CHAPITRE V
• LES PÈRES JÉSinTES.
Les origines de St-Benolt, église et abbaye {Chiesa éAbbazià) et de son enclos, sis daiis la troisième- enceinte de Galata, rue Kèmer-alty, sont assez obscures, Tournefort dit que cette église f était aux Bénédictins du temps des Génois'. » Carbognano de son côté nous dit que c l'antica chiesa di san Benedetto posseduta già, nei tempi addîetro, corne si ha per comun fe^izione, dai monaci Benedettini-. » Mais à quelle époque remonte la construction de cette abbaye? À quelle date les Bénédictins en prirent-ils possession ? C'est là ce que nous voudrions établir aussi clairement que possible, d'après les communications qui nous "ont été faites gracieusement de différents côtés.
Il est certain d'abord qae même avant de prendre position à Galata, l'Ordre de St-Benolt possédait déjà des établissements à CP. Il en avait eu même du temps des empereurs grecs, avant la conquête Franco- Vénitienne.De plus nous avons vu que quelques abbés de l'Ordre de Clteaux se trouvaient dans l'armée qui s'empara de GP. en 1205. Par l'ordre du Pape Innocent III, ils firent d'abord opposition aux desseins des croisés, mais ils les suivirent néanmoins jusqu'au bout, et ils eurent part aux dépouilles. Aussi les voyons-nous dans GP. en plusieurs endroits. L'Ordre de Gluny lui-même, quoique la part qu'il a prise à la
' Tournefort. Voyage en Orient.
I Opère dtato. -
conquête soit moins évidente, obtint cependant plusieurs églises. Quel fut le sort des uns et des autres après la restauration byzantine ? Purent-ils se maintenir dans les monastères qu'on leur avait a.ssîgaés?Nousne pouvons répondre bien catégoriquement à ces questions, dans l'état actuel de nos connaissances. II semble plutôt qu'ils ne restèrent pas dans CP. même ; mais nous y voyons un monastère de Nonnes Cisterciennes en 1334. Les religieux avaient dû se retirer dans la possession génoise, à Galata, et s'y établir, nous seroble-t-il.
Des documents dont le R. P. Romano, S. J., recteur du collège de Ste-Pulcbérie, nonsa donné communication, nous disent que < Instabat orator (le comte de Leslie, ambassadeur de l'empereur Léopo ta II J ut aliqna saltem, ex deletis incendio tomplis, restaurarentur, omnia quippe perieraat, excepto sacello Patrum Societatis Jesu, sumptibus reipublicœ Januensis erecto, sedenteUrbano V, et honori divfe Virginis Matris et S. Benedicti consecrato, anno 1427, ac denique sacrae Benedictinorum familise quondam commisse. > (Taffener S. J.')
Cette note est précieuse, elle assigne une date précise à la fondation de St-Benolt, le règne de Urbain V, (1362-1370). Elle dit encore que cette église a été consacrée en 1437. Construite aux frais de la République génoise, elle fut probablement élevée sous le règne de Cantacuzène, à l'époque où la colonie franque acquit sa pleine autonomie. Le style du beffroy de St-Benoit est d'ailleurs entièrement semblable à celui des constructions qui bordent la rue de Percbembé-bazar et datent de ce temps-là. Ce dire est consacré, même de nos jours, par la tradition populaire qui désigne parfois cette église sous le nom de Djenécykeliçacy c l'église des Génois, i II semble que par la suite elle devint la principale église de la ville et succéda en cette qualité à celle de St-Michel. Cette dernière, détruite par l'escadre vénitienne en 1396, réédifiée en 1303, existait encore en 1336. Des événements que nous ignorons auraient amené sa destruc-
■ Le p. Paul Taffener, aé à Clagearurth, en CarioUiie, en I6JS, entra au noviciat de la Compagnie en 1628. il enseigna lea humanités durant quatre ans. devint recteur du collage de Styr, puis exerça le ministère à Vienne Le comte de i.eslie, ambassadeur de l.éopold M près la Porte Ottomane, l'attacha à sa mission en qualité d'aumânier. (Bibliothèque des écrivains de la C. de J.)
tton et déterminé la République à construire celle de St-Benoit. (?) Toujours d'après le P. Taflfeoer il paraît que la nouvelle église aurait été placée sous le double vocable de la B. Vierge Marie et de St-Benolt.
Un autre docament nous fait avancer davantage dans la question et la précise. Il est dû au R. P. Quandel, bibliothécaire de l'abbaye du Mont-Cassin. Dans les notes qu'il a bien voulu nous envoyer, nous voyons ce qui suit :
€ S. Mariœ Miserioordiae in Fera.
f Monasterium S. MarJse Misericordise in Pera, prope Constantinopolim, unitur congrégation! a Nicolao V, anno 1449, seâ posseasio capta est anno 1450, cum monasterio S. Benedicti, ibidem illi unito-. Anno 1557, fiiit institutus procurator a Congregatione Fr. Stephanus Gattaluzius, ordlnis Prasdicatorum, ad regendum pnedictum monasterium, et ad exîgendum fructus, cum promissione solvendi tertiam partem fructuum congregationi, sed quia nihil unquam solvit, fuit contra eum lata sententia, a vicario urbis, ad restituendam et relasandara procura tionem, una cum fructibus, sub die 27 mart. 1560; uti ex actis D. Simeonis Grugnetti lîquet. *
( Ab anno 1449, usque ad annum 1550 numerantur qninqae professi .
( D. Bartholomeus a Janua (anni professionis) 21 mars 1439.
c D. Jo. Baptista de Pera, 8 7br. 1449 ;
c D. Basilius de Pera, 3 apr. 1449 ;
e D. Ambrosius de Portugallo, 25 dec. 1449 ;
( D. Bartolomeus de Pera, 21 mar. 1450. >
De ce document, officiel, on recueille que deux établissements coexistaient ensemble, presque sur le même terrain, 1° le monastère de Ste-Marie de la Miséricorde, 3° celui de St-Benolt. Cette dualité se maintient pour ainsi dire jusqu'au xvn° siècle, même après que les Jésuites y furent installés, car on trouve une lettre de la Comunità, à M. de Brèves, alors ambassadeur
' Nicolas V est ce Pape génois dont noul avons vu le Dom Eur une inscription des muraillea de la ville (1447-1455.)
* Ce fait est confirmé par les Archivem de» Capucins de St'Louia, comme nous le verrons plus bas à propos de St Josepb de Léonjase.
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à Rome, en date du 30 mars 16i0, qui raconte que les Jésuites c ont établi dans la chapelle extérieure, voisine de l'église, une congrégation, et que chaque samedi matin, son EIxc. l'ambassadeor de France, M- de Salignac, et beaucoup d'antres y vont avec une grande dévotion. »
Les Bénédictins du Mont-Cassin n'entrèrent en possession qu'en 1450'. Ce n'était que trois ans avant la conquête ottomane. Ils continuèrent de l'occuper quelque temps encore ; mais ils l'abandonaërent ensuite, puisque en 1557 ils donnent procuration poor l'administrer et en percevoir les revenus, dont le tiers devait revenir au Mont-Cassin. Le dominicain qu'ils avaient choisi comme mandataire, n'ayant pas tenu ses engagements, ils recoururent au Vicaire patriarcal pour l'y obliger, ou lui faire rendre sa {owiaration.
II semble que les Dominicains aient eu pendant quelque temps la charge de desservir cette église, car dans une supplique au R. P. Général des Dominicains la Comunità dit : « Nous prieur et gouverneurs de la commune, ayant mis des Pères de St-Dominique dans l'église de St-Benolt, etc. > Cette lettre est de 1618. (21 oct.)
Il est dit de plus dnns une lettre de la même Comunità au B. P. Général des Conventuels, sous la date du 80 juillet 1616 : < II y a quarante ans que vos Pères desservent l'église de St- Benoit, » par conséquent vers 1576.
Mais il est un autre fait plus singulier. Le P. Barbieri, dans son mémoire souvent cité, nous dit que les Frères Mineurs de l'Observance qui étaient établis à CP. dans le couvent de St- Antoine des Cyprès, en ayant été chassés lors de la prise de CP. par sultan Mehemmed, 1453 (Plusieurs furent égorgés, d'autres
' Le R, P. Qiuindel, auquel nous devons déjà de précieux renaeignementa, eo ajoute un autre qui jelta encore un peu de jour sur 1b question obscure qui nous occupe en ce moment, a L'égtiae de St-Itenolt, et le monastère dont elle dépendait, était occupée par Ici Bénédictins dés son origine. Au xv' siâcle les Bénédictins d'Italie, pour divers motifs, et surtout pour ee soustraire au:i abus de la Commande, se réunirent en une congrégation dite, dans le principe, de Ste-Justine de Padoue, où i!e s'établirent, et ensuite du Mont-CasBin, quand ce célèbre monastère s'y rallia. Les Papes favorisèrent cette congrégation ; et toutes les fois qu'ils en trouvèrent l'opportunité, ils lui adjoignilent les autres monastères ; de ce nombra fut celui de Ste-Marie de la Miséricorde de Fera. ■
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réduits en esclavage, comme nous l'avons dit), la c Magniûca Comunità > mit à leur disposition le couvent de St-Benolt. Cette concession n'était que provisoire, mais cette occupation dura jusqu'à l'arrivée- des Jésuites en 1583. Alors une dame pieuse leur donna Ste-Marle Drapëris, comme nous le dirons en son temps.
Enfin nous verrons plus bas que les premiers Capucins venus à Péra, après la première disparition des Jésuites, furent aussi reçus !i St-Benoît, et que St Joseph de Lèotiisse y fut miraculeusemeut conduit. Ces choses, si contradictoires eu apparence, s'accordent cependant si l'on tient compte de l'existence de deux églises, et de deux couvents voisins, qui ne furent confondus que plus tard, mais que l'on désignait cependant sous le nom générique de St-Benoît, parce qu'ils étaient voisins et dans le même enclos.
Pierre Gylles, reproduit par Du Cange, cite le nom de St- Benoit, et signale < sa magnifique citerne, déjà dépouillée de ses chambres, ainsi que des trois cents colonnes qui en soutenaient la voûte, et convertie, de son temps en champ de culture, pour les besoins du desservant du temple. »
Grâce à la protection française, St-Benolt, menacé de subir le même sort que St-Paul, fut conservé au culte chrétien. Excité par l'expulsion des Maures d'Espagne réfugiés dans ses États, sultan Snleïman avait résolu d'abattre cette église, ou de la changer en mosquée ; mais < l'ambassadeur de France fit en sorte que le roi l'autoris&t à demander, en son nom, ladite église, pour en faire nue chapelle royale, à l'usage de l'ambassade de France'. • Il obtint cette donation du sultan, vers 1540-.
Le P. Barbieri rapporte le même fait, mais il attribue la concession de St-Benolt t alla pace di 1535, pel commodo dell' ambasciatore di Francesco I", che doveva stabilirsi in GPli. » Le premier traité conclu entre la Porte et la France est, comme on la sait, de 1535. Quatre firmans datés de 1609, 1617, 1619 et 1638, confirmèrent la donation de sultan Suleïman.
I On lit dans VEtlnt de* mUtiona de GrÈce, prfiienlé ù .ViV. SS. fe.i archeeiqut». écéijuen et députée du clergé de France en l'année 1695, p. 12 : « Pour servir à la nation, et encore plus pour empêcher qu'elle ne fut convertie en mosquée, selOD les ordres que le sultan en avait déjà donnés, h
» Topographia,32S. ConitantinopoUt Chrîtt. EV, 82, 113.
Depuis lors, selon les Annales de la résidence des PP. Jésuites, les Ambassadeurs de France firent desservir cette église par des prêtres nommés par eux.
Un peu plus tard les catholiques de Péra et de Galata, dont le nombre décroissait toujours, au point que, selon certains rapports, ils n'étaient plus que dix-sept familles seulement (?}/ résolurent de demander au Pape l'envoi de quelques Pères de la Compagnie de Jésus ; ils sollicitèrent à cet effet l'intervention de M. de Germigny, baron de Germoles, ambassadeur de France, et celle de Morosini, Balle de Venise. On leur accorda leur demande.
La nouvelle mission avait pour supérieur le P. Mancinelli ', italien, accompagné des PP. Honoré Gaze, de Marseille, et Maurice Timpanizza de Raguse, et des Frères Martin, de Marseille, et François, grec de nation. Parfis de Rome pour Venise, ils mirent à la voile le 15 juin et arrivèrent à CP. le 8novembrel583.
L'ambassadeur de France et le baile Morosini les logèrent en leurs palais, puis les Pères prirent possession de St-Benoît, le 18 novembre 1583. M. de Germigny informa le roi, comme suit, de leur arrivée à GP,
< Et y (ici) arrivoient trois pères jésuites^, mandés par N. S. P. le pape, à la requeste et instance des chrestiens Perots, pour l'effect de l'instruction de leurs enfants ; par lesquels Sa Sainteté m'aurait escript un bref aux fins de les recevoir et tenir soubz
' LeP. Jules Mancinelli, tiëA Macérata dans les Marches, lit si Rome (1 558-1 5(iO). Après qu'il eut terminé ses études, il fut appliquô au mï- DÎstdre de la prédication. Kon éloquence était si persuasive que son discours était souvent ioterrompu par les sanglots de ses auditeurs. On l'employa ensuite aux missions en Kurope, en Asie et même en Afrique. Les Souverains Ponlires, surtout (iré^'oire XIII, lui donnèrent les plus larges facullc-s l'Ouï admettra tes hérétiques et los scbismatiques dans le sein de l't^lise catholique. Après son court apostolat à CP., il continua ses courses apo8toli(]ues en Algérie, revinten Italie, parcourut l'Allemagne, la Valachie, la Moldavie, la Pok^ne, etc. Il mourut à Naples le 14 août 1GI8 àrftgedeplus de quatrevingts ans. II laissa une grande réputation de sainteté et Ibs Jésuites l'honorent comme Vénérable. (V. Symbolrc a-l illduti-anilam Er-rleai"' Orienlalîx, etc., p. OSO.auctore R. F. Nicolao Nillos. S. J, Inspruok, IHM.î.)
» L'Ordre des Jésuites fut fondé en 1534, par Ignace de Loyola, (Ils d'un gentilhomme de la proïince de GuipuBcoa, et approuvé par le pape l'nul III, le 27 septembre 1510.
' Le pape avait également adressé un autre bref, en Taveur dps Pérès, au baile (!e Venise, Morosini (Carayon, p. 4). lequel, dit VExtiit i/o Mifaliins. p. 12, i aurait fait une aumûne considérable pour meubler et réparer l'églUe. ■
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la protection de V. M., et les faire loger et accommoder au monastère St-Benoît comme estant, dès le temps de sultan Suleynan, soubz la garde et protection particulière de V. M., ce qne j'ay très-volontiers faict'. »
( Le 35 août suivant (1584), M. de Germigny, à qui cette église appartient de droit, leur ât expédier deux patentes ; l'une en latin, pour les chrétiens, mentionne les divers breTs du pape ; l'autre en italien, pour les Turcs, sans mention du Pape, constate la donation faite par le sultan. La patente latine préconise le zèle des Rois T. G. à soutenir la religion en Levant, ce qui est d'ailleurs coustalé par l'empressement que le Roi a montré pour se faire remettre l'église que le sultan voulait convertir en mosquée. > M. de Germigny établit, par suite, le droit que les ambassadeurs ont eu, dès lors, de nommer des recteurs, et des économes, pour la desservance de cette église, citant même parmi eux les pères Antoine de Chio et François Pastes, tous deux franciscains ; il termine en disant t que c'est sur les représentations des chrétiens de Péra qu'il a demandé et obtenu la venue des jésuites ; > enûn, < qu'il s'est déterminé, conduit par l'esprit de religion du roi, à leur affecter pour logement l'église de St-Benoit, et que, sur la demande du souverain pontife, il les recevait sous la protection spéciale de S. M. »
Cette patente se termine ainsi : ( donné aux Vignes de Péra, le 35 août 1584. »
Le lendemain le Baile vénitien leur expédia d'autres lettrespatentes, dans lesquelles on lit : c Les Pères étant arrivés le 8 novembre 1583, et étant entrés au lieii de St-Benolt, par ordre de Sa Sainteté, qui a voulu, par un bref de même teneur, qu'Elle nous a adressé, qu'il leur soit assigné, pour y faire leur résidence, comme l'ont demandé les Seigneurs Pérotes. . . . Nous avons, par charité, subvenu à leur nécessité de quelque petite aumône, laquelle nous déclarons, aûn qu'en tout temps ils puissent être les maîtres de ce que nous leur donnons.... tant pour le service du culte divin, que pour l'avantage de leur maison. »... ï Aux Vignes de Péra, le 26 août 1584'. »
I Négocialion*. IV, 231.
' Cf. aussi P, Carayon, p. 4. et VEalnt de* Mixtio/i*. etc. où il est dit que Morosini • aurait fait une aumAne considérable, pour réparer et meubler
l'église- »
Les Jésuites se mirent aussitôt à l'ceuvre, et les documents de l'époque, Estât de la Mission de Grèce, sartoat, nous disent : ( Tout occupés qu'étaient les Pères de leurs prédications, ils ne laissèrent point d'ouvrir une école pour l'éducation de la jeunesse \ les enfants schfsmatiques, aussi bien que les catholiques, la remplirent incontinent } leurs parente même les y accompagnaient pour profiter de l'instruction que l'on faisait à leurs en&nts. Outre ces occupations, il fallait que les missionnaires trouvassent le temps d'aller dans les prisons et dans les ' hâpitauz.... il leur fallait aussi donner des heures aux prêtres et aax évèquea qui voulaient avoir avec eux des conférences particulières. Le patriarche d'Antioche et celui d'Alexandrie vinrent souvent consulter le P. Mancinelli, sur diverses questions, de conscience, certains doutes qu'ils avaient : ils finirent pai se trouver si persuadés de la vérité de la religion catholique et de la primauté de l'Église romaine, qu'ils écrivirent au Pape pour lui témoigner leur soumission ; (Michel, patriarche d'Antioche, reçut plus tard, par l'entremise du Père, le palltum, que le Souverain Pontife lui envoya.)
f Les métropolitains d'Éphèse et de Césarée suivirent leur exemple, et souscrivirent de leur main l'acte de leur obéissance. Deux autres métropolitains, et des principaux de la Grèce, firent la même chose. Le patriarche des Arméniens et l'archevêque de Crota, patriarche et primat de toute l'Albanie, après bien des conférences, voulurent aller à Rome pour preuve de leur retour sincère à l'unité catholique. Jérémie, patriarche de CP., députa deux de ses prêtres pour porter au Souverain Pontife la protestation de sa Foi. >
< Or ces travaux ne sufTisaient pas aux Pères : ils y joignirent la mission du bagne où se trouvaient plus de quatre mille forçats. Ils s'y rendaient le soir, y faisaient chanter les vêpres, entendaient les confessions, qui duraient souvent la nuit entière ; et le lendemain matin avant qu'on appelât les esclaves au travail, on disait la sainte messe, après laquelle les Pères distribuaient leurs aamônes '. >
Le Père Mancinelli fut appelé en Europe pour les besoins de la mission qui demandait de nouveaux ouvriers évangéliques.
' Doeumenti officiel*. Cf. aussi Carayon, loc. laud. p. 4.
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Ses confrères moururent de la peste '. M. de Laneosme écrivait au roi, le 23 mai 1586, t de cinq jésuites envoyés par lo deffunct pape Grégoire, en l'église St-Benolt, qui est soubz la protection de V.M., il n'en estoit resté que ung, les aultres estans morts de peste, lequel avoit escript à son général pour avoir des compaignons ; mais le pape Sixte V ayant résolu de ne vouloir rien donner ponr les entretenir, cela a faict que ce dernier a été révoiqué, et s'en est allé depuis huict jours, laissant l'église dé- ■ sorte j s'il semblait k V. M. d'écrire à Sa Sainteté pour y faire envoyer ou des bons hommes ou des cnppuchins, ce seroit l'honneur de V. M., et la consolation des chrestîens qui sont ici=. »
Cette demande de l'ambassadeur fut eiaucée ; en effet, on lit dans les archives des PP. Capucins de St-Louîs, t que l'an 1587, le R. P. Général de l'Ordre décida l'envoi en Turquie d'une mission de religieux de son Ordre, composée de trois prêtres, les PP. Pietro délia Groce, supérieur, Dionigi da Roma, et Egidio di Sta Maria. Ce dernier ayant été empêché au moment du départ, par raison d'infirmité, il fut remplacé par le P. Joseph et le fr. Grégoire de Léonisse, l'un prêtre l'autre laïque 3.
« A leur arrivée les Capucins eurent pour habitation un lieu à demi ruiné, qui acait été aux religieux de Si-Benoît ; et l'église, petite, étant encore en état de servir, ils bâtirent autour, de petites cellules, où ils restèrent environ deux ans*. >
« Le P. Joseph de Léonisse qui n'avait pu partir avec les
1 On retrouva les restes de trois <le ce» religieux, lians la crypte de St- Benolt, lors du dépôt qu'on y fit des restes de M. de Halignac (Carayon, lor. lau'I. 40, 51). I^ nom du I'. Cbizzola. avec la date de ISS.i, se trouve inscrit Bur la pierre tombale des PI'. Jésuites, morts de peste à Conalantinople, de IStiri à ITjG ; cette pierre a été transportée de l'ancien cimetière des Grands- Champs, à l'éra, dans l'église du Saint-Ksprit. (Comple-rci-hi ilii einiet. latin m-A. p. 26.)
< Un appelait populairement Bons-Hommes, les religieux Minimes, fondés par st Frani;ois de Paulc. Ils devaient ce surnom au roi I^uis XI qui avait fait venir en France leur fondateur et le gardait auprès de lui. Il l'appelait son Don-Homme, et. du l'ère le nom passa aux enfants.
> filorin dette Migxini'i i/ei Cappwdni, Roma, I, â-l. On trouve dans ce mitme volume, p. 471, le texte du bref de Sixte V, constitutif <le la mission, ainsi que les lettres d'obédience données par le P. Général aux premiers Péri!S désignés, puis au P. Joseph de Léonisse, en juin et août IjUl.
* ArrMeei de* Cnpwiii» île Pcra. Palmier Séraphiijne. 4 févr.
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autres débarqua sur la côte de Thrace ; ne sachaDt pas oîi trouver ses frères, il fut accosté par un charmaDt enfant qui le prit par la maia et le conduisit à travers les rues de CP. jusqu'à Yêglise de Notre-Dame, comprise dans le couvent où résidaient les religieux qui l'avaient précédé. Ce couvent, qui avait appartenu aux Bénédictins, était en très mauvais état, mais heureusement l'église était en des conditions plus satisfaisantes. A peine arrivé l'enfant disparut'. » Le P. Rocco dit aussi ; ( Nos religieux furent placés, « in una chiesuia semi-dlruta, un giorno dei figli di San Benedetto occupata. > (C'était sans doute l'église de Notre-Dame de Miséricorde, dont il a été question plus haut.)
( Destiné au service du bagne, le P. Joseph se dévoua, avec un zèle et une charité héroïques, au bien des galériens, surtout durant les ravages d'une pesle terrible. Il fut atteint lui-même par le fléau, mais 11 put en guérir, après de longues souffrances. Moins heureux que lui, ses deux Frères succombèrent aux atteintes de cette cruelle maladie ; (leurs restes sont probablement ceux que l'on trouva dans la crypte de St-Benoit, quand on voulut y déposer le corps de M. de Salignac.) Resté seul avec son compatriote le Fr. Grégoire, le P. Joseph, loin de ralentir son zèle dans ses travaux apostoliques, ne cessa au contraire de l'enflammer davantage. Mis en prison une première fois, il en sortit par l'intervention du baile de Venise ; puis ayant voulu porter sa prédication jusque devant le sultan, il fut condamné au supplice de la pendaison aux crochets. Après être resté trois jours et trois nuits dans cette position, et bien que l'on eût essayé de le brûler au moyen d'un grand feu allumé sous son gibet, il fat détaché de la potence par un ange, qui lui apporta dos aliments, et lui ordonna de partir pour l'Italie. Le P. Joseph était resté deux ans à GP. > (Né en 1556, dans la petite ville de Léonissa, il mourut à Amatrice, le 4 février 1613, flgé de cinquante-sept ans, et fut canonisé en 1746, par Benoit XIV^.)
Cependant * après le départ du P. Mancinelli, en 1585, l'église de St-Benott retourna, comme auparavant, au roi de France et
1 Rorbacher, Vie* ilen SainI». CarayoD, Relation inédite p. 51. — Ci-.lesaous, S. Georges, cb. VII.
> Storia dello ml$*ioni dai Cappuecini, P. Roooo (U Ceaiuale, I.
à ses ambassadeors en Levant, jasqa'eo 1604, où M. de Brèves obtint de la Porte la permission nécessaire pour y établir des Pères français, de la Compagnie de Jësos. En mai 1605, l'ambassadeur envoya au roi les patentes du Grand Seigneur à cet effet ; mais l'aSaire, pom* diverses causes, fut retardée jusqu'en 1609 '. ..
Durant cette longue période, des rivalités s'étaient produites ; et, en septembre 1609, la Comunità informa le pape Paul V f de l'installation à St-Benolt, par l'ôvêque de Tine ', » visiteur apostolique en tout le Levant, * de la confrérie de la charité, à laquelle on s'affilie avec grand empressement, » ainsi que du désir de cet évëque d'établir, contre le gré de l'ambassadeur, l'A^pf/a/ dans l'abbaye de St-6enoit. Ces dispositions étaient dirigées contre la nouvelle mission des Jésuites, partie de Paris le SI janvier 1609 ; composée des PP. Cbarles Qobin (mort de peste en IdlS), Guillaume Levesque, et du frère Colomb, elle augmenta en route du frère Viar, et du P. de Canillac, supérieur'.
La mission rencontra aussitôt des diSicultés, réelles ou supposées, pour la question de résidence ; t car, dit le P. de Canillac, les mieux pratiqués de ce lieu ne cuidaient pas que le monastère de St-Benolt, où nos Pères avoieut jadis fait leur résidence, fat propre à nos fonctions, pour estre écarté de la demeure des Latins, entouré des Grecs et des Arméniens, > Aussi M. de Saliguac, persuadé,d6 son côté, par les gens du pays, avait déjà loué, pour les Pères, « une maison belle et bien située, au milieu de la demeure des Latins * i ; mais la difficulté estoit de trouver église propre et commode, y ayant seulement une petite église ou chapelle, voisine de quelques cin-
' Annale» de la Rfiidence. et Histoire des Turc» de Verdier.Vie de Sultaa Ahmed 1. ParÎB, 1665. I, 336.
» Tine relevait encore de la juriiiîclion occlësiasiique de Venise (Carayoo, loc. laud. 1864, p. Iiî5>. Cf. plus haut,le passage relatif à la juridiction ccclésiastiqae du patriarche de Grade. D'aprâe les archives de St-Pierre de Galata. cet évêque était Giorgio Perpîniano.
» Cf. Eilat de» Miuion* de Grtce.p. 31.
* « Les Parcs Jésuites ont été placés, écrit la ComaniCà & M. de BrâTee, le 17 octobre 1609, dans la maison du S' Giorgio Mamoretto, bâtie dans le jardin acheté par celui-ci, du sieur Dane. > Les Latins habitaient encore presque exclusivement, l'ancien Galata, compris dans l'enceinte de 1303- 1304, tandis que St-Benott sa trouve dans le nouveau au milieu des églises grecques et arménienoeB.
qaante pas, dicte St-SëbastieD, qui o'ètoit ofliciée qu'une ou deux fois l'an ' ; l'ambassadear ât demander Vttëage de cette église au visiteur apostolique, avec réserve, néanmoins, de St-Benott; mais S. G. répondit que c'étoit trop, et qu'une suffîsoit ; aussi, avoit-ii destiné le dit St- Benoit à un hôpital, qu'il avoit projeté avec les « Messieurs de la ville. >
Les Turcs avaient été travaillés, d'autre part, contre la rèinstallation des Jésuites, car l'ambassadeur se trouvant chez t le Bascha, celui-ci, à propos de quelque chose qui touchait le Vénitien, dit avoir sceu que quelques prebtres latins estoient venus de nouveau, personnages dangereux et haïs de tout le monde, et qu'il estoit meilleur qu'ils s'en retournassent en leur païs au plus tôt. » De son c(>\.k,%i contrairement nw désir du pape, l'évêque visiteur, tenant à fermer St-Benolt aux religieux français, insistait pour l'installation de l'hôpital dans l'abbaye, tandis que les Pérotes faisaient valoir n l'incommodité pour eux > d'envoyer leurs enfants dans ce quartier de ville (St-Benolt), éloigné de la demeure de France. - >
Finalement, les Pères furent mis en possession de St-Sébastien ; et le jour de leur installation, le 20 septembre 160D, ils chantèrent une messe solennelle dans cette église, en présence de l'ambassadeur et des principaux du lieu, c A leur instigation, fut établie dans leur église le 28 novembre, la Congrégation de' Notre-Dame , dans laquelle M. de Salignac s'inscrivit le premier, avec ses drograans et son aumônier, devenu depuis évéque de Milo ^. Chaque dimanche, les Pères ârent des prédications qui, avant eux, n'avaient lieu que durant l'avent et le carême ; et ils ouvrirent des classes, « même
1 Carayon, tof. Itmd., 27.
' Cette résidence, de Francs, se trouvait-elle, comme t'indiquent certaines fratlitionB, dans le KbanFranchini.à l'angle de la rue de St-Georges et celle de l'erchembé-BazaT, autrefois te palais des podestats, ou plutôt dans l'enclos actuel des maisons de Sit-I*ierre tlja. dernière maison à droite, dans la prolongation de la rue Tchinar f Sur l'angle rentrant de la'muraille de cette maison, occupée longtemps par la banque ottomane, et fafsaat saillie, on voit encore l'écuason aux armes de France, sculpté eorelief sur la muraille. Noua ajouterons que dans les réparations jotérieuros faites pour cette banque, en 1873, ou avait trouvé de vieu^ï registres, pouvant provenir de l'ambassade de France ou de sa ohancetlerie. On a vu plus haut que le quartier St-f ierre était particulièrement occupé par la Nation française.
• Loc. laud.. VIT, 166.
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sans livres ». Dans une lettre au pape, la Comunità confesse que, jusqu'à l'arrivée des jésuites, lesenCants latins ne savaient pas dire leur Pater.
Mais si la restauration des Pères paraissait avoir été acceptée, sous certains rapports, elle ne l'avait pas été sous d'autres : le haile B^nrtïen, auquel, selon Hammer', s'étaient joints l'envoyé anglais et Vévêque de Tine, rendirent les jésuites suspecta à la Porte les présentant comme des causes de discorde et des ennemis de l'Etat ; leur habitation fut envahie le dimanche 13 décembre 1609 par le soubacM et ses ^ents, qui conduisirent ces religieux au palais du Bascha.d'où l'ambassadeur, accouru aussitôt, les ramena en liberté -. » Ils passèrent tranquillement *. le premier jour de l'an et la feste de St Sébastien', titulaire de l'église; mais la veille du jour de la Conversion de St Paul,l'ambassadeur receut, de nouveau, commendement de chasser ces religieux, accusés d'être des hommes séditieux, espions du pape, et de l'Espagne *, ordre qui fut réitéré, une fols chaque mois pour le moins, jusqu'au mois de... oCi on leur dit : c Puisque l'ambassadeur s'opiniâtre tant à vous retenir, eh bien ! restez ^ ! > Sur la proposition de M. de Salignac, Henri IV avait assigné aux Pères Jésuites une pension suffisante pour l'entretien de dix missionnaires. »
L'habitation des Pères menaçant de tomber en ruines, on dut revenir sur la question de St-Benoit; le visiteur apostolique se maintint, d'abord, dans son système d'opposition ; puis, craignant de compromettre le sort de son hôpital, et blâmé, d'ailleurs, par le pape Paul V, qui n'accueillait nullement ses motife avoués de l'exclusion, il finit par donner son adhésion; et les Pères furent remis en possession de St-Benolt, dans t la dernière sepmaine avant le Carême » (le 15 février 1610). La Comunità avait proposé au pape de donner aux Jésuites '^ St-Qeorges,
' Hammer, VIII, 166. — » CarajTon, te. lawl. 27.
* Dana DOtre calendrier, cette fête est indiquée au 20 janvier.
• Cette accusation est rapportée dans VEstat ile> Mistloii», p. Zi, comme dans Hammer VIII, 1G6. Sous le même préte.xte, ita auraient été expulsés, plus tard, de divers pointa de l'empire (Hammer, IX, 114).
* Carayon, foc. iawL 39.
• Hammer, ce dont ne parlent ni le P. Carajon, ni la Comanilà, ajoute que .St«-Marie Drapéris aurait été refusée à ces relipeux ; il ne parait pas que la deman le en ait jamais été faite.
occupée alors par les Dominicaics. Enfin, réinstallés dans leur ^lise, les Pères commencèrent aussitôt leurs exercices religieux et scolaires '. < On preschoit les jeudy et dimanche matin, en italien, selon la distribution des églises de ce lieu ; et le vendredy soir, exposant le Saïnt-Sacrement, après un dévot Stabat Mater, on discourait sur quelques mystères de la
f La St Benotst qui escbeut en ce saint temps, fut solennellement festée, avec un bel appareil; entre autres d'un théâtre, en demi-rond, de degrés sur l'autel» gamy de lampes, sur le milieu duquel estoît te Saint-Sacrement, exposé pour les quarante heures, qui vont chaque dimanche, en l'une des églises de Péra, par l'ordonnance de Mgr le visiteur apostolique. Il y eut sermon le matin, en italien, et le soir en français... C'estoit grand dommage que ceste église, vénérable pour son antiquité, rare pour son assiette, belle pour ses mosaïques, qui, naïfvement et richement, représentent, en espaliers, sur les pans de murailles, les principaux mystères de la vie et passion de N. S., demeura serrée (fermée) toute l'année, excepté le jour du saint, se ruinant sensiblement, en danger de s'ensevelir en brief, dans ses propres ruines...^ Ilya deux maltresses portes pour entreren l'esglise, l'une pour les hommes, et l'autre pour les femmes, qui ont leur lieu distingué par un treillis de bois, avec une tribune au-dessus pour les vierges, qui, en ces quartiers, ne s'osent montrer, non pas même à leurs proches ; et, pour ce, vont rarement ez-esglises, et ce, k la poincte du jour. Le bout de ces galeries (nefs latérales) s'abboutit à un treillis de fer qui serre une gentille chapelle voûtée et desdiée à V Annonciation ' de la Vierge, où les congrégations s'asseDi4:ilent, laquelle feu
' Dans une lettre écrite â M. de Urèves. à Rome, le 20 mars IGIO. ta Comitnità dit que « les Pérès ont une école qui ne compte sinon trente élèves
' CaMyoQ, Ion. laul..42. I-e patriarche Maoarius('Afi Tmi-cU of Mai-ariua, patrinifh of Aniiorhe : \jiaàon. 18^6. p. 27) donne une deacription à peu pré» semblable de St-Benolt, qui, selon lui, aurait appartenu ancienDement aux orthaloxe» (t).
* Aujourd'hui chapelle Sie-Anne. I.a Comunità écrit à M. de Hréves, alors ambassadeur à Home, le 20 mars IGlO : n Depuis leur retour à St-Benolt, tes jésuites ont établi la Congrégation /Ir la ti-it-triiiile Vierge, dans ta chapelle du dehors, voisina de l'église ; l'ambassadeur de Krance et nombre d'autres personnes vont, chaque samedi, pratiquer cette sainte dévotion. >
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M. l'ambassadeur a faict magnifiquement peindre par un peintre grec, avec les armes du Boy T. C. et les siennes, et a décoré d'un beaa parement blanc , onvragé à la persienne , avec la chasuble de damas blanc aussy <, >
Loin de voir leurs écoles moins fréquentées depuis leur retour à St-Benoit, c les grecs, les juife même, y envoyoîent leurs enfants ' ; et q>iant à leur église, ils y virent affluer des pénitents grecs et latins, régnicoles - et étrangers ; et les françoia la consîdéroîent comme leur principale et plus chérie paroisse... M. l'ambassadeur avoit folct accommoder une chambre, tout prèz du jubé de l'église, tout exprès, les trois derniers jours ds la passion, pour vacqua- plus librement à sa dévotion '. »
« Le pénultième jour de juillet, veille de la feste de notre B. P. Ignace, que jadis, le dimanche précédent, dit le Père de Canillac, le R. P. vice-patriarche (qui nous montre grande affection) par un fort honorable cartel, avoit faict publier par toutes les églises de ce lieu, on fit un service pour Henri IV défunct ; et ensuite on chanta, dans St-Benoit, les premières vespres solennellement avec un appareil meslangé de joye et de deuil. Le chœur et autels estoient richement parés de blanc, et la nef tendue en blanc et noir, parsemée de fleurs de lys et de larmes ; et sur le milieu, y avoit une magniflque chapelle ardente, sur quatre colonnes blanches et noires, en façon de marbre, meslè avec des pantes de brocatel blanc et noir, et un drap d'or sur le cercueil, bandé d'une bande de velours noir. M. l'ambassadeur passa cette nuict chez nous et la suivante. Le lendemain,
' Carayon, loc. C!iu4. 43.
< Le même auteur ajoute plus loin (p. 58)» qu'ils avaient dans leurs classes divers religieux... des caloyers grecs avec un diacre et plus de cinquante enfants, tant grecs que francs ; aux uns on apprend à lire, aux autres les grammaires grecque et latine, o Baudier, citi! par Hamraer (VIII, 16fi), dit que D les Jésuites fondèrent une école de niathi^maliques. s Selon les Lettre» et aiicrilote» lie Cyrille Lin-ari», patriarche de CP.. Amsterdam, 1718 ; i Ce collège était destiné à l'enseignement gratuit, «ou» pri'tej:te de rharitf, de la grammaire, des langues et des arts libéraux. »
s Dans le Bérat préci'é. délivré au comte do Leslie, 1076=1665, il est dit : 0 que les Jésuites et tous les autres religieux du rite latin, ne seront pas troubiés par les évéques grecs, serbes et bulgares, dans les églises actuellement en leur possession. 'lû anliqno. non plus que dans celles des Kalas, dépendant spiritnellement d'eux, quand ils accompliront dans ces églises leurs pratiques religieuses selon le rite latin. >•
' Carayon, loc. lawl. p. 43-45.
DigilizPdbvGoOt^le
nn de nos Pères chanta la grand'messe du sainct... Oo y commença les quarante heures, pour prier, tant pour l'âme du roy deffunct, que pour l'heureux règne du nouveau roy Louis XIII ; et, sur la clôture de k dicte oraison, on ât nn autre office solennel lugubre, où le P. Antoine, cordelier, bon prédicateur, âst, à ma réquisition, un petit panégyrique... La chapelle ardente demeura tendue quarante jours durant, avec la messe tons les jours pour l'âme du roy '. »
f M. de Salignac, continue le même Père, m'avolt recommande de fester le jour de St Louys, arec singulier appareil, désirant introduire celte feste icy, comme solennelle, pour la nation françoise \ ce qui fust faict avec grand'messe et sermon, où tous les religieux furent invités, avec le R. P. vicair©patriarcal, qui chanta la messe ^. >
Peu après, la mission perdit son zélé protecteur; M. de Salignac mourut le 13 octobre 1610, c après avoir légué une bonne partie de ses livres à St-6enolt ^. > Le P. de CaniUac fait ainsi le récit de ses funérailles et de l'impression produite par cet événement : < On ne sçauroit bonnement exprimer les regrets de toute sorte de gens de condition et de religion à ce sujet. Le jour suivant, nous tendîmes nostre esglise en noir ; et, sur l'heure de midi, qui revient & la quarte de nostre horloge françois en été, on flst le convoy honorablement ; nos petits escholiers, avec des cierges allumés, alloient les premiers, suivis de plusieurs autres estrangiers; puis venoient les religieux, et, après, les domestiques (gens de la maison). Douze gros cierges de la noble compagnie de Ste-Anne, qui faict le Corps de la Ville, pour les chrestiens catholiques, portés par douze, vestns
' > Chez les Bénédictins, depuis le viir BÎécle, chaque fois qu'il mourait un religieux, on était dans l'usage de fairecélébrer la messe et donner sa pitance aux pauvres à son intention. — En Helgique, les trenlenaires se célèbrent encore, après les funéraittes, par toutes lés famlUes chrétiennes. » (Les Moineê d'Oeci'/enI, I, 102.)
' 11 semblerait mâme qu'à un moment l'église de St-Benolt fut désignéa BOUS le nom de St-Louis, comme il résulte du texte suivant cité par Hammer (.YII, 19U). 1 I Prancesi ...anco in tempo délia pacé. ottenero licenza di rifabricare due chiese, l'una SUOiorgio. l'altra St-Lodovioo, in Galata, • Cette reconstruction ne fut probablement que partielle et se borna à certaines parties du monastère incendiées en 1660.
■ Ce fut en exécution de ses volontés que M. de Salignao fut inhumé dans l'Oise des Jésuites.
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en sacs, qui représentent les douze apostres et n'avoient coutume de marcher que pour la procession du Sainct-Sacrement, prëcëdoient immédiatement le cercueil, couvert, h la mode de France, d'un drap de velour noir, avec la croix de satin blanc. Snivoit M. de Cariât, frère du defifunct, assisté des illustrissimes ambassadeurs d'Angleterre et de Venise, avec toute leui' suite, qui tous conduisirent le corps en nostre esglise, le posant soubs la chapelle et ouyrent l'office de l'enterrement. Mais nous le mismes puis en son lieu de repos, la nuict, à huis clos... en la voûte... De là à six ou sept jours, on ûct le service solennel, avec une oraison funèbre, faicte par le mesme des nostres qui fist celle du roy, non sans larmes des auditeurs. Pour nous, nous ne pouvions faire plus grande perle, pour l'assistance et secours humains, en tous ces quartiers '. »
La peste ayant exercé ses ravages durant toute l'année 1611 et partie de 1612, M. de Harlay-Sancy fit retirer les Pères en un quartier de son logis c l'espace quasi de trois mois, jusqu'à ce que le voisinage fat nettoyé d'infection. Nonobstant la contagion, les Pères n'ont pas laissé d'avoir toujours quelques communiants en leur église, et de faire quelque briefve exhortation, tant en la mesme esglise qu'estant retirez chez M. l'ambassadeur, ayant introduit un sermon tous les ans en sa chapelle ; et tant qu'ils demeurèrent au loçts de France, les enfants des principaux de Fera y venoient, du gré de M. l'ambassadeur, y prendre leurs leçons. La procession du saint-sacrement eut lieu autour de l'église -... Â la même époque, les marchands et mariniers françois ont aussi commencé une congrégation, sous le nom de Notre-Dame de Bon-Voyage, venants, tandis qu'ils se retrouvent icy, dire les heures de N.-D. en la chapelle que M. de Salignac fit peindre et orner. > M. l'ambassadeur voulut en être, et son exemple y attira les plus considérables d'entre les chrétiens (Estât des missions de Grèce, 41).
L'épidémie dont il vient d'être- parlé enleva « le P. Charles Gobin ^, le Frère Claude, elle faillit emporter le P. de Canillac, supérieuret, leP. Antoine Frégate,qu'on dut transportera Ghio,
' Carayon, lof.. lawl.
■ Carayon, loc. laud. p. 65.
1 Carayon, loc. lawl. 59. La pierre tombale des Jésuites morts de peste porte, à l'an 161£, le Dom du P. Gobin.
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laissaot seulement dans la maison le P. Guillaume Levesque atteint de paralysie. > Les Annales de la Résidence se louent ( du secours plein de charité qu'elle reçut alors des Dominicains et des religieux des deux communautés de St-François : elles ajoutent que c'est à eux que la mission doit sa conservation. >
Au reste, et k la suite des bonnes œuvres accomplies durant la période contagieuse, la mission de St-Benolt avait pu racheter, pour y établir les classes, une maison dépendant jadis du monastère; et l'église avait été « réparée et ajancée. Un chevalier de Malte qui, attendant son rachat, avoit fréquenté la congrégation de Notre-Dame, envoya un très beau tableau de la Conceplion, principale feste de la Congrégation ; et Mgr l'ambassadeur fict faicg un autre tableau pour le grand autel, qui est d'une Ste Trinité sur le haut, et, au-dessous, un St Louys, royalement vestu, et le bienheureux P. Ignace, avec un Jésus en main, qui accompagnent le tabernacle posé au milieu. Les armes du roy sont du costé de St Louys, et celles de Mgr l'ambassadeur du costé du bienheureux Père '. > On voit encore, à la Mission (des Lazaristes), un ancien tableau représentant St Ignace en cbasuble,ettenant, dans sa main droite, un livre ouvert snr lequel on lit k droite : Ad majorem Det glortam, et sur la page de gauche : Constitutiones Societatis Jesu. >
La mort de Henri IV, et celle de son ambassadeur, M. de Salignac, modifièrent singulièrement la situation desPères Jésuites à CP. Le baile de Venise qui déjà s'était montré hostile à leur rétablissement à CP. c sachant les Pères brouillés avec la République depuis 1605, recommença ses menées contre eux, et ne cessa de les faire persécuter et de chercher à obtenir leur expulsion de Turquie. Pour cacher son jeu, il enveloppa dans leur cause le P. de St-Gal, ou Sangalto, Vicaire patriarcal, vénitien et franciscain, qu'il se flattait d'ailleurs de tirer d'affaire. Celui-ci et tous les Pères Jésuites furent mis au cachot à CP.
Le sultan, d'ailleurs, était fort irrité de ce que < l'ambassadeur de l'empereur était entré dans Constantinople tambour
' CarayoQ, lo~.. laud. 64-68.
battant et enseignes déployées '... Le bruit couroit qa'il y avoit beaucoup - de milliers déguisés venus avec ]ai, et sont à Constantinople et en Galata, en habits de juifs et de grecs, qu'il y avoit quantité d'armes dans les églises et dans les maisons des ambassadeurs ; qu'on vouloit sooblever les grecs ; que les cosaques ëktient de la partie. II en résulta l'ordre à chacun de porter sou babit selon sa nation, et defTense de porter chapeau qu'aux françois, et aux françois d'habits de grecs. On fit une recherche partout et un rôle de tons les chrestiene. Le grand seigneur commanda, pour avoir plus tôt fait, de tuer tous les françois, sans en excepter aucun... L'ambassadeur étant allé au Bâcha solliciter pour les Pères Jésuites, le grand seigneur Qt intercepter la circulation entre Constantinople et Galata; l'ambassadeur, au retour, ne put continuer sa route ; et, pendant qu'il était allé chez le mufti, ceux qui l'accompagnaient faillirent être massacrés ; en&n, le bascha envoya un ordre écrit de sa main et l'un des siens pour accompagner l'ambassadeur, faire passer tout son train à Galata, et le conduire à son logis ; cette même nuit, et sur une fausse alerte, les turcs se soulèvent, an nombre d'un millier d'hommes, avec les intentions les plus sinistres ; les Pères Jésuites i (tirent prins. Il n'y avoit celuy qui ne dèsespër&t de leur vie ; aussi, un bon père cordelier, vicaire patriarcal, qui fut pris avec eux, et mis en la mesme prison,
■ Caravon, 87. lettre de M. de Moranvilliers, du 27 janvier 1617. Tl est question ici de Czernim qui Ht san entrée à CP. en juin 1616, précédé dans aon cortège « do cinq trompettes et de tambours, et d'un enseigne portant QD étendard représentant d'un côté le Christ sur la croix, et de l'autre, l'afgle d'Autriche. . (Hammer, VIII, 227.)
* Hammer r&pporte à ce sujet (VIII, 238). une ancienne tradition, d'aprto laquelle « l'empire serait en danger de perte, lorsque J'étendart de la croix flotterait dans CP. > Tous les habitants et le sultan lui-même prirent l'alarme : les bruits les plus contradictoires circulèrent dans la ville : Les églises, les cloîtres et tes maisonn des chrétiens regorgeaient d'armes, disaiton, et les Grecs devaient s'en servir pour secouer le joug. Les cosaques étaient sur le point d'envahir de nouveau les oâtes de la mer Noire et de pénétrer dans le canal de Cf. Enfin, disait-on, les Jésuites avaient l'intentîon fie s'emparer de la ville, (/ambassadeur impérial, Czernim, fut gardé A vue; toutes les maisons chrétiennes furent visitées, le vicaire général des Franciscains fut jeté à la mer, et quatre Jésuites furent emprisonnés aux Sept-Tours ; le sultan lui-même fit des rondes pendant la nuit, accompagné de ses (5ardes. Cependant lorsque l'on reconnut^ fausseté de ces bruits, on rendit la liberté à Czernim, le 4 septembre, et on lui promit une satisftictioD, qu'il n'obtint jamais. >
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ftit &it mourir, trois jonrs après, en présence du grand seigneur qui fut à cheval, tout le long de la nuit, à Constantinople. Les Jésuites furent seuls pris avec le vicaire patriarcal ; on n'alla pas aux autres églises, et si passe-t-on tout auprès en les menant, et puis, on se demande si c'est Yéglise que demandent les Vénitiens '. >
Les Jésuites reconnus innocents furent mis en liberté, pendant que le P. Sangallo Ait étranglé dans sa prison. In-ité de ce résnltatile baîle les ât remettre en prison. M. de Sancy, alors ambassadeur de France, depuis évëque de St-Malo, épousant leur cause, comme celle de l'Église et de la Nation, les délivra de nouveau ; mais on agit de telle sorte que le caïmacam décida que des six missionnaires emprisonnés aux Dardanelles, quatre seraient embarques, et deux seulement resteraient auprès de l'ambassadeur. » Bientôt, la trêve intervenue entre la Porte et l'empereur Mathias, stipula que < les Jésuites auraient le libre exercice de leur ministère dans tout l'empire ottoman. ' »
c La vraie raison des persécutions excitées à CP. contre les Jésuites à cette époque, à l'instigation des Vénitiens, se trouve dans la haine de la République de Yenise envers la Compagnie, haine qui suscita la première et la plus acharnée des persécutions qu'elle ait subies. Les Pères avaient découvert et signalé les menées de fra Paolo Sarpi, qui voulait protestantiser Venise, n commença par brouiller Rome avec Venise, St-Pierre avec St-Marc, pour une question d'immunité ecclésiastique. Paul V excommunia la République. Les Jésuites prirent le parti du Pape : oo confisqua tous leurs biens, on en mit quelques-una en prison, tous les autres furent expulsés du territoire. Les Capucins, les Minimes et les Thëatins eurent le même sort. Le Pape se réconcilia avec la Sërénissime Seigneurie, mais la haine contre les Jésaites était si grande que le décret d'exil porté contre eux ne fut rapporté qu'après cinquante ans. Pendant toute la durée de cette lutte la République ponrsuivit les Jésuites dans tous les pays, par le moyen de ses ambassadeurs. C'est donc à cela, en dernière analyse, qu'il faut attribuer les
' Carayon. lue. laul. 87-89. [^ttre de M, de Moranvillîera, docteur da Sorbonne, daté du 27 janvier 1617.
> Annale* de la Rétideiice, et aussi Hstat des miteions de Grèce, p. 44.
difficultés suscitées par le balle des Vénitiens à CP. à cette époque. Après comme avant, nous voyons au contraire les représentants de la S. Seigneurie donner aux Jésuites des marques constantes de leurliienveillance'. >
Toutes sortes de calomnies avaient été répandues contre les Pères ; t malgré cela, l'ambassadeur parvient, au prix de grands sacrifices, à les tirer du péril où ils se trouvent ; leurs malveillants sollicitent au moins leur expulsion ; mais l'ambassadeur obtient uu fîrman déclarant leur innocence ; donnant permission à deux d'entre eux de retourner pour le présent, et permettant qu'à l'advenir il puisse en venir d'autres de France-. »
Sous le règne de sultan Murad IV (1623-1640), il se produisit diverses circonstances qui, pour le moment, du moins, vinrent troubler cette situation : dès leur arrivée, les Jésuites s'étaient ménagé des intelligences avec le haut clergé arménien ; ils avaient aussi prêché k réunion des deux rits grec et latin ; des conversions avaient eu lieu ■'', le patriarche grec < leur auroit manifesté le désir d'estre uni avec l'Église latine * ; et il invita les Pères à assister, dans son église, à la fête de l'Epiphanie, où il concélébra avec le patriarche d'Alexandrie. » Mais ce Patriarche fut remplacé, le 9 nov. 1622 par Cyrille Lucaris.
Celui-ci raconte lui-même dans les Lettres qui lui sont attribuées, les noirs complots ourdis par les Jésuites contre l'auteur des Lettres^, et la correspondance entretenue par celui-ci avec les représentants d'Angleterre et de Hollande, l'archevêque de Cantorbéry, les t très-grands et magnifiques seigneurs, sénateurs, docteurs, ministres, etc., de la république de Genève ^. >
* Note du R- P. Samut, S. J. recteur du collège de Sle-Pulchérie.
» Hammer. loc. laud. VIII, 106.
' Carayon, ioff. laud. 62.
* P. 204. Voir aussi le'rapport du baile vénitien, cité parHammer.VIII,344. s On a vu, par les jodrnaux de Turquie, dans la première moitïi! lie 1870,
l'accueil fait par le patriarche grec à un archevêque de son rit, revenant de Londres, et lui transmettant les sentiments favorables du clergé anglican pour une union avec l'Église grecque. Antérieurement, le patriarche grec avait autorisé, [lar mandement, l'Inhuniation, au besoin, des anglicans dans les ciroetiéreB orthodoxes. (Impartinl du 28 février 1870.) Dans le courant d'avril 1874; uns dépulation, composée de quatre Vieux-Catholiques, est venue présenter au patriarche grec de CP. une lettre de Dollinger, l'invitant
Pais, seloD le rapport de Hammer ', t Harlay, excité par les Jésiiites,provoqua la déposition du patriarche Cyrille, qu'on accusait, non sans quelque raison, d'être calviniste. » Déposé le 1" avril 1 623, les grecs offrirent 50,000 écus pour qu'on leur rendit leur patriarche ; l'ambassadeur de France appuj'a les prétentions des Jésuites, cettx d'Angleterre et de Venise les demandes des Grecs ''sde part et d'autre, les passions étaient surexcitées ; et l'on ne peut s'empêcher de penser que l'hostilité jnanifestée contre les Pères avait pour principal mobile des rivalités essentiellement politiques, venant en aide aux dissentiments religieux; — les rapports vénitiens, et les actes du baile Nani, < homme distingué, dit Hammer, mais adversaire ardent des Jésuites, > semblent établir ce fait ^,
Cyrille Lucaris*, qui avait déjà administré le siège de CP, pendant denx années, ambitionnait encore la dignité patriarcale, il fit un accord avec le résident hollandais, par lequel celui-ci devait lui fournir les moyens pécuniaires de parvenir à ses ans ; en retour, il promettait, en cas de succès, d'envoyer en Hollande un certain nombre de jeunes gens pour y être instruits dans le Calvinisme. On fit venir de la Hollande des caractères avec lesquels on imprima le catéchisme de
à envoyer au congrès qui devait se tenir à [Jonn trois docteurs en théologie, alîn de discuter l'union des dilTerentes églises protestantes et grecquesorientales. l'Eglise de CP, étant reconnue par les Vieui-Catholiques comme ayant conservé le véritable dépdt de la Foi 1 invitation parait avoir été acceptés. (Leeartt-Hi'rali.) Le Slamhiid du 21i octobre 1875 contient une lettre d'un anglais qui s'est fait ordonner prêtre de l'Eglise orthodoxe, et qui a Tonde une église orientale à Car JilT en \ngletcrre.
■ to<;. tawK VIII. 344.
» Hammer. VIII, 345.
« Hammer, VIII, 220, année 1G1G ; 221-323 ; X, 31. Les Vénitiens étaient alliés de la France, mais adversaires déclarés de la Compagnie, depuis son expulsion du territoire de la République, en 1600. (Carayon, loc. tawL, 93.)
* Cyrille Lucaris fut élevé au siège patriarcal de CP. le 5 novembre 1622 ; déposé, en 1624, par les évèques réunis en concile, scandalisés de sa doctrine protestante sur l'Eucharistie, il fut réintégré par les soins du Ministre de Hollande, en lG2â ; chassé et exilé en 1G31, il remonta pour la troisième fois sur son siège en 1635 ; chassé do nouveau au bout de quatorze mois, Il en reprit possession pour la quatrième fois en 1G3G; l'année suivante il fut exilé A Rhodes ; en 1637, il parvint â. se faire replacer pour la cinquième fois sur le siège de CP. ; mais cette fois encore, à cause de -ses doctrines ca!vinistes.il fut de nouveau déposé en 1638,exilé sur les bords du Ponl^Kuxia : il fui étranglé eu route et enterré en terre \ rofane.
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Calvin, traduit en grec. Informé de ces fuits, M. de Césy en instruisit le grand vizir et le mufti ; l'imprimerie fut saisie et transportée chez le Caïmacara.
t Les ambassadeurs protestants, appuyés, dit-on, par le représentant de Venise, se mirent en mouvement, et les Pères Jésuites ayant été accusés d'être les auteurs de cette confiscation, furent envoyés sous bonne escorte à Chio ; mais Césy obtint leuc rappel et de plus, assisté du mufti, un firman (juillet 1637) enjoignant à tous les ofliciers de les laisser occuper paisiblement leur église de St-Benoît, autant qu'ils voudraient, pourvu qu'ils fussent Français et non d'une autre nation. >
En 1628, de nouvelles tentatives ayant été faîtes pour la réunion des deux églises, des désordres se reproduisirent : les jésuites reçurent l'ordre de quitter Constautinople et de s'embarquer immédiatement; et quels qu'eussent été les efforts de Philippe de Harlay, ils auraient été expulsés'.
En effet c au mois de juin 1628, le Woivode de Galata, par ordre du Vizir, se saisit des Jésuites, et non seulement de leurs personnes, mais aussi de tous leurs ornements, livres et escriptures, qu'il trouva dans leur couvent de St-Benoit; et ensuite les mena au caïmacan de CP. Regeb-pacha ; Mr. l'ambassadeur, comte de Gézy, voulant défendre les RR. PP. de l'avanie qu'on leur avait faite, afin que le Grand-Seigneur les fit chasser de CP., y passa pour aller trouver le caïmacan et lui faire entendre raison : la négociation fut longue et coûU, en cadeaux , 1905 piastres, t On lit plus loin dans les mêmes archives : i le comte de Césy s'était retiré h. cette époque à Buiukdéré, à cause de la peste, et le P. Martin (mort de peste en 1662) etle P. d'Autruy Jésuites, avec lui, qui n'avaient point été pris, ni chas.sés par le grand vizir, comme avaient été tous leurs autres Pères et Frères, logés dans la maison de St-Benoit, dès le mois de février, pour une certaine avanie qui leur fut faite à l'occasion des Hollandais. Le dit Sieur ambassadeur ayant obtenu avec une dépense de 9000 piastres et plus, permission de rétablir les dits Pères Jésuites à St-Benoit, ils y retournèrent le 14 juillet 1628. > Toutefois, les instructions de Louis XIU à son ambassadeur, Marcbeville, envoyé en Levant en 1631, sem-
' Hammer, lor. laii L, IX, 112.
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blent attester qae l'expulsion n'eut pas lieu complètement : « H (l'ambassadeur) maiiitiendra,di8ent-elle3, les religieux en la possession de leurs établissements... il n'y en a point parmi eux qui ayent souffert plus souvent que les pères jésuites, lesquels ont encore, depuis un an, esté menacés d'estre bannis de Conatantinople, et n'cjnt échappé à cela que par la dextérité et diligence du comte de Gésy '. >
En 1634, la mission comptait seulement quatre Pères et deux Frères, et à la suite du retour de Syrie du Capitan-pacha, oà il avait été soumettre ie < prince de Séyde, > et qui avait fait esclaves plusieurs français et cinq Capucins ; l'ambassadeur s'employa activement de leur délivrance. Au même temps le Bostandji-bachi et le cadileskier parcoururent la ville, accompagnés de scribes, fouillant les maisons, en pillant quelquesunes : ils firent de même chez les religieux, et les mêmes perquisitions earent lieu à St-Benoit, dans la maison, l'ofHce, l'église et la sacristie'.
< L'année suivante, le 24 janvier, > toutes les églises latines furent mises sous scellé, et le lendemain, à une heure et demie, un notaire vint mettre le sceau à l'église des Pères Jésuites... Les maisons des marchands européens furent l'objet de perquisitions, leurs armes de toute sorte furent saisies et transportées au sérail là oCi l'on déposait les trophées pris sur les ennemis en campagne. >
« Les églises restaient fermées, et comme on ne pouvait compter sur le crédit des représentants étrangers pour les faire rouvrir, les habitants de Galata agirent directement en s' appuyant sur les capitulations accordées lorsqu'ils s'étaient rcndtis librement à sultan Mehemmed II.Après un don de 4000 piastres, remis en secret, ces églises furent rouvertes le 36 janvier, ee qu'on n'espérait pas, car on savait qu'un des maures-'*
' Carayon, lor. laud.. 168. C'est vers cette période, aous le régne de Murad IV, que fut perdue, à Constantinople, l'êgliae St->'icoliis, protégée par la France ; ces circonstancea ne furent peut-Atre pas étrangères à cet événement; Sle-Marie de Conslantinople, bous protertion Bi'nitiennc, fut perdue aussi, quelques années après, sous !e régne du même prince.
' .archives de l'ambassade de France.
' Du Verdier, loc. laud. I, 3.19, rapporte que x les maures de Grenade m réfueiérenl en Turquie, et principalement à Péra, où ils furent si bien accueillis que l'un d'eux fut fait Ca-ly de la ville, ce qui releva le courage des
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appelés ici Orenatois, (parce qu'ils viennent du royaume de Grenade), avait promis 20,000 piastres si on lui promettait de faire de l'éirlise de St-François une mosquée. On craignait la même chose pour l'église des Jésuites, dédiée à la Ste Vierge et à St Benoit. Le procureur de celle-ci fut menacé de la pendaison s'il ne produisait pas le firmaii autorisant la bâtisse d'une certaine galerie. Ce document ayant été exhibé, il fut délivré. »
< Grâce au zèle de J. B. Salvaio ', drogman de Venise, l'égiise de St-Benoit fut la première rouverte ; ce dernier ayant été cette année, fait prieur, selon l'usage, afin qu'il s'employât au soin et à la régie de toutes les églises de Galata : il mit en gage tous les bijouz et joyaux de sa femme pour payer la somme demandée par le capitan-pacha, pour la restitution de ces églises ; ensuite cette somme ne pouvant se rendre, les Messieurs de Galata jugèrent à propos de vendre quelques matsorts dont le revenu était employé à la réparation des églises. C'est à cette occasion qu'une des maisons de St-Benoit fut vendue, ainsi que toute l'argenterie des églises,- la République de Venise donna 1,000 piastres ". »
Malgré tous ces troubles, les Pères ne continuaient pas moins les exercices de la mission, leurs prédications en grec, en italien et en français, le catéchisme sur les navires, l'école, etc.
Dans cette même année 1635, l'ordinaire permit l'accomplissement du devoir pascal dans St-Benoit^ ; mais par décrets de 1647 et 4651, la S, Congrégation interdit aux Jésuites de s'ingérer dans l'exercice des fonctions curiales, sauf permission de l'ordinaire et des curés compétents.
En 1637, année de la mort de leur ancien adversaire, le patriarche Cyrille, le siège patriarcal fut occupé par Carfila, ou
autres ; ils entreprirent de chasser les juifs de ce lieu-!à et de mettre à bas toutes les Synagogues... Grâce au Cad v,ils exécutèrent leur entreprise ; ils eussent agi da même envers les chrétiens, ai M. do Sancy, ambassadeur de France, par son crédit auprès du grand vizir, qu'il rendit leur protecteur, en menaçant de les faire périr eux-mâmes s'ils attentaient encore quelque chose contre eux, en quelque façon que ce fut. »
' V. St Paul, le texte d'une inscription tombale portant ce même nom.
' Annalei de la Résidence, etc.
' Cette faculté existe encore aujourd'hui, mais seulement pour les personnes habitant l'encloB St-Benoit ; pour celles-ci, cette église est regardée comme paroisse.
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mieux Cyrille de Berée, au contraire, protecteur déclaré des jésuites'.
En décembre 1640, l'allocatiou annuelle attribuée par la Comunità à St-Benoit, fut réduite, à raison de la diminution des ressources, à 6,000 aspres -.
En 1653, les revenus annuels de cette église étant de 26,000 aspres par an, sur lesquell^ on ne loi en allouait que 8,000, le supérieur demanda que ce cbiffre fût porté an double, à partir de ladite année, à titre de frais de nourriture et de vêtement des pères, de cire et d'huile pour l'église; cette demande fut agréée; pui3,toute allocation fut retirée durant trois années^. (Les biens de l'église étalent alors administrés par des procureurs nommés par la Comunità qui en retenaient, comme on voit, la plus grande partie.)
Le patriarcbe d'Antioche, déjà cité, nous donne, de St-Beuoit, Ja description suivante : « Proni this ve passed by to a very large church, wicb was one of tbe most magnificënt churches belunging to the orthodox religion, in tbe grecian empire, and is a présent in the bands of Frank jesuits. It is very ancient and lofty and is paincted ail over, in mosaic,- with the festival of our Lord, explalned in greek characters. Tbe belfry (beffroi) la high, and of ancient structure^, t
Le 16avrill660, toutes leséglises latines de Galata, St-François, Ste- Anne, St-Sébastien, Ste-Marie, St-George8,et St-Pierrc, devinrent la proie des flammes; St-Benoit seul, d'après les archives des Capucins, échappa au feu ; mais, dans le tumulte, cette église fut pillée. La Confrérie de Ste-Anne s'y établit provisoirement ; elle y fit comme d'usage, la procession de Pâques, deux heures avant le jour ; a: on porte à cette procession, disent les Annales, une résurrection avec beaucoup de bannières et de torches.... la messe se chante ensuite, i
Selon une version de l'incendie, rapportée dans Annales de
' Hammer. IX, 30G. d'apris Kycaut et Sagredo.
> Aqlctuf. Cf. no» EagaU lar VhUtoire dconomigue de la Targuie, p. 31 et suiv,
" Carayon, loe. laud., 97-103.
» The TraceU of Maeariiig pniriarch of Antlorhe. London, 183G, p. 27. Traduit de l'arabe par le fils de l'autear, l'archidiacre Paul, et publié aux frai» du Comilé de» Iraduetiom. Cette description se rapproche beaucoup de celte du P. de CaDiltac, rapportée plus haut.
la résidence, t tout fut brûlé, > (peut-être toute l'habitation de» Pères) ; une autre relation qui vient immédiatement après celleci, dit au contraire que i l'égliseavec les deux galeries latérales, ainsi que la chapelle de N.-D-, la sacristie et ses dépendances, échappèrent au feu ; sauf quelques dégâts s' élevant à une valeur de plus de 500 piastres ; et que cinq ou six petites maisons appartenant à la mission furent brûlées. * Cette version concordant seule avec les témoignages rapportés ailleurs parait plus véridique. Plus loin on lit encore daus les mêmes Annales, ' d'après un manuscrit de 1663 : « Notre église à présent est la seule du rite latin les six autres ayant été brûlées dans l'inceodie de 1660. Aussi reçoit-elle un grand concours de lidèles.i
St-Benoit se trouvant ainsi la seule église latine laissée debout, c'est là que Mgr Ridolfi, après sa nomination comme suffra^ant de CP., prit possession de son autorité ; c'est peut-être aussi pour ce motif que les Jésuites, par l'entremise de M. de Roboly, chargé d'affaires de France, sollicitèrent, en 1663, l'érection de leur église en paroisse. Cette demande ne fut pas agréée. Toutefois c'est probablement pour la même raiso» qu'en 166Î, à la demande de la Comunilà, la fête de St Benoit fut déclarée fête de précepte, par ce suffragant patriarcal, Mgr Ridolfi.
Il était question alors, en 1662, disent encore les Annales, d'établir une école pour les Grecs k CP., près du patriarcat grec : la maison où elle devait être établie se trouvait, en même temps proche du résident de l'empereur, (habitant à Balata, comme on l'a vu) dans la chapelle duquel on aurait pu aller tous les jours dire la messe ou chez le résident de Raguse, qui n'est pas éloigné du patriarcat.
Pour l'année 1664, le P. Sauger fait, comme suit, le rapport des travaux de la mission : « Tous les dimanches de l'avent et du caresme, on a preschè en françois; nous faisons le catéchisme aux marins, à nos barques et vaisseaux allant et venant en France; nous allons tous les dimanches au grand bagne du grand seigneur qui renferme deux mille esclaves de toutes nations, et particulièrement des françois'. Nous y allons prescher, .
' l.ep esdaveR sont l'objet de stipulations parliculiéres dans les capitulations françaises de 1535, 1559, 1581, 1604, 1«T3, ViO. (Voyez nos CapUtdatii;/i« rt rrniti'f de la Francien Orient.)
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Goofessser et chanter la grande messe'. Nous avons de plus pour mission les Sept-Tours-, qui est la prison des gentilshommes, capitaines et chevaliers de Malte, pris par les turcgs. Nous avons aussi l'école, composée non-seulement de petits françois, mais encore de plusieurs petits grec», de l'un et de l'autre rit ; nous avons un très grand nombre de grecs frans, c'est-à-dire du rit romain, que nous instruisons, confessons, et à qui nous ■ser\'on3 comme de curez, pour n'y avoir point d'autre église que la nôtre. Nous avons plusieurs grecs qui ont bien plus de contiance en nous qu'en leurs papas ; leurs femmes ne manquent pas de venir se confesser à nous, pour évister l'avarice de leurs papas, ù qui il faut donner une somme d'argent toutes les fois. Je fais la doctrine chrestienne en grec vulgaire, à tous ces petits grecs et aux petits escholiers qui y veulent assister. Tous les vendredis de carême, nous faisons les exhortations en grec ; notre R. P. supérieur apreud le grec littéral à plusiei4,r3 papa-s, dans les écoles desquels nous pouvons aller faire le catéchisme tous les jours, si nous le voulons, et je ne perds pas l'espoir de prêcher, l'un de ces jours, dans quelque grande paroisse de ce pays. Des prédications en langue italienne avaient également lieu presque tous les dimanches. > Tant de zèle, couronné d'un pareil succès, devait soulever encore quelques orages; aussi, le 15 février IGGi, l'habitation des pères fut-elle envahie de nouveau par les turcs, qui saisirent l'un d'eux et le conduisirent chez le cadi ; il fut bientôt reiachô et l'affaire en resta là^, » Pour mettre fin à ces traca.sserics, .M. de Nointel fit insérer, dans les capitulations de l(î73, l'article 35, ainsi conçu : t On n'inquiétera pas les deux ordres de religieux français, à savoir ies jésuites et les capucins, sur les églises qu'ils tiennent en Galata depuis longtemps, ni sur toutes les autres choses qu'ils ont en leur possession*. »
I Carayon, 243-232.
' Les l'èras Jégiiites ayant été accusés d'avoir facilité l'évasion du commandeur de Hcaujean, emprisonné aux S«pt-Toura, par l'escadre royale qui avait amené M. de Nointel ; il leur fut interdit de servir dorénavant cette mission ; mais comme il se trouvait là quelques AUamands, depuis la troisième guerre de Hongrie, le résident de l'empereur obtint quelque teinps après, qu'un Père de St François irait y dire la messe aux principales fêtes.
' Carayon. foc. lau-I., 103. — ' Cf. Hammer, XT, SU. Cette même disposition a étâ reproduite dans les capitulations de 1740.
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En 1666, sous la supériorité du P. Nicolas Vabois', il s'éleva, disent les Annales, des difficultés avec les Messieurs de Péra ; ceux-ci croyant avoir droit sur l'église de St-Benoit et les biens qui y sont attachés, et cela en vertu de leurs capitulations avec les Turcs, et que les Pères en conséquence sont leurs chapelains ou vicaires. L'évèque de Calamine, Vicaire apostolique, [MgrRidolfi, 1662-1677), lit porterie procèsà la S. Congrégation qui, après plusieurs années de discussion, condamna les Messieurs de Pêra "•. »
St-François n'étant point encore rebâti la procession de la Fête-Dieu eut lieu le 5 juin 1669, à St-Benoit ; le P. Vignau était alors supérieur. M. de la Haye, ambassadeur de France, assista ofTicielIement à la cérémonie. M. de Nointel, assista également, le 31 juillet, 1671, dans la même église, à la messe solennelle célébrée pour la St Ignace, par le Vicaire patriarcal, suffragant, II y vint aussi le jour do St Louis, quoiqu'il fût en campagne, pour assister, avec la Nation, à l'Exaudiat chanté pour le roi.
Les Annales rappellent également que les Jésuites prêchèrent le jubilé de 1670, c chez eux et au bagne ; et qu'ils allèrent prêcher le carême dans l'église grecque de S. Dimitry, à nne demi-lieue d'ici »
En vue sans doute de faciliter dans leurs relations locales, l'exercice de leur ministère, les Jésuites avaient adopté le costume du pays, mais la S. Congrégation de la Propagande leur prescrivit, le 5 décembre 1673, d'atiandonner le Coîpaq, et de le remplacer par le chapeau ecclésiastique ; un peu plus tard, le 3 décembre 1674, il leur fut également enjoint de quitter le férédjé ou bénich et de reprendre le mantello.
En mai 1674, * le roi très chrétien leur conféra le titre de chapelains royaux et consulaires. Ce titre, ou mieux, la qualité de chapelains des Français en Levant, leur fut confirmé par édit de Gateau-Cambrésis, le 17 mai 1675, sans toutefois porter atteinte aux droits anciens des Capucins, comme
' Le P. Vabois fut d'abord supérieur à Smyrne (rapport du P. Boiléve, daté de Smyrne le 24 août 1657), il mourut à CP. en 1686 ; son nom figure sur la pierre affectée aux Pères victimes de la peste. (V. ei-apràs, le St-Esprit).
1 Arcb. de l'ambassade et de la Réaiden>:e de St-Benoit.
chapelains de l'ambassade et des chapelles consulaires. Après de longues discussions, il fut reconnu que ce titre, sans donner aux PP. Jésuites des attributions réelles, avait pour but surtout de leur conférer plus de coosidératioQ dans le pays, et par suite une protection plus assurée'.
Le P. Nicolas de Ste-Geneviève, qui en 1665, fut laissé à CP. par Mgr Ridolfl, en qualité de provicaire, mourut de peste, en 1680, âgé de 84 ans. « L'èvêque latin présida à ses obsèques auxquelles assistèrent les cours des ambassadeurs de France, de l'Empire et de Gennes ; il avait passé plus de vingt-huit ans h CP. et avait dirigé la Congrégation de N.-D., à laquelle les principaux de la Nation se font un honneur d'appartenir ; enfin il avait. rédigé pour les nouveaux missionnaires un Lexicon grec vulgaire, d'un très grand usa^e pour apprendre cette langue". >
Les Annales de laRésidence mentionnentcommeil suit «l'incendie de notre église, et son rétablissement avec une voAte : > c L'année 1686, arriva l'incendie de notre église, lequel fut causé par un cierge que le sacristain avait laissé allumé sur un autel en fermant l'église. Le P. Besnier, par ses relations personnelles avec le mufty, contribua beaucoup à obtenir la reconstruction de cette église, surtout il obtint la permission de la voftter et de la couvrir en plomb,' ce qui est un privilège de mosquée : on dit aussi que ce mufty fit présent au P. Besnier des colonnes de marbre qui font le vestibule de l'église. I
Si l'influence du P. Beroier sur le mufty fut utile pour obtenir l'autorisation de reconstruire l'église de St-Benoit, il fallut cependant l'intervention active de l'ambassadeur, M. de Girardin pour en obtenir le firman. De plus il contribua largement aux dépenses comme l'indique l'inscription ci-après, encore existante, et placée au-dessus de la grand'porte d'entrée de l'église :
• p. Barbieri. li^. laul. Le P. Rocco, dans Utoria 'telle mlààloni lUi Cappucini III, rsô. rapport* presque en entier, la version italienne du ce do-
Ad M.VJOREH DeI OI^RIAM. S. BENEDICn patroni gloriosi pris-
TINUM DECOS ATQUE lUMORT^LEM HONOREM TEMPLUM HOC RESTAU- RATUM FUIT ASNO DnI 1687.
LuDOvra Magni FEUCIBUS AUSPICIIS AC REGIA MONIFIGENTIA.
Sur un des piliers de l'église, il y a un marbre avec une autre inscription, touchant cet incendie. Ce marbre est caché parle tableau deStJoseph,plaeé par le P. Monfort; voici l'inscription:
Petrds Girardinl's, Ludovigi magni ad portam ottomanam
SUPREMi:S ORATOR, GmJJCO NOMINl NON IMPAR, SE QIIIS ESSET TN POSTERUM VEL AU IGNE METUS, DEXTERITATE INSATA, INFRACTOQUE ANIMO, EXPRFSSO AB OSMANIS EDICTO REGIO, INSTAURATOM, ARCUATO OPERE TEMl'LUM HOC STI BEXEDICTI, REGIA LUDOVICI MAONI AU- CTORITATE AC MONIFIGENTIA ^ETERNITATI CONSECRAVIT. ANNO DNI
MDCLxxxvir, LEGATioNis ir.
A cette date les missionnaires Jésuites de CP. étaient an nombre de six.
Neuf ans plus tard, en 1696, St-Benoit fut encore détruit par l'incendie qui embrasa presque tout Galata; il fut relevé, l'année suivante, par la libéralité de la chambre de commerce de Marseille, sous les auspices du Grand Roi, comme le constate cette autre inscription, qu'on lit encore aujourd'hui, sous le porche de l'église, à gauche de la grand'porte d'entrée :
Ad perpetoam Rei memoriam LuDovmt magni nomine rem ga-
THOLICVM OCTAVUM JAM AMXOM APIID OtHOMANOS PROCURANTE PeTHO
Antonio a Castagnere barone a Chateauneuf, parisiensis cubi*:
SENATORE TEMPLUM HOC IMMANI VaSTaTUM INCENDIO QUO TOTA PROPE
UHBS Galata m non. mai. MDCXCVIcoNPLAaRAviTMASsiLiENSiUM
MERGATORIJM MONIFIGENTIA ' ANNO PROXIME SEQUENTI INSTAUHATDM EST AD MAT, DeI GLORIAM.
I « Messieurs de la chambre royale ilu commerce de Marseille • avaient fait égaloment rebâtir, en l&tô, l'église de St-Louis, à ^myrne. (Carayon, loc.
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Le Père Braconnier, témoin oculaire, fait sur ce troisième Incendie de St-Beuolt, le rapport suivant, {Annales de la Résidence.) t Dans la nuit du 4 au 5 ma! 1696, le feu ayant pris sur les onze heures du soir, dans une boutique du faubourg de Top-hana, les boutiques voisines forent bientdt entièrement consumées, et la flamme poussée par le vent, passa par dessus la muraille de Galata : nous n'hésitâmes pas k prendre les mesures accoutumées, et nous nous h&tames de mettre eu aflretè tout ce qui paraissait le mériter davantage. Notre premier soin fut de porter le Saint Sacrement et tous nos vases sacrés dans l'un des deux petits souterrains sous notre église ; nous continuâmes toute la nuit à y transporter nos papiers les plus nécessaires, nos ornements, etc. Sur les huit heures du matin le feu ne paraissait pas devoir s'éloigner du rivage de ta mer ; mais tout k coup, le vent ayant tourné à Test, le fou s'étendit de notre côté. A peine nous resta-t-il le temps de sauver les livres de la bibliothèque en les descendant par les fenêtres dans notre grand jardin j sur les dix heures du matin, nous étions entourés par les flammes : une heure après nous étions sans maison et presque sans église. L'ardeur du feu était si grande que nos livres exposés dans le jardin s'enflammaient, sans 'que nous vissions tomber sur eux aucune flammèche !
( On fait état qu'il y eut 6 à 'Î'OOO maisons ou boutiques consumées par le feu : puis le vent ayant tourné vers le nord, les flammes furent rejetées vers la mer, où elles allèrent s'éteindre après avoir dévoré les deux tiers de Galata. Galata n'avait que deux petites portes du côté de Péra, où tons les fuyards s'entassaient pour échapper au feu.
< Pour nous, nous flmes tous nos efforts pour sauver les restes de la chapelle de N.-D., qui sert d'aile droite à notre église; nous fûmes assez heureux pour en conserver une partie, ce qui nous a donné moyen de pouvoir ouvrir et fermer notre église de ce côté-là, la porte de communication qu'a cette chapelle avec le chœur de l'église n'ayant pu brûler parce qu'elle est en fer. Sans cela nous n'aurions pu que difficilement continuer à desservir notre église, comme nous avons fait, par la grâce de Dieu, depuis ce temps-là. Nous y dimes la messe dès le lendemain de l'incendie qui était un dimanche, après avoir muré
nous-mêmes la grande porte, d'une muraille sèche... et nous avons coQtinué depuis à dire la messe, en nous retirant pendant la nuit dans les deux petits réduits routés qui sont sous l'église. >
c Pour convaincre tout le monde que notre église est encore en état, nous y avons fait les fonctions du carême, c'està-dire, qu'après avoir fait faire une chaire et des bancs, par un menuisier français, et avoir fermé les fenêtres avec de grands rideaux en attendant que nous puissions le faire autrement, nous y avons prêché et donné la bénédiction du St Sacrement aux jours ordinaires ; on peut même dire que le concours a été plus grand que de coutume, chacun se faisant un point de religion de concourir à la conservatioQ d'une église qui est la seule qui reste de l'antiquité, la première que les Français ont eue en Turquie, la plus belle qu'ils aient actuellement à CP-, église que la protection de nos rois a tant de fois conservée au culte... >
( Enfin un firman fut rendu.à la fin deChaban, 1108=1697, adressé à Ibrahim-pacha, caïmacam de CF., lui ordonnant de laisser rebâtir notre église dans les proportions indiquées par ledit firman. Malgré de nombreuses avanies l'église fut rebtitie en moins de deux mois, et le Caïmacam, avec les principaux officiers de la ville de Galata, vinrent faire la visite de notre nouvel édifice selon les termes du firman.»
Cette église nouvelle eut de beaux jours et les Pères qui la desservaient travaillèrent énergiquement au bien, surtout à la conversion des Arméniens schismatiques. Le Père Tarillon' donne, de St^Benolt, dans son rapport de l'année 1713, la description suivante, qui parait devoir se rapporter à la reconstruction de cette église, en 1696. t Notre église, dit ce Père, passe pour la plus belle de toutes les églises chrétiennes de la Turquie; les colonnes qui soutiennent son vestibule, la balustrade qui le termine, et qui règne le long de l'escalier y conduisant, sont en marbre blanc; le corps de l'église est voûté, avec la coupole et la couverture en plomb ; c'est le privilège des seules -mosquées; la nef est décorée par les sépultures de plusieurs ambtasadeurs de France et celle de la jeune princesse
1 CAotj; dct Lettre» idlfianttê. Paria, 1809; V. p. S5.
Tékéli ; celle de la princesse Bagotzki, sa mère, est dans une chapelle voisine... Nous exerçons tontes les fonctions du culte catholique, avec une liberté aussi entière que si nous étions au milieu des Tilles les plus chrétiennes ; une multitude de fidèles des trois rites franc, grec et arménien, y assistent »uccessivement; les pt^dications s'y font en turc, en italien et en français ; les catéchismes en grec et en turc. Les hommes occupent la nef ; les femmes sont dans une tribune séparée et entourée de hautes jalousies ; le Père Portier, supérieur de notre mission, a établi, pour chaque lundi, deux instructions en turc, l'une le matin, pour les marabets, ou vierges arméniennes, consacrées à Dieu, et qui mènent, chez leurs parents, une vie fort retirée et pénitente ; l'autre en forme de conférence, pour les jeunes diacres et sous-diacres arméniens, destinés à devenir, plus tard, prêtres, ou cartabieOs. »
II ajoute aussi dans un mémoire adressé au comte de Ponchartrain, secrétaire d'État, le 4 mars 1714 : < Comme les Allemands n'ont point d'église à CP., c'est encore dans la nôtre qu'ils font toutes leurs grandes cérémonies, mais toujours avec la permission expresse des ambassadeurs français. Le comte de Caprera, un de leurs ambassadeurs, y est inhumé, et j'y ai vu faire pendant plusieurs jours les obsèques des derniers empereurs. »
Vers 1703, les Jésuites obtinrent, du patriarche arménien, la permission de prêcher, en langue turque, dans les églises de sa nation ; « mais le successeur de ce patriarche, moins favorable que le premier, ayant été enlevé par M. de Ferriol et transporté en France, une persécution s'ensuivit; l'arrestation de tous les Arméniens catholiques fut ordonnée ; bon nombre d'entre eux furent envoyés au bagne ou aux galères, plusieurs fiirent condamnés à mort, et le vartabied Comidas devint le martyr de sa f oi ' . »
Les historiens turcs ont parlé aussi du mouvement produit parmi les Arméniens et les Grecs, par suite des prédications des
1 Cf. Hammer, XIII, 85, 185 et suiv. Lor» de la pereéculion contre lea arméniens-catholiques, en 18!8, ceuX'Ci trouvèrent une assistance non moins efficace que dans le passé, auprâs des prâtres lazaristes ; le supérieur d'alors aurait, m'asBure-t-on, fait vendre les vases sacrés de iit-Benolt, pour venir en aide aux malheureuses familtes exilées,
Jésuites. Rachid rapporte', sous la date 1138=1725, que sur les plaintes des raïas, t dont la paix avait été troublée par les religieux francs, défense fut faite à ceux-ci de circuler dans l'empire, et de résider ailleurs que dans les endroits où se trouveraient des consuls, suivant les capitulations. >
On lit aussi dans le Choix des Lettres éditlantes etc ? t que les missionnaires seront chassés de tous les endroita où il n'y aurait pas de consul de nation française, i Cet ordre fut expédié sous l'ambassade du vicomte d'Andrezel, qui, par ses démarches, en fit suspendre l'exécution.
Les Jésuites avaient fondé une imprimerie à Constantinople ; et l'un d'eux.le P. Kruzinski, traduisit (1729) en langue turque, pour le grand vizir Ibrahim pacha, l'histoire de la guerre des afghans [Târikhi-Se'Uâh\
Malgré les faits sommairement indiqués plus haut, une sorte d'apaisement s'ètant produit, t: un penchant k l'union, dit un document du temps, se manifesta chez les Arméniens : en 1735, leur pâque tombant le même jour que la nôtre, ces derniers dirigèrent la procession qu'ils font en la ville, de manière à passer devant l'église des Jésuites de Galata, et ils y firent la même station que font nos missionnaires en passant devant la leur ^. t
En 1744, une nouvelle persécution, la troisième du siècle, s'éleva encore contre les Arméniens catholiques ; on leur défendit, sous peine de la potence et du bagne, de fréquenter les églises latines*. Cette persécution se renouvela aussi en 1761 ; < les églises des Jésuites, des Capucins et des Dominicains de Galata, placées sons protection de France, furent violées le 22 novembre ; et plus de cinquante Arméniens qui s'y étaient réfugiés furent conduits au bagne*. »
' Racbid. VI, SI4, Ahmed vefyq afendi, Tdrikhi omndni. 112, 115. I.e Birat précjté(1076:^ 6.^5) stipulait en faveur de toua les religieux latins la faculté de résider dans tout l'empire, comme aussi il'alter et venir, par terre ou par mer, sane être moleslég par personne.
' T, V. 139, 151 etc.
» Des processioDS noeCuriiex avaient lieu, à Galata, les vendredi et samedi saints ; le ministre de la marine pria l'ambassade de France, en 1749, d'interdire, dorénavant, ces processions aux Jésuites. Itcg, 'le» di'lib. nnl., 6 Jukltet 1740. Une procession nocturne se faisait aussi à Sm^me la jeudi-saint. (D'Arvieux, Mémoire», \. 107.)
* Hammer, XV, 90. Le texte de ce Rrman est rapporté par Hammer, XIV, 118. — */'/., XVI, 70.
Celui âes Jésuites de ce temps-là qai se distingua le plus & CP. fut le P. Jacques Cachod, qui, avec le nom de Père des Arméniens, eut celui de Père des esclaves. < Il y a huit ou dix ans qu'il est presque continuellement occupé aux œuvres de charité, où ii y a le plus de péril, ' soit dans le bagne, soit sur les vaisseaux ou les galères du Grand-Seigneur. Les esclaves qui n'en peuvent sertir, savent l'y introduire par le moyen de leurs gardiens turcs avec qui ils sont d'intelligence. L'année 1707, que la peste fut si furieuse qu'elle emporta près d'un tiers de CP,, ce Père s'enferma une nuit pour confesser les galériens à fond de cale d'un navire turc et y passa toute une nuit au milieu des pestiférés... Il écrit lui-même : i de cinquantedeux esclaves que je confessai et communiai douze étaient malades et trois moururent avant que je fusse sorti. Jugez quel air je pouvais respirer dans ce lien renfermé et sans la moindre ouverture,».., < C'est lui qui a reçu deDieu le talent le plus rare pour le salut delà nation des Arméniens. Dans la seule année 1712, ce Père a ramené pri'S de quatre cents schismatiques et confessé à lui seul plus de trois mille personnes. L'année dernière (1713) le nombre des schismatiques convertis a presque monté au double. Sa maxime est de paraître peu et d'agir beaucoup. Il a toujours sous la main un nombre de catholiques zélés et sages, qui se répandent de tous côtés, et lui amènent sans bruit ceux qu'ils ont disposés à se convertir. Plusieurs prêtres et Vertabieds orthodoxes servent encore extrêmement h. maintenir la foi. Ils sont comme les surveillants de leur nation, toujours prêts à courir où l'on a besoin d'eux, et à maintenir l'ordre dans les familles... i
C'est encore le P. Cachod qui inspira à Mékitar et à d'autres vertabieds de se réunir en commun, sous une règle, due h. luimôme au moins en grande partie, et il contribua ainsi à la fondation de la Congrégation des Mékitaristes.
Le P. Cachod trouvait encore le moyen de s'intéresser aux autres religieux de CP., c'est ainsi qu'en 1718, il peut prêter une somme de 500 réaux aux PP. Riforniati de Ste - Marie, et les aider ainsi à sortir de leurs embarras pécuniaires. It fut aussi un aide précieux pour la princesse Tékéli dans les affaires qu'elle avait à traiter avec l'ambassade française. Il mourut en odeur de sainteté, après une vie remplie de bonnes œuvres de tout genre. On l'honore aussi comme Vénérable.
Un autre Jésaite remarquable de ce temps, à CP., fut le P. Braconnier. < Sous la protection de Louis XIV, il a maintenu la foi parmi les chrétiens de CP. ; il a pa même ramener à l'Église catholique le fameux comte Eraeric Tékély, ce héros que le luthéranisme et l'ambition poussèrent dans les rangs de l'armée ottomane. Il sut si bien gagner son cœur que le comte fit, entre ses mains, abjuration du luthéranisme. Il mourut catholique romain près de Nicomédie, ou Ismidt. Le P. Braconnier était missionnaire avant tout ; mais son apostolat ne l'empêchait pas de cherchera instruire l'Europe, tout en évangéiisant les orientaux. Il détermina la position de l'antique Philîppes, capitale de la Macédoine ; et il établit une mission ilSalonique. Il prêcha l'unité aux Grecs, établit une maison pour recevoir ceux qui se convertissaient. La contagion ne l'effrayait pas plus que les mauvais traitements, et il poursuivait son but sans se laisser arrêter par aucune considération. Aussi M- de Férioi, ambassadeur de France, admirant son zèle, redoutait les excès auxquels il se laissait entraîner, c s'embarrassant peu des difficultés qu'if suscitait aux ambassadeurs. » II mourut en 1716, après une vie pleine de travaux. » \Symbolœ ad tUustrandam htstorîam Ecclesiœ Ortentalis, etc. R. P. Nicolao Nilles, 966-969.)
En i731,!è feu détruisit encore l'église de St-Benoît, comme celles des Capucins et des Dominicains ; la première fut relevée l'année suivante, comme le constate une troisième inscription qu'on voit encore maintenant, à droite de la porte d'entrée du
D. 0. M. Régnante féliciter Lud. XV. strende adnitentë ex- CELL. DD. March. de Villeneuve extr. ejus legato hoc sacel-
LUM IN NUPERA CONFLAGRATIONE GaLAT-E PENITUS COMBUSTDM SIJIUL ET REUQUA HLJUS RELIGIOSE DOMDS .EDintaA EADEM PESTE IV" GOL- LAPSA TOTItlS ET LAXIl^ RESTITUA SUNT MDCCXXXII.
Sous son ambassade, M. de St-Priest fit restaurer la pierre funéraire placée, à la mémoire de M. de Salignac, dans la chapelle Ste-Anne, ou mieux de V Annonciation de la Vierge; la pierre est sur le sol, côté de l'épitre, et porte l'inscription suivante :
D. 0. M. Illus. et exc, DD. Joannes de Gontavt de Biron^ Buto^(I lŒ Salaonac, Régis christianiss * apvd imperatorem
OtHOMANVM ORATORl TVMVLVM HVNC SVIS SVMPTIBVS FAGIENDTM CV- RAVIT LvJWVinvS CrEDOIN BENEnaORVM AOCEPTORVH MEMOR. OBOT NATVS ANNOS 57 DIE 13 OCTOBRIS ASNO 1610. — HOG PIETATIS MO- NfMENTVM ANTBnELETVMINPIGNVSAMOBIS RBNOVAHI JVSSIT ILL, ET
Exc. DD. Frangisgvs Emmaxvel de Gvignard de Saint-priëst
EQVES NOSlLISStMVS REGIS GaLUARVM AD EAMI^H AVLAH IMPERATO- RIAM LEGATUS ANNO Dxi MDGCLXXIII.
Daiis la même chapelle, du côté opposé, sons la baluslrada se trouvait cette autre inscription, à demi effacée, dont on peut lire seulement les mots suivants :
Hic A8SESVATCR COR MOBILE ET RE6IUH EXELLUI GaIXJARUM LE- QATI DXI DnI PiCON VICOMITIS d'AnDREZELLES... IS REGI A SECRE- TI3... VIRNATUS ADGRAN... VARIIS PUIWmONlIUIS... APUD... BELLIQUE PAdSQUE... REUOIONl... UBIQL'E... MERITIS CfNCTIS... JLLUSTREM ANIHAM DeO REDOmiT. . . A.NXO JÎTATIS SV£... MDCGXXVII'^.
A notre prière et sur l'invitation de M. le marquis de Moustier, alors ambassadeur de France k Gonstantinople, et afin de préserver les caractères de l'inscription d'une disparition complète, MM. les Lazaristes ont fait relever cette pierre, en 1866, et l'ont fait mettre de champ, sur la muraille, à l'endroit même où elle recouvrait le sol.
Dans cette même chapelle se trouvent les pierres tombales de François Hakoezy « electus Transylvanias princeps » et de sa femme% née Frangipani'.
' Plusieurs auteurs Tont remonter le titre de Roi très chrétien à Clovis : ce qui est certain, c'est que depuis I^uis XI il est devenu la qualifl cation propre des rois de France. (Miltitï, II, partie 2, livre 3, p. 4Ï5.)
' Les arcbives de St-Loiria permettent de reconstituer le texte complet.
> La famille princiére de Rakoczy et sespareataleBFTangipani.ont séjourna & llodoato :, une partie des membres de la famille a été inhumée dans cette ville, (on vient d'y restaurer leurs monuments, et en môme temps l'église de la mission des Pérès Conventuels qui les contient), une autre partie A CampoHorio, prAs de Nicomédie.
* Ce dernier nom eat celui du second envoyé da François I" à la cour de sultan Suleiman. Le premier eavoyé. expédié par la Reine-mérc, ne put atteindre le but da Bon voyage ; il fut assassiné en tiosnie.I.e second, Frangipa- Qi, envoyé par le roi lui-même, (février 1525), fut plus heureux, il put arri-
Dans la nef de l'église, au pied de l'autel de St-Joseph, à gauche du maltre-autel, se trouve uae pierre funéraire, sur laquelle on Ut cette belle et toachaute inscription :
Hic JACET III. DD, Theresia.Ill.DD. De Talman Cjsaris apud
TuftCAS RESIDENTIS CONJUX, VIRTLTE, SUAVITATË MOBUM, PROBITATE
vrr*:, modestia supërior omnibi's, nl-lli sbcunda, inopcm et ga-
PTIVOROM NUTRIX AG MATER... OBIIT, .VNNO DnI MDCG VIII, APRIL XV, âTTATIS XXX.
Les Pères Jésuites continuèrent leur ministère avec fruit, jusqu'au moment de leur suppression. A la suite du Bref de Clément XIV qui les supprimait, ils durent abandonner leur église, leur maison de St-Benoit, et toutes leurs œuvres, et se retirer. Ils ne firent aucune résistance, quoique quelques-uns restassent dans le pays (10 août, 1773 . M. de Saint-Priest, à qui revenait, en sa qualité d'ambassadeur de France, le soin de veiller sur un étalïUssement national, nomma M. Ruflin, consul général, administrateur et économe des biens de l'église de St^ Benoit; il ordonna au supérieur de lui consigner tous les titres et papiers relatifs à la propriété dudit établissement, et défendit à quiconque de troubler M. Ruflin dans l'exercice de sa charge.
Mais comme l'aml»assadeur et le Vicaire patriarcal Mgr Bavestrelli étaient l'un et l'autre élèves des Jésuites et très affectionnés à leurs anciens maîtres', ils s'entendirent pour adoucir le coup qui leur était porté ; on se contenta de leur signifier le décret de suppression, de proclamer leur sécularisation, puis on permit à ceux qui le voulurent de rester à St-Benoît, comme prêtres séculiers, pour desservir l'église.
Dix ans plus tard elle passait à la Congrégation des prêtres de la Mission, dits Lazaristes, qui la desservent encore aujourd'hui i mais, comme souvenir des temps anciens, elle est encore souvent désignée, même de nos jours, sous le nom de DjizoUhêliçacy, i église des Jésuites, n
Nous verrons, dans la troisième partie de ce travail, son histoire sous cette nouvelle administration.
ver jusqu'à CP,, et en rapporta une letire conçue dans les termes les plus amicaux, (mi-février, l')2(l). On peut consîdciror ce document comme 1h premier acte des négocfalîons, siiivies depuis entre la France et la Turquie.) > Archives de Ste- Marie, à cette année.
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CHAPrrRE VI.
.'* MARIE DRiPÊRIS (ANCIENNE ET NOUVELLE). — LES FRÈRES
MINEURS DE l'oBSERVANCE. LES RÉFORMÉS. — LES FïIRES DE