‹ Histoire de la latinité de ConstantinopleChapitre 24 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LES ÉGLISÏ3 ST-PAOL, ST-HEHHE DE QALATA. LES FRÈRES PRÊCHEURS OU DOIONICAINS.

St-Paul.

L'histoire des Dominicains à Constantinople se partage en trois périodes bien distinctes, celle de la fondation de 1333 & 1335, celle des Frères Voyageurs pour le Christ, (Fratres Peregrinantes pro Christo), jusqu'en 1601, et celle de la Congrégation d'Orient, depuis le commencement du xTn*^ siècle jusqu'à nos jours.

Que les Dominicains soient venus à Constantinople dès le commencement de leur Institut, c'est un fait incontesté. En dehors même de tout témoignage positif on le pourrait afllrmer : ils formaient un corps de prédicatears, actif et puissant dès l'origine, ils étaient entre les mains des Souverains Pontifes un levier irrésistible, pour agir sur les âmes : aussi,du vivant même de leur fondateur furent-ils envoyés chez les peuples infidèles pour y porter le nom de Notre-Seigneur,

Parmi les plus fameux missionnaires de ces temps primitifs, l'histoire nous cite St Hyacinthe (1183-1257), qui avait reçu le saint habit religieux des maina de St Dominique lui-même. La tradition le regarde comme le fondateur de la mission dominicaine de Constantinople. Il est vrai que son histoire ne le dit pas formellement ; mais elle nous le montre parcourant l'AUe-

magne, la Pologne, la Russie, venaDt en Crimée et dans l'Archipel grec, et fondant partout des couvents. II dut donc passer à Constantinople et y établir ses frères, si déjà ils ne l'y avaient précède. C'est donc, au plus tard, à cette date (1233), que nous faisons remonter la fondation de cette mission. En tout cas nous avons vu, dans la première partie de ce travail, les Dominicains se mêler aux Franciscains avant la reprise de Constantinople par les Grecs, 1261. En 1298, d'après Echard, Frère Bernard-Guillaume deGail]ac,vint se fixer à Constantinople et y fonda un deuxième couvent, < car, ajoute-t-il, l'Ordre en avait déjà un premier, depuis 1233. II traduisit en grec les œuvres de St Thomas d'Âquin. i

Ce qui favorisa le plus l'extension des Frères Prôcheura en Orient, ce fut l'institution de la société des Frères Voyageurs pour le Christ. Nous avons vu que le Pape Innocent IV, sur les instances du B. Jean de Parme, Général des Franciscains et du B. Humbertde Romans, Général des Dominicains, avait commencé cette société, en 1351 ou 1353. Et nous avons constaté l'existence à Constantinople d'un couvent où Frères Prêcheurs et Frères Mineurs vivaient ensemble, et travaillaient de concert à la même oeuvre. Cette société de missionnaires dura longtemps: le Pape Jean XXII lui donna un nouvel essor par sa bulle Grattas eglmus, 1318; et le Pape Grégoire XI, en 1374, la recommanda et l'encouragea encore fortement. Elle formait une Congrégation particulière dans l'Ordre, gouvernée par un Vicaire général, élu par le Chapitre de l'Ordre.

II semble néanmoins que le mélange des deux Instituts, Dominicains et Franciscains, ne persévéra pas longtemps à Constantinople, les derniers se séparèrent peu à peu pour travailler en particulier. La société des c Frati Pellegrlnantt per Christo » devint une institution toute dominicaine ; mais les religieux des deux Ordres conservèrent toujours entre eux les relations les plus charitables et les plus cordiales.

Comme la Société n'avait pas de couvents à elle, le Général Hugues de Vaucemain lui eu assigna deux, que l'on disait fondés par St Hyacinthe, celui de Caffa en Crimée, et celui de St Paul à Constantinople. Plus tard, on lui en attribua dix autres, détachés de différentes provinces.

Le Vicaire général résidait d'abord en Crimée, à CafTa, monastère plus centra], mais plus tard, quand cette ville fut prise

par Tamerlan, il vint se fixer à St-Paul. Le dernier Vicaire général de la Société des Frères Vopageurs pour le Christ fat le P. Maître Eustachio Fontana. Avant de partir pour l'Italit (1601), il signa un inventaire i délie cose appartenenti alla chie'» sa e convento di S. Piero, in Fera dell'Ordine dei Frati Predicatori, ftitto nel tempo di governo del M. E. P. Maestro Eustachio Fontana, délia Congregazjone délia Terra dei Peregrinanti, e della cbiesa suddetta del medemmo ordine, Vicario, ed alla presenza dei procuratori sottoscritti> del P. Fr Arcangelo di Metelino, e del P. Fr. Alberto di Imola, del detto Ordine. Die I Aprilis 160^ . i Cette note se trouve, autographe, dans les archives de St-Pierre.

La Congrégation des Frères Prêcheurs d'Orient, devait exister déjà, puisqu'elle pouvait accepter des couvents et dea œuvres, mais c'est la première fois qu'elle apparaît dans notre histoire locale, désormais c'est elle que nous verrons à l'œuvre dans le Levant. Elle était, jusqu'à ces derniers jours, gouvernée par le T. R. P. Vicaire général de la Congrégation d'Orient. Elle avait pour siège le couvent et l'église de St-Pierre de Galata.

L'église de St-Paul, tour à tour consacrée aux cultes musulman et chrétien, aurait été construite, pour la première fois, l'an 97 de l'hégire (715 de J.-G.}, par Moslema, général du khalife Ommiade Oualidlbn Abdul-Melik, selon le texte' de l'inscrip-

' Ractidé par le Hti'Uqat et djérâmi, d'après Qaratehélebi-Zâdd et Hodji- KbaUa, II, p. 31 ; Cf. aussi d'UhssoD, TMeau de l'empire ottoman, II. 4S3.

L'inscription placée sur la porte d'Arab-djami, rapporte que Mouslëma fut envoyé, à la tète d'une armée de 50.000 hommes, pour Taire le siège de Constant! nople, qu'il prit la ville et imposa à l'empereur une contribution considérable, avec laquelle il élfva une mosquée, à laquelle il donna le Dom d'Arab-Djami : il aurait occupé la ville sept ans.

Hadji'khaira cite, en 97==7]5, la prise de Galata par Mosléma et la oonatruction d'Arab-djami.

Qaratubelebi Zadè dit, sur cette eoipédilioD : ■ selon une version arabe, Arab-djami a été bâtie A cette époque par Mosléma. d

Ce temple resta-t-îl à l'état do mosquée ou fut-il donné au culte chrétlent Je n'ai entre les mains aucun document qui ma permette de résoudre cette question. Il est certain seulement que les musulmaus avaient à Conatantinople des mosquées, du temps des empereurs grecs. Elles furent, nous dit-on brûlées dans une sédition. Mais sous l'empire latin, il est certain que cet édifice fut donné ù St Hyacinthe et aux Dominicains. Ils y restèrent après la restauration bysanline, jusqu'à l'invasion par les Grenadins.

D'un autre cûté M. Paspali espérait pouvoir prouver que Sl-Paul a appa^ tenu aux Grecs à une époque îi

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tioD tnrqae encastrée dans le mor droit de la nef latérale de la mosquée actuelle. Constantinopla fut encore assiégé, par les Ommiades, en 739, et, par Haronn Errachid, en 780 et 798. bepaîs, le3 musulmans ne firent plus de tentative contre cette capitale, jusqu'en 1S96, sous sultan Bù'ezid Ildirim. Mais peadaat tous ces sièges cet édifice put servir au culte musulman. Quoi qu'il en soit, l'on assure que l'église actuelle fut fondée ou du moins occupée par St Hyacinthe lui-même '. La Comunttà, dans ses Actes, la désigne sous le nom de San Domentco, eu raison, sans doute du titre des religieux la desservant". La forme de sa construction, vaste et hardie, rappelle l'architecture du temps ; l'édifice se compose d'une grande nef conduisaut au chœur, et de deux nefs latérales aboutissant chacune à une chapelle. Le clocher devenu aujourd'hui minaret, et appliqué à la partie extérieure de l'édifice, est une tour carrée, couronnée d'un campanile'. Le sol intérieur du temple, recouvert d'un plancher, (enlevé momentanément pendant la guerre d'Orient) est couvert de pierres funéraires de l'époque ; on voit encore l'une d'elles sous le porche de la grande porte latérale de gauche ; elle porte le millésime i833. En voici la reproduction :

t M. CGC. XX. m. DIE XV IULII. HIC. ÏACET. ODONIS SALVAIGVS. FILI^^. DLM. DOM. SALVAIGI. Cette inscription est accompagnée des aroies de la famille Salvaigo. Un Guillaume Salvaigo figure parmi les conseillers de la Comunità,dans ufie lettre au P. Supérieur des Dominicains (31 octobre 1618^.)

' Rapport du R. P, Giacinto Sura Vicaire général, Préfet Apostolique de la mission des DomiDÎCBini au Supérisiir Général de son Ordre. Il dit expreHaément : «la chieaa che sf crede essere Tondata da S. Giadnta,era siluala in Galata... pochi passi distante del luogo ove trovasi l'attualc contento; era eostrutta in pietra, tre narate Bemigotiche, ed pra dedicala ail' apostolo S. Paolo.... Questa cbiesa fù dagli Granatini à viva Torza presa e convertita in moschea, che ha nome Arab-dj'àmi. » Voir aussi le Mémoire mtren^t à la Congrégation de la Propagation de la foi etc., 17 février 1843. Cf. Mi'moire du P. Barbieri. à Mgr Corresi. Carbognano, loc. laiid.

■ 11 existe, dans la sacristie ds St-Pierre une table de noyer aur laquelle, dit-on, St Hyacinthe et se* compagnons auraient pris leura repas ; mais ce dire n'est pas considéré comme authentiqua.

* La forme de cette tour et de aa flèche est tout à fait identique, nous nappOTte le R. P. Cambiaso, vicaire actuel de St-Pterre, à celle des couvents de Dominicains fondés k Cbierf et à Finale.

* Notice de M. Oelaunaj.

Les Dominicaias conservèrent cette église jusqu'à l'émigration en Turquie des Maures d'Espagne', laquelle commença à la cbute du royaume de Qrenade et continua sous les rois Philippe II et Philippe III. Cette tradition locale, rapportée aussi par Carbognano*, est également consignée dans le rapport du supérieur de la Mission (1843) an Père Général. Ce rapport fixe à l'an 1535 la date de cette spoliation, i come consta, dit-il, da eerti documenti esîstenti. > En reprèsaille des poursuites exercées contre eux par les memhres du saint-ofRce, les Arabes expulsés d'Espagne chassèrent les Dominicains de leur église de St-Paul, comme du couveat en dépendant; et ils auraient fait subir le même sort à St-Benolt, si, pour conserver celle-ci au culte, l'ambassadeur de France n'en eût demandé et obtenu la donation au roi de France. Cette donation serait de 1540, date qui concorderait assez avec la perte de St-PauP.

D'après Bysantios*, les maisons voisines de St-Paul qui appartenaient aux Chrétiens furent démolies, et le quartier devint ainsi tout &&iit musulman. Dans cette même année il y eut aussi une irruption de Janissaires qui, au nombre de deux mille € voulaient forcer le dit lieu de Perre ^ ce qu'ils eussent fait, si ceux de dedans ne s'y fussent opposés. » Convertie en mosquée, l'église de St-Paul reçut le nom d'Arab-djami, t mosquée des Arabes > rappelant à la fois sa première fondation et la cause de sa restitution au culte musulman j elle est dite aussi: Djamiikébir, « la grande mosquée. *

■ Cea Maures réfugiés à Constant inople sont appelés par la Ctxnunità, Grsnatini, et par un rapport françois Granatois. L'expulsion en masse eut tieu en 1S71, mais beaucoup avaient drijà du fuir le pays avant cette date, et leur arrivée avait excité un grand émoi à Constantinople. L'Exode dura longtemps: M. de Juyé transmettait à Henri III, en mars 1579, les plaintes du Sultan de Constantinople touchant quelques Granatins qui, passant à Marseille pour vs' nir  Constantinople y auraient été retenus. Kn 16S3, la Comunjtà faisant des objections ft la nomination d'un évËque, disait : s les Grenadins, qui ont déjà provoqué la mort du Vicaire patriarcal (Sangallo) et qui convoitent sans cesse nos églises ne manqueraient pasd'nser dece prétexte pouratteindre leur but.*

* Lo^. iaii'l. p. 59 : ■ Regnando Solimano I'. ad istanza dei Mon disoacciati délia Spagna, fu convertita in moschea. •

> D'après Carbognano. cet événement aurait eu lieu en 1525. Toumerort qui partit de Paris en 1700, dit à ce a\iiet(llelalion, etc., p. 7) i« Cette église fut confisquée sur les Dominicains, ily b environ cent ans(t)»

* Turco (Grecia),

* Nfgoeiaiion», I, ZS3,

§11- Eglise St-Pierre et St-Paul.

A quelle époque remonte la fondation de cette église? Les documents connus ne nous ot&'ent à ce Bujet aucune donnée positive. La plus ancienne mention qui en est faite nous est signalée par le B. P. Ligier, archiviste général des Dominicains à Rome: il nous dit que le B. Raymond de Capoue, maître général de l'Ordre, confesseur et historien de Ste Catherine de Sienne, et son auxiliaire puissant dans l'œuvre de réforme qu'elle avait entreprise, écrivait, sous la date du 5 mars 1387, et du 11 avril 1390, aux religieuses de Ste-Catherine établies à Fera, dans l'église de St-Pierre ', et en même temps aux religieux Dominicains de St-Paul de Constaolinople.

D'autre part, on lit dans les documents de la c Comunità di Fera, t dans une lettre de celle-ci écrite le 30 mars 1618, au Pape Paul V, à propos d'un conflit survenu entre elle et le P. Général des Dominicains, concernant la desservance d'églises entre leurs mains et qu'ils ne voulaient pas remettra à la Comunità. (.... Les Pères de St-Dominique habitent le monastère de St-Pierre comme hâtes > et plus bas : < ils ne sont pas réellement malties du monastère de St-Fîerre, attendu qu'il était auparavant un couvent- de religieuses, et quand, il y a bien des années, Mahomet II prit la cité, les Turcs ont pris le couvent de St-Dominique et l'ont transformé en mosquée (!), alors les pauvres Pères Dominicains, étant restés sans église, furent logés provisoirement dans ledit monastère de St-Pierre, où ils ont oontinuë d'habiter jusqu'à ce jour.... >

' I^ H- P- Cambiaso, supérieur actuel <le St-Pierre, pease que la patronne de ces religieuses était Ste Catherine d'Alexandrie, vierge et martyre. Les Dominicaine ont encore un monastère de religieuses de leur Ordre à Santorin, sous le m6me vocable. Cependant les lettres citâea du B. Raymond de Cai>oue feraient aisément supposer que ces religieuses avaient adopté la régie des ManteliaCe. si Tort répandues à cette époque par Sle Catherine de Sienne, Bile spirituelle du Bienheureux, morte en llîâO, mais béatifiée seulement en 1^61.

DigilizPdbvGoOt^le

Dans un autre document de la même Comunità, daté du 29 décembre 1621, on lit eacore : < .... lorsque à la prise de Constantinople le sultan Mehenimed concéda spontanément aux magnifiques citoyens de Péra, leurs maisons, leurs jardins, leurs possessions, moulins etc.: il leur a donné spécialement toutes les églises et tous les monastères qui s'y trouvaient, pour qu'ils fussent < leurs » en toute liberté : il a seulement enlevé les cloches qui s'y trouvaient. Us, les Pêrotes, ont donc conservé ces églises et les ont administrées et fait desservir, comme vrais propriétaires, suivant leurs usages sans que personne y ait mis le moindre olfStacle. Ces citoyens de Péra, ayant ainsi le patronage des églises, quand ils virent que l'église de Sl-PauI, qui était autrefois desservie par les Dominicains, fût seule prise par les Turcs et changée en mosquée, ils eurent pitié de ces pauvres Pères qui étaient ainsi restés sans église, ils ont donc fait partir de St-Pierre les religieuses qui s'y trouvaient, et y ont installé provisoirement les Pères de St-Dominique ',.. t

A l'appui de cette affirmation on Ut dans le mémoire du P. Barbieri, (1817,1 : » après leur expulsion de St-Paul, les Dominicains obtinrent de la < MagniSca Comunità di Pera », un autre endroit avec église, où se trouvaient certaines religieuses, et qu'ils possèdent actuellement, sous le titre de St-Pierre, y exerçant charge d'âmes, ab i/nmemorabili temporel.

Ce double rapport de la Comunità et cette affirmation du P. Barbieri ne concordent pas du tout avec les documents fournis par les supérieurs de la Mission, d'après leurs archives, ni avec les traditions les plus anciennes du couvent. Ces sources nous disent en effet que les Dominicains, chassés par les Arabes Grenadins de leur église de St-Paul, furent accueillis chez un noble vénitien, nommé Ângelo Zaccaria, dont la maison, entourée d'un jardin communiquant avec St-Paul, leur permit de sauver quelques objets du pillage résultant de cette invasion. Ce généreux chrétien donna sa maison et le terrain qui en dépendait* et ■ c'est là. que s'élève aujourdbui le couvent de St-Pierre. 11 aurait

1 Dits, an France, JacobiDa (Thévenot. p. 51 ; d'Arvieux, IV, 490), parce que leur première maison était sise dans U rua St-Jacques.

* Archives do St-Antoine et du VicatiEit.

■ L'acte de cette donation serait conservé dans les archives des Oomiai* cain*.

fait plus encore, il avait un droit de patronage sur la petite église de St-Pierre toute voisine, et il l'affecta au service des religieux dépossédés.

VHistoria Missionîs CP. 0. P. noua dit : < Au commencement du XVI* siècle Angelo Zaccaria donna aux religieux de l'Ordre des Frères Prêcheurs, le temple des saints Apôtres Pierre et Paul, avec les maisons avoisinantes, dont il avait le patronat. Ainsi nos religieux expulsés des autres maisons qu'ils avaient, se retirèrent en cet asile. Par la suite des temps ce couvent fut plusieurs fois la proie des flammes et le terrain sur lequel il est construit retomba au domaine public, ou myrî, comme on dit, mais par la grâce du Dieu Tout-Puissant et les soins des supérieurs, il a été toujours conservé à l'Ordre. >

Les Archives de St-Pierre nous donnent, à l'appui de ce dire an document de 1561 , dont une copie sur feuille volante mais parfaitement authentiquée par l'autorité civile et ecclésiastique du temps, est conservée jusqu'à ce jour.

c Nel Nome di Dio, Amen.

( Nell'anno délia salutifera Incarnationedel N. S. G. Cr. 1561, Indizione quinta, nel tempo de! pontificato del Smo in Xro Padre e Pne Pio, per divina Providenzat'apa IV, a di 26 del mese di Gennajo del medesimo anno ;

f On dit qu'il est certain (nous traduisons le texte italien) que sous la date du 20 avril 1535, le seigneur Angelo Zaccaria, fils de Pierre-Antoine, de Péra, comme patron et procureur actuel de cette église de St-Pierre, à raison du patronage et du domaine qu'avait leur prédécesseur ledit S. Angelo; tant par droit que par coutume, depuis un temps immémorial, confirmé par un exercice constant et pacifique dès l'origine : a donné et concédé pour lui-même, ses successeurs et ses descendants à perpétuité.. . la susdite église et chapelle de Str-Pierre et Paul, située dans la cité de Péra, avec son jardin, ses appartenances et dépendances, au R. P. Fr. Luca de Péra, de l'Ordre des Frères Prêcheurs de St--Dominique, alors vicaire de ladite église... à la charge pour les dits Frères de donner chaque année, en signe de reconnaissance dudit droit de patronage, au S. Angelo, un cierge le jour

de la fête de la Purification de la B. V. Marie.... De plus, en vertu de cet accord, les Frères seront obligés de célébrer chaque semaine une messe des défunts pour ledit S. Angelo et ses parents décédés. >

( Cette donation est renouvelée en l'année 1561, comme le dit le document cité. Elle est acceptée par tous les Frères présents,au nom de leur Ordre,en présence de nombreux témoins, dont tous les religieux de St-François. »

La réalité de cette donation par Zaccaria est reconnue par diverses pièces, entre autres par un décret de Mgr Fonton(181i;. Plusieurs pièces des archiver s'y réfèrent, et l'on peut dire que c'est la tradition dominicaine entière.

Nous ne nous prononcerons pas sur cette controverse, entre les Dominicains et la Comunîtà, nous avouons isependant qu'il est difficile de comprendre un droit de patronage séculier dans l'état oh se trouvait la Latinité de Galata au xvi* siècle.

Les mentions de St-Pierre sont peu nombreuses jusqu'à l'époque de sa jonction à la Congrégation générale des Frères Prêcheurs d'Orient. Crusios (1584) ne parle pas de St-Paul, qui n'existait plus, mais il cite St-Pierre.

M. de Germigny, dans le récit de ses démêlés avec le représentant hongrois, cite (1580) d'église St-Pîerre petit monastère de Jacobins, où le second se rendit pour entendre l'office. »

En janvier 1581, le R. P. mro Arcangelo Gorpi, est désigné sous le titre de « Vicario, fi prior di San Pietro » ; mais au mois de mai suivant on l'appelle ; « Vicario e procuratore di S. Pietro e commissario sopra i Latini. >

St-Pierre, comme les autres églises de Galata, vendit une partie des immeubles qui lui étaient attachés, pour contribuer à la conservation de St-François, après la fermeture de cette égli-se, en 1586-1593.

En 1601, comme nous l'avons dit, le gouvernement des Dominicains d'Orient subît un changement notable : il passa de la Société des Frères Pellegrinanti pro Christo à la Congrégation des Frères Prêcheurs de l'Orient; le passage est indiqué dans les livres de compte du Couvent par une note : ( toutes les choses contenues dans le présent inventaire ont été remises aux procureurs de l'église de St-Pierre, les Sieurs Oliviero di Olivieri, et Antonio Negri, de Péra, et au P. Arcangelo (Corpi)

de Metelino, religieux du même Ordre en la présence âa P. Alberto d'Imola. »

En 1603, nous trouvons comme supérieur à St-Pierre avec les titres de Vicaire général de l'Ordre des Frères prêcheurs, de la Congrégation de Gonstantinopie, Prédicateur général. Commissaire Apostolique pour les églises et chrétiens du Levant, Frère Jonantès, Andréa Carga, ou Farga, dé Venise qui fut un peu plus tard nommé évëque de Syra, et mourut martyrisé cruellement en 1617, [il avait été sacré en 1611.) On commença son procès de canonisation, mais Le malheur des temps empêcha de poursuivre cette atTaire. Sous son administration eut lieu la reconstruction, au moins partielle de l'église St-Pierre il603- 1604) : les livres de compte du couvent nous disent encore à quel prix s'élevèrent les dépenses faites pour cette construction. Cette église dura cinquante^ept ans, jusqu'en 1660, au grand incendie de Galata.

Les différents couvents de Gonstantinopie aimaient à se rendre de mutuels services : ainsi nous voyons que les Dominicains de Ste-Marie de Gonstantinopie et ceux de St-François de Qalata assistaient aux fêtes de St-Pierre et avaient leur part dans les offrandes qu'y faisaient les Mêles. Ainsi que nous l'avons vu, (Première Partie,) les Dominicains avaient encore les deux petites églises de Ste-Marie et de St-Nlcolas en Gonstantinopie.

C'est encore sous le même P. Andréa Carga, que l'église de St-Pierre fut reconnue comme placée sous la protection de la France, par un fîrman de Sultan Ahmed I, sous l'ambassade de M. de Salignac, 1608. Ce firman fut renouvelé en 1731, pendant l'ambassade de M. de Villeneuve, et par un Khatti-chérif de sefer 1218=1804, sous l'ambassade du maréchal Brune. Mais déjà même avant cette date de 1608, la France avait fait acte de protection, à l'égard des Dominicains, lorsque M. de Brèves avait empêché les Turcs de s'emparer de St-Nicolas comme nous l'avons dit P. 1, Ch. rv.

En 1611, St-Pierre était desservi par cinq religieux ayant un revenu quotidien de demi thalari, destiné à pourvoir à la fois au service de l'église et aux besoins personnels de la communauté. Les comptes étaient tenus par les procureurs nommés par la c Magnifica Comunità i et l'on voit que ces procureurs

ItUques n'avaient pas toujours pour les religieux les égaras désirables.

Les luttes mêmes ne manquaient pas entre les religieux de tous les Ordres et les administrateurs de la < Magnifica Comunità. » En 1618, une supplique est adressée par elle au Vicaire patriarcal P. Oiuseppe de Bruni, de Venise, Gardien de Ste-Marie Drapéris, contre les Dominicains de St-Pierre, le requérant d'intimer au R. P. Glo. Batti-sta Turoli, dominicain, vicaire général d'Orient, et ce sous les peines canoniques d'avoir k céder les clefs et l'usage de l'église de St-Georges, dont son Ordre jouissait depuis dis. ans, et qui cependant avait été administrée avant lui par des prêtres séculiers et des religieux de divers Ordres. Le Vicaire patriarcal donna raison à la Comunitù, comme nous le dirons (Ch. vn,), et l'église Str<3eorges fut, quefqaes années après, donnée aux Capucins.

En 1686, une grande tristesse était réservée à la Latinité de CP. Ju.squ'alors deux églises lui étaient restées, seules de toutes celles qu'elle avait possédées sur la rive droite de la Corne d'Or; mais à cette date, à la suite d'événements sur lesquels nous n'avons pas h revenir, ces deux églises Ini furent enlevées. Les Frères Prêcheurs * exilés >, dit le supérieur des Dominicains, vinrent frapper à la porte c dell' osptzio dt S. Pietro i j il leur fut ouvert et ils n'y portèrent d'autre dot que celle du Christ, une extrême pauvreté. Mais Dieu les en récompensa bientôt : ils obtinrent un trésor d'un prix inestimable : le baile de Venise obtint de la Porte qu'EIle leur rendrait l'image miraculeuse de la Madone, qui fut depuis vénérée dans l'église St- PieiTe.

La Comunità suscita aussi contre St-Pierre, en 1G51 et 1653, des dilHcultés semblables à celles qu'elle souleva, à différentes époques, contre Ste-Marie et St-Benoit. II est juste de reconnaître d'ailleurs, que l'admiiiistration des biens de St- Pierre était régie par deux procureurs, nommés par la Comunitù. Ce différend fut soumis, par la Sacrée Congrégation de la Propagande, au jugement du Vicaire patriarcal qui décida, en avril 1657, que l'un des deux procureurs serait toujours choisi dans la famille Drapéris, et l'autre nommé par ia Comunità.

Du reste, et comme les autres religieux à diverses époques, les « Pères de St-Pierre furent persécutés et menés au Cadi, le

35 mai 1654, pour larecherchede trois enfantsd'une chrétienne ducouventde St-Pierre quisefit turq»e9que,parcolèreou dépit, et menacés d'être pris de nouveau et leur église brûlée, s'ils sa trouvaient là cachés.. . . Les Dominicains portèrent leur argenterie à St-(ieorges, dans la crainte qu'ils avaient, mais l'ambassadeur de France intervint, à la prière du Père Thomas, {des Capucins).»

< A la fête du Corpus Domini, le 7 juin 1634, le R. P. Thomas, capucin, en sa qualité de pro-vicaire patriarcal, célébra la messe solennelle à St-Pierre et porta ie T. S. Sacrement à la Proces.sion des Pères Dominicains, assisté de religieux conventuels et observantins, comme diacre et sous-diacre. M. de la Haye et toute sa cour y assistaient, avec son aumônier.... Les aumôniers d'Allemagne et de Raguse ont assisté à tout et porté le dais, avec un cordelier et un observantin : la coutume était que le Sr. Drapéris et autres séculiers le fassent; mais à cause que c'était l'ordinaire qui of&ciait, lesdits Pères Dominicains ont voulu qu'il fût porté par des prêtres. >

Nous ne parlons pas de ces malheurs qui étaient ordinaires dans ces temps, par exemple des avanies et des pestes. Ainsi nous voyons qu'à certains moments tous les religieux sont obligés d'abandonner ensemble le couvent, à cause de la peste, et de se réfugier en qaelqu' endroit écarté. Les Dominicains de St- Pierre avaient reçu, en 1629, par cession d'Edoardo da Gagliano, une vigne de la contenance de quatorze deuQums,qui avait coûté 34,000 aspres au vendour,le tout à St-Dlmitri ; c'est là qu'ils se réfugient alors ; mais c'est pour eux l'occasion de nouvelles dépenses.

St-Pierre et le couvent en dépendant furent détruits par l'incendie de IGGO ; et le tableau de la Madone de Constanttnople, ayant été sauvé des flammes par l'un des notables de la Comunltà, le sieur Olivieri, celui-ci fut invité, par décision de la Comunità du 13 mars 1662, après la reconstruction de l'église, à le restituer à l'église des saints Pierre et Paul de Galata. Selon le rapport précité du supérieur de la mission, ce tableau peint en bois, et placé derrière le maltre-autel, était entièrement revêtu d'argent, et ne laissait voir que la tète de l'Enfant-Jésus et celle de sa sainte Mère ' ; il est exposé, aujour-

' Carbognano fait le mAma i^oit. (p. 58.)

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d'huijà la vénération des fidèles (1870), au-dessus de l'autel de la première chapelle, à droite, en entrant dans l'église. La restauration de l'image, telle qu'elle existe présentement, date de l'époque où les Dominicains de St-Pierre passèrent sous la protection française, ce qu'indiquent les c fleurs de lis » dont le manteau de la Vierge est parsemé ; il représente la vision de St Dominique, dans laquelle le saint fondateur de l'Ordre s'étant plaint à la Vierge do ne pas voir ses enfants auprès d'elle, la Ste Vierge, ouvrant les bras, lui fait voir tous les saints, papes, rois, reines et autres personnages, illustrés par leur saîur teté, qu'elle couvrait de son manteau. La tète et la poitrine seules appartiennent à l'ancien tableau, le reste date de sa restauration.

Cet incendie (de 1660) réduisit à la plus grande détresse le Couvent de St-Pierre. De toute l'église il n'était resté debout que les portes de fer, et des vingt maisonnettes adjacentes, qui formaient toute la propriété des religieux, il n'en demeurait que sept. Ils se virent encore sur le point de tout perdre : les Turcs ârent mettre le terrain aux enchères publiques. Les religieux durent le racheter de leurs deniers, et encore dépenser beaucoup pour se ménager la bienveillance de certains agents de l'autorité, 1661 ; l'année suivante il fallut recommencer encore, faire des cadeaux à l'aga des janissaires, au meltter-bachi, au Woivode de Galata, etc, etc. ; ainsi que 10,000 aspres à divers, par l'entremise de M. Roboly, agent d'affaires' de l'ambassade française, en l'absence de l'ambassadeur, pour recouvrer le terrain et garder la petite église provisoire, qui était auparavant le ri'fectoire des religieux. Cette petite église provisoire avait été déjà l'occasion d'une avanie de 12,000 aspres au Woivode de Galata, parce qu'on l'avait ouverte sans la permission nécessaire.

Pour comble d'infortune, deuX Pères furent emprisonnés à cause de toutes ces difficultés et il fallut encore débourser une somme assez forte pour leur délivrance.

Enfin un Hudjet fut dressé et enregistré au mekèhmô de Galata, en 1669, pour garantir la propriété de la cour et des chambres du couvent contre toute possibilité de spoliation future. Nous trouvons qu'en somme, avant de pouvoir se mettre à la reconstruction de leur couvent, les Dominicains durent dépen-

ser plus de 100,000 aspres. Le nouveau couvent fut pauvre et petit, misérablemeut meublé, comme il appert d'uQ inventaire du temps. Ce ne sera que peu à peu à l'aide de sérieuses économies, et de secours venus un peu de tous les câtés, que l'on réussira à avoir une habitation convenable et une église suffisante.

Les ambassadeurs des puissances, surtout celui de la France, contribuèrent de leur mieux à réparer les ruines de St-Pierre. La République de Gènes elle-même ne lui retira pas sa bienveillance, et nous trouvons que son représentant choisit St-Pierre poar le lien de sa sépulture, 1671. Il est vrai qu'elle avait demandé une église spéciale, en 1666, mais il lui avait été répondu, par la Porte, qu'il ne fallait rien innover à ce sujet, qu'elle avait & sa portée les églises de St-Pierre et de St-Benolt et qu'elle pouvait en user. Ainsi elle n'avait plus rien dans cette ville qui lui avait appartenu si longtemps I

I^a mission de St-Pierre fit, en 1689, une grande perte par la mort < del célèbre P. Oregorio Cyrîacense », religieux Arménien. Ce fut le premier misslonn»ù-e qui s'appliqua et réussit, à la conversion des Arméniens. Il était né A Brousse ; élevé par nos Pères, il avait pris l'habit de l'Ordre. Il fut le premier curé des pestiférés, car auparavant c'était un curé quelconque qui allait à leur secours, celai qui était appelé le premier. En dehors des temps de contagion, le Père s'occupait activement de la conversion de ses compatriotes, et ne reculait devant aucun voyage et aucune fatigue, pour arriver à ce résultat : c il y opéra des fruits merveilleux, et c'e^t depuis lui que notre église de St-Pierre devint comme la paroisse des Arméniens catholiques. » Les Arméniens en conservèrent une grande reconnaissance ans Dominicains, et nous trouvons à plusieurs reprises dans leurs archives des dons ou des legs, venant de bienfaiteurs de cette nation. Le P. Gregorio fut victime de son zèle et mourut de la peste, en assistant les malades. Il fut inhumé au cimetière de Beolou(Bey-oglou), Grand-Champs de Pancaldi, où l'on conduisait ordinairement ceux qui mouraient de peste.

Les incendies et les avanies n'étaient point les seules causes de ruine pour les communautés : nous trouvons sous le vicariat du R. P. Fr. Antonino Guiducci, de Chio, (1691-1693) que son prédécesseur, P. Domenico Timoni, lui avait laissé en

caisse une somme assez considérable en Manghurt, sorte de papier-monnaie, mais lorsque le P. Antonino voulut régler la situation, il se trouva que les Manghuri avaient tellement diminué de valeur, qu'une oke de viande en vint à coûter 35 et 38 aspres ; même un peu plus tard, cette monnaie fat tout k fait dépréciée, et le gouvernement qui l'avait émise cessa de la reconnaître. Nous avons vu la même chose en d'autres temps, ici et ailleurs. Ce Père Fr. Antonino fut de nouveau nommé Vicaire général d'Orieut quelques années après, il mit en bon ordre tout le couvent et laissa de bonnes traces de sa double administration. Il sut y intéresser les bienfaiteurs et spécialement la confrérie du Rosaire, Schuola del Rosario. Surtont nous remarquons qu'il fit réparer et embellir le < quadre de la Madone, dite Hodighitrias, » et une superbe bannière que les religieux avaient pu soustraire au désastre deChio.

Les Dominicains avaient aussi une maison de rapport aux Quatre Rues de Péra, mais l'incendie de 1700 la réduisit en cendres. Il fallut encore se mettre en frais pour la reconstruire, et conserver au couvent cette source de revenus.

Pendant le vicariat du R. P. Tommaso de Via, de Chio, (1702-1706) le couvent de St-Pierrequi avait été déjà mis sous la protection française en 1608, mais qui était resté en réalité sous celle de Venise, passa effectivement sous le drapeau français. Voici à quelle occasion ; on se souvient que l'image vénérée de la Madone avait été rendue aux religieux Dominicains sur les instances du baile de Venise : la République en profita, vers cette date, 1703, pour prétendre à sa possession ; elle donna donc à son représentant l'ordre de s'emparer de cette précieuse image et de l'envoyer à Venise. Les religieux, disent les arûhives,tenaientbeaucoupàVenise,mais ils tenaient encore plus à l'image sainte ; ils refusèrent donc ce qu'on leur demandait et il en résulta nn si grand refroidissement entre eux que, en décembre 1705, l'tîglîse St-Pierre passa définitivement sous la protection de la France. Le livre des comptes nous parle d'un festin qui fut donné à cette occasion. La République néanmoins se retira tout à fait de ces religieux, et elle discontinua le subside annuel de cent quarante-quatre tballers qu'elle avait coutume de donner pour rétribuer celui des Pères qui faisait le service de l'autel où l'on vénérait la sainte image.

A partir de cette époque l'église de St-Pierre ent plus d'importance et devint comme la paroisse française de Galata. Et de son cAté la France lui assura de larges subsides et une protection efficace, tant auprès de la Porte qu'auprès de la Cour Romaine. Les Registres du couvent nous disent ce que faisaient les religieux pour reconnaître cette protection.... tNous sommes tenus et obligés de prier pour le roi,particulièrement nous mentionnons solennellement son nom le Vendredi et le Samedi saints, puis toutes les fois que nous donnons la bénédiction du T. S. Sacrement, après le Tantum ergo nous chantons trois fois le Domine salvum fac regem, le Glorta Patri, et l'oraison. Le jour de St Louis, et de r.\s.somption, nous faisons des prières pour le roi et nous chantons le Psaume Exaiidint. Le jour de St Louis toute la nation assiste à la raes.se solennelle dans notre église, et on y chante le Te Deum, etc. »

En 1731,1e 21 juillet, le couvent et l'église de St-Pierre furent encore détruits par un incendie, qui consuma une grande partie de Galata; mais ils furent relevés sur un firman obtenu ii Ln demande du marquis de Villeneuve, ambassadeur de France. La première pierre fut posée le 13 novembre de la même année ; la construction était achevée le printemps suivant, et l'existence de l'église de St-Pierre qui n'était que tolérée, depuis l'incendie de 1660, fut enfin officiellement reconnue. La bénédiction fut faite par le Vicaire général, Fr. Bartolomeo Dimitrl de Ragiise le 14 mars 1733, avec licence de l'archevêque deCarthage, Vicaire patriarcal, (Francesco Girolamo Bona) : la première messe y fut célébrée comme en cachette : les religieux reprirent possession du couvent et recommencèrent les offices dans l'église le l"avril.c Pendant trois ans ils célébrèrent une messe chaque jour pour les bienfaitcure qui les avaient aidés à cette reconstruction, et ils dijent trois messes pour chacun de ceux qui vinrent à mourir pendant ce même temps. »

Les secours reçus n'avaient pas suffi pour ces travaux, aussi le couvent était-il obéré de dettes énormes. Le R. P. Vicaire s'en alla en Chrétienté, et revint après bien des mois plus riche de bonnes paroles que d'argent sonnant. Il réunit 'k son retour le conseil de la communauté et on décida- qu'il fallait vendre tout ce que l'on possédait pour se libérer. On obtint la permis-

sion du Saint-Siège, et l'autorisation de la Sôrénissime république de Gênes. On vendit même la maison des Quatre Rues; mais ce ne fut qu'en 1763 que le couvent se trouva libre enfin de toutes ses dettes.

n ne faudrait pas croire que pour cela les religieux ne s'occupassent plus des âmes : ils continuaient leur ministère : ainsi nous voyons qu'en 1733 on fait venir de Smyrne un Père Fr. Eiiseblo Franzozini pour prêcher le carême, il s'y distingua si bien et y fit de si grands fruits que le R. P. Général ne lui permit pas d'aller à la mission de Naxivan à laquelle il était destiné, mais le retint à CP. Il apprit très bien le Turc et se dévoua au service des Arméniens, en convertit un grand nombre et maintint les aubes dans la foi. II fut un peu plus tard supérieur du couvent et Vicaire général de la Congrégation d'Orient, puis Provincial d'Arménie, et enfin Vicaire apostolique.

Les angoisses des temps présents ne leur faisaient pas oublier la reconnaissance pour les bienfaits anciens : ainsi nous trouvons dans les archives, sous la date du 1" mai 1756 : < ayant trouvé dans les papiers du couvent que la communauté avait l'obligation de célébrer une messe chaque semaine pour Angelo Zaccaria, le fondateur du couvent, et ne sachant pas pour quelle raison on a cessé de le faire, noua prenons en chapitre la résolution de la reprendre, à commencer du présent mois. >

Sous le vicariat du R. P. Fr. Mariano Timoni : en décembre 1763,toutes les dettes étant enfin payées, le supérieur, en signe de reconnaissance envers la Bonté divine,propose de partager avec les pauvres les ressources qu'EUe envoie : cà runanimité,les religieux promettent de donner aux pauvres le cinquième de tous leurs revenus.»

Pendant les années de détresse qu'avait traversées le couvent de St-Pierre on avait dû diminuer le nombre des religieux et relAcber un peu de la régularité ; mais quand on fut déchargé du fardeau écrasant des dettes, on augmenta le nombre des Pères et ils purent s'appliquer avec zèle aux œuvres de la mission, L'Historia Uissionts Constantinopolttanœ 0. P. noua dit quel était.en 1772, l'état delà maison : t On y compte cinq prêtres, sous la direction du R. P. Fr. Marianua Timoni, Vicaire général : ces religieux, pour satisfaire à leurs obligations et glorifier Dieu, ont tous les dimanches et jours de fêtes deux

sermons,, l'an en Turc, l'autre en Grec, ils chantent ensuite la messe solennelle. Pendant le carême il y a de plus un sermon italien chaque vendredi : on ne peut faire davantage car les autres jours sont pris par des prédications dans les autres églises. Nous remplissons ces fonctions chacun à notre tour, et tous nous nous appliquons à entendre les confessions des fidèles à l'occasion des jours de fêtes. Dans les autres jours, après avoir récité dans l'église les heures canoniques, chacun s'applique religieusement à son office, i

Pour satisfaire à la dévotion des fidèles, on avait établi dans l'église de St-Pierre diverses confréries : 1° celle du' Rosaire, comme dans toutes les églises des Frères Prêcheurs. La fête se célébrait le premier dimanche d'octobre et l'on faisait une procession solennelle dans les rues qui avoisinent le couvent. Nous en parlerons dans la dernière partie de ce travail.

S" La confrérie du Sacré-Cœur de Jésus. Elle fut érigée en 1784, par M. do Villeneuve, qui se rendit devant l'autel élevé ad hoc, entouré de ses nationaux, et en fit lui-même l'inauguration. Le Pape Clément XII confirma cette confrérie par bulles pontificales, l'enrichit de privilèges et d'indulgences, et en dressa lui-même le règlement. Cette confrérie existait encore en 1829. L'ambassadeur de France avait le droit de nommer, ou du moins de confirmer les prieurs de la confrérie, et nous voyons même que pendant la guerre de l'indépendance de la . Grèce, les relations diplomatiques étant interrompues entre la Porte et la France, le ministre de Hollande M. Van Zuyien, chargé des affaires de nos nationaux à CP.,rendit, le 15 avril 1839, un décret par lequel MM. David Glavany et Joachim Gravier étaient nommés prieurs de l'institution du Sacré-Cœur de Jésus en remplacement de MM. Baudouy et Hip. Crespin, prieurs sortants.

3° Une confrérie de St-Grégotre l'UIumiDateur fut aussi instituée dans l'église St-Pîerre, nous ne savons que! a été son sort. Toutefois, lors des afi'aires arméno-catholiques de 1761, St- Pierre, où des arméniens s'étaient réfugiés, fut violé, comme St-Georges et St-Benoit, et les réfugiés, conduits au bagne d'où ils furent bientôt renvoyés,

4" Enfin les Capucins qui occupaient l'église voisine, de St- Georges, l'ayant vendue à la S. G. de la Propagande, pour le

service du Vicaire Apostolique, Mgr Fracchia, qui jusqu'alors n'avait pas de cathédrale, on transféra dans St-Picore la confrérie de 3t-Boch.qui existait à St-Georges depuis 1707. Cependant le couvent n'accepta que le service spirituel de la confrérie, mais ne voulut pas s'ingérer dans l'œuvre du rachat des captifs qui y était annexée. Diverses négociations furent engagées à ce sujet et tranchées enfin pai l'autorité du Vicaire Apostolique.

Mais vers la fin du xvm* siècle, les relations diplomatiques étant rompues entre la France et la Porte, et le couvent se trouvant de fait sans protection efficace, quelques chrétiens de Chio voulurent en profiter pour se faire adjuger l'église de St- Pierre par le gouvernement ottoman. Us réassirent à obtenir un flrman qui la leur attribuait, et ils le présentèrent à la communauté, novembre 1799. U Mlat un monitolre énergique de Mgr Fonton contre ces audacieux envahisBeurs,et de plus une action vigoureuse de la part de tons les Ministres et drt^^ans qui étaient restés à leur poste, pour faire rapporter c» firman et maintenir les religieux en la possession de leur église. EnlQn un khatti-chérif de Sefer 1318=1804, rétablit le protectorat de la France et rendit la paix aux religieux.

Depuis que l'église St-Qeorges eut passé entre les mains du Vicaire apostolique, celle de St-Pierre devint de plus en plus la paroisse des Français : même en 1835, les documents de la députation française déclarent que cette ^Use était considérée c comme la paroisse du commerce français. >

Jusqu'à la date à laquelle nous sommes arrivés la Congrégation d'Orient des Frères Prêcheurs, gouvernée par son Vicaire général, se suffisait presque à elle-même : elle recevait bien, il est vrai, des religieux du dehors, d'Italie surtout, mais elle avait on grand nombre de ses membres que nous voyons appelés J^/^ des couvents : nous constatons même que souvent la S. C. de la Propagande choisit parmi ces religieux les évëques du Levant, ou les Vicaires apostoliques de CP., mais nous allons arriver à une autre période où il lui faudra recourir à une province particulière, afin de maintenir dans ses établissements un nombre suffisant de religieux pour en assurer le service'.

< Tous l«s délaita contenu) dans lea pagei ci-dawui, sont extraits des arohivea de St-Pierre, mises gracieusement A notre disposition. U nous a semblé inutile d'y renvoyer & chaque alinéa. (Note de l'Editeur.)

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