‹ Histoire de la latinité de ConstantinopleChapitre 59 sur 74 · SU · texte numérisé non relu

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Autres Associations charitables.

i" Confrérie de Ste-Anne.

Cette confrérie, reste d'une antique institution, f^t d'abord établie dans la chapelle de la Sainte, en St-François, puis comme nous l'avons dit, transférée à St-Benolt, enfin reconstituée dans l'église de Ste-Marie Drapéris.

L'existence de cette confrérie à St-Benolt et la pratique des exercices de la confrérie, dans cette église, sont attestées par les Mémoires de la confrérie en date de février 1798 ; ces cérémonies, les mêmes qui, selon l'antique usage, étaient pratiquées à St-Fran$oi3, consistent dans le lavement des pieds, le Jeudi-

saint, la procession de Pâques et la messe patronale, où l'on prononce le panégyrique de Ste Anne. L'office religieux du jeudi-saint terminé, les prieur, soos-prieur et assistant, ces deux derniers en aubes et en cape jaune, entrent dans le chœur ; au même instant, un sous-diacre lit l'épître du jour; puis, un diacre, précédé de la croix et des acolytes, monte en chaire, et y lit l'évangile ; au fur et & mesure de la récitation des paroles évangéliques, le prieur revêt l'aube, la ceinture, le cordon et la serviette ; et, accomplissant successivement les actes que nous venons d'énumérer, lave les pieds à douze enfants ; les membres de la confrérie distribuent des pains à chacun d'eux, même à l'assistance, et entonnent ensuite le Stabat Mater, k la porte de l'église, est suspendu un tableau portant le nom des prieur, sous-prieur et des douze apôtres ou conseillers ; l'un des membres de la confrérie reçoit les aumônes, pour les pauvres.

On peut être porté à dire, avec quelque raison, que la cérémonie dont il vient d'être parlé, est la conlinuation,par le prieur de Ste-Anne, d'un usage pratiqué, antérieurement, par le podestat et le conseil des magistrats de la colonie génoise de Péra.

Le jour de Pâques, les membres de la confrérie, mais < sans cappe, » portent une châsse d'argent massif, contenant l'image du ï Rédempteur ressuscité'. >

La confrérie, qui a aussi sa bannière, possède dans sa chapelle, à St-Benoit, à droite du mattre-autel, un a.ssez grand tableau de la Ste Vierge, peint sur toile, et enfermé dans un cadre intérieur d'argent. La tète de la Vierge, nimbée d'or et couverte d'un voile tombant sur le front, est noire ; les mains de l'enfant Jésus, qu'elle tient appuyé sur son bras gauche, sont d'un ton bistré ; on attribue à cette image, rapportée, dilnin, ab anttquo,A& Trébizonde, où la confrérie aurait pris naissance, certains miracles, opérés sur les malades chez lesquels on la portait autrefois.

A gauche de l'autel, côté de l'évangile, se trouve le tableau de Ste Anne, entièrement d'argent, sauf la tète et les mains jointes, qui seules sont peintes, et d'un ton également bistré : au côté opposé de l'autel, le tableau de 3t Joachim est exacte-

I Cette procession est citée dans une plainte de la Comunil'i au Saint- Père contre Mgr de Spiga.

ment dans les mêmes conditions. Ces deux tableaux paraissent être de la même époque que ceiui de la Vierge.

En haut et au milieu du fronton de l'autel, se trouve encore an tableau de St Nicolas, dont la confrérie célèbre également la fête. Ob y voit aussi une image de St Itoch, invoqué contre la peste.

La fête patronale de Sfe Anne est célébrée solennellement le 26 juillet.

Le P. Tarillon, Jésuite, nous fournit sur celte confrérie et ses usages tels qu'ils existaient à St-Benolt, en 1713, les détails suivants, assez singuliers :

€ Les latins de Péra, dit le Père, ont aussi, dans l'église de la mission, leur association des Pénitents, on confrérie de Sle-Anne, établie depuis cinq à six siècles'. Cette confrérie a des privilèges assez singuliers : les confrères ont le droit de chanter l'évangile, avec une ètole, comme les diacres-, et de prendre du vin dans des vases, le jour de Pâques, après avoir communié^. Elle n'était autrefois composée que des plus notables catholiques du pays ; mais^ depuis plusieurs années, les négociants français et vénitiens y sont entrés, et lui donnent un nouveau lustre :

t Cette confrérie possède un riche trésor qu'elle a toujours conservé, malgré toutes les révolutions arrivées dans cette ville : ce trésor est une épine de la couronne qui fut mise sur la tête de Jésus-Christ. Cette précieuse relique est vérifiée par les certiflcals et lès pièces les plus authentiques, et donna lieu à la procession qui se fait, depuis longtemps, ta nuit du samedi-saint et le jour de Pâques; en voici tout l'ordre et l'arrangement : La procession sortit de notre église, vers les deux heures du matin et n'y rentra qu'à quatre. Une nombreuse troupe de violons, de haulbois,de trompettes, de cors de chasse, •choisis dans les palais des ambassadeurs, marchoit à la tète, et faisoit retentir toute la ville du bruit des instruments : tout

1 Loc. lau'l.. V, 25 à 30S.

^ \ t'une des cérénionies auxquelles j'ai assisté, c'était, comme je l'ai dit plus haut, un prêtre qui, en chaire, fit lecture de l'évangile.

^ A la première communion, j'ai tu ausBi. dans une paroisse de Péra, donner à boire de l'eau aux entants, après la consommation des saintes e^

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cela prëcédoit trois riches bannières, qui étotent environnées et éclairées par une vingtaine de torcbes allumées ; les bannières . ètoient suivies de tous les confrères au nombre d'environ deux cents, qui marchoient deux à deux, et qui portoient tous un flambeau. Leur habillement consiste en une espèce d'aube de toile blanche et âne ; il y avoit au milieu des rangs, à une distance raisonnable, deux choeurs de musique, à la façon du pays, qui ne laisse pas d'avoir quelque chose d'harmonieux ; ils se répondoient l'un à l'autre, après avoir laissé aux instruments le temps de se répondre.

< Paraissoit ensuite un autel portatif, magnifiquement orné, entouré d'une cinquantaine de cierges et de presque autant de flambeaux ; sur cet autel, s'élevoit une résurrection, dont le travail m'a paru assez beau ; c'est une image de Jésus-Christ ressuscité, qui est placée dans une espèce de rotonde, dont le ' dessus est soutenu par plusieurs colonnes : le tout est d'argent ' ; on voyoit autour de cet autel, huit gros fanaux dorés et ornés de sculptures.

t Venoit après, le clergé, composé des cordeliers, des récollets, des trinitaires, des dominicains, tous en chapes, et des jésuites, en manteaux longs.

( Le dais, qui est d'un beau damas blanc, à grandes franges d'or, avec une magnifique crépine, étoit porté par le prieur et les trois principaux oÉBciers de la confrérie, habillés de blanc, comme le reste des confrères. Cette relique, qui consiste en une petits branche, revêtue d'or, est enfermée dans une coupe de cristal, dont le couronnement et le pied sont de vermeil. Le dais étoit environné de quelques prêtres en dalmatique, d'an grand nombre de flambeaux, et de quatre confrères, qui portoient de grands vases d'argent, remplis d'eau de rose, dont ils arrosoient les assistants -. La procession étoit fermée par une vingtaine de confrères et par les principaux officiers, qui tous avoient un flambeau.

1 Cette même Résurrection est portée encore actuellement (1S73), par les confrères de Stc-Anne, ilaos l'enclos de St-Beno[t, à la proceEsioii du jour de PAques.

» J'ai encore vu cet usage pratiqué (1872), dans les églises grecques, le vendredi-saint ; en entrant dans l'église, les visiteurs sont aspergés d'eau de rose, par les personnes placées, ail hoe, & la porte du temple.

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< Les arméniens avoient demandé avec instance que la pri}cession se détournAt, pour passer devant nne de leurs églises ; CD accorda cette grâce k l'ëvèque de cette église, qui reçut la procession, lorsqu'elle passa devant le temple ; il ètoit en chape et en mitre ; plusieurs prêtres de son clergé l'accompagn oient, et étoient précédés par une cinquantaine de flambeanx. La procession s'arrêta quelques moments ; un de nos diacres chanta l'évangile du jour, et l'oraison du patron de cette église ; le prélat s'approcha ; je lui présentai la sainte-épine, et il la baisa, avec une profonde vénération... Le lendemain,jo«r tfe Pâques, de grand matin, ils reviennent (les confrères de 8te-Anne) faire une autre procession, le long des principales rues de Galata, avec la croix haute, et chantant des hymnes ; de tout temps, ils ont eu cette permission. Les Turcs qui se rencontrent sur leur chemin, sont les premiers h s'arrêter et à donner des marques de leur respect. >

Cette procession continua, sans doute, d'avoir lieu jusqu'en 1749,époque, on l'a vu plus haut, oi!iles processions nocturnes furent interdites, à la demande du capilan-pacha.

Quant à la sainte relique, il résulte des renseignements dont je suis redevable à Mgr Testa, vicaire-général, camérier du Souverain-Pontife, qu'elle se trouvait à St-François, lors de l'incendie de cette église, en 1696 ; elle fut sauvée des flammes par l'un de ses aïeux ; puis, des différends étant survenus entre sa famille (Charles Testa) et.la confrérie, la cause fut portée i^ Rome, où il fut décidé que la relique resterait aux mains de ceux qui l'avaient conquise au péri] de leur vie. Cependant, le possesseur de cette relique consentit à la prêter, le vendredisaint, pour la procession d'usage, à la condition qu'un prêtre de St-Benolt viendrait la prendre et la rapporter chaque fois. Cette condition n'ayaqt pas été remplie du vivant du père du vicairegénéral actuel, il se refusa à la prêter désormais. Au-dessous de la relique, à côté de laquelle se trouve aussi un morceau de la vraie croix, il y a, dans un double fond du reliquaire, les documents attestant son authenticité, comme il est dit dans le rapport précédent do père Tarillon.

St-Benolt possède présentement une autre sainte épine,qu'on porte, processlonnellement, dans l'église, à l'issue des ténèbres, le vendredi-saint ; elle est également présentée à la vénératioa

des Ûdéles, le jour de Pâques, après la procession de la Résurrection, par la confrériede Ste-Aime.

Les église? de Ste-Marie, à Pêra, et du Saint-Esprit, à Pancaldi, ont aussi, chacune, une relique de la sainte épine,exp03ée h la véntîration des fidèles, le vendredi-saint, à l'issue des ténèbres.

Les grecs ont conservé l'usage de la procession le vendredisaint; le 9lî avril i872, vendredi-saint, ancien style, je me trouvai sur le passage de la procession sortie de l'église giecque de St-Jean, àGalata', k six heures de l'après-midi, et se déroulant, au milieu d'un grand concours de peuple,' dans les ruos avoislnant l'église ; le clergé, précédé de la croix, entourée des • csefteria, < emblèmes des chérubins, > de riches bannières et lanternes, portait, sur une espèce de dais, porté par quatre prêtres, l'image du Christ mort, reposant sur ce dais, symbole du saint tombeau. Le clergé de l'église voisine, dite du Christ, se porta sur le passage de la procession. — La même procession ae fait, dans léglise épiscopale de Pèra, dans l'enceinte du cloitre, autour du temple, sans sortir au dehors.

Ces détails que nous avons donnés sur une ancienne et vénérable association ont surtout un intérêt rélrospectif et historique et nous transportent au Moyen-Age, ou du moins à l'ancien régime. La confrérie de Sle-Aune s'est conservée : elle a subi, selon les temps, différentes phases de prospérité, de décadence et de renaissance. En dernier lieu, elle se serait éteinle en 1840, pour se reconstituer, sous une nouvelle forme, le 13 d^-lembre 1856, jour de la première réunion de la nouvelle société.

L'associatiim de St-Jean- Baptiste, chargée, après l'extinction de celle de Ste-Ahne, du soin de l'hôpital tien pestiférés de Pcra, au Taqcim, avait conservé une ombre d'existence par la perception du loyer de son ancien hôpital, loué aux sœurs de charité. Conservé scrupuleusement, puis accru, dans une proportion considérable, par le prix de la vente de ce même hôpital, faite à la France en 1862, te montant de cette location finit par former un capital important qui permit à l'ancienne société de se reconstituer à nouveau. Elle se compose, actuellement, de

I L'ancienne é^'ise de St-Spiridion, cédée aux Chiotes, et dont il a été parlé plus haut- ([jitinité de l'éra-Ualila, note.)

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deux sections, comptant chacune dix-huit familles, l'une pour Galata, dite plus spécialement de Sle-Anne, l'autre pour Péra, dite de St- Jean-Baptiste. Chaque section est dirigée par un syndic ou président-senré taire, ;issisté d'un ou deux délégués, chargés de la distribution des secours. Au moyen de ses ressources, sagement administrées, l'œuvre pourvoit à l'entretien des orphelins du choléra, au soutien des aliénés, à l'éducation de jeunes fllles placées dans les pensionnats religieux, à l'entretien de malades, dans l'hôpital dn Taqcim ; de vieillards, dans l'hoipice de V Artigtana ; et à l'assistance de pauvres honteux. Elle a acheté, à Feri-keui, non loin du cimetière catholique latin, un terrain où l'on avait projeté de construire un hôpital; sans renoncer A ce projet, la société a fait élever, sur ce terrain,un certain nombre de maisonnettes bâties en briques, pour y donner asile, provisoirement, aux victimes de l'incendie du 5 juin 1870.

Les confréries unies de Ste-Anne et de St-Jean-Baptiste ont depuis quelques années transporté le siège de leurs réunions à l'église de Ste-Marie. Nous regretton-s vivement do ne pouvoir donner de détails sur l'état de la confrérie depuis sa translation à Ste-Marie. Elle y continue ses cérémonies de la Semaine- Sainte et du jour de Piiques et a encore ses œuvres de charité.

2" Association commerciale et artisane de piété.

Fondée le 1'^' janvier 1838, par les latins de Péra, à l'instigation zt'Iéc et efficace de M. Oiacomo Anderlich, cette association, entièrement séculière, possède à Pancaldi, vis-à-vis l'École impi'riale militaire, un hospice composé de quarantedeux petites maisons, où l'on reçoit les veuves cliargées de famille, les vieillards et les infirmes hors d'état de gagner leur vie. L'association, selon les statuts, datés du 10 mars 1844, assiste toutes les infortunes, sans distinction de culte ou de nationalité ; et elle dispose d'un revenu annueî d'environ cent mille piastres. — En outre des cotisations d'admission et de chaque mois, les associés doivent faire la quête aux jours de fête, au moins une fois l'an, en faveur de l'ceuvre, à la porte des églises.

L'administration de l'hospice avait été d'abord absolument

l^qae et civile ; mais, poor faciliter le service et pour économiser les reasources, le conseil d'admimstration, après une entente avec Mgr Pluym, vicaire patriarcal, en remit la direction aax -Filles de la Charité. La chapelle de l'hospice est placée sous l'invocation de N.-D. Àuxiliatrice, et célèbre sa fête le 34 mai.

Pour les détails statistiques de l'hôpital de l'Artiglana, voir f les établissements dirigés par les PÏUes de la Charité. »

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