, en fuyant en chrétienté.
Enfin, le 16 mars, selon Hammer, le 18 selon les archives de St-Antoine, 1639, l'antique église de St-François, qui avait été si longtemps la première de Galata, et qu'on regardait comme une des merveilles de l'Orient fut détruite par un incendie. U semble que le désastre fut dû à la malveillance des Grecs, irrités encore de ce que le patriarche avait voulu se faire catholique. En tout cas le couvent fut pillé et dévasté entièrement.
C'est bien à cette église qu'il faut appliquer la description que nous trouvons dans les auteurs. On lit en effet dans Macarius, patriarche non uni d'Antioche-, la description suivante de St-François, qui paraît répondre parfaitement à cette époque : * Then \ve viewed the church of the franhs, which has been burnt (britlée) ; whicb egunlled Santa Softa, in heigt and size, and form, and structure ; and was adorned inside and out with mosaic paintings and gildings of tbe dominical
' St-Antoine, St-Jean, Sl-Sébastien !
* Loi-, law/.,p. 28.
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feast, over the door, od the whole, is a painting, in mosaic, of the assumption of our Lady. AU the inscriptions are in the
frank language but is ruined, and deserted, and altogether
in the hands of the Franks. » Nous avons ensaite visité l'église des Francs, qui a été brûlée depuis, elle égalait Ste-Sophie pour la hauteur, la grandeur, la forme et la structure. Elle était ornée à l'intérieur et à l'extérieur de peintures en mosaïques représentant les faits évangéliques : par dessus tout on admirait sur la porte une mosaïque représentant l'Assomption de Notre-Dame. Toutes les inscriptions sont en langue franque ; mais elle est ruinée et abandonnée quoique (oi^ours aux mains des Francs.
Cette description est confirmée par le rapport de M. de Brèves, dans la Relation de ses voyages ; t L'une des églises de Pera est servie par des Cordeliers conventuels, qui est richement et superbement bâtie, et se nomme St-François, enrichie de mosaïques par le dedans ; joignant cette église, il y en a une autre qui en dépend, nommée Saincte-Anne. , . Tous ces bâtiments n'ont pas esté bastis pour 3 ou 400,000 écus. » Cetto somme, considérable popr le temps, indique suffisamment l'importance de St-François et de ses dépendances.
On dut racheter le terrain, pour 4,500 reali. i St-François, écrit alors la Comunità, ne possède plus qu'une seule maison; et celle-ci encore devra être vendue, si le général des Conventuels n'envoie des fonds pour rebâtir l'église. » Mais selon Hammer ' le « Divan » ne permit pas aux chrétiens (ou mieux li la communauté latine) de réédifier l'église de Oalata, coasumée par les flammes au commencement de cette année ; » et, plus loin-, le même auteur rapporte que Qara-Moustafa, grand-vizir de sultan Ibrahim (de décembre 1638 à mars 1643), aurait « changé San Francesco en mosquée ; > ce dernier dire n'est pas entièrement exact : on fit, en effet, de grandes difBcultés ; mais, finalement, l'église fut reconstruite auprès des ruines de l'ancien édifice ; et, d'après le même savant, l 'internonce impérial Kinsky aurait fourni six cents écus pour cette reconstruction.
I Cf. Comunità, k l'année 1611, et Hammer, VU, 287. > Hammer, VII, 362.
Il parait toutefois que les proportions de la nouvelle église furent bien plus reslreintes. En effet le Père Giovanni Mercrediai, Provincial d'Orient, et (c'est la première fois que nous voyons cette appellation, qui sera désormais ordinaire), Préfet apostolique des missions de Valachie et de Moldavie, Vicaire patriarcal trouvant que le seul autel qui existait dans l'église nouvellement relevée, de St,-Fraûçois, ne suffisait pas pour le service religieux, en fit élever un autre dans la chapelle qui servait de sacristie, et le consacra à Notre-Dame délia Salute. Pour avoir des ressources il se recommanda au baile de Venise et à toute la nation, il en obtint des fonds, et na sieur Paul de Belin fit don k cet autel d'un beau tableau de la Madone.
La < Magnifica Comunità di Pera n passait annuellement 36,000 aspres au couvent de St-François, mais comme cela ne sufiisait point à l'entretien de six prêtres et de deux lais, nécessaires pour le service de cette église, qui était la mère desautres et la cathédrale, le supérieur demanda que ce subside fût augmenté. La f Magnifica Comunità» lui accorda, le 19 mars 1643, un secours de 4,000 aspres une fois donnés, et promit 2,000 aspres par an pour le médecin et le pharmacien. Elle consentit encore à ce que le produit des offrandes et des quêtes passât directement dans la caisse du couvent au lieu d'entrer dans celle du procureur de l'église. Elle établit en même temps que les aumônes faites au quêteur appartiendraient aux religieux, sans que le procureur eût à s'y ingérer en quoi que ce fût. (Archioes de S(-Antolne.) Jusque-là c'était le procureur qui tenait toutes les clefs, et touchait tous les deniers.
Le 5 août de la même année, 1643, « un service solennel se fit dans l'église de St-François, pour le repos de l'âme du Roi Louis XIII, de glorieuse mémoire ; tout était tendu de noir ; le cloître était en boucassin, l'église à plein en drap, et le catafalque en velours; ce dernier, ainsi que l'autel, chargé de gros flambeaux. L'ambassadeur et son secrétaire, tous deux en habits de deuil, assistèrentà la cérémonie; le secrétaire de l'ambassade d'Angleterre s'y trouva aussi ; mais n'ayant d'autre place que celle que le hasard lui donna, parce qu'il n'a pas rang en l'absence de son chef. »
« M. le baile avaitprécédé de quelques minutes notre ambassadeur à l'église, pour obvier à ce qu'on vît par les rues, sa li-
vrèc ea gala, mèlôe k celle de notre ambassadeur, qui était, ainsi que sa maison, en grand deuil ; on ne déféra aucun honneur ecclésiastique aux autres pendant la messe ; et le Libéra chanté, ceux-ci ne donnèrent pas l'aspersion, autour du catafalque, comme cela se fait en France. (Archives des Capucins.)
En 1657, un difTérend assez grave s'éleva entre le t ministre provincial, commissaire-général des Mineurs-conventuels de St-Françoia » et la Comunità, k propos de la construction, dans son église, d'une chapelle, où le premier voulait fonder la confrérie des agonisants, sous le patronage de sSt-Antoine de Padoue ; » cette querelle, dans laquelle intervint officiellement M. de La Haye, ambassadeur de France, se prolongea durant deux années.
En 1660, le 16 avril, te couvent et la nouvelle église de St- François, bâtie auprès des ruines de l'ancienne et grande église, furent encore la proie d'un incendie, qui dévora c les deux-tiers de Galata. » Il ne resta autre chose de ces établissements que des murs en ruine ; « pour le moment, lit-on dans les Archives des PP. Conventuels, les religieux ne trouvèrent d'autre asile qu'au bagne du Grand Seigneur, auprès de M. Proni, écrivain en chef; > puis ils passèrent aux Quatre Rues, aux vignes dePéra, cicino ai palazzo del ministro di Francia, dsin'inne maison que l'Ordre y possédait depuis longtemps, jusqu'à ce que le couvent de Galata pût être rendu habitable. Le P. Pasqnatini, provincial, partit en août pour la Chrétienté : il se rendit à Paris, où il recueillit 500 doublons d'Espagne, qui servirent au rachat du terrain du couvent et de l'église incendiés. Les Turcs retinrent d'abord l'emplacement de la grande église et le terrain du four et de- la maison contigue; finalement Messieurs de la Communauté, du consentement de Mgr ïeoli firent l'achat simulé desdits lieux; mais ce ne fut qu'à grand peine qu'on put avoir les Hodjets [titres de propriété ; et encore n'obtint-on, le 2 juillet 1062, que la permission de biUir le couvent mais non l'église. »
De nombreux objets provenant des églises incendiées, ayant été retenus par ceux qui les avaient sauvés du feu, Mgr Ridolfl dut menacer, quatre ans après, de l'excommunication, quiconque tarderait davantage à les restituer. Dans cette même année on dut vendre toute l'argenterie des confréries du St-Sacrement et
de St-François, pour racheter des Turcs, les hospices et église de St-Jean-Baptiste, retenus par eux depuis l'incendie de 1660.
Des démarches furent faites, mais en vain, auprès do gou- vernement local, pour obtenir la reconstruction de l'église de St-François, par les représentants d'Allemagne et de Venise.
te 20 mai 1666, une supplique fut adressée, au nom du Souverain Pontife, au Baile de Venise, Ballerini, grand cliancelier, pour qu'il obtint de la Porte, l'autorisation de rebâtir un simple oratoire, sur l'emplacement de l'église incendiée de St-François. Le terrain ayant été conservé par la protection de la Sérénissime République de Venise, après le désastre de 1660 : ce fut le commencement du protectorat vénUien à St-François, et il parait avoir été confirmé en cette année 1666.
Mgr Ridolfi manda en c chrétienté » le supérieur de St-François, afin d'y recueillir des aumônes pour la reconstruction de cette église. L'Espagne, le Portugal et la Sicile lui fournirent des subsides, Le 10 avril suivant, le vicaire patriarcal écrivit au Baile Molino, qui se trouvait à la Canée, pour le prier d'employer ses bons offices auprès du grand vizir, afin d'obtenir l'autorisation de relever St-François ; et, quelques mois après il sollicitait pour le même objet des subsides du Pape et de la Propagande,
En&n l'année suivante, 1669, après la reddition de Candie, l'amiral vénitien Morosini, en faisant la remise de l'ile de Crète, obtint, du vizir Haçan, la reconstruction de St-François. Les travaux toutefois ne furent commencés que Je 18 aoflt 1670 ; et le 25 décemlve suivant on y célébra la première messe. Venise avait fourni pour cet objet 3.000 talents, le Pape 1.000, et la S. Congrégation 600, l'Espagne 1.000, le Portugal 300; on en emprunta aussi 800 sur la maison des Pères aux Quatre Bues, le chevalier Moysio Monico en prêta 100, Mgr Ridolfi, 67 ; enfin on vendit une partie de l'argenterie qui produisit 90 talents. Le 19 mars 1671, la nouvelle église fut bénite par Mgr Ridolfi, en présence de Baile Luïgi Molino ; les armes de la République furent placées sur la porte principale, et le tableau de St Marc auprès du grand autel.
On lit dans les Actes de la Comunità à propos de cette construction :
* Grâce à l'intervention du baile de Venise, on obtint, en 1670, la permission de rebâtir l'église en pierres ; et, quand elle fut
terminée, Mgr Riâolfi en fit la bénédiction. > On lit, à ce sujet, dans Cbardin : « Le baile Molino eut beaucoup de peine à faire rebâtir à Galata, faubourg de Constaotinople, Yégtise des Vénitiens, que le feu avait consumée. Le baile fît tant d'efforts, en cette circonstance, pour lever les obstacles qui survenaient de tous côtés, qu'il en mourut » la peine ; mais, par bonheur, l'oavrage était presque terminé, t Luigi Molino, qui avait été envoyé à Constant! no pie eo qualité de ministre extraordinaire délia Republica veneta mourut à Péra, le 26 août 1671 et fut inhumé à St-François.
Les Annales de la résidence de Si-Benoît, s'expriment ainsi i ce sujet : < Lea catholiques ont eu la consolation cette année 1671, de voir enfin rebâtir l'église et le monastère de Stn François. La première messe y a été dite le jour de laSt Joseph, à laquelle assista M. Molin, ambassadeur de la République, qui avait beaucoup contribué à la bâtisse. >
Les renseignements ci-dessus dont nous sommes redevables à l'obligeance des RR. PP. Conventuels de St-Antoine, répondent aux questions posées dans la première édition de notre travail, et les confirment en partie : nous disions en effet, à ce sujet :
Comment et à quelle époque St-François devint-il l'église des Vénitiens ? Les actes de la Comunità élablissent qu'en 1657, l'ambassade de France intervint ofilciellement entre cette église et la Comunità : ce ne serait donc qu'entre cette date et 1670, époque de la reconstruction de l'édifice, que pourrait &&*€ placé ce changement de protection, devena la conséquence des démarches du haile pour la reconstruction, démarches dont le souvenir, conservé dans le paj-s, se trouve conflrmé par le témoignage de Chardin. Venise ne faisait, d'ailleurs, que suivre en cela son ancienne politique : on a vu plus haut la suite des tentatives réitérées, à différentes époques, par les balles vénitiens, afin d'établir leur prépondérance religieuse, soit sur <: la principale église de Galata, » soit sur St-Benott, par les difficultés quïils contribuërant k opposer à l'établissement des jésuites français dans cette abbaye. Cette ambition se trouvait dès lors satisfaite, du moins en apparence ; mais elle ne fut peut-être pas étrangère à la décision prise en 1731, par le R. P. Général des Conventuels déclarantque ses religieux seraient placés Amb-
navant sous la protection de la France. Toutefois, on va le voir, cette protection n'était point exclnsive, loin de là, et elle admettait encore certaine prépondérance en faveur de celle qu'on avait voulu annuler.
Durant le temps qu'ils restèrent privés de leur église, les Conventuels n'en continuèrent pas moins l'exercice de leurs fonctions curiales, probablement à St-Benolt, la seule église épargnée par l'incendie de 1660. En tout cas c'est à St-Benolt que se faisaient les cérémonies ofQcielles : ainsi c'est là que se fit l'installation ou la prise de possession de Mgr Ridotfi le 30 novembre 1663, c'est là que se faisaient aussi les processions solennelles et toutes les grandes fonctions. Les confréries y transportèrent aussi leurs réunions, spécialement celle de Ste-Anne, dont le prieur était le chef de la i Magniâca Comunità i.
La chrétienté latine de Constantinople n'ayant pas d'év&que, n'avait pas à proprement parler de cathédrale, mais quand, à la place du simple Vicaire patriarcal, ordinairement religieux de St-François, on envoya un évèque, sufEragant du patriarche, il choisit naturellement pour cathédrale la principale église, celle de St-François. Des que le nouvel édifice fut achevé il recouvra tous ses droits anciens. Le 28 mai la procession du Corpus- Domini s'y fit solennellement; quatre reposoirs étaient dressés dans le cloître, en l'honneur de St Louis et de St Marc, par les deux Nations, du Rosaire par la Confrérie, et de Ste Anne par la < Magnifica Comunità di Para. » Le baile de Venise, et l'ambassadeur de France, M. de Nointel assistaient à la cérémonie: des contestations s'élevèrent entre eux. M. de Nointel voulut faire enlever l'image de St Marc de l'autel où elle était placée, ce qui lui fut refusé ; mais le lendemain vendredi, pendant les vêpres, il lit enlever par un de ses domestiques les armes de Venise qui étaient arborées sur la grande porte.
La première procession de la confrérie du St-Sacrement, après la restauration de l'église, eut lieu le 20 novembre 1672, celle du Sacro Cordone, le 37 du même mois, toutes les deux présidées par Mgr Ridolfi. Les processions de la confrérie de Ste- Anne recommencèrent aussi le 29 novembre. Mais ce ne fut que le 21 mars de l'année suivante 1673, que fut bénite la nouvelle chapelle de Ste-Anne, reconstruite dans les cloîtres de St-François, comme auparavant. Ce qui rendit ce jour plus mémorable
c'est la démarche que fit le patriarche grec pour obtenir une réconciliation entre son peuple et les Latins.
En 1674, le 5 novembre, sur la permission du Caïmacan de Constantinople et du Woïvode de Galata, Isaac de Bovi, flammingo, fut inhumé le premier après la reconstruction de l'église, dans la chapelle St-Antoine, à St-François.
En 1675, la procession de la Ste Épine fut faite solennellement, aux flambeaux, dans les cloîtres de St-François.
Le 4 juin 1676, la procession de la Fête-Dieu se fit pontificalement, avec l'assistance des représentants de France et de Venise; à l'autel de St-Louis, on chanta le psaume Exaudiat et l'oraison du Saint ; à l'autel St-Marc le Laudate Domtnum omnes gentes, et l'oraison de St-Marc.
La protection de Venise avait, par le fait, amené plus d'un conflit entre le baile et l'ambassadeur de France, elle en provoqua aussi entre les Vénitiens et les religieux. En 1678, le baile Donati ayant prétendu, en sa qualité de protecteur de St-François, avoir la haute direction du couvent, le R. P. Général des Conventuels, par une lettre du 14 août 1680, refusa de se soumettre à cette extgeance, et ne voulut pas laisser entre ses malus les clefs des maisons possédées par le couvent. En même temps il déclarait commissaire général et supérieur du couvent, Mgr Gasparini, qui avait succédé comme Vicaire patriarcal, suffragant, à Mgr Ridolfl, 11 avril 1678.
Il réussit à établir une règle fixe pour la préséance entre l'ambassadeur et le haile.
Il eut à prendre une résolution plus importante, demanda et obtint de la Sacrée Congrégation de la Propagande un décret qui enlevait absolument aux Seigneurs Pérots l'administration des revenus du couvent (17 octobre 1682). De son côté le Père Provincial refusa, à la fin de janvier 1685, d'intervenir dans l'élection qui devait se faire à Ste-Anne, par la i Magnifica Coraunità > d'un procureur pour le couvent de St-François ; mais la ï Magnifica Comunità » de son côté, considérant que les continuels sacrifices imposés à la Latinité, tant pour ta reconstruction que pour la conservation de St-François, avaient amené un tel déficit dans ses finances, qu'il lui était impossible de faire davantage, résolut, par décision du 28 janvier 1685, de ne plus nommer de procureur pour cette église, et d'en abandonner l'ad-
minîatration temporelle à qui voudrait bien s'en chaîner. De fait la * Magnîâca Comuaità > avait vécu, sa seule raison d'être étant depuis longtemps l'administration temporelle des biens
St-Françoi3 ne lui survécut pas bien longtemps. Le 5 mai 1696, à l'occasion des illuminations faites pour la naissance d'un fils du sultan, il se déclara dans Galata, un incendie considérable, qui consuma dix mille maisons et toutes les églises grecques. Celles des Latins furent grandement endommagées : St-François perdit tous les immeubles dont il tirait ses revenus ; il ne lui resta plus que la maison qu'il possédait depuis longtemps aux Vignes de Péra, près du palais de l'ambassade de France, aux Quatre Rues.
L'église était restée presque intacte; mais, par un décret de sultan Mustafa II, 6 mars 1697, le couvent, l'église de St-fYançois et tout ce que contenait leur » rectnto > furent conâsqués; le 4 octobre suivant l'église fut en partie démolle, (diroccata), et finalement convertie en mosquée, soas le nom de léni'djàmi, f nouvelle mosquée *.
Le fait en lui-même est clair, et tous les auteurs sont d'accord en cela avec les archives de St-Ântoine ; mais quand on veut expliquer cette conDscation, si contraire aux capitulations, les documents varient beaucoup. Nous allons en citer quelques-uns.
Le naturaliste voyageur, Tournefort, qui visitait Constantinople quelques années seulement après les événements, nous dit : ( Les Cordeliers étaient curés à Galata, mais leur église, depuis que le feu s'y prit, a été changée en mosquée, appelée par les Francs • la mosquée de St-François » et par les turca c la mosquée de la Validé » qui règne à présent et qui a contribué à la faire bâtir. > Il se fait ensuite l'écho d'un bruit malveillant, qu'on avait fait courir contre les religieux, ainsi qu'il arrivait souvent à cette époque, nous ne le répéterons pas après lai.
D'autre partBenofe, s'exprime de la sorte : f l'anno 1696, in Galata di Constantinopoli, il di 5 marzo, per la terza volta, il fuoco consuma il nostro convento, con un gran numéro di case ; si era brugiato l'anno 1639, e poi nel 1660, e quindi era stato rialzato, specialmente dalla pietà délia Republica veneta, da cui
prendeva il nome. Nel darsi relazione al gran Signore dell'iii' cendio, deltosi dal retatore, che era arso anche il laogo dei Pa~ dri veneziani, con li qaaii aveva gaerra, commando che la chiesa, rimasta intatta, fosse convertita in moschea ; e cosi fu perduto quel nostro antichissimo soggiorno ; ta perd eretto un altro convento in Pera, per il quale il re di Spagna diede copiosa elemosina. » [Loc. latid.)
Selon Hammer ' f la sultane Validé s'était naguères approprié, dans le faubourg de Galata, l'emplacement d'une église incendiée et y avait fait construire une mosquée. >
Le Hadîqat el-djéoami^ dit simplement : c là se trouvait une église qui fut brûlée ; et comme l'autorisation légale ne fut pas accordée pour la reconstruction, le terrain /esta quelque temps à l'état vague ; puis la sultane Gulnouch EmetuoUah, € servante de Dieu, > mère de sultan Moustafa II, y bâtit en 1109-1697, une mosquée, qui reçut le nom de léni-djàmt, ou Validé-djàmt^. »
Hammer, dans un autre endroit*, rapport* que * l'église des Minorités aurait été rasée, lors de la dernière rupture entre la Porte et la République de Venise, et on aurait élevé une mosquée sur son emplacement ji ce dernier dire s'accorde avec celui qui est consigné dans les archives des Conventuels, dans un volume de memoranda provenant de l'ancien couvent môme de St- François, et soustrait aux flammes.
On est donc autorisé à affirmer avec raison, d'après tous cts témoignages, que la participation des Vénitiens aux hostilités combinées de l'.^utriche, de la Pologne et de la Russie, contre la Turquie, ne fut pas entièrement étrangère à la perte définîtive de St-François.
L'acte diplomatique vénitien qui, & la paix de Carlowicz, mit fin aux hostilités', ne stipule rien de spécial pour les églises, et se borne à rappeler, art. 14, c que les affaires religieuses seront traitées de la façon déterminée par les anciens firmans. >
" Hammer, XII, 119.
* Le Jardin, des mosgaiva. Il, 34.
* Raehid, seconde éd., in-S-, H, 472.
* Hammer, XU, 411.
* NfgoKÎationt.
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Aucune allusion n'y est faite à l'église dite, par Chardiu, des Vénitiens,
La perte de oette église étant consommée, des mesures furent prises touchant les sépultures du cimetière qui se trouvait dans son enclos; et les procès-verbaux des délibérations nationales, sans spécifier, d'ailleurs, si ce fut pour tout ou partie, constatent que t la Nation û'ançalse fit procéder, à ses frais, à l'exhumation des os des morts qui estoient dans l'esglise de St-François, à Galata, et les ât transporter au cimetière de BeattlouK >
Derrière cet édifice, et de l'autre côté de la rue, dite autrefois ieni âjami soqaffhp,et actuellement medrécé-sogaghy, laquelle a été prise sur l'ancien enclos de l'église, se trouve un medrécé € collège » bâti par Mebemmed Pacha, kiahia de la sultane, puis vizir. Par opposition à St^Pau], dit, par les Turcs, djâmiikébir < la grande mosquée, » celle-ci est dénommée djamiidjedîd, équivalent arabe de l'expression turque, ( nouvelle mosquée; > mais l'ancien nom a été conservé ; et les titres des propriétésvoisines, de 1232=1816etl279=l 862, portent qu'elles sont sises dans le quartier de San Francesco -. Je serais assez porté à chercher l'emplacement de l'ancienne église Ste-Anne, gui était « net recinto » de St-François, mais en dehors de la clôture, et qui du reste appartenait à la < Magnifica Comunità » et non au couvent qui l'englobait dans son enceinte, à la place de la petite mosquée du médressè. L'école du couvent, était auprès de l'église Ste-A.nne, et la tradition se serait maintenue ici encore, malgré le changement de culte.
Bj'santios rapporte^ que les maisons chrétiennes du voisinage furent démolies, comme cela avait été pratiqué pour St-Paul ; toutefois cela ne dut avoir lieu que dans une proportion minime, ou pour peu de temps, car le quartier ne fut pas envahi par les musulmans comme celui d'Arab-djami. Les chrétiens ne cessèrent pas de l'occuper pour les affaires de leur commerce ; il n'en est pas de même pour l'ancienne église St-PauI.
La mosquée actuelle, de petite dimension, est b&tie en pierres
' ProcéB-verbal du 18 juin 1607.
• V. Compte-rendu du cimetière. 1865. p. 24 ; 1867, p. 43.
» Tome H, 69.
et recouverte d'une enveloppe en bots ; la partie regardant la mer parait appartenir k l'ancienne construction de l'église ; on n'y trouve plus aucune trace d'inscriptions latines. L'imam nous rapportait, en 1865, que la partie de gauche, affectée présentement aux ablutions, était le couvent ou habitation des religieux ; snr la partie de droite, ajoutait-U, on avait fait des excavations qui auraient mis à nu une certaine <iuàntité d'ossements liumains.
A la suite de ces événements, le Vicaire patriarcal, Mgr Gasparini, resta sans cathédrale et sans logement ; il ne laissa pas que de s'occuper de son devoir : ainsi il prescrivit au P. Provincial de faire rentrer dans le trésor la relique de Notre Père St François, qui avait été confiée au sieur Pellagro ; il prescrivit aussi de réunir tout le mobilier de l'église et celui des religieux chez le sieur d'Andria, et défendit d'en rien distraire autrement qu'en présence et du consentement des Frères. Puis il acheta, de ses deniers, une maison sise sur la rue Dàm-dùm, à l'angle septentrional de la ruelle de Venise ; cette maison servit de demeure à lui et à ses successeurs, mais comme elle fut trois fois la proie des flammes, la Sacrée Congrégation se lassa de la relever et prescrivit d'en vendre l'emplacement. Dès lors le Vicaire patriarcal fut logé dans une maison, louée aux frais de la Propagande. (Archives des Conventuels).
Quant aux religieux ils se réfugièrent dans la petite maison qu'ils avaient aux Quatre Rues, près du palais de France, dans les Vignes de Pèra, et qui était louée 120 piastres l'an. Ils. y étaient très resserrés mais ils y avaient cependant une petite chapelle dédiée elle aussi, à St François.
Pour les fonctions du ministère paroissial, sous la date du 25 octobre 1704, ils passèrent avec les Jésuites de St-Benoit une convention en vertu de laquelle ils se servirent de leur église,et y firent leurs fonctions, à certaines conditions : ils y restèrent vingt-huit ans, jusqu'à ce que, par l'intervention de la France, ils eussent obtenu un firman pour élever une petite église en bois en l'honneur de St Antoine de Padoue, auprès du Palais de France ;1724).
Ils firent aussi un autre accord, du même jour, avec le P. Francesco di Cavosino, premier préfet des FF. MM. Réformes de Ste-Marie pour faire, au besoin, leurs fonctions dans
son église. L'accord se fit lâoyeunant la cession de la Quarte fnnèraire. Nous retrouverons, plus tard le noaveau couvent de St-Ântoine et nous dirons quelles furent ses péripéties.
Ainsi finit )e Couvent de St- François, le plus ancien et le premier de Constantinople. Les religieux ijai le peuplèrent étaient tantôt envoyés de l'Italie ou des autres provinces, tantdt Fils du couvent, c'est-à-dire reçus là même, car ce n'est qu'en 1704 qu'on défendît strictement aux couvents du Levant de recevoir des novices. Ds furent mêlés très intimement à la vie de la ville de Galata, ils en furent généreusement soutenus, mais ils remplirent toujours, toutes les fonctions du ministère qui lenr furent demandées. Le voyageur ne traverse pas sans un certain serrement de cœur la cour de la mosquée qui remplace cette vénérable institution.