‹ Histoire de la latinité de ConstantinopleChapitre 5 sur 74 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

EMPIRE LATIN DE CONSTANTINOrLB.

Nous avons assisté jusqu'ici aux efforts des Occidentaux, Amalfitains, Vénitiens, Génois et Pisans, pour s'établir à CF. et nous avons constaté les concessions faites par les empereurs grecs, à leurs instances tet à leur richesse, L'animosité à peine déguisée de ces derniers, leurs tergiversations continuelles, leur mauvaise foi évidente, secondées par la haine à la fois religieuse et nationale des Grecs contre les Latins, avaient amené des faits déplorables, comme la catastrophe de 1 183, mais avaient animé semblablement les Latins contre les Grecs... L'orage éclata à l'occasion de la quatrième croisade.

Isaac l'Ange avait été détrôné, mis en prison et aveuglé par son frère Alexis III : son fils qui régna depuis sous le nom d'Alexis IV, tenta tous les moyens pour délivrer son père, le rétablir sur le trône, ou, du moins y monter lui-même. Il envoya donc une ambassade aux croisés qui venaient de s'emparer de Zara, 29 Nov, 1203. Il leur faisait les plus l)eUe3 promesses et s'engageait, à peine au pouvoir, à les accompagner avec une armée nombreuse et à leur fournir d'abondants subsides. Les croisés se laissèrent tromper, et le lendemain de Pâques, 7 avril, 1303, ils se mettaient en route pour Constantinople '.

1 Les V<?nitienB ^laLent d'accord arec Sultan, Melik-el-Adhel, qui leur accorda, eo reconnaissance de ce qu'ils avaient détourné la croisade de l'Egypte, des privilûges et franchises considéiablea. {Mas-Lati-le. Irailéi de paij) et lie commerce, supplément, p. 170.)

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CependaDt ie grand Pape Innocent in était formellement opposé à cette expédition. Entre autres manifestations de sa volonté, il écrivait aux évèques de Troyes et de Boissons, qui se IrouTaient à l'armée, une épltre (VI, 231-232,) dans laquelle, après avoir rappelé la peine dont l'avait affecté la prise de Zara, et leur avoir redit les conditions sévères et formelles qu'il avait mises à leur absolution, et la promesse que les croisés avaient faite et renouvelée solennellement d'obéir désormais aux injonctions pontilicales, il poursuivait en ces termes : t Nous leur avions spécialement interdit d'occuper ou de piller, soos aucun prétexte, les terres des Grecs. Qu'elles ne soient pas entièrement soumises au siège apostolique, que des préjugés séculaires les séparent encore de nous, que l'empereur de Constantinople ait usurpé le pouvoir en déposant son frère, en lui faisant souffrir les plus cruels traitements, ce n'était pas aux libérateurs du Saint-Sépulcre, disions-nous, qu'il appartenait de juger ou de punir ces crimes. Ils ont arboré l'étendard du salut dans un autre but, pour aller à la conquête de la Terre- Sainte. Par les téméraires engagements qu'ils ont contractés, ils encourent de nouveau l'anathème ; car beaucoup de nos sages conseillers estiment avec nous qu'ils ne sont pas exempts de parjure, agissant contre leurs serments antérieurs. Sans dout« nous voudrions que, par leur influence morale et leurs nobles sentiments, l'Église grecque se réunit k l'Église Romaine, de manière à ne former qu'un seul troupeau sous un même pasteur ; notre sollicitude paternelle doit néanmoins, avant tout, maintenir ses enfants dans la voie droite, ou les y ramener, pour que leur exemple y rappelle ensuite les frères séparés. Agissez vous-mêmes en ce sens, je vous en conjure, et je vous l'ordonne, de peur que vous ne soyez enveloppés dans la condamnation à laqnelle vous les exposeriez par votre condescendance. »(Patrol. lat: T. CCXV, col 261-263.)

Malgré tout cela les croisés persistèrent, et la flotte arriva, le 23 juin 1203, en vue de CP.. Les chefs tinrent conseil le soir, dans une église de Saint-Étienne, sur la cAte d'Asie ; le lendemain, jour de saint Jean-Baptiste la flotte vint se déployer devant la ville, si près des murailles que plusieurs vaisseaux furent atteints par les traits et les pierres qu'on lançait du haut des remparts. Ne pouvant forcer la chaîne qui fermait l'entrée

du port, elle alla mouiller à Chrysopolls, (Scutari) ofi elle fiit rejointe par l'armée de terre.

Nous ne pouvons pas raconter ici, par le détail, toutes les péripéties du siège, ni dire comment Isaac l'Ange fut tiré de prison par les croisés, et remis sur le trône pour y régner, de concert avec son fils Alexis IV, ni comment ce dernier fat détrôné et mis à mort par un usurpateur, appelé Mursuâe, ni comment les croisés se rendirent maîtres de la ville, le 13 avril 1304, ni enfin comment ils furent amenés à constituer un empereur Latin, le comte de Flandre, Baudouin. Tous ces faits trouveront leur place dans les extraits que nous empruntons, pour la plupart, aux écrivains contemporains et que nous reproduisons dans leur naïf langage.

On trouve dans Buchon ' sur ces événements le rapport suivant : t Quand ils virent (les Grecs) que li crestiens approchoient de CP., si firent une caine lever qui étoit près du port, pour chou que les nés n'entraissent dedans le port. Or vous dirai combien chele caine était longue : plus de trois b-aitiés d'arc; et si étoit aussi grosse. comme le bras d'un homme. Li uns des corons de chele caine estoit à une des tours de CP., li autres estoit à une vile que on apele Père : là manoient li Juis de OP..

c Au chief de chele rue avait une tour, là où li uns des kiés de chele caine estoit, qui de CP. venoit -. Chele tour estoit moult bien garnie pour ce qu'ils savoient bien qu'ils prendroient de chele part terre. Et en tel manière l'avoient garnie pour la caine garder. Or vous dirai coment chele tours avoit nom : elle avoit nom c le tours de Gaifl((îs>.*Là fit Sainct Pauls une partie de ses épistres^. Or errèrent tant, li pèlerin tranchais, qu'ils

1 loc. laud. I, p. <16. Croiiade ,1e CP., Mb /le la Bibliot. Nat ; 7188, Appe/i'lke atm lieckerckes him. gur la Prinrip, fran. de Marée. 1, 4, 6.

' Fanucoî dit loc. laud. I, p. 189 ; une forte chaîne fermait le port, » dal eatteUo di Golala fino à l'arropoU. »

' L'auteui da cette chronique a confondu ici probablement St. Paui aveo S. Andrâ ; le patriarche Conalaatios, comme d'autre part, le Srriptara; Sacne curêuê compléta», (Migne, Paris 1840), l'Histoire uninerselte da l'Eglise catholique de Rokiiincher (Pari», 1842) etc., ne font aucune mention de la venue à CP. de l'Apôtre des Gentils; le second de ces ouvrages dit seulenient(p. 375) « qu'après avoir embrassé les ildéles do la Troade.S, Paul traversa l'Hellespont, pour se rendre eu Macédoine. Ses difréreutes épitrea

vinrent près de CP. mais ne pooient entrer dedans le port ; ains arrivèrent d'autre part, dessus la Juerie, près d'un lieu qu'on apele le J^oupe^ôeye. La arrivèrent H franchois et prirent terre. Quant che vint le lendemain, que no gent furent arrivé d'autre part de CF., si allèrent assalir à le tour de Galatas, si ni ot mie grant assaut ; et sili prirent '. Et boutèrent le fu en le vile ausJuis, et si desconflrent lis Grifons de CP. venus pour le tour rescorre. Et moult y en ot de noies quant on depescha le caine, qui sus étoient montés pour fuier en CP. en garison ; car tantôt come 11 crestiens orent de prise chele tour, ils dépêchèrent le caine pour les nés entrer dedans le vile et ils orent délivré le port, si firent les nés entrer dans le port. Et alait tout outre, ousque au cbief, devant un castel qui est au delà de CP. devers terre, qui a nom Blaqueme, qui estoit un des manoirs l'empereur, et là estoit-il le plus. >

Le même auteur ^oute que les croisés élurent Murzufle, pour batlly (Régentl de l'empire- t celui-ci les engages, pour que meslée ne surgit entre eux d'aller se hebergier en Père, à Je tour de Galatos où les Juis manoient devant qu'ils fussent ars; et je vous eovoiroie de la viande asses, et querroie et pourclierôle que vous ories les convenenches teles come on les vous deveroit. Franchois et Vénitiens après en avoir conféré allèrent s'établir à la tour de Galatas. >

ont été éerilea à Corinthe. Èphése, Philipiies de Macédoine, Rome et Nicopolia. ■ Le patriaichB Constantius rapporte (p, 1G3 » qu'un peu au-dessus de Top-HaoB, (Où l'apôfre paraît avoir débarqué) S, André prêcha, à Fondouglou, la parole de vérité aux Ityzantins, bâtit une église, et sacra Stacbya, premier Ëvéque de Byzance. c

I On Ut dans Villehardouin (.Ed. île Wamy. p. 55-56) < 159, le conseil de DOB barons fut qu'ils se logeraient sur le port, devant la tour de Galatas, où tenait la chaîne qui venait de CP-, et sachez que par cette chaîne devait entrer qui voulait entrer au port de CP,, et nos barons virent que s'ils ns prenaient cette tour et rompaient cette chaîne, ils étaient morts et mal lotii... 160,et le lendemain, quand vint l'heure de tierce,ceux de la tour de Galatbaa llrent une attaque avec ceux qui, de CP., venaient aider en barques- ISS... ainsi fat pris lech&leau de Galathas, et le port fut gagné par force:*

' Voir sur cette dignité nos Traité* et Capitulation* île la France en Orient, p. 36 8t passim. Ballos ou Bailos fut le terme employé plus tard pour désigner,en Turquie les ambassadeurs et consuls é (rangers. Kiy mol ogiqueroent BailU ou Bahulo • porte-fardeau » équivalent du mot arabe Ouézîr, Véiir, qui a la même signification. Cf. sur ce mot. Villehardouin éd. de Pari» 1857, p. 75.

On lit dans les Fontes (XII, 309) sur ces événements, celte lettre de Hugues, Comte de S. Po!,datéede 1303» Inde perresimus ad quandam turrim fortissimam, quœ Galatha nuncupatur, in qua firmabatur catena ferrea, grossa nimis, que posita super ligna transversa, mare transnatabat, attingebat usque ad

muros civitatis : catena Ula portum servabat In turri si-

quidem sepe dicta, erant serjanti anglici, pisani, livorniani, dachi. Ad eam protegendam qui esibant turrim et introibant, sicut et quando volebant, ad sagittandum nostros. >

Plus loin dans une chronique française inédite (p. 347.) « Après eurent conseil, se ils se logeroient devant la tour de Galathas, et ils s'y logèrent. Jusqu'à CF. avait une chaîne moult grosse qui tenoit les nefs, que elles ne pooient entrer au port,

sans le congié de ceux de la tour Ainsi fu pris le chastel

de Galathas et le port gaignlé. »

Déjà, au rapport de Villehardouin ', < et pendant qu'Alexis était en campagne avec son armée, il survint un insigne malheur et un grand désastre à Constantinople, an immense -incendie allumé par une querelle entre les Grecs et les Latins-, qui y estoient estagier, dont moult y en avoit... et quant li baron de l'ost qui, de l'aultre part du port,estoieQt hé^ergié, virent ceste aventure, si en furent moult dolent et moult irié, et moult ea eurent grant pitié. Car ils virent ces hautes yglîses et ces riches

palais fondre et dura li feus dui jors et dui nuit, que aine

ne post estre estains par nul home et tenoit bien li frons del

feu, si corne i'. aloit ardant, demi-lieu de terre..... et tout li Latin

qui estoient hébergié en CP....,n'i osèrent puisdemorer ains

prirent leurs femes et leurs enfans^et de leur avoir ce qu'ils purent traire del feu ne échaper, et entrèrent en barges et ea vaissiaus, et passèrent le port par devers nos pèlerins ; et ne furent mie si poi que ils ne fussent encore quinze mit que petit que grant'''. >

Fanucci' rapporte les mêmes faits, mais cet auteur semble

I Ed. Paulin Paris, p. G5.

' Cf. Bur les séditions su^^*enues, après la restauration d'Alexîa, entre Grecs et Latins, Derrastalio CPtinn. p. 87, qui en donne les dates.

* On croirait lire dans oe passage de Villehardouin, le récit du lamentable incendie de Péra, du 5 juin 1870.

* Loc. laic'l. p. 204.

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les attribuer & la première arrivée dea Franco-Vénitiens devant la capitale : son récit . contenant certains renseignements qui rentrent dans l'objet même de notre étude, nous le consignerons ici : c Les Grecs avaient préparé seize grands brûlots, chargés de combustibles et de fuoco {/reco, s'embrasant dans l'eau, un vent fort soufQait et menaçait la flotte étrangère d'une ruine complète; elle en fut préservée par l'intrépidité et la direction énergique du vieux doge : un navire pisan, ancré dans le port prit feu : l'armée française et la flotte vénitienne se mirent en mouvement ; alors les marchands pisans gui concouraient à la défense de là ville, se virent, dans le tamulte qui se produisit, attaqués par les Grecs. Dans leur haine contre l'étranger ceux-ci ne connaissant plus ni devoir, ni reconnaissance, ni mesure, commencèrent par donner le sac aux maisons et aux mosquées sarrasines ; puis le tumulte se propagea entre Grecs et Pisans. Du combat à l'arme blanche on en vînt à prendre les torches et à mettre le feu aux habitations ; l'église de fit. Sauveur des Pisans, sise nelle colonne, près de leur quartier, et dont Benenali était prieur, lequel put à peine se dérober aux flammes, fut incendiée. Cette ville devenue la proie du feu dans l'étendue d'une lieue, offrait l'aspect de la désolation, t

Il paraît, d'après tous les historiens du temps, que les Pisans, établis dans CP., loin de prendre part aux opérations du siège, avec les croisés, se trouvaient au contraire, du moins dans le principe, dans les rangs de leurs adversaires ; mais ils abandonnèrent bientôt la cause des Grecs, et passèrent sous les drapeaux des croisés. Bonciani, (rapporté par Buchon, I, p. 15 et II, p. 23.1 à ce sujet s'exprime ainsi : * avendo i francesi ed i Yeneziani tentato piii volte d'impatronlrsi di CPli, che fra l'altre, rompendo il muro délia parte verso il mare che si chiamava « la scalà dell' imperatore, > vi entrarono dentro, ma che furono gagliardamente battuti e ribattuti dai Pisani.... ma che dopo riconciliati i Pisani ed i Veneziani, combattessero in favor loro, il che fu cagioue di consegnir la vittoria e la presa della città. >

Finalement, < Le confanon de Saint-Marc fut veu en une des tours et si ne sceat-on qui li portai quant lesGrecs le virent, il se desconflrent et gnerpirent les murs... Entre ces choses bouta, ne say qui, le fea en la. cité ; mais en la fin fu si graos

qu'il ne peut estre estains, ains dura VIII jours ou bien près, parmi le travers de la ville;... tous les Latins de quelque terre qu'ils fussent, ne osèrent oncques puis demourer en la cité ; mais entrèrent ens barges et ens nefs a tout ce que ils peurent avoir du leur et s'en allèrent en l'ost des pèlerins'... Après la Pasque fat cryé que tous apportassent le gaaing, si corne il avoit été devisé.... Quant le gaaing fu apporté en trois églises, les Venissiens en eurent la moitié, si corne leurs convenances portoient-. > « Si fut Constantinople prise (rapporte l'auteur de la Croisade de CP., précité) et vous dirai que li Francbois et li Vénissiens fisent anchois qu'ils assaussisseiit le chité. Ils établirent que dedans les moustiers on ne prendroit nule rien, et que tous les avoir que on prendroit en le chitè, on les meteroit tous ensanble, et partiroit-on à droit ; car li Vénissiens avoient moitié partout; car issi fut-il en convent, quand on leva l'estorre à Corbya, que de toutes les aquestes, fores *en le terre de Jhërusalem, en quelconque terre que che fust, dovoient-Us avoir le n-.oitiè. Après che, quant ils orent establi, si flst-on escomenier à quatre Vesques qui là estoient, li vesques de Soissons et li vesques de Troies, et uns vesques d'Alemaigne, qui nule cose destoumeroïent, et che qu'ils trouveroient n'aporteroient, laù on avoit alvami. Après esquemenia-on chiex qui dedans moustiers prendroient nule cose, ne prestre ne moine desroberoient de cose qu'il eussent sur aus, ne sur femes meteroient main. Ensi fut establi et commandé, et li esquemenieraens fais. Devant che que li Franchois et li A'énissîens eiitraissent en CP. ne presissent, estoient-ils pleins de la grâce du Sf. Esprit, et avoient grant carité en aus; et se cent Grifons veissent dix Francbois, si s'en fuissent- ils. Quant li Franchois prissent CP. ils avoient l'escu Dame Dieu embrachiô devant aus ; et tantost come furent ils ens, ils le gelèrent jus. Ils coururent premièrement à Ste Église, et brisèrent les Abeyes et reub^rent. Là

' Cf. Ci-desBUs le récit de cet Incendie. I^ comte Riant Hoc. lawl. p. 107) parle d'un épouvantable incendie et de l'horrible sac de CP., inceodie allumé par Boniface de Monfermt et les Allemands qui l'entouraient, ainsi que du pillage de Ste Sophie accompli par les clercs eu7!-mSmes, qui se livrârenl, ajoute-t'il, ouvertement à ce que Gunther, par un singulier euphémisme, qualiBe de saint brigandage, (p. tOâ.)

) Il y eut deux incendies le premier allumi dana la querelle entre les Grecs et les Pisans, le second à la prise même de la ville.

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fu le convoitise si grant entr'aas, que, qaaiiiques il dévoient porter au moût, il portoient au vol. Là fu si grant le haine entr'aus que li chevaliers disoient que les povres gens avoient tout et les povres gens disoient que li chevaliers et U prestrea avoient tout ravi, dont il fu bien sentant à la départie. Et chil qui plus en emblèrent, che furent li Vénissiens, qui par nuit le portoient à lor n6s. Dont il avint, quant ils orent prise GP. que li Dus de Venisse, qui estoit en le chité, vaut faire marquié de l'avoir assauter as Franchois, que il feroit l'avoir de la chit^ amasser as ses homes, et mettre d'une part, et les meubles, et si donroit on à cascun chevalier quatre cens marcs, et à cascan prestre, et à cascun serjant à queval tiens cens marcs, et à cascun home & pié cent marcs. Ainsi l'eust-il fait et créante, mais li Franchois ne le vautrent mie octoier; ains on embla on tant, et destouma, devant cbe on partesist as Vénissiens, que de le partie as Franchois,n'ot li chevaliers que vingt marcs, et li prestres et serjant à queval que dis marcs, et li serjant à pié Cinq marcs'. »

En dehors de ces valeurs ils se partnjîi'rent les richesses des églises. On peut consulter la fri-s considérable liste de reliquaires et objets précieux pour le culte qui furent enlevés de la capitale et envoyés en Europe par les Croisés. (Dépouilles reliyieuses enlevées à CP. un XIII^ siècle pur lesLaliits,C.tv^ Riant, Paris 1875. p. 177-911.)

< Quant ils orent parti l'avoir, si partirent le chité par mi ; si que li Vénissiens en orent la moitié,etli Franchois l'autre moitié. Et si escai le partie des Franchois par devers le terre, et le partie as Vénissiens par devers les mers. Quant ils orent prise le chité, si prisent conseil entr'aus qu'ils y feroient empereur et patriarche. Et si atira que se on fesoit empereur de decha les monts, chil de delà les monts feroient patriarche ; et que li Vénissiens donroient le quarte part de leur chité à l'empereur, et li Franchois le quarte part, par devers Banque de lion {Bucoléon) Quant ainsi orent atourné, si eslut on le comte Baudoin de Flandres à estre empereur, et porta couronne ". »

' Bucbon, ion. laui.p. ABU Appenlicc, Cmiêade de CP., blioth. Nat. 7188.

s Buchon, toc. laui.

Pour prévenir toute querelle et toute division,les Croisés firent un traité solennel, dont voici les principales clauses i t Si Dieu permet que la ville tombe en notre pouvoir, tous continueront de rendre obéissance à leurs chefs respectifs, aux princes de l'armée. Les dépouilles feites seront intégralement réunies, pour être distribuées ensuite, selon le rang de chacun et son mérite, par une commission nommée à cet etfet; les vivres seront partagés suivant le nombre des bouches. Tous les droits que les Vénitiens possédaient à CP. et dans l'empire leur resteront intégralement acquis. Chacune des parties contractantes nommera sis délégués chargés d'élire, k la pluralité des suffrages, en tout honneur, Sous l'unique inspiration de leur conscience, celui qu'ils jugeront le plus digne d'être empereur. Le quart de l'empire relèvera directement de l'élu, constituera son bien et son apanage, avec les palais de Bucoléon et de Blaquernes ; les trois autres quarts seront partagés par portions égales entre les Vénitiens et les Français. Le patriarche sera tiré de la nation à laquelle n'appartiendra pas l'empereur, et l'église de Ste Sophie lui sera remise comme siège de son patriarcat. Une commission composée de 24 membres, 12 de chaque partie, choisis parmi les plus vertueux et les plus sages, assignera les fiefs, les possessions et les dignités, en déterminant les rapports de subordination et les chargns incombant à tout feudataire. Les fiefs seront transraissibles par voie d'hérédité, sans préjudice pour l'organisation de l'empire et l'autorité de l'empereur; en montant sur le trône, celui-ci jurera de son côté l'inviolabilité du partage, la stabilité des donations. •» Innocent IIL Ep. VIT, 305; Patrol. Curs. compl. CCXV.Làse trouve le texte même de la convention. Ilisf. de l'Ei/Hse. Darras t. 28, p. 187-188.

Cette convention déplut beaucoup au Pape Innocent III, car elle violait évidemment les droits de l'Église. Il réclama donc contre quelques-unes de ses prescriptions et finit par faire prévaloir sa volonté, c'est-à-dire le droit et la justice.

Si le Pape Innocent III se décide enfin à féliciter Baudoin de son triomphe, et à consacrer son règne, c'est qu'il y voit la réalisation du grand vœu de l'Église romaine, la réunion des deux Églises sous un seul chef, le moyen de rappeler cette Église autrefois si fertile en doctrines pures et ensuite obscurcie par l'erreur et de la ramener, avec la grâce de Dieu, aux prin-

cipes fondamentaux de la parole div ine '. Le ton des lettres du Pape et leur contenu, ajoute Hurler, justifient pleinement Innocent d'avoir voulu profiter de la conquête de GP. pour augmenter la puissance du St. Siège. Le lecteur impartial pourra, en les parcourant, pénétrer au fond de son cœur, et reconnaître sous quel point de vue il envisageait ces événements ^

Le clioix (lu comité des douze électeurs, six français et six vénitiens, s'étant porté sur Baudoin^, celui-ci ceignit la couronne impériale, dans Sainte-Sopliie, le 16 mai 1204^. Parmi les électeurs français, figurait * Nevelon, évèque de Soissons. »

Puis, suivant la convention, le clergé catholique conduisit les chanoines vénitiens à Ste-Sophie, où, à l'unanimité, ils élurent Thomas Morosini, patriarche de Constantinople ; enfin l'empereur^ et le doge envoyèrent à Rome des délégués chargés d'obtenir, pour cette élection.la confirmation pontificale'''. Par ce fait, l'ancienne juridiction spirituelle du patriarche délie Venezte se trouva recevoir ainsi une nouvelle et solennelle consécration.

Informé du résultat de ces événements, Innocent III, par sa lettre du 7 décembre 1304, adressée i episcopis et abbatibus in exercitu christiano apud Constantinopolim constitutis, > recommanda < d'établir des prêtres latins, dans les églises abandonnées par les grecs, afin de rendre <ï Dieu le culte qui lui est dû, de conserver les biens ecclésiastiques, de se maintenir dans l'obéissance du Siôge apostolique, de célébrer les offices pour les paréissiens et de leur administrer les sacrements.

Puis, instruit de la forme qui avait présidé à l'élection du patriarche, le Souverain Pontife, par une autre lettre du 21 janvier 1205, adressée aux mêmes évèques, abbés et autres clercs, déclara que les prêtres, se disant chanoines de Sainte-Sophie, et qui s'étaient, de la sorte, attribué le droit d'élire le patriarche,

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