‹ Histoire de la latinité de ConstantinopleChapitre 26 sur 74 · TERRE -SAINTE · texte numérisé non relu

TERRE -SAINTE

Quand les premiers Frères Mineurs de l'Observance firent-ils leur apparition à CP., nous ne pouvons le dire avec une entière certitude : nous voyons cependant qu'ils y étaient à Galata, en 1341j puisque leur supérieur, le Père Enrîco de Savoie, fut chartfé d'une mission de pacification entre les Grecs, dans les différends qui s'élevèrent à GP. après la mort d'Andronic III. Mais ils ne furent constitués en un corps séparé qu'en 1437, à la suite de la mission du Père Francesco Spinola de Gènes, dont nous avons parlé.

Ds furent autoriHés à se consti-uire un couvent sous \es murs de CP. vers l'endroit que nous appelons aujourd'hui la pointe dn Séraï. Il fut consacré à St-.\.ntome( deffli cipressî), et ue fut terminé qu'en 1 453, deux ans avant la prise de CP. par les Turcs. Nous avons vu aussi quel fut le sort de ce couvent et des religieux qui l'habitaient. Que devinrent ceux qui échappèrent au massacre ou à l'esclavage, et où trouvèrent-ils un refuge ?

D'après un document authentique, disent les archives de St- Antoine et de Ste-Marie, la « Magnifica Comuniti » les reçut k Sl^-Benoit, ou du moins dans les dépendances de ce couvent; mais seulement d'une façon précaire et provisoire. Nous ne trouvons même rien dans l'histoire particulière de St-Benolt qui nous atteste leur séjour dans cette église. Ils y restèrent

jusqu'à la venue des PP. Jésuites. Alors l'église et le couvent, qui avaient été cédés à la France, furent affectés aux nouveaux religieux.

SI-

Si-Marie Drapérts (ancienne) les Observantins.

Mais les Frères Mineurs de l'Observance ne restèrent pas longtemps dans l'embarras. Une certaine veuve nommée Clara Bartok Drapéris ' leur offrit une maison et une ancienne église qu'elle possédait à titre privé à Galata. La maison était en fort mauvais état, l'église, petite et presque ruinée, servait d'étable : elle était dédiée à la ï. Ste Vierge et avait une image précieuse de la Madone, peinte sur bois à la manière orientale et remontant à une très haute antiquité. Clara Bartola Drapéris, par un acte authentique du 1" janvier 1584, donna aux religieux Franciscains de l'Observance ce lieu et cette église, à cause, dit-elle, de sa dévotion à St François et aux Saints Lieux de Jérusalem,

L'année d'après, par sa Bulle * Sicut nobts exponi fecistis, t du 8 mars 1585, le Pape, Grégoire XIII, confirme cette donation et accorde aux religieux franciscains de l'Observance qui étaient à CP. pour s'occuper des affaires de Terre Sainte auprès des ambassadeurs des princes chrétiens et de la Porte ottomane, et qui prenaient aussi un grand soin des esclaves chrétiens et des autres fidèles qui y habitaient, toutes les faveurs spiritueUes et tous les privilèges que possédaient les autres églises de l'Ordre, le tout sous l'obédience et dans la dépendance du Ministre général.

Les religieux se hâtèrent de réparer la maison et de reconstruire l'église, qui de l'image de la Ste Vierge qu'elle possédait et de la donatrice qui l'avait concédée fut appelée « Ste-Marie Drapéris. » Elle était située, suivant les traditions, dans la partie de Galata dite Moum-Khanè, limitrophe de Top-khanè, à peu près là où se trouve aujourd'hui la Cité française. »

I Un sieur Luchîno Drapéris est mentionné dans le traité conclu entre le podestat de Galata, et Jean l'aléologue, en 1386. Un autre, François Drape-

ra-GoOg Ic

Conformément à l'usage local, Tadmintstration des biens de Ste-Marie Drapéris était confiée à un c Procureur » séculier ayant le titre de t Procurator dtgnissimus conventus Sanctœ Marlœ >; les affaires des religieux étaient confiées à un t Syndictis apostolicus hujus conventus *, conformément aux usages de l'Ordre, c'est-à-dire à un personnage séculier qui prenait, au nom du St-Siége, les intérêts de la commuiiauté. Des personnages importants de la colonie latine, clioisis par les supérieurs, remplirent cette charge, souvent plus honorifique que réelle.

Cette origine et cette situation n-'empôchèrent pas la « Magnifica Comuniti'i t d'élever aussi sur cette église de Ste-Marie des prétentions du même genre que celles qu'elle émit à diverses époques sur d'autres églises : la S. C. de la Propagande renvoya, en 1651, la solution de ce différend, entre un sieur George Drapéris représentant le couvent et la famille, et la Comunità, au tribunal du Vicaire patriarcal de Gonstantinople.

Les religieux Observantins furent plus ou moins nombreux à Ste-Marie Drapéris; mais ils s'occupèrent activement de leur ministère. Ils n'avaient pas d'abord charge d'&mes, c'est-à-dire qu'ils n'exerçaient pas les droits paroissiaux ; mais ils n'en avaient pas moins beaucoup de travail auprès des chrétiens de Galata et auprès des esclaves renfermés dans le bagne du Grand Seigneur.

Les Réformés, ou Récollets, arrivèrent à CP. vers 1630, et ils n'eurent pas d'abord d'église à eux. Nous les voyons alors dans le voisinage de St-Pierre, ils y ont un petit hospice, mais c'est chez les Dominicains qu'ils vont célébrer la messe et faire leurs cérémonies. Ensuite ils sont à Ste-Marie Drapéris, confondus avec les Ot>.servantins, sous le même supérieur. Ensemble ils formaient une communauté d'une dizaine de prêtres, auxquels s'ajoutaient quelques Frères lais.

Mais en 1642, il y eut un grand scandale : deux religieux de Ste-Marie Drapéris apostasièrent et se firent turcs. Alors le Pape Urbain. VIII, par sa bulle t Religionis xelus, etc. > du 5 août 1643, établit à CP. la Réforme de la plus Stricte Obser-

rJB, n^ociant de Galata, créancier dei chiotei, fut cause de la prise do Chio par Buttao Mehemmed II. Des membres de cette fam[Ue figurèrent ù&a» la ■ Comunità di Pera, n et l'uo d'eux en était prieur en 1675.

vanee, lui confia le couvent de Ste-Marie Drapérîs, et conféra au P. Bonaventura da Crema, gardien et commissaire général de la costodie de CP., tous les droits et privilèges dont jouissait le précédent supérieur des Observantins de Terre Sainte. Il était mis sous la dépendance directe du Ministre général de l'Ordre des FF. MM. de l'Oiservance. C'est à partir de cette époque que les Franciscains de Ste-Marie commencèrent à exercer les droits paroissiaux, que les Dominicains et les Conventuels étaient seuls à posséder t ab antiquo. >

Cependant la délimitation des paroisses ne se fit que plus tard, (33 mars 1725), par Mgr Mauri, M. R. Malgré cela, le R. P. Giovanni Francesco Circhi, M. Conv., Vicaire patriarcal, pour la seconde fois, dans sa visite du 15 octobre 1649, prescrit au R. P. Bonaventura da Crema, gardien de Ste-Marie Drapéris, de tenir un registre exact des baptêmes, mariages et décès, conformément aux règlements ecclésiastiques. Ces registres furent sans doute commencés alors mais on n'en possède rien qui soit antérieur à l'incendie de 1660. Il semble néanmoins que Ste- Marie, qui est appelée c parochialis ecclesia Beatœ Mariœ Virgints » ou » Chtesa parochiale di Santa Mafia Drapéris, délia relïgtone di San Francesco, minori ossercanlt riformati », avait une certaine juridiction territoriale.

Les Riformati ne jouirent pas longtemps de l'église de Ste- Marie, cet édifice comme la plupart des églises et couvents de Galata devint la proie des flammes, dans le grand incendie du 24 juillet 1660. Tout fut détruit, et l'on ne put sauver que le tableau de la T. Ste Vierge Marie, que le courage d'un sieur Drapéris sut dérober au feu.

Les religieux, tant Observantins que Riformati, restaient donc sans couvent : alors la Congrégation générale de l'Observance, tenue à Valladolid, décida le 35 juillet 1661 que ce couvent serait rétabli aux frais de la Terre Sainte, car il était indispensable de garder à Constantinople quelques religieux pour les besoins de la Palestine, et il fallait leur assurer une habitation. On se mit immédiatement à l'œuvre, et bientôt le bâtiment fat en état de recevoir ses botes ; malheureusement on n'avait pas pris toutes les précautions, et l'on ne s'était pas muni des permissions requises, aussi les autorités turques vinrent-elles en chasser les religieux et s'emparèrent de la propriété. Il semble que

cette confiscation fiscale n'ait eu lieu qu'en 1663. Les Observantins de Terre Sainte et les Rifonnati de Ste-Marie se trouvaient ainsi sans abri. Le P. Cagnizanez, commissaire de Terre Sainte, se réfugia chez les Conventuels de St-François, qui avaient, dès 1662, obtenu l'autorisation de relever, non pas leur église mais leur couvent. Nous allons suivre les autres dans leurs pénibles pérégrinations avant qu'ils réussissent à se fixer & Péra.

su.

Ste-Marie Drnpéris f nouvelle), Riformati.

Le premier gardien, commissaire et custode des Frères Mineurs réformés de la plus Stricte Observance, à CP., fut, comme nous l'avons vu ci-dessus, le R. P. Bonaventura da Crema, de la Province réformée de Breseia. Il fut élu dans la Congrégation générale d'Ara Cœli, à Rome, en 1642. Comme nous l'avons raconté, le Pape Urbain VIII lui accorda tous les privilèges concédés au gardien du Mont Sion, et au custode du St-Sépulcre, commissaire apostolique de Terre Sainte. C'est aussi à lui et à ses frères que fut attribuée l'église de Ste-Marie Drapéris. Cependant le P. Cagnizarez, commissaire de Terre Sainte, continua de résider avec les Riformati et la séparation ne fut complète entre les deux branches qu'après l'incendie de 1660.

Outre l'image de la Madone, les religieux n'avaient pu sauver que bien peu de choses, quelques fragments roussis d'ornements sacrés, trois calices dont un grand d'argent doré et deux petits au pied de cuivre, nn ciboire d'argent et un ostensoir Ile cuivre doré : il faut y ajouter les grands livres de chœur, et une caisse d'autres livres dépareillés. Ils se retirèrent avec leur maigre trésor dans une petite maison qu'on leur loua assez cher, et où ils ne purent pas rester longtemps. Ils devaient aller d'ici de là chercher leur subsistance, et ils étaient obligés, par tous les temps, de courir au secours des âmes dont ils avaient la chaîne. Néanmoins ils ne manquaient pas à leur devoir,quoi qu'en aient pu dire quelques malveillants qui profitèrent de l'occasion pour

demander à la S. Congrégation de Propaganda Fide qu'on leur ôtât les droits paroissiaux qu'ils ne pouvaient plus exercer, n'ayant pas d'église fixe. Le nonobre des religieux ainsi occupés fut variable suivant les circonstances et l'abondance des Frères, deux ou trois, quatre au plus.

En i667 deux d'entre eux avaient affermé d'un certain Tommaso Wlasti, une maison située aux Quatre Rues de Péra,il3 y ouvrirent une petite chapelle et commencèrent à y exercer leurs fonctions paroissiales; mais la < MagniflcaComunità», craignant quelques nouvelles avanies de la part des Turcs, le leur défendît, par t Ordres Souverains. » Les religieux refusèrent d'obéir : alors les Seigneurs Pèrotes firent instance auprès du Vicaire patriarcal, M'frRidolfi, qui appuya cette défense sous peine de suspense a dtcinis et de privation d'office. Le P. Francesco Pedauli, supérieur, et son compagnon, le P. Giuseppe da Sulmona, résistèrent, furent frappés de censures par le Vicaire patriarcal, et sur sa plainte, rappelés en Italie par la S. Congrégation. Ils furent remplacés à CP. par le Père Francesco da Piegaro, de la province séraphique, nommé Custode en 1668.

Enfin, en 1678, Us purent acheter une maison située à Péra quartier des Quatre Bues, d'un certain Manè, ils y joignirent plus tard, en 1700, un terrain acheté de Dimitro Savasto, au prix de 375 piastres turques, il donne sur la rue Dùm-Di^im et confine à l'hospice des Pères de Terre Sainte. Ils obtinrent, par la médiation de l'intemonce impérial, d'y bâtir un hospice et une église, en 1691. Dès que leur église fut prête, ils y installèrent solennellement l'image de la B. Vierge qui avait été sauvée de l'incendie de Ste-Marie par un Drapéris et conservée dans sa famille pendant ces trente et un ans. C'est en souvenir de l'ancienne église et de l'image vénérée que l'on donna au nouvel édifice le nom de l'ancien, reliant ainsi le passé au présent, la Ste-Marie Drapéris des Riformati prenant la place de celle des Observantins.

Cette église, achevée seulement en 1691, n'eut pas une longue durée. Dans la nuit du 9 septembre 1697, elle devint la proie des fiammes avec le couvent adjacent. Seule la sainte image de la B. Vierge Marie fat encore sauvée comme miraculeusement.

On la releva immédiatement de ses ruines, mais sans y mettre beaucoup de soins et avec de mauvais matériaux. Elle résista

néanmoias à l'incendie qui dévora le couvent trois ans après, en 1700. Mais en 1727 elle fut ruinée par un tremblement de terre. Rétablie peu de mois après, sur de plus grandes dimensions, elle vit le couvent s'aggnndir peu à peu et prendre les limites qu'il a maintenant, de la rue de Péra à la rue Dùm-Dùm ou Toùm-Toùm.

En 1767, le 27 octobre, un incendie terrible ravagea tout le quartier de Péra, l'église de Ste-Marie fut détruite, comme les palais des représentants de Hollande, de Naples et de Russie : celui de France fut sauvé grâce aux efforts des équipages des navires français ancrés dans le port de CP. La résidence du Vicaire patriarcal fut cette fois encore la proie des flammes. Il se réfugia d'abord à l'hospice de Terre Sainte, puis ù St-Bcnoit, et enfin il acheta pour sa résidence et sa cathédrale le couvent de St-Georges,

L'année d'après, 1768, la recommandation de l'empereur Joseph II et les instances de son internonce à CP. obtinrent de la Porte un firman ' qui permettait de reconstruire, en pierre et avec une voûte, le couvent et l'église, afin de les mettre ainsi à l'abri du feu. La construction fut achevée en 17((9, et, le 18 mars, le Vicaire patriarcal, Mgr Roverani, fit la bénédiction de l'église et la dédia à c l'Immaculée Conception de la B. Vierge Marie », C'est en somme l'église que nous voyons à présent, une assez vaste construction d'une seule nef avec une galerie latérale à gauche, conduisant aux tribunes et à la sacristie. Nous en dirons plus tard l'état actuel.

En 1785, la latinité de Péra fut sur le point de perdre Ste- Marie ; en effet, dit Carhognano, cette église étant accablée sous le poids de l'intérêt des emprunts contractés pour sa reconstniction, il fut question, à cette époque, de la vendre aux non-catholiques {acatolici) ; mais le baron de Herbert Ratkeal, internonce impérial, sauva l'église de ce danger, en réduisant le taux de l'intérêt à 4 p. 0/0, et en rëpartissant le paiement du capital, qui liiépassait 250,000 piasb-es, par échéance de lots annuels. En

1 Hammar, XV[. I9S. Cet auteur rapporte que le premier bérat obtenu pat lesKirormati île Péra aurait été de 107£i=lGC], renouvelé en 1113=1700. puii en 1118=1706. Corbognano dit que l'incendie eut lieu en 1*67, et la réédification de l'église t l'anno tiisgesiienle, colla permintione ilel goeerno. ilata ail' iitama ileW !

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mémoire de cette bienfaisante et salutaire intervention, les Mineurs Riform. firent placer l'inscription suivante sur l'nne des portes intérieures, du cloître :

Magno vmo EcMO Duno Petro baboni de Herbert Ratkeal

INTER. G:¥SAREO OB RESTITLT4M VIRTDTE SUA REU MISSIONIS CoSPNa! P. MIN. STfUCT. 0B3. S. FRANQSa jERE ALIENO LABANTEH : BJUS ALUMNI .ETERNUM GRATI ANIMI UONUMENTUM PP. KaL. SEXTILI

MDCCLXXXV.

Un autre accommodement se fit encore en 1815, par le R. P. Luigi Cardelli de Rome, Préfet de la mission, avec leur syndic apostolique M. le B™ Antonio Testa, Chancelier de l'internouciature Impériale, qui prit sur lui toute la dette de la mission, moyennant une hypothèque sur quelques maisons qui appartiennent aux religieux.

Les Riformati firent, suivant les temps, appel à la protection de Gènes, de' Venise, ou de quelqu'autre puissance catholique : les Turcs étant continuellement en guerre avec la Chrétienté, tantôt d'un côté tantôt de l'autre. Mais à partir du règne de Innocent XI, ils passèrent sous celle de l'Empire d'Allemagne. En effet, sur la demande du Cardinal Colonitz, ce Pape les recommanda à l'empereur Léopold I, et ce prince consentit à les protéger. L'empereur Joseph I, en 1706, a confirmé cette disposition et l'empereur Joseph II, comme nous l'avons vu, marcha sur les traces de ses prédécesseurs. Cependant durant les guerres si fréqnente.s entre l'empire et la Porte, les religieux passaient sous la protection de la Hollande. Aujourd'hui l'église de Ste-Marie est l'église nationale Austro-Hongroise.

Les Riformati, établis à Ste-Marie Drapéris en 1643, formèrent d'abord une Gustodie, dont le supérieur avait le titre de Gardien de Ste-Marie, Commissaire général de la Gustodie de CP. Ils étaient religieux et remplissaient les fonctions de curé, comme nous le dirons ci-après ; mais ils ne dépendaient pas de la Propagande et n'étaient point missionnaires. (Archives de Ste-Marie, Reg. F. 25, V.) C'était pour eux une faiblesse : ils le reconnurent au bout de quelque temps, et, sur la demande instante du R. P. Gardien, Custode et commissaire de CP., appuyée par le Rme P. Procureur général des Missions de l'Ordre, la S. C. de la Propagande prit sous sa protection cette Gustodie,

comme elle avait fait déjà pour d'autres missioDS, Transylvanie, Terre Sainte, etc., et, par un décret du 13 novembre 1702, accorda la grâce demandée. Pour achever la constitution de la Gustodie, la S. Congrégation des évoques et réguliers accorda aux supérieurs la permission de recevoir des novices indigènes, (9févr. 1704.)

Enfin le 13 février 1704, la Custodie de CP. fut érigée en Préfecture apostolique. Le B. P. Prancesco di Cavorlno, de la Province de St-Nicolas de Bari, qui était custode, fut nommé Préfet apostolique. On lui assigna plusieurs compagnons, de diverses provinces. La Préfecture comprenait, outre la maison de CP., celles de Smyrne, Ghio, Tlne, Rodi, auxquelles il faudrait ajouter celle de Mjcone.

Depuis le P. Francesco da Carosino, le premier préfet, jusqu'au T.R.P. Andréa da Jeune, préfet actuel, on compte trentecinq titulaires, empruntés & différentes provinces, le plus souvent italiennes. Pendant le xvm* siècle ils furent généralement nommés pour quatre ans, dans ce siècle ils sont ordinairement nommés c ad beneplacUum i. Plusieurs ont été sacrés

A peu près dès leur arrivée à Ste-Marie (à Moum-Khanè), les Riformati <t eurent charge d'&mes i, sans que nous rencontrions dans les archives aucun acte qui leur confère ce privilège. Ce fut sans doute pour favoriser les catholiques qui étaient autour d'eux assez éloignés des autres églises paroissiales, placées à l'autre extrémité de Galata. La raison était encore plus forte quand ils se furent installés à Péra, où aucun ordre ne possédait juridiction paroissiale.

Ces droits leur furent cependant disputés ; ainsi, en 1663, le Custode se plaignait à la Comunità, que l'ordinaire leur déniait ces attributions et voulait les faire passer aux Jésuites de St- Benott : il la suppliait de ne pas permettre cette usurpation. A la même époque on faisait des instances du même genre auprès de la S. Congrégation : nous avons vu que ce fut sans succès.

En 1703 ils se réclament de ce titre de Curés, pour se soustraire à la visite du R. P. David de St-Charles, religieux Carme, envoyé par le St-Siège pour se rendre compte de l'état des Miasions du Levant : < Les Riformati, disent-Ils, sont curés et non missionnaires. >

Ils n'en étaient pas absolument jaloux néanmoins, car nous lisons dans leurs arctiives (R. F. 28, v.) sous la date du 25 octobre 1704 : « aujourd'hui le P. Provincial des Conventuels, accompagné par le P. M. Faggia, sont venus trouver le P. préfet, Francesco da Carosino, pour lui demander de faire leurs offices dans notre église ; le F, préfet leur a accordé avec bienveillance ce qu'ils demandaient et lesdits Pères s'offrirent à donner à l'église « la quarte funéraire » suivant l'usage de cette cité. » Par contre nous les voyons réclamer leurs droits sur leurs paroissiens, quand ceux-ci veulent se faire inhumer dans d'autres églises, comme en font foi ]eurs registres de catholicité,

La délimitation des paroisses de Péra fut faite en 1725, nous dirons plus tard dans quelles conditions ; mais sauf une note dont nous ne connaissons pas la source et qui est consignée dans les Archives de Ste-Marie(R. F. 322, r.), nous ne pouvons rien dire sur le chiffre de la population catholique. D'après cette note: en 1765, tous les catholiques de la paroisse sont au nombre de 361 se décomposant ainsi :

Catholiques ayant maison propre et domiciliés. . . 60 Catholiques étrangers ou en location ...... 134

Domestiques catholiques, tous étrangers 67

Total 261

Sur ce nombre on compte : Pérotes 73

Allemands 17

Français 33

Italiens 13

Jérosolimitains .... 4

Ragusiens 4

Insulaires 50

La même note nous donne pour janvier 1809 un nombre de 685 catholiques, tant latins que maronites, grecs raelchites, etc. , existant sur la paroisse de Ste-Marie, décomposés ainsi :

Communiants domiciliés, tant natifs qu'étrangers . . 339

Fkifants non communiants 145

Serviteurs, tous étrangers 07

Servantes, toutes étrangères 104

Total 686

Nous trouvons de plus qu'à diverses reprises les Riformati out rempli les fonctions de chapelains auprès du baile de Venise ou du résident de l'Empire, mais sans continuité.

Les Pères de Tet^e Sainte, FF. MM. de la Réguli^r Observance.

Il ne peut entrer dans notre cadre de faire ici l'histoire des Franciscains en Terre Sainte, mais seulement des représentants que la Custodie de Terre Sainte avait à GP. 11 semble, comme nous l'avons fait remarquer Jf= Part,), qne la Province de Komanie fut séparée de très bonne heure de celle de Palestine, mais comme Constantinople resta le centre de l'empire et que des affaires de plus d'un genre devaient y être traitées, les Franciscains durent y avoir toujours des représentants. Cela fut nécessaire surtout quand les Ottomans eurent pris CP. On voit que dès lors il y eut quelques religieux chargés de prendre les intérêts des Saints Lieux. Comment se traitaient ces affaires, nous ne pouvons guère le dire aujourd'hui; mais lorsque la France et les autres puissances eurent des représentants attitrés auprès de la Porte ottomane, les négociations devinrent plus faciles, surtout parce que la France était ofHciellement reconnue comme protectrice des intérêts catholiques en Syrie. Alors des religieux furent accrédités pour traiter les affaires de Palestine auprès de la Porte et des amliassadears des Puissances, spécialement de la France.

Comme les Observantins étaient chargés des Saints Lieux, «'est eux aussi que nous trouvons comme leurs représentants à CP. Ils habitent donc le couvent de l'Observance sans se distinguer des autres. Cependant c'est à eux spécialement que Dame Clara Bartola Drapéris donne sa maison et l'église qui lui appartenait, I à cause, dit-elle, de son amour pour St François et pour les Saints Lieux de Jérusalem. >

Lorsque, en 16i3, le Pape Urbain VIII eut donné le couvent

de Ste-&farie Drapéris aux Riformati italiens, il conféra au - P. Gardien les privilèges que possédait le Custode de Terre Sainte. Il brisa en même temps les liens qui unissaient les religieux de CF. à ceux de la Palestine, et les rendit dépendants du seul Général de l'Ordre. Cependant l'état déplorable des choses en Syrie et la multiplicité des affaires à traiter k CP. y firent maintenir des religieux qui en fussent spécialement chaînés. Le Père Giovanni Gagnizarez, de Grenade, fut nommé commissaire pour la Terre Sainte par le P. Général, lequel pour régulariser la situation s'adressa k la S. Congrégation en 1647. Un décret de 1654 établit enSn cette institution et reconnaît le P. Cagnizarez comme commissaire : il en remplit les fonctions pendant vingtquatre ADR '.

E commença d'abord par résider à Ste-Marie, mais après l'incendie de 1660, se trouvant sans abri, il obtint de la Congrégation de Valladolid des subsides pour rétablir son couvent. Nous avons vu comment cette tentative aboutit à une confiscation de la part des autorités turques.

Cependant les Conventuels avaient obtenu l'autorisation de reb&tir leur couvent, et c'est chez eus que le Père commissaire reçut une fraternelle hospitalité, qui dura longtemps.... jusqu'à l'acquisition de l'hospice actuel, 1670. C'est en souvenir de ce séjour chez les Conventuels que les Pères de Terre Sainte reçurent k leur tour dans leur hospice les Conventuels sans abri après les incendies de 1734 et de 1763 ; ils leur avaient rendu déjà le service de recevoir et garder chez eux tous les objets précieux du couvent qu'on avait pu sauver, en 1697. En échange les Conventuels accordèrent (1763) au P. Commissaire tpro temporey le droit d'officier dans leur église le jour de la fête de St Antoine de Padoue, quand le Vicaire patriarcal n'y tient pas office pontiScal.

Les statuts rédigés pour la Terre Sainte dans la Congrégation générale de Valladolid, en 1661, furent confirmés par Rome en 1663. Ils établissent que le Commissariat temporel ou la procure de Terre Sainte k GP. serait désormais confiée aux Observantins espagnols, sous la dépendance du Rme P. Custode.

Enfin les Pères de Terre Sainte acquirent d'an certain Draco

' Sloria cronologira di Sirla, del P. Gio. da Calivria, Osa. L. 6, C. 7.

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Àlessio, un terrain et une maison situés auprès de la résidence du baile de Venise, aujourd'hui l'ambassade Austro-Hongroise, entre celle-ci et l'église de Ste-Marie. Cette acquisition parait avoir été faite par parties : en effet une propriété sise au quar-, lier Toùm-Toùm, Rue del Bailo, et confinant au jardin del Balio, est achetée, en 1080=1669-70, par on médecin hollandais, nommé Henri Wolde, comme prëte-nom des religieux, ainsi qu'il résulte d'un acte passé en chancellerie de France, le S juin 1671. La totalité est ensuite achetée, le 9 rebi-ewel 1081=1671, par Sinibaido Fieschi, (également comme prète-nom des Pères de Terre Sainte,) résident de la Sérénissîme République de Gènes. La propriété se composait alors de six chambres, kiosque, citerne, puits, jardins, etc. Le lendemain de ce jour, 10 rebi-ewel, ce résident constituait, au mehkémé de Qalata, sa propriété Mnlk, en Vacouf perpétuel, « jusqu'au jour de la résurrection » en faveur des Pères de Terre Sainte. Et par acte du S juillet, dressé en chancellerie c del palazso del résidente délia Serenisstma Republica di Genova, > il déclarait en outre que cette propriété, sise au quartier Toùm-Toùm, Strada del Bailo, avait été acquise à la demande du R. P. Commissaire, des deniers de la Terre Sainte, et était ainsi légitime propriété de celle-ci, »

Dans une autre déclaration du 30 juillet 1673, le même résident dit encore que le couvent de Terre Sainte situé t & Galata de CP. ou autrement dit aux vignes de Péra, quoique bâti, pour plus de sécurité, en son propre nom, appartient entièrement à la Terre Sainte, et que les frais de construction et de réparations, bien qu'avancés par lui, ont été faits et soldés par la Terre Sainte et dûment acquittés par elle. >

Cette première acquisition fut agrandie successivement par des donations ou des contrats postérieurs. L'hospice actuel, et la chapelle qui en dépend, sont sous la protection de la France.

Etat actuel du Commissariat.

Le commissariat de Terre Sainte est resté sur le même terrain et dans les mêmes conditions que par le passé. On peut dire cependant qu'il s'est grandement amélioré dans ces dernières an-

nées. Eq effet par une bonne et intelligente administration, les emplacements anciens ont été utilisés pour la construction de diverses maisons de rapport, et par suite, au lieu d'être une jcharge pour la Custodie de Terre Sainte, il est devenu une source de revenus.

La chapelle, entièrement reconstruite par les soins du R. P. Ënrico Collado, commissaire, a été bénite le 1" août 1871 par Mgr Franchi, nonce apostolique. Elle est placée sous l'invocation de N.-D. des Sept-Douleurs, dont la fête se célèbre le vendredi de la Passion. Le 4 avril 1873, M. le comte de Vogué, accompagné d'une partie du personnel de l'ambassade de France, assistait à la messe solennelle célébrée dans cette chapelle, pour la fête patronale, par le R. P. Préfet de Ste-Marie. Au salut on a chanté la prière accoutumée pour la France.

L'ècusson de Jérusalem, à la croix cantonnée de croisillons, surmontée d'une couronne fermée, est peint sur la porte d'entrée du couvent. Les religieux, comme il avait été déterminé dès l'origine, sont espagnols, envoyés par le Rme P. Custode de Jérusalem,

Il ne s'y trouve en ce moment qu'un Père, commissaire, et un Frère lai.

Les Pères de Terre Sainte ont été chapelains du baile de Ve- Hise, comme nous l'avons remarqué, plus tard ils ont été chargés du service religieux de la Légation d'Espagne : aujourd'hui ils n'ont aucune fonction en dehors du commissariat.

Le sceau du supérieur de la maison porte la croix de Jérusalem, et la devise : Sigillum. Com. et Prœs. Ter. Sanci. Constantinopoteos.

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